Thème

Bandes dessinées

Derib et Job, Yakari chez les castors

Après avoir remonté la rivière, Yakari, monté sur son ami Petit-Tonnerre, voit affleurer un barrage de branches. « Là-bas, on peut retraverser à gué ! » Mais voilà qu’il se fait interrompre ! « Hé ! vous deux ! Ne vous gênez pas !! Casseurs ! Démolisseurs ! C’est comme ça que vous respectez le travail des autres ? » Tout cela en très gros caractères, ce qui signifie, en code BD, que le personnage est très, très en colère. En fait de personnage, c’est un castor, « Mille-Gueules » le bien nommé, qui a alpagué notre jeune Indien. Une bande dessinée très vintage, dans une série toujours appréciée des jeunes lecteurs.

Dès 7 ans

Derib et Job, Yakari chez les castors, Le Lombard, 2000, 46 p. D’occasion chez un bouquiniste des quais de Paris

Natsuko Wada, Marie-Antoinette (1755–1793)

« Après son départ, Maria Antonia ne revit plus jamais sa mère. Le très long cortège qu’elle emmena avec elle… arriva à mi-parcours entre l’Autriche et la France au bout de deux semaines. Pour cette occasion, un bâtiment avait été construit sur une île du Rhin… où Maria Antonia fut confiée à des personnes venues la chercher depuis la France. » Et c’est ainsi que la jeune et insouciante archiduchesse d’Autriche Maria Antonia s’apprêtait à devenir Marie-Antoinette, reine de France. Cette collection des « grands noms de l’histoire en manga » continue son pari : proposer un récit fidèle à l’histoire, dans un style de narration typique du manga. Au fil du récit, les dessins de Mamoru Kurihara se font de plus en plus sobres et respectueux de la fin tragique de Louis XVI et de Marie Antoinette, même s’ils apportent une touche assez irréelle et décalée de notre histoire de France. A la fin du volume, les jeunes lecteurs curieux – ou sollicités pour un exposé – trouveront un dossier pédagogique bien monté, entre frise chronologique et reproductions d’œuvres d’art.

Dès 8 ans

Natsuko Wada, Marie-Antoinette (1755–1973), illustrations de Mamoru Kurihara, Pika Edition — Nobi Nobi, coll. « Les grands noms de l’histoire en manga », 2020, 160 p., 7,90 € — Adapté et traduit du japonais. Imprimé en France. A feuilleter ici.

Pierre-Emmanuel Dequest, Croc-Blanc, un monde sauvage, d’après Jack London

« Allez… Allez les chiens ! » D’une page où souffle le vent glacial du Grand Nord, émergent deux hommes, un traîneau, un attelage. Bientôt, les loups affamés rodent autour du campement à peine éclairé par le feu. Brrr… Pierre-Emmanuel Dequest plonge directement le lecteur au cœur de l’hiver et de la vie sauvage, dans ce Wild, mot intraduisible s’il en est. Cette adaptation en bandes dessinées — ou plutôt en « roman graphique » du célèbre Croc-Blanc de Jack London exprime toute l’énergie contenue dans un roman parfois édulcoré pour les jeunes lecteurs. Ici, pas de pitié, le sang coule, les pionniers sont d’une rare brutalité, la nature est violente, impitoyable. Cela donne encore plus de sens à la rencontre providentielle de Croc-Blanc et de Weedon Scott : contact de cet homme juste, l’animal va apprendre le respect et la confiance, au prix néanmoins de sa liberté. Un grand classique de la littérature américaine, entre violence et espoir d’un monde meilleur.

Adolescents

Pierre-Emmanuel Dequest, Croc-Blanc, un monde sauvage, d’après Jack London, Editions du Rocher, 2020, 56 p., 14,90 € — Imprimé en Pologne

Atsuo Sugaya, Napoléon – 1769–1821

« — Ohé ! Napoleone !
— Oui !!
C’est bientôt l’heure du départ.
— Entendu, père. »
Accompagné de son frère Joseph, le jeune garçon de 9 ans s’embarque pour un pays dont il ne connaît pas grand-chose : la France. Du collège de Brienne, où Napoléon dirige une mythique bataille de boules de neige, à sa mort à Sainte-Hélène, ce récit narre fidèlement la geste napoléonienne. Les dessins sont simples et épurés, le texte clair.
Ce manga est complété d’un dossier pédagogique reprenant le contexte historique, une chronologie et la reproduction de quelques tableaux célèbres. Comme le précise non sans humour ce dossier, « en devenant un héros de manga, Napoléon est globalement montré à son avantage, tant du point de vue graphique que dans son comportement ». Le mythe reste donc bien présent, avec un fond de naïveté qui rappelle les ouvrages scolaires des années 1950. Attention seulement au sens de lecture, mais les habitués de manga ont déjà pris le pli.

Dès 8 ans

Atsuo Sugaya, Napoléon – 1769–1821, dessins de Tatsuyoshi Kobayashi, 2020, Pika édition, Nobi Nobi !, coll. « Les grands noms de l’histoire en manga », 7,90 € — Traduit du japonais. Imprimé en France

Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Le trophée d’Auguste

Antoine, Agathe, Blaise et Julia : quand ces quatre lycéens, par une belle nuit d’été, font le mur pour explorer le trophée d’Auguste, à La Turbie, ils ne se doutent pas des aventures extraordinaires qui les attendent. Par la vertu d’une pièce frappée à l’effigie de l’empereur, Antoine, le premier, va se retrouver en 16 avant J.-C., vêtu d’une cuirasse et armé d’une épée courte pour faire face à l’ennemi. Des allers et retours entre notre époque et les temps anciens permettent de scénariser astucieusement l’histoire de La Turbie et des environs. Car Antoine finira par persuader ses amis de le suivre dans ces sauts de temps. Ses amis et même son professeur d’histoire, intrigué par les fulgurants progrès de son élève.

Adolescents

Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Le trophée d’Auguste, Editions du Rocher, 2020, 60 p., 15,90 € — Imprimé en France

Virgile Dureuil et Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie

« Je me suis installé pendant six mois dans une cabane sibérienne sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord. Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de route d’accès, parfois, une visite. L’hiver, des températures de – 30 °C, l’été, des ours sur les berges. Bref, le paradis. » Du journal d’ermitage rédigé par Sylvain Tesson (Gallimard, 2011), Virgile Dureuil a tiré une bande dessinée, un premier livre qui augure bien de son talent. D’une part, il a tiré la quintessence du récit de Tesson, la moelle de la moelle ; d’autre part, il a mis en images les ambiances, les couleurs, les paysages si particuliers du lac Baïkal : bleus de la glace, blancs de la neige, bruns des forêts et des cabanes… Un voyage intérieur aussi, au bout d’un monde où le thé, les ombles, les blinis et la vodka n’ont pas le même goût qu’ailleurs. Puisse-t-il rester, sur les rives de cet immense lac, quelques criques sauvages et inaccessibles au tourisme mondialisé.

Adolescents

Virgile Dureuil et Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Casterman, 2019, 112 p., 18 € — Imprimé en France

Derib et Job, Yakari et Grand Aigle

Ah, ce petit Sioux espiègle et décidé sous la coiffe de plumes empruntée à un grand guerrier ! Ce tout premier tome des aventures de Yakari nous conduit, sur les ailes de Grand Aigle ou au galop de Petit Tonnerre, dans les plaines et les forêts du Grand Ouest américain. Quel jeune papoose n’a pas tremblé devant l’ours, le feu de forêt, ou la cavalcade des mustangs ? Une bande dessinée idéale en fin de CP : peu de texte, un contexte explicite et des dessins dynamiques. Nous en avons déniché un exemplaire de 1977 chez un bouquiniste parisien, ravi de pouvoir de nouveau proposer ses trésors.

Dès 6 ans

Derib et Job, Yakari et Grand Aigle, Le Lombard, 2012, 48 p., 10,95 € — Nombreuses rééditions depuis 1973, Casterman

Felicity Brooks, Pâques, mes petits autocollants

Savez-vous que le gouvernement irlandais a publié une dépêche autorisant le lièvre de Pâques à circuler en Irlande, malgré le confinement, pour remplir sa mission ? Distribuer les œufs et les chocolats dans les jardins ! La Poste française m’a apporté hier cet album de saison : des œufs par dizaines, des agneaux, des lapins, des poussins et des fleurettes, plus de 250 autocollants réutilisables à mettre en scène. Alors, oui, les cloches et les poissons traditionnels de notre enfance ont disparu de l’imagerie, même profane, liée aux fêtes pascales mais nous ne bouderons pas notre plaisir tant que les paniers se rempliront de douces surprises !

Dès 3 ans

Felicity Brooks, Pâques, mes petits autocollants, illustrations de Malu Lenzi, Usborne, 2020, 16 p, 250 vignettes, 5,95 € — Imprimé en Chine

Jean-Marc Rochette, Le Loup

Une haute vallée des Écrins. Un berger. Son troupeau. Une louve et son petit. Une nuit de pleine lune. Soudain, un coup de feu. Quelques jours plus tard, au village, Gaspard avoue. Cette louve, cette bête magnifique, « reine ou pas, je lui ai mis une cartouche ». Parce que voir « des brebis et des agneaux les tripes à l’air. Du sang de partout », entendre des hurlements, supporter la puanteur des charognes, il n’en peut plus. De mois en mois, d’hivers en étés, le louveteau va devenir un superbe loup blanc. Une étrange relation se noue alors entre l’animal sauvage et l’homme – ensauvagé, mais armé. Les estives, les vallons, la haute montagne, les bergers comme les gardes du parc, Jean-Marc Rochette, qui vit dans la vallée du Vénéon, les connaît, les aime et les dépeint avec une rare justesse. Mais il connaît aussi le conflit qui empoisonne la vie locale : peut-on, ou non, vivre avec le loup ? « Un problème métaphysique », qui justifie la fiction par laquelle se termine son récit en images. Quelle forme doivent prendre nos relations avec le monde sauvage ? C’est le thème d’une longue postface signée Baptiste Morizot, auteur de l’ouvrage Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, où le philosophe explore la possibilité de relations pacifiées entre les hommes et les autres vivants.

Adolescents

Jean-Marc Rochette, Le Loup, Casterman, 2019, 112 p., 18 € — Mise en couleur par Isabelle Merlet. Postface de Baptiste Morizot

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco

« Autour de nous, on ne voyait que champs, longues haies de cyprès, petites cultures et deux ou trois métairies solitaires. Ce paysage m’attristait. Mais au-delà coulait une rivière. » Du ciel d’un bleu cru et des lavandes violettes qui encadrent la métairie familiale de Pascalet, voilà que le paysage, la page tournée, se teinte de vert. « Au-delà coulait une rivière… » Les bleus et les violets demeurent, couleurs nocturnes, accompagnées de beiges et de lilas – les rêves seront d’un orangé de feu couvant. Autant de couleurs chez Henri Bosco ? Ce sont elles, et le trait envoûtant de Xavier Coste, qui entraînent le lecteur à la suite de Pascalet, puis de Gatzo, sur la rivière interdite – et plus loin encore.
Rares sont les bonnes adaptations de textes classiques en bandes dessinées. Celle-ci, excellente, redonne toute sa magie à un roman trop souvent affadi par des pages de dictées, de morceaux choisis et d’explications de texte dans lesquels les petits citadins ne retrouvaient plus ni les parfums, ni les mouvements secrets des rives du Rhône provençal.

Dès 9 ans

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco, Sarbacane, 2018, 112 p., 19,50 € — Imprimé en France

Jirô Taniguchi, La forêt millénaire

Jirô Taniguchi, La forêt millénaire

Waturu, un jeune Tokyoïte de 10 ans, est recueilli par ses grands-parents dans un village de montagne. Perturbé par le divorce de ses parents et la maladie de sa mère, il ne trouve guère de compassion auprès de ses condisciples – lesquels le mettent au défi de grimper dans un arbre immense, « leur » arbre, au cœur de la forêt. Une forêt bien étrange, née d’un tremblement de terre, dans laquelle vivent de curieux animaux…

Entre album, avec un format à l’italienne, et manga, par ses codes graphiques, cet ouvrage est le dernier opus du grand maître japonais, décédé avant de l’avoir terminé. La seconde moitié du livre est consacrée à une interview de Jirô Taniguchi (1947–2017) et au storyboard des épisodes qui devaient continuer l’histoire de Waturu. Cela donne un document à part, étrange et nostalgique, qui fait revivre le Japon des années 1950 où les kodama — les hamadryades nipponnes – s’inquiètent déjà de la bonne santé de la forêt.

Adolescents

Jirô Taniguchi, La forêt millénaire, Rue de Sèvres, 2017, 72 p., 18 €

Hergé, Tintin au pays des Soviets

Hergé, Tintin au pays des Soviets

Quand Hergé dessine Tintin au pays des Soviets pour le Petit Vingtième, il n’a que 21 ans, mais déjà un talent fou ! Paru en 1929, enfin réédité en 1973, cet album a fait cet hiver un retour remarqué – et tout en couleurs, s’il vous plaît ! Tintin y est déjà le jeune reporter qu’il restera éternellement : courageux, entreprenant, inventif, jamais à court d’inspiration pour se sortir du pétrin. Il est accompagné d’un Milou « son sympathique cabot », dit la première case de la BD, lequel est parfois plus expressif et mieux dessiné que son maître. Les aventures rocambolesques de Tintin sont l’occasion d’une satire du communisme sous toutes ses formes : élections magouillées, usines en carton pâte, famine organisée, omniprésence de la Guépéou… Le « paradis rouge » est bel et bien un enfer. Le seul méchant qui n’est pas communiste est un ours ! Saviez-vous que Tintin au pays des Soviets est la seconde bande dessinée européenne à utiliser des phylactères – des « bulles » et non des légendes inscrites sous les images ?

De 7 à 77 ans

Hergé, Tintin au pays des Soviets, Casterman, 137 p., 14,95 €