Thème

Philosophie, religion, réflexions

Béatrice Alemagna, Les choses qui s’en vont

« Dans la vie, beaucoup de choses s’en vont. Elles se transforment, elles passent. » Que ce soit le petit bobo, les poux, les larmes, toutes ces petites misères finissent par passer – et même quand les cheveux tombent comme les feuilles mortes, ce n’est pas si grave – et ça, on le voit bien avec ce jeu de calques qui modifient « juste un peu » les images et retiennent l’attention. Car le plus important vient à la fin : « Une seule chose ne s’en va pas. Et ne s’en ira jamais. Jamais. » mais qui n’est jamais dite non plus – c’est, vous l’avez deviné, immuable, solide et perpétuel, l’amour d’un parent pour son enfant. Ce livre d’artiste plein de trouvailles graphiques a obtenu en 2020 le Prix Sorcières.

Dès 4 ans

Béatrice Alemagna, Les choses qui s’en vont, Hélium, 2019, 70 p., 15,90 € — Imprimé en Belgique

Louise Guillemot, Parménide et la fille du Soleil

« Il était une fois…
Il était une fois quoi ?
Il était une fois un roi qui mangeait des petits pois sur un sofa de soie. »
Rien de tel qu’une comptine absurde pour captiver son auditoire ! Louise Guillemot, jeune normalienne agrégée de lettres classiques, a sorti de son sac à malices tous les ingrédients nécessaires pour faire entrer ses lecteurs à pas menus dans un univers franchement complexe : celui du philosophe grec Parménide d’Elée, qui vécut au tournant du VIe et du Ve siècle avant notre ère. La fille du Soleil, c’est la jeune Phoebé, Phoebé la Lumineuse, qui va nous conduire à la recherche de la Justice et de la Vérité, en passant par la fiction et le réel, sans oublier le principe de non-contradiction. Quel chemin emprunter ? Celui qui s’appelle « EST », ou celui qui s’appelle « N’EST PAS » ? Celui qui va très loin, ou celui qui est d’emblée impraticable ? Fidèles à leur ligne éditoriale, les Petits Platons font rimer poésie et philosophie, dans un conte finement illustré. Les papiers de soie découpés, tout légers de Lauranne Quentric nous font retrouver toute la luminosité grecque – et il en faut pour ne pas se perdre dans la nuit !

De 9 à 99 ans (selon l’éditeur !)

Louise Guillemot, Parménide et la fille du Soleil, illustrations de Lauranne Quentric, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 € — Imprimé en Union Européenne.

Yan Marchand, Thalès et le trône de la sagesse

Thalès, le célèbre philosophe, vécut au VIe siècle avant J.-C. à Milet, sur la côte ionienne. Ce philosophe et géomètre, connu pour sa créativité et la rigueur de sa pensée, était aussi tête en l’air : la légende veut que, tombé dans un puits, il en soit ressorti tout guilleret : le tube du puits était épatant pour observer les étoiles !
Le récit commence par une pêche miraculeuse à Milet : un trône d’or forgé par le dieu Héphaïstos lui-même ! Mais il est écrit qu’il doit revenir au plus sage… Thalès, à l’aide ! Où trouver un vrai sage, dans ce monde déchiré par des tyrans cupides ? Pour connaître la réponse, il faudra résoudre une énigme… pharaonique.
Le lecteur est conduit à rencontrer les grandes thématiques milésiennes : la sagesse, le savoir, la géométrie, le pouvoir, la richesse… Au croisement de combats, de voyages et d’énigmes, des raisonnements mathématiques et géométriques y sont présentés. Familiarisez-vous à la pensée de Thalès, figure foisonnante pour notre imagination, grâce à la limpidité et l’humour de ce conte fabuleux relatant des épisodes fantastiques où se rencontrent pharaons, tyrans, dieux, philosophes et pêcheurs.

Dès 12 ans et pour tous les apprentis philosophes

Yan Marchand, Thalès et le trône de la sagesse, illustrations de Clara Dupré, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 €

Isabel Thomas, Renarde

Chaudement habillés, nous entrons sous le couvert des bois…  Sur le sol gelé se devinent les traces d’un renard. D’une renarde, plutôt, en chasse pour nourrir ses renardeaux. Les voici, le printemps venu, qui sortent du terrier et jouent à croquer des papillons. Une nuit, ils suivent enfin leur mère à la chasse. Et là, c’est le drame. « La renarde est aveuglée par les phares. La voiture freine… Trop tard. La renarde est projetée… dans un méli-mélo d’herbes écrasées. La renarde se roule en boule, le rythme de son cœur ralentit, son dernier souffle est suspendu dans l’air. » Et nos trois orphelins de regagner leur tanière. Pourtant, le récit ne fait que commencer. Au fil des jours, très naturellement, « la renarde commence à s’estomper » — et même si le mot est poétique, la réalité décrite est strictement biologique. Parce que, « si la mort est la fin d’une vie », « la fin d’une histoire », elle est aussi « un renouveau, le début d’une vie pleine d’espoir », car la dépouille de la renarde va nourrir d’autres animaux, explique l’auteur. L’album se termine par une double page documentaire qui aborde la disparition comme un phénomène naturel avec des mots simples et sensibles. Je ne suis pas assez férue de philo pour faire un rapprochement avec les écoles bouddhistes ou avec les atomistes grecs, mais il y a de cela dans cet album, servi par de superbes illustrations. A conseiller après la disparition d’un animal de compagnie, pas forcément pour aider au deuil d’un proche.

Dès 7 ans

Isabel Thomas, Renarde, illustrations de Daniel Egnéus, Editions Quatre Fleuves, 2021, 48 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.

Louise Guillemot, Pythagore et la grande évasion des nombres

« C’était un triangle rectangle, dont les côtés étaient représentés par des galets posés à intervalles égaux : trois galets pour un côté, quatre pour un autre, et cinq pour le dernier.
Mais ce triangle avait quelque chose de curieux : chacun de ses côtés était aussi l’un des côtés d’un carré. Il y avait donc un carré dont les côtés mesuraient trois galets, un carré de quatre galets de côté, et cinq galets pour le dernier.
On aurait dit que le triangle avait des ailes. »
Si ma prof de maths avait dessiné au tableau un triangle prêt à s’envoler, j’aurais bien plus vite compris le fameux théorème qu’un certain Pythagore, dans cet album, explique à ses élèves un beau jour du VIe siècle avant J.-C. Juste un épisode dans ce récit dont les nombres sont les héros : Un, Deux, Trois et Quatre. Imaginez qu’ils se sont évadés de la vie quotidienne pour se retrouver à Crotone, en Grande-Grèce. Ils y découvrent qu’ils ne sont pas seulement utiles, mais qu’ils sont beaux et nécessaires à l’harmonie du monde.
Une initiation onirique aux mathématiques, il fallait l’oser – mais ces paris extraordinaires sont la marque de fabrique des éditions de Petits Platons. 1, 2, 3, partez !

Dès 9 ans

Louise Guillemot, Pythagore et la grande évasion des nombres, illustrations d’Anna Griot, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 € — Imprimé en Europe.

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau

De la part de Sixtine R. — Monsieur Blaireau vieillit, et Monsieur Blaireau va surement bientôt mourir. Sa volonté d’apaiser la douleur de ses amis ne rend pas son départ plus facile mais plus serein. La mort, bien qu’appartenant pleinement à la vie, peut-être quelque chose de douloureux et de difficile à aborder. Conserver à l’esprit que le souvenir est porteur de vie et marqueur d’espérance permet d’apaiser la douleur. C’est ce message qu’au revoir Monsieur Blaireau veut transmettre.
Avec de jolies illustrations et un texte d’une grande tendresse, ce livre raconte la préparation au grand départ de Monsieur Blaireau. Au long de l’histoire, chacun rappelle ce que Monsieur Blaireau lui a donné, offert, les moments qu’ils ont partagés, et cela permet à chacun de prendre conscience que ce qui est partagé reste pour longtemps. A travers la lecture de ce livre, petits et grands peuvent trouver du réconfort. Chaque page peut renvoyer à ses propres souvenirs et libérer la parole. Ne pas avoir peur de pleurer.

A partir de 5 ans

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau, éditions Gallimard Jeunesse, 2010, 48 p., 4,90 € en poche ou 13,50 en grand format– Traduit de l’anglais

Yves Marchand, Les Mystères d’Héraclite

Yves Marchand, Les Mystères d’Héraclite

Sur les marches du temple d’Artémis, à Ephèse, un adolescent n’écoute guère les tirades de son père. Il est là, bouche bée, à regarder passer la jolie petite Népias, la fille d’un riche citoyen de la ville. Il se nomme Héraclite, et ne sait pas encore qu’il sera encore célèbre dans 2500 ans ! Célébrer le culte de Déméter, être initié aux mystères d’Eleusis, en revenir avec la promesse de devenir immortel ? Être invité à profiter de sa jeunesse, de sa réputation, de sa fortune, et, bientôt, de la jeune Népias ? Mais voilà que le jeune homme se met à douter en regardant le Caÿstre. « Ce fleuve… Ce vieux fleuve… Il s’écoule… Tout s’écoule. Personne ne se baigne deux fois dans la même eau. Si bien que l’on se baigne et que l’on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve. » Et le philosophe de refuser une vie toute tracée : « Tout s’écoule, mais qui regarde-t-on ? Celui qui se laisse emporter sans un mot, comme les moutons qui tombent de la berge, ou le nageur qui lutte contre les courants ? Qui des deux aura eu la vie la plus belle, même si la fin est la même ? »
Fidèle à l’esprit de la collection, « Les Mystères d’Héraclite » traduit en un récit mi-fable mi-biographie ce que la pensée d’Héraclite (535 –475 avant J.-C.) a apporté à la philosophie grecque.

Adolescents

Yves Marchand, Les Mystères d’Héraclite, illustrations de Donatien Mary, Les Petits Platons, 2015, 64 p., 14 € — Imprimé en France

Anna de Laforcade, Le Noël du maître verrier et autres contes inédits

Le Noël du maître verrier” raconte l’histoire d’un artisan qui s’endort sur le vitrail qu’il est en train de façonner le soir de Noël. Mais une petite voix le tire brusquement de son sommeil : celle d’un ange du vitrail qui voudrait bien que le maître verrier lui termine ses ailes, afin d’aller annoncer Noël ! “La rumeur du grand roi” nous fait sillonner la terre en compagnie du vent, qui annonce aux hommes la venue d’un grand roi ; tous les habitants se mettent en branle pour l’accueillir, mais sauront-ils le reconnaître ? “Le Pays de Nuit” narre la vie des habitants d’un pays plongé dans le silence et la nuit, où l’on vit à la lueur des bougies ; un vieux conteur annonce pourtant qu’un jour, le matin se lèvera… mais personne ne le croit, sauf une petite fille, Yuuki. “Kibo, sa flûte et son drôle d’oiseau” nous emmène à la rencontre d’un jeune garçon aveugle, flûtiste talentueux qui reproduit tout ce qu’il entend autour de lui ; invité à jouer à la cour d’un roi mondain, il perd peu à peu son talent à mesure que la gloire l’environne ; le retrouvera-t-il au pied du petit roi d’humilité qui vient de naître ? “Le voyage de Noémie” achève cette série de contes en nous replaçant dans le contexte réel de la Nativité. Noémie, une vieille femme de Nazareth au cœur d’or, aperçoit par hasard l’ange qui visite sa voisine Marie à l’Annonciation. Elle se promet d’être là lorsque le petit naîtra, fusse au prix d’un grand voyage…
Ces cinq contes chrétiens inédits ne manqueront pas de toucher petits et grands ! Pleins de couleur, de gaieté, de joie et de profondeur, ils nous font voyager à travers le monde et revivre l’émerveillement de Noël et de la Nativité. Espiègles et tendres, textes et illustrations se font écho pour faire de cet album un vrai joyau !

Dès 7 ans

Anna de Laforcade, Le Noël du maître verrier et autres contes inédits, illustrations de Marthe Poizat, Mame, 2020, 64 p., 17 € — Imprimé en Pologne

Judith Bouilloc, 24 contes de Noël autour du monde

En Allemagne, le 1er décembre, Anna ouvre la première fenêtre de son calendrier de l’Avent et se demande si Noël est là. En Alsace, Marikele prépare des Bredele – allons, tous en cuisine ! En Pologne, Karol et Stanislaw découvrent la tradition de la carpe pour la Wigilia – et montent un stratagème pour « sauver » la carpe Gwiazdka. Au Liban, Abouna raconte l’histoire de la Sainte-Barbe – et vous, plantez-vous du blé, le 4 décembre ? En Lorraine, Hans, Aymeric et Rita préparent le spectacle de la Saint-Nicolas. En Suède, le 13 décembre, Svéa se lève tôt pour préparer sa Sainte-Lucie : c’est elle qui, coiffée de bougies, apportera le petit déjeuner à ses parents. Au Portugal, Tiago installe la crèche en famille. Au Japon, Shusaku fabrique des grues de papier, en mémoire des enfants morts à Hiroshima. En Russie, Aliocha partage la soupe de Babouchka cuisine une soupe, qu’elle va diluer au fur et à mesure des arrivées, jusqu’à ce qu’un mystérieux voyageur renouvelle à sa façon la parabole de la multiplication des pains.
Du 1er au 24 décembre, voici un conte pour chaque soir – à lire en famille au coin du feu, au pied du sapin ou devant la crèche. Ce tour du monde des traditions et légendes de l’Avent et de Noël est superbement mis en images par une belle équipe d’illustrateurs. Un album bienvenu pour retrouver, chaque année, la magie de Noël, car, n’en doutons pas, il deviendra un classique !

Pour toute la famille

Judith Bouilloc, 24 contes de Noël autour du monde, Artège Jeunesse, 2020, 96 p., 17,90 € — Imprimé en Pologne

Torben Kuhlmann, Einstein, Le fantastique voyage d’une souris dans l’espace-temps

De la part de Sixtine R. — Quoi de plus frustrant que de louper la fête du fromage quand on est une petite souris ? Afin de pouvoir y participer, Souriceau fabrique une machine à remonter le temps. Ses calculs, fondés sur les notes d’un certain Einstein, ont néanmoins été transcrits par notre Souriceau, horloger un peu malhabile – et le voilà transporté à l’époque de ce chercheur un peu fou. Commence alors une grande quête philosophique, scientifique et un peu poétique de la définition du temps.
Dans ce voyage, accompagnés de cette charmante petite souris, les enfants cherchant à comprendre la notion du temps pourront l’aborder sous de nombreux aspects en se régalant les yeux d’illustrations délicates. L’auteur de cet album, Torben Kuhlmann, conduit dans ce récit parents et enfants à la découverte d’un grand scientifique et de belles notions, sans cesser de faire rêver.

Dès 5 ans

Torben Kuhlmann, Einstein, Le fantastique voyage d’une souris dans l’espace-temps, éditions NordSud, 2020, 128 p., 20 €

Nathalie et Christophe Prince, Ainsi parlait Nietzsche

« Loin, plus loin que n’est allé le plus grand voyageur, se trouve une chaîne de montagnes, et au bout de cette chaîne, il y a une montagne plus haute encore et plus solitaire que les autres.
Sur cette montagne vivent un homme, un aigle et un serpent.
Un homme… Il faudra creuser cette question ! Disons que c’est le héros de cette histoire. Il s’appelle Friedrich Nietzsche et la montagne s’appelle le mont Zarathoustra. L’aigle et le serpent ne s’appellent pas, car ils sont toujours là. » Avec un talent de conteurs inimitable, Nathalie et Christophe Prince conduisent le lecteur à la suite du philosophe : dans son périple, de la montagne vers la ville et plus loin encore, ils lui font rencontrer le funambule, la Sphinge, le grand dragon TUDOIS, le lion, les mouches bourdonnantes, les filles-fleurs, le plus laid des hommes… jusqu’au jour où le philosophe remonte sur sa montagne. Et là, il entame, avec un enfant, une partie de cache-tampon. « L’enfant, sa dernière métamorphose ». Le Lyonnais Yann Damezin, venu de la BD, illustre cet album avec une fantaisie virevoltante très colorée qui nous maintient en alerte au fil des pages.
Les Petits Platons ont fait le choix audacieux d’initier les enfants à la philosophie. L’équipe propose, outre ses ouvrages, des causeries et des ateliers philo. Mais l’audace se traduit aussi par des prises de risques financiers ! Ainsi, ce volume a pu être imprimé grâce à une levée de fonds. Et cela a marché ! Vous pouvez donc acheter ce volume et tous les autres en ligne auprès de la librairie des Petits Platons.

Dès 9 ans – et sans limite d’âge

Nathalie et Christophe Prince, Ainsi parlait Nietzsche, illustrations de Yann Damezin, Les Petits Platons, 2020, 64 p., 14 € — Imprimé en Europe

John Muir, Pays sauvage

« Dans les montagnes, campe parmi les herbages et les gentianes des versants glacés, dans les jardins nichés sur les reliefs sauvages où la nature abrite ses plus précieux trésors » ; « partir en montagne, c’est rentrer au pays » ; « goûte la liberté du randonneur » — tels sont quelques-uns des aphorismes qui parsèment cet album. Nous les devons à John Muir (1838–1914). Né en Ecosse, il a parcouru les grands espaces nord-américains, du Kentucky à la Floride, et en particulier le Yosemite. Il a aussi beaucoup écrit et joué un rôle majeur dans la fondation des premiers parcs nationaux américains. Giovanni Manna, prix Andersen 2003, a illustré de nombreux ouvrages, dont le célèbre Si… tu seras un Homme mon fils. Son pinceau évoque à merveille les grands espaces, et nous invite à aller marcher, « sans bruit et sans bagage ».

Dès 6 ans

John Muir, Pays sauvage, illustrations de Giovanni Manna, 2020, Plume de carotte, 27 p., 16 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en France