Thème

De 5 à 6 ans

Jean-Claude Mourlevat, L’enfant et l’œuf

« La poule est dans son nid. L’enfant s’approche et dit à la poule :
— Tu as pondu un œuf tout à l’heure. Donne-le-moi et ma mère m’en fera une omelette.
La poule, sans même le regarder (on dirait qu’elle dort), répond :
— Cot… cot… c’est vrai. Je suis en train de le couver. Il est encore tout chaud. Tu l’auras… cot… cot… si tu me rapportes une poignée de grains. »
Dans un pays recouvert d’une neige épaisse, voilà donc l’enfant au petit chaperon bleu parti pour une quête semée de rencontres improbables et d’embûches, qui le mènera jusque chez le cruel seigneur d’un château…
Ce conte « randonnée » tient en haleine – et montre que l’entraide et la générosité peuvent l’emporter sur la vanité, la colère et le sentiment de toute-puissance.
Même si la neige a disparu de nos régions en ce beau mois de mai, elle fait aussi partie intégrante du conte !

Dès 4 ans

Jean-Claude Mourlevat, L’enfant et l’œuf, illustrations de Fabienne Teyssèdre, Mango, 2021, 32 p., 13,50 € — Imprimé en Roumanie

Nicolò Carozzi, Hardie comme une souris

« “Tu veux jouer ?” demanda la souris au poisson. “OH OUI !” répondit le poisson. Et ils commencèrent à jouer », la souris batifolant devant l’aquarium, le poisson sautillant à qui mieux mieux. Jusqu’à l’arrivée de trois compères dont nous ne voyons que les ombres sur le mur… et bientôt, voilà nos trois chats menant une sarabande endiablée autour de l’aquarium. Qui croqueront-ils en premier ? Mais notre amie la souris, « hardie » comme le dit le titre de cet album, trouve un subterfuge original pour échapper au pire… Les dessins sont aussi désopilants que l’histoire, c’est loufoque et charmant !

Dès 4 ans

Nicolò Carozzi, Hardie comme une souris, Albin Michel Jeunesse, 2022, 40 p., 14,90 € — Traduit de l’anglais par Anne Léonard. Imprimé en Lettonie

Anne Ferrier, Lancelot, l’enfance d’un chevalier

« On en voit des choses depuis le ciel lorsqu’on vole comme moi, Lug le corbeau ! » Et que voit-il notre corbeau ? « Un château assiégé et une mère éplorée déposant son enfant au bord d’un lac avant de s’enfuir. » Puis une fée, Viviane, la Dame du Lac, qui s’empare délicatement du couffin et qui berce l’enfant… Lug, le corbeau, va veiller sur les destinées de cet « enfant de roi », jusqu’à ce que celui-ci découvre son nom et sa généalogie et se fasse connaître du roi Arthur. Un récit à l’humour tendre, avec des batailles (quand même) et des personnages hauts en couleur. Une belle initiation à la légende arthurienne, à compléter avec les trois autres albums de la série.

Dès 5 ans

Anne Ferrier, Lancelot, l’enfance d’un chevalier, illustrations de Christelle Le Guen, Locus Solus Junior, coll. « Minus », 2022, 32 p., 11,90 € — Imprimé en France. Une première édition est parue en 2014 aux éditions Millefeuille.
Chez le même éditeur :
Anne Ferrier, Arthur, l’enfance d’un roi, illustrations de Christelle Le Guen, Ed Locus Solus, 2019, 32 p., 11,90 €
Anne Ferrier, Merlin, l’enfance d’un enchanteur, illustrations de Christelle Le Guen, Ed Locus Solus, 2019, 32 p., 11,90 €
Anne Ferrier, Morgane, l’enfance d’une magicienne, illustrations de Christelle Le Guen, Ed Locus Solus, 2019, 32 p., 11,90 €

 

Clémentine Sourdais, Faune et Flore du printemps

Les graines de tomate ont été mises à germer, les plantules portent désormais 5 à 7 feuilles, nous sommes bientôt en mai, il est temps de les repiquer en pleine terre. Tout pousse et fleurit au jardin ; les animaux, petits et grands, qui s’étaient mis au repos, se sont réveillés de leur hibernation. Où se cachent les cygnons ? Attention toutefois : mieux vaut ne pas s’approcher des marcassins tout juste nés dans le sous-bois !
Cet album mêle coloriages, autocollants et quiz à des informations simples pour tout savoir du printemps dans la nature. Bien utile les jours de pluie… Cette pluie qui va faire tant de bien aux jeunes pousses de salade ou de haricots, mais pas à nos futures tomates !

Dès 6 ans

Clémentine Sourdais, Faune et Flore du printemps, Amaterra, coll. « Mon cahier nature », 2022, 24 p., 7,50 €

Jean E. Pendziwol, J’ai trouvé l’espoir dans un cerisier

« Le cerisier, lui,
sait une chose :
que l’espoir
à l’automne
apporte
les fleurs
au printemps. »

Pourquoi les ombres disparaissent-elles parfois ? Comment les flocons de neige, parfois doux et délicats, peuvent-ils être aussi froids et piquants ? Que faire quand le vent hurle comme un loup ? Quand le monde semble imprévisible, confus et épeurant, l’enfant de cette histoire poétique trouve de l’espoir dans les bourgeons d’un cerisier.
« Épeurant » ? Voilà un bien joli mot, un peu désuet ici, qui nous vient, comme cet album, du Québec. Des dessins très sobres, des couleurs toutes douces nées sous le pinceau de Nathalie Dion, voilà une belle manière de fêter le printemps dans les cœurs !

Dès 4 ans

Jean E. Pendziwol, J’ai trouvé l’espoir dans un cerisier, illustrations de Nathalie Dion, Editions d’Eux, 2022, 36 p., 16,50 € — Traduit de l’anglais par Christiane Duchesne. Imprimé en Chine

Sandrine Kao, Après les vagues

La mer. L’île. Explorer. Se perdre. Belle étoile. La rencontre. S’attacher. Se découvrir. Chaque page ou double page de cet album, en quelques images et si peu de mots, ne décline pas une simple « aventure », ou une « situation », mais suggère ce qui se passe au fond de nos cœurs quand on part à l’aventure, à la découverte de soi et des autres. Les « héros » en sont de petits animaux au contour très simple dont Sandrine Kao ne sait pas elle-même très bien si ce sont des lapins, des chiens ou des marmottes… J’y verrai plutôt quelques-uns des petits fantômes amicaux que nous a fait connaître le cinéma d’animation japonais (mais je n’y connais rien en fantômes asiatiques). Le titre, « Après les vagues », nous invite à tourner la page des derniers mois, à croire en nos rêves et à aller de l’avant. « Si quelque chose nous déplaît grimacer n’y changera rien. Un peu de recul, un conseil avisé, et l’amer devient sucré. » A déguster en famille, tranquillement…

Dès 4 ans, et pour tous les âges

Sandrine Kao, Après les vagues, Grasset Jeunesse, 2022, 40 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Florence Dutruc-Rosset, Le châle de Nonna

« Il était une fois… » Ainsi débutent les contes, depuis tant et tant d’années… Nonna, cela signifie grand-mère en italien, et Nonna est en effet la grand-mère de Capucine, qu’elle a recueillie et élevée depuis qu’elle est bébé. Autant vous dire que des liens très forts se sont tissés entre elles deux. Nonna a tout appris à Capucine mais surtout « elle lui avait appris à aimer ». Ce temps passé est très important pour placer le conte hors du temps. Car la suite, vous l’attendez déjà : « un matin, Capucine trouva sa Nonna sans vie Elle était morte pendant la nuit. » Même le guérisseur n’avait rien pu pour elle… Capucine va alors décider d’aller déposer le châle de sa Nonna en haut de la Montagne Sacrée. Un long voyage initiatique, qui lui fait traverser une sombre forêt avant de voir le paysage s’éclaircir. Et là, une hirondelle… Ce conte sur le deuil et la perte d’un être aimé met en images le cheminement qui mène du chagrin le plus profond à l’acceptation et à la sublimation des souvenirs, avec parfois des influences un peu païennes, dans la lignée des écrits de Jung, par exemple.
A la fin de l’album Florence Dutruc-Rosset explicite le sens symbolique de chacun des personnages ou lieux rencontrés. Une référence à conserver pour aider les enfants lors d’un deuil familial.

Dès 5 ans

Florence Dutruc-Rosset, Le châle de Nonna, illustrations de Juliette Barbanègre, Bayard Jeunesse, coll. « les contes qui guérissent », 2022, 40 p., 13,90 € — Imprimé en Slovénie

Florence Magnin, Amandine et Caramel

Amandine, « curieuse et gourmande », a osé explorer une vieille bâtisse abandonnée. Dans la cuisine, elle trouve un livre de recettes bien étranges : quel goût peuvent bien avoir ces gâteaux qui se nomment « Vampirella aux groseilles » ou « Mélusine-Frangipaneux » ? La charlotte de Dame Tartine tient toutes ses promesses : elle va grandir, grandir et notre Amandine, suivie de son écureuil Caramel, va pénétrer dans son royaume – celui de la célèbre chanson ! Florence Magnin a glissé d’autres allusions sucrées et littéraires dans ce délicieux album, je vous laisse les découvrir. Son Amandine pourrait être la cousine de Caroline, avec sa salopette, ses taches de rousseur et son air mutin, et ce n’est pas pour déplaire. Les illustrations très colorées, fourmillent de détails amusants– mais gare, la sorcière d’Hansel et Gretel n’est pas loin ! Pour tous les becs sucrés et les amateurs de contes de fées !

Dès 5 ans

Florence Magnin, Amandine et Caramel, Editions Clair de Lune, 2022, 48 p., 19,95 € — Imprimé en France

Les Gommettes françaises

Je vais faire aujourd’hui une petite entorse à mes habitudes et sortir de ma bibliothèque ! Je suis fana de gommettes – notamment parce que le dessin et moi, ce n’est pas vraiment évident. Alors, quand il s’agit d’occuper mes petits-fils, l’arme magique, ce sont les gommettes ! Mais encore faut-il en trouver de jolies, qui conviennent à ces petits messieurs, et qui ne me ruinent pas. Comme leur nom l’indique, les Gommettes françaises sont bien de chez nous : fabriquées dans le Rouergue, et expédiées à domicile.
Des formes colorées aux feuilles thématiques, il y en a pour tous les goûts, toutes les occasions et toutes les saisons. Le site propose aussi des cahiers de coloriage, des stickers, etc. Un seul hic : on a envie de tout commander.
Les gommettes françaises, c’est aussi une histoire de famille, une famille anticonformiste et bien sympathique. Amandine est graphiste, elle créée les gommettes, Yoann les fabrique à l’aide d’une machine d’impression découpe, et assure la logistique et la relation client. Leurs deux filles, Lola et Eva, sont là pour tester les nouveaux modèles. Une belle réussite à soutenir.

De 3 à 10 ans (et parfois pour les plus grands)

Les Gommettes françaises, https://lesgommettesfrancaises.com/

Charlotte Grossetête, Les cloches du maître chocolatier et autres contes inédits

« Pâques approchait. Et cette année, la fête coïnciderait avec un anniversaire : Marthe et Marie, les cloches de l’église, allaient avoir cinq cents ans. Pour célébrer l’événement, Gautier avait eu l’idée de réaliser un modèle de cloches en chocolat les reproduisant fidèlement. » Partant de cette très louable initiative, Charlotte Grossetête entraîne peu à peu le lecteur dans une autre dimension. Car il suffit parfois d’un sourire pour changer la vie… surtout quand le tendre sourire de deux saintes femmes se déploie sur des cloches en chocolat !
Les lièvres de Pâques ? Nous les retrouvons batifolant dans la nuit polaire, à la recherche de la lumière – un phénomène encore mystérieux pour ces joyeuses boules de poils. Les œufs ? Ce sera l’occasion de rencontrer une princesse russe, vieille dame aveugle si digne dans sa solitude, à qui deux enfants rapportent un œuf de pierres précieuses « volé » par une pie. Ce sera aussi le thème d’un autre conte, où un œuf en chocolat offre son plus beau sourire – et bien plus encore – à un enfant des rues. Le cinquième conte nous entraîne dans la montagne, où un berger accueille un curieux visiteur, tout de blanc vêtu, parti chercher mille cloches à Rome.
Ces cinq contes, aux illustrations intemporelles et poétiques, transmettent avec subtilité et générosité les valeurs chrétiennes du temps pascal, avec un sens du merveilleux toujours très positif.

Dès 5 ans

Charlotte Grossetête, Les cloches du maître chocolatier et autres contes inédits, illustrations de Sara Ugolotti, Mame, 2022, 64 p., 17 € — Imprimé en Slovénie

Flore Brunelet, Les écrans, c’est pour les grands

Si c’est la dame du livre qui le dit… Voilà une autorité qui, parfois, peut venir en aide aux parents. C’est le cas avec cet album écrit par Flore Brunelet, psychologue, et illustré par sa fille Madeleine. Un charmant bambin à lunettes nous conduit chez lui, à hauteur de son bout du nez. Alors, oui, « à la maison, il y a un ordinateur, une télé, deux téléphones, deux tablettes. Je sais que c’est pour les grands mais moi j’aimerais bien qu’on me les prête. Papa et Maman ne sont pas d’accord, ils ne veulent pas partager. » Et si la dame qui a écrit le livre ne suffit pas à convaincre, c’est le docteur qui vient à la rescousse. « Courir, jouer, imaginer ! plein de choses que les écrans ne peuvent remplacer. » Après ses sages conseils, notre chenapan va cacher les écrans de ses parents – seraient-ils devenus dépendants ? Le texte comme les dessins évitent tout côté moralisateur pour énoncer un simple constat : l’exposition aux écrans nuit au développement des jeunes enfants et peut avoir de graves répercussions sur leur santé. Connaissez-vous la règle des 3 /6 / 9 / 12 ?

Dès 3 ans, et surtout pour les parents

Flore Brunelet, Les écrans, c’est pour les grands, illustrations de Madeleine Brunelet, Flammarion Jeunesse, Père Castor, 2022, 24 p., 6,50 € — Imprimé en Chine

Sebastian Meschenmoser, L’écureuil et la très grosse noix

« L’écureuil n’en croit pas ses yeux. Il la regarde et ne sait que dire. » Et nous non plus… car, sans l’avoir nommée, nous la voyons bien, cette « très grosse noix » ! « Comment a‑t-elle pu atterrir ici, à l’intérieur de l’arbre ? Il n’a jamais vu d’aussi grosse, d’aussi belle noix que celle-là. » Reste à la cacher, mais où… « C’est désespérant ! Comment faire ? Il faut que cette cachette soit comme la noix elle-même : parfaite et inoubliable. L’écureuil réfléchit, réfléchit… Il faut rester concentré, et surtout, ne pas se laisser distraire ! »
C’est bien sûr ce qui va arriver et nous voilà partis à la suite de cet écureuil fantasque et blagueur. Sebastian Meschenmoser retrouve ici son compère l’écureuil, dont il a déjà conté et dessiné de nombreuses aventures – L’écureuil et le roi de la forêt, L’écureuil et la lune, L’écureuil et le printemps… — toujours aussi farfelues. Il a le talent de donner des expressions très vivantes, mais pas tout à fait humaines, à ses vedettes, car l’écureuil ne serait rien sans le hérisson, l’ours ou le bouc. Et si vous avez des souvenirs d’allemand, entraînez-vous à prononcer avec vos enfants le titre original : Herr Eichhorn und die unvergessliche Nuss !

Dès 4 ans

Sebastian Meschenmoser, L’écureuil et la très grosse noix, Minedition, 2022, 60 p., 15 € — Traduit de l’allemand par Julie Duteil. Imprimé en Pologne