Thème

Moyen-Age

Anne Ferrier, Lancelot, l’enfance d’un chevalier

« On en voit des choses depuis le ciel lorsqu’on vole comme moi, Lug le corbeau ! » Et que voit-il notre corbeau ? « Un château assiégé et une mère éplorée déposant son enfant au bord d’un lac avant de s’enfuir. » Puis une fée, Viviane, la Dame du Lac, qui s’empare délicatement du couffin et qui berce l’enfant… Lug, le corbeau, va veiller sur les destinées de cet « enfant de roi », jusqu’à ce que celui-ci découvre son nom et sa généalogie et se fasse connaître du roi Arthur. Un récit à l’humour tendre, avec des batailles (quand même) et des personnages hauts en couleur. Une belle initiation à la légende arthurienne, à compléter avec les trois autres albums de la série.

Dès 5 ans

Anne Ferrier, Lancelot, l’enfance d’un chevalier, illustrations de Christelle Le Guen, Locus Solus Junior, coll. « Minus », 2022, 32 p., 11,90 € — Imprimé en France. Une première édition est parue en 2014 aux éditions Millefeuille.
Chez le même éditeur :
Anne Ferrier, Arthur, l’enfance d’un roi, illustrations de Christelle Le Guen, Ed Locus Solus, 2019, 32 p., 11,90 €
Anne Ferrier, Merlin, l’enfance d’un enchanteur, illustrations de Christelle Le Guen, Ed Locus Solus, 2019, 32 p., 11,90 €
Anne Ferrier, Morgane, l’enfance d’une magicienne, illustrations de Christelle Le Guen, Ed Locus Solus, 2019, 32 p., 11,90 €

 

Coline Dupuy et Davide Perconti, Jehanne d’Arc

À l’aube de sa mort, le 30 mai 1431, Jehanne d’Arc reçoit la visite d’un dominicain, Frère Martin Ladvenu, et lui confesse sa vie. Vers l’âge de 13 ans, tandis que le royaume de France est sous la domination des Anglais alliés aux Bourguignons, cette jeune fille de Lorraine est missionnée par des « voix », celles de l’archange saint Michel, de sainte Catherine d’Alexandrie et de sainte Marguerite d’Antioche. Celles-ci lui annoncent qu’elle devra délivrer Orléans et faire sacrer le dauphin Charles VII. Ayant obtenu quatre ans plus tard une petite troupe du capitaine de Vaucouleurs, Jehanne commence alors sa célèbre épopée…
Bravant le secret de la confession pour que nous puissions entendre la voix de Jeanne, l’artifice littéraire plutôt convenu est vite oublié au bénéfice d’un rythme toujours soutenu. Le lecteur passe sans à‑coup  — mais non sans nostalgie — des souvenirs de Jeanne aux dialogues des personnages mis en scène par Davide Perconti. Il donne à Jehanne une silhouette et un visage où la fraîcheur, la volonté, le courage et la foi s’expriment sans mièvrerie aucune. Les dessins et la mise en page sont sobres, d’une grande clarté, jusque dans le choix de la typographie, ce qui rend l’ouvrage aisément lisible par des enfants. Le scénario, dû à Coline Dupuy, transpose en BD Le Roman de Jeanne d’Arc de Philippe de Villiers, en gardant une langue soutenue et parfois imagée : « Nous serons une chevalerie, pas une crapaudaille », explique ainsi la Pucelle à « messieurs les capitaines », sous les murs de Blois. Les pages de garde présentent une carte du royaume de France en 1430, avec le parcours de Jehanne.

Dès 10 ans

Coline Dupuy et Davide Perconti, Jehanne d’Arc, Plein Vent, 2022, 48 p., 14,90 € — Imprimé en Lettonie

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Les « Châteaux de la Loire », ce sont ceux qui ont vu passer Jeanne – « Son âme était récente et sa cotte était neuve ». Suivent deux prières : Jeanne y demande un « chef de guerre » capable de « faucher les Bourguignons », avant de prier monsieur saint Michel, madame Catherine et madame Marguerite. Car « mener la bataille, ô je ne le peux pas », oppose-t-elle à leur « voix inoubliable ». Mais, fille obéissante, elle fait néanmoins ses « adieux à la Meuse » et à la maison de son père. Et vient le coup de tonnerre – quels adolescents apprendront par cœur les terribles « Imprécations de Guillaume Evrard » — « Elle ira dans l’Enfer avec les Morts damnés »… Imprécations auxquelles Jeanne répond, de la Tour où, prisonnière, elle se sent abandonnée, douloureuse à jamais. Avant de marcher au supplice.
Les illustrations de Nathalie Parain sont d’une discrétion exemplaire, très fines, d’une élégance qui allie force et douceur.
Ce petit opuscule, en édition originale et d’une fabrication si soignée, a passé quelques années sur les étagères de la bibliothèque d’un collège de Rueil Malmaison. Si l’on en croit la fiche encore glissée dans le livre, il a été emprunté – pour la dernière fois – en 1983 par un élève de 6e.

Dès 12 ans

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes, illustrations de Nathalie Parain, typographie Deberny-Peignot, NRF Gallimard, 1952, 62 p. – En brocante ou chez des libraires de livres anciens. 10 € chez Le Facteur Cheval à Versailles.

Véronique Duchâteau, Le Sable et la Croix, tome 1 : Le Krak des chevaliers

« J’ai soif. […] Pourquoi suis-je ici ? Comment moi, fils d’un comte du royaume de France, je me retrouve à des milliers de kilomètres dans la plus grande forteresse de la chrétienté, à l’extrémité de cette Terre Sainte ? » Le récit, qui se déroule en l’an de grâce 1188, est encore un peu incohérent, car Benoît de Saint-Loup, le narrateur, a pris un mauvais coup et se réveille à peine. Dans la nuit, les hommes de Saladin ont réussi à s’introduire, par ruse, dans l’immense forteresse qui se dresse aux avant-postes de la chrétienté : le Krak des chevaliers.
Véronique Duchâteau mène ce roman d’aventure à plein galop. De l’enfance du jeune Benoît à son retour de la croisade, elle dresse un portrait dynamique d’un jeune chevalier que le destin amène à devenir moine hospitalier. Animé d’une forte composante religieuse, le roman s’articule autour d’une immense aventure humaine, celle des Croisades face aux visées expansionnistes de Saladin, « rassembleur des croyants ».

Dès 10 ans

Véronique Duchâteau, Le Sable et la Croix, tome 1 : Le Krak des chevaliers, Plein Vent, 2021, 198 p., 9,90 € — Imprimé en France

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres

Lancelove, monté sur son fier destrier Galopin de Pas-Marrant, n’est pris au sérieux ni par les autres chevaliers ni par la princesse Laudine dont il est secrètement amoureux. Au moment où tous se séparent pour partir à l’aventure, Lancelove annonce qu’il rapportera le Chat-Ours, un animal mi-chat mi-ours (on s’y serait attendu !), que personne n’a jamais trouvé. Le Pays Imaginaire ouvre ses portes à Lancelove (mot de passe : ?Vénéneux1515 !) et c’est parti pour une chevauchée entre monstres, forêts enchantées et dragons – bref, le quotidien de tout chevalier qui se respecte. Une foule de jeux de mots, une once de philosophie (« dans la vie, sans se poser de questions, on n’avance pas ») et hop ! entre une invocation à Saint Chrétien de Troyes et au Chevalier Lorris de Meung, le chat-ours tombe dans l’escarcelle de Lancelove. Il ne reste plus qu’à rentrer et à apprendre quels sont les projets de Laurine. Les illustrations de Juliette Barbanègre sont aussi denses et colorées que l’imagination de Carl Norac, qui se fait un malin plaisir de parodier gentiment les chansons de geste.

Dès 8 ans

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres, illustrations de Juliette Barbanègre, L’Ecole des Loisirs, coll. Pastel, 50 p., 13,50 € — Imprimé en Italie.

Odile Haumonté, Le Miroir du Roi

Deux adolescents, dans un royaume imaginaire d’une Europe troublée par la guerre de Cent Ans. L’un, François, dans son pourpoint bleu azur, s’apprête à être couronné. L’autre, Philippe, vêtu d’une simple chemise blanche, l’encourage d’un franc sourire de connivence, comme seuls deux frères peuvent en échanger. Et pourtant… Rien ne peut distinguer les deux frères jumeaux, et c’est là une terrible malédiction (un peu tirée par les cheveux, mais sinon, pas de roman !). Officiellement, il n’existe qu’un seul prince, Philippe-François ! Chaque garçon vivra à tour de rôle sur le devant de la scène, son jumeau restant caché – du mieux possible. Au-delà de toutes les confusions imaginables, cocasses ou plus complexes, Odile Haumonté fait revivre dans ce roman les belles valeurs de la chevalerie : amitié, courage, loyauté, sens des responsabilités, seront mis à rude épreuve dans ce jeu de cache-cache princier. Rassurez-vous, la malédiction initiale sera levée !

Dès 12 ans

Odile Haumonté, Le Miroir du Roi, Pierre Téqui éditeur, 2020 (1ère édition en 2005), 244 p., 14,90 € — Imprimé en France

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes

Vortigern, Pwyll, Gradlon, Cuchulainn : à l’évocation de leurs noms, les auditeurs des bardes savaient qu’ils allaient entendre des histoires aux nombreuses péripéties ! Puis les érudits du renouveau celtique, au XIXe siècle, les firent découvrir à des lecteurs fascinés par un univers aussi riche en héros, chevaliers et magiciennes aux aventures des plus tumultueuses… Bretagne, Pays de Galles, Irlande, Ecosse, Cornouailles : autant de terres de légendes ! Du cycle d’Ulster aux récits arthuriens, cet album propose six légendes issues de la littérature celtique archaïque. Elles sont illustrées par le pinceau onirique de Genkis Genkkis, qui a su recréer autour de ces légendes un contexte plausible, loin de l’imagerie romantique à laquelle nous sommes habitués. Le monde des guerriers celtes n’était pas tendre et les auteurs de cet album n’ont rien édulcoré : il est donc à conseiller à de grands adolescents.

Adolescents

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes, illustrations de Genkis Genkkis, Ed Yoran Embanner, 2021, 128 p., 19 €

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant

« Gaspard s’était toujours imaginé chevalier. Mais c’était un rêve qu’il gardait enfoui au plus profond de lui. Il n’était qu’un modeste palefrenier, un orphelin sauvé par les bontés du Roi. » Gaspard, 10 ans, a tout de même la chance de vivre dans un Moyen-Age légendaire, auprès de chevaux somptueusement dessinés — portraiturés, disons le mot – par le crayon d’Eloïse Scherrer.
Un matin, le Roi lui-même entra dans les écuries.
« Mon garçon.
Gaspard sursauta. Le Roi ! Le vieux Roi en personne se tenait là, avec ses sourcils en broussaille et son épée plus lourde que la pierre.
— Sire…, murmura l’enfant en posant un genou à terre.
Le monarque lui fit signe de se relever.
— Nous partons en voyage. »
Nous voilà (discrètement ?) montés en croupe derrière Gaspard pour un extraordinaire voyage ! Pourvu qu’Henry, son ami crapaud, et Odile, sa cigogne tutélaire, nous tolèrent tout au long de cette chevauchée initiatique ! Le conte parlera aussi aux plus grands avec ses évocations des paradis perdus et retrouvés, par son approche de la mort et de la transmission des valeurs. Une réussite à saluer, servie par les superbes illustrations d’Eloïse Scherrer – qui, d’un grand sourire, vous dédicace son album d’un délicieux petit cheval ! N’hésitez pas à la rencontrer au gré de ses signatures

Dès 6 ans

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2021, 48 p., 16,90 € — Imprimé en France

Collectif, Fantastiques chevaliers et châteaux-forts

Collectif, Fantastiques chevaliers et châteaux-forts

Oui, un documentaire peut être fantastique ! Le titre de ce grand album invite à un beau voyage historique : des premières mottes féodales aux châteaux d’apparat, notre Europe compte des milliers de châteaux. Photos, dessins, plans, vues en coupe permettent de comprendre des architectures aussi variées que celles du château de Gisors, de Windsor ou de Neuschwandstein. Sont aussi présentées des forteresses japonaises ou indiennes ainsi que des constructions réalisées par des Européens en Afrique ou en Amérique – on est alors bien loin de la chevalerie. Focus sur la vie médiévale, index et glossaire complètent la présentation des sites. Une mine d’informations.

Dès 10 ans

Collectif, Fantastiques chevaliers et châteaux-forts, Larousse, 2021, 150 p., 19,95 € — Traduit et adapté de l’anglais. Imprimé en Lettonie.

Paul Beaupère, Les Chroniques de Follebreuil – Le jour de l’ours

Paul Beaupère, Les Chroniques de Follebreuil – Le jour de l’ours

Au paisible royaume de Follebreuil, les cuisiniers préparent un festin : la princesse Colysne va fêter ses 13 ans ! Mais la jouvencelle a d’autres projets : aller tranquillement croquer des crevettes sur la plage, accompagnée d’Armoise, son fidèle destrier – enfin sa bonne vieille jument. Tranquillement, c’est vite dit car, vue par les Vikings qui viennent de débarquer, la crevette, c’est plutôt elle, notre Colysne. Bien évidemment, pour qui connaît la malice et les jeux de mots de Paul Beaupère, Colysne ne se laissera pas faire et entraînera le lecteur dans des péripéties garanties farfelues. Et puis, des Vikings, « en 1301, ou 1302, ou 4 ou peut-être 6 », vous y croyez vraiment ?

Dès 9 ans

Paul Beaupère, Les Chroniques de Follebreuil – Le jour de l’ours, Mame, 2021, 224 p., 10,90 € — Imprimé en Italie

Léone Mahler, L’imagier de la Reine

« Être page et nous suivre en Terre sainte. Y songes-tu sérieusement, Jehan Picou ?
— Oh ! Dame oui, j’y songe, autant qu’à me croiser pour battre les Sarrazins. »
Jehan Picou, notre héros, trouve bien long son apprentissage d’enlumineur dans l’atelier paternel, à l’ombre de Notre-Dame de Paris. Or, une croisade se prépare, menée par le bon roi Louis IX et ses vassaux, dont le sire de Joinville, sénéchal de Champagne. Après les rues encombrées du vieux Paris, voilà la Champagne puis une longue route jusqu’à Aigues-Mortes, où il embarque pour Chypre et, enfin, l’Égypte et la Syrie. Nicolas l’escholier, Benoit le contemplatif, Bertrand le chevalier et Tou Mia la petite Égyptienne, sans oublier notre bonne reine Marguerite, accompagnent le jeune adolescent au fil des étapes – puis lors d’émouvantes retrouvailles, car Jehan, au retour de ce voyage initiatique, aura la chance de retrouver ses couleurs et ses pinceaux. Le roman est d’ailleurs plus axé sur les souffrances, maladies, blessures et famines supportées, et sur la nostalgie dont souffre le héros, que sur le récit d’actions belliqueuses tonitruantes.
Dans un très astucieux jeu de miroir, Léone Mahler s’est inspirée de la Vie de Saint Louis de Joinville, et surtout du récit qu’il fit de la septième croisade (1248–1254). Les manuscrits les plus précieux en furent bien sûr enluminés – par de dignes compagnons de notre Jehan Picou. Voyez la couverture du livre ! Le texte de ce roman (publié en 1947) est parfois un peu vieilli mais l’enthousiasme ne faiblit pas à la lecture de tant d’aventures.

Dès 10 ans

Léone Mahler, L’imagier de la Reine, avec une préface de Brigitte Lundi, Editions Bulle d’Or, 2021, 146 p., 11 € — Imprimé en Navarre (Espagne).

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon

« Il y a très longtemps, dans une grotte des bords du Rhin, vivaient Mime, un forgeron nain, et Siegfried, un jeune géant.
Un jour, Siegfried dit à Mime :
— Depuis des années, tu promets de me forger un glaive pour combattre les dragons.
— Je sais, s’écrie Mime. Ton glaive est prêt… Vois, jamais je n’ai réussi une aussi belle arme. »
Mais l’épée se brise, ce qui éveille la colère de Siegfried. Mime s’est moqué de lui. Le jeune géant exige de lui de savoir qui il est et d’où il vient. De révélation en révélation, Siegfried, armé de l’épée de son père, va affronter le dragon, se débarrasser de Mime et découvrir la belle Brunehilde qui « dort à jamais dans un cercle de feu ». Pierre Coran s’est inspiré de l’opéra de Wagner et de la Chanson des Niebelungen pour tracer à grands traits le portrait de ce héros, un « jeune géant » auquel les enfants sauront s’identifier. Charlotte Gastaut s’est surpassée pour nous offrir un Siegfried blond comme les blés, un Mime empêtré dans une barbe et des cheveux bleus, un dragon aux anneaux dorés et une Brunehilde en cavalière diaphane mais déterminée. L’éditeur et l’imprimeur ont fait un travail d’une précision remarquable : l’Or du Rhin demandait bien des teintes dorées aussi rutilantes. Une adaptation particulièrement réussie !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon, illustrations de Charlotte Gastaut, Père Castor Flammarion Jeunesse, 2021, 32 p., 14 € — Imprimé au Portugal