Dernières mises en ligne

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes

Des marionnettes de Paul Klee au mobile en forme de poisson de Calder, des chevaliers de Carl Otto Czeschka à l’Arche de Noé d’André Hellé, Dominique Ehrhard a réussi un par peu ordinaire : redonner vie à ces jouets en créant des pop-ups à leur ressemblance. Car il fut un temps où les parents créaient des jouets pour leurs enfants, avec parfois peu de choses, papier, chiffons, bouts de bois… Quand ces parents étaient de grands artistes, leurs jouets n’ont pas tous disparu et sont maintenant exposés dans les plus grands musées. Trois pages documentaires s’ajoutent à ce déploiement de couleurs et de formes. Un album à laisser ouvert pour rêver, s’évader, raconter…

Dès 4 ans et pour toutes les petites mains soigneuses

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes, Editions des Grandes Personnes, 2018, 24 p., 28,50 € — Imprimé en Chine

Stefan Zweig, Magellan

« Une voile ! Un navire ! Béni sois-tu, ô mon Dieu ! Un des deux bâtiments est sauvé. Mais non ce sont les deux navires, le San Antonio et le Conception, qui reviennent sains et saufs. Mais qu’arrive-t-il ? A peine sont-ils en vue que là-bas, à bâbord, un éclair a lui, une fois, deux fois, trois fois, et l’écho renvoie en grondant le bruit du canon. Que s’est-il passé ? […] Magellan le premier l’a compris : c’est le langage de la victoire ! » Ce 21 octobre 1520, Fernand de Magellan (1480–1521) a gagné : il a réussi à passer de l’océan Atlantique à l’océan qu’il nommera Pacifique en contournant l’Amérique du Sud. Son expédition, après plus de trois ans de navigation, reviendra victorieuse, mais sans lui, en Espagne : il était bien possible de faire le tour de la terre d’est en ouest.
Ce récit historique, paru pour la première fois à Vienne en 1938, retrace la vie de Magellan, un destin héroïque qui fera vibrer les adolescents. Loin de se contenter de chiffres, de dates et de tonnages, Stefan Zweig brosse un portrait psychologique magistral de ce gentilhomme au caractère sévère et à la volonté de fer.

Adolescents

Stefan Zweig, Magellan, Le Livre de Poche, 2012, 288 p., 7,30 € — traduit de l’allemand par Alzir Hella. Imprimé en France

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon

« Il y a très longtemps, dans une grotte des bords du Rhin, vivaient Mime, un forgeron nain, et Siegfried, un jeune géant.
Un jour, Siegfried dit à Mime :
— Depuis des années, tu promets de me forger un glaive pour combattre les dragons.
— Je sais, s’écrie Mime. Ton glaive est prêt… Vois, jamais je n’ai réussi une aussi belle arme. »
Mais l’épée se brise, ce qui éveille la colère de Siegfried. Mime s’est moqué de lui. Le jeune géant exige de lui de savoir qui il est et d’où il vient. De révélation en révélation, Siegfried, armé de l’épée de son père, va affronter le dragon, se débarrasser de Mime et découvrir la belle Brunehilde qui « dort à jamais dans un cercle de feu ». Pierre Coran s’est inspiré de l’opéra de Wagner et de la Chanson des Niebelungen pour tracer à grands traits le portrait de ce héros, un « jeune géant » auquel les enfants sauront s’identifier. Charlotte Gastaut s’est surpassée pour nous offrir un Siegfried blond comme les blés, un Mime empêtré dans une barbe et des cheveux bleus, un dragon aux anneaux dorés et une Brunehilde en cavalière diaphane mais déterminée. L’éditeur et l’imprimeur ont fait un travail d’une précision remarquable : l’Or du Rhin demandait bien des teintes dorées aussi rutilantes. Une adaptation particulièrement réussie !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon, illustrations de Charlotte Gastaut, Père Castor Flammarion Jeunesse, 2021, 32 p., 14 € — Imprimé au Portugal

Graham Carter, Le voleur d’histoires

Olivia habite sur une île et, comme elle aime beaucoup lire, son papa l’emmène en bateau à la bibliothèque. « Un jour, en rentrant, l’un de ses livres passa par-dessus bord et Olivia le vit couler, couler, couler dans les profondeurs de l’océan… » Vous vous doutez bien qu’il ne va pas se coincer pour l’éternité entre deux rochers, sinon, il n’y aurait pas d’histoire. Non, le livre réveilla un étrange animal. Qui se demanda illico si ce bel objet se portait (comme un chapeau), se mangeait (comme un gâteau) ou s’il contenait un trésor (on trouve toujours des trésors dans l’océan !)… Et voilà notre sympathique poulpe parti enquêter à sa manière, en volant tous les livres qu’il peut trouver. A quoi peuvent servir les livres quand on ne sait pas lire ? Coup de chance, après moult aventures, Olivia retrouva le poulpe et « se mit à lire à haute voix » (au passé simple, s’il vous plaît). A vous de découvrir la suite ! Un beau voyage en perspective au royaume des livres et de la lecture, un royaume aux couleurs chatoyantes.

Dès 5 ans

Graham Carter, Le voleur d’histoires, Kimane, 2021, 34 p., 13,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Marie Lescroart, Mon grand voyage

« Dans mon vaisseau imaginaire, je pars faire le tour de la Terre. Décollage dans le jardin : Compte à rebours : 4, 3, 2, 1 ! »
Après une escale dans la forêt tempérée et un passage sur les rives du ruisseau, notre naturaliste en herbe nous conduit sous les tropiques, au bord de l’eau ou dans la forêt. Puis elle gagne la savane. « En Afrique, elle héberge les stars du monde animal : lions, guépards et hyènes, rhinocéros et zèbres, immenses troupeaux de gazelles, girafes qui tutoient le ciel… et des colosses à grandes oreilles. » Son tour du monde des écosystèmes se poursuit dans le désert saharien, puis sur la banquise. Jusqu’à son retour chez elle, où le hérisson se régale de limaces. Et de conclure, la coquine : « Sans tous mes gentils microbes, je ne serais pas la même, je suis leur écosystème. » Un bien beau voyage, où l’on rencontre aussi des mots très savants, tels canopée, épiphytes et broméliacées.
Chacun de ces écosystèmes est illustré à base de collages et de pochoirs, par Emmanuelle Houssais, qui sait allier précision documentaire et poésie.

Dès 5 ans

Marie Lescroart, Mon grand voyage, illustrations d’Emmanuelle Houssais, Ed du Ricochet, 2021, 36 p., 16 € — Imprimé en Pologne

Alice de Nussy et Janik Coat, La Malédiction des flamants roses

A côté d’Alice, qui écrit, et de Janik, qui dessine, il y a aussi Valéria, « celle qui chapeaute » et qui va, l’air de rien, tenter d’organiser le joyeux bazar qui s’annonce. Plein de grâce, en tutu rose, debout sur une jambe ? C’est une danseuse. Mais sur une patte ? Alors, c’est un flamant rose, « le héros de notre histoire ». Mais avez-vous déjà vu un flamant rose tout seul ? En Camargue, ils vivent en groupes serrés. Tiens, Janik a caché (enfin, on ne voit que lui !) un corbeau dans la page. A la suivante, entrent en scène un éléphant et un (ou une) hippopotame. Ensuite, ça se déchaîne ! Valéria ne peut plus rien face à l’imagination d’Alice et de Janik : une forêt, un loup, un renard, un chaperon rouge, un écureuil… De page en page les personnages se révoltent contre les choix d’Alice et de Janik – est-ce vraiment comme cela que se fabrique un album ? Les dernières pages proposent aux enfants de découper les personnages et de les coller sur les paysages – un code permet de les télécharger pour ne pas abimer le livre. Le très grand format de l’album permet de le raconter à un groupe d’enfants, qui pourront prolonger ce moment un peu farfelu en créant leur propre version de l’histoire. Ils peuvent aussi parrainer un flamant rose, à la Tour du Valat.

Dès 3 ans

Alice de Nussy, La Malédiction des flamants roses, illustrations de Janik Coat, Grasset Jeunesse, 2021, 48 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Diane Malvezin, La famille Mackenzie voyage… en Islande

Donner du pain à des canards sur un lac gelé, aller à la recherche des elfes et des trolls, descendre dans le cratère d’un volcan, se faire doucher par un geyser, en voilà des aventures ! Ombeline, Mark et le petit Steve ont bien de la chance : avec leur papa pilote de ligne et leur charmante maman, ils passent une semaine de vacances en Islande. Diane Malvezin, d’origine québécoise, signe ici le premier tome des aventures de la famille Mackenzie, à qui Apolline Dussart prête des visages bien sympathiques. Comme le veut la tradition catholique affirmée des Editions des Petits Chouans, personne n’oublie de dire le bénédicité ou de faire sa prière du soir. Le premier tome d’une série prometteuse qui fera visiter le monde aux jeunes lecteurs.

Dès 8 ans

Diane Malvezin, La famille Mackenzie voyage… en Islande, illustrations d’Apolline Dussart, Editions des Petits Chouans, 2020, 64 p., 11,90 € — Imprimé en France
Du même auteur, dans la même collection : La famille Mackenzie voyage… en Autriche, illustrations d’Apolline Dussart, Editions des Petits Chouans, 2020, 64 p., 11,90 € — Imprimé en France

Sesyle Joslin, La Petite Famille

« Dans la maison, il y a le salon.
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père.
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père et la mère. »
Vous avez compris le truc, n’est-ce pas. Mais attention à la dernière reprise :
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père et la mère et le bébé et le crocodile. Adieu petite famille ! ».
Initialement paru en 1964, La petite famille est un drôle de manuel d’apprentissage du français pour les jeunes enfants anglophones. À partir de mots du quotidien, des phrases simples sont construites, puis la répétition et l’addition en font de vraies saynètes. Quatre histoires, délicieusement absurdes, sont proposées dans le livre — La petite famille ; le banquet ; le clown ; la belle dame —, complété par un lexique bilingue du vocabulaire utilisé. Les illustrations très colorées de John Alcorn (1935–1992) accompagnent parfaitement ces drôles d’histoires, dans l’esprit très « pop » des années 1960. La réédition, à l’identique, du livre permettra aux jeunes lecteurs francophones de parfaire leur lecture et de s’initier au vocabulaire anglais.

Dès 3 ans (avec des parents qui parlent comme les Beatles !)

Sesyle Joslin, La Petite Famille, illustrations de John Alcorn, Editions MeMo, 2021, 44 p., 16 €. Traduit de l’anglais (Etats-Unis). Imprimé en Europe

Carl Norac, La Harpe de la Reine ou le journal intime de Marie-Antoinette

« Je vais vous raconter des secrets que mes amies, princesse de Lamballe ou duchesse de Polignac, ne devinent même pas. Mais pas d’impatience, jouons, je veux écouter votre musique. Notre musique.
Il suffit qu’une harpe soit dans la pièce pour qu’un sourire me vienne et que je devienne, plus que Reine ou femme, une rêveuse de jour. »
Avec ce « journal intime de Marie-Antoinette », Carl Norac nous offre une merveilleuse plongée dans la vie musicale de Versailles au XVIIIe siècle. Marie-Antoinette se confie à sa chère harpe : savez-vous qu’elle en jouait plus d’une heure par jour avec son professeur ? Carl Norac raconte avec beaucoup de pudeur la vie de cette jeune reine si mal aimée, qui reprend vie avec la voix de la comédienne Marina Hands. Après l’évocation des heures heureuses, l’album se termine par un cauchemar où le « carrosse devient un chariot » — non, en fait, il se termine par le rondo du Concerto pour harpe et orchestre n°5 de Jean-Baptiste Krumpholtz, magnifiquement interprété par le harpiste Xavier de Maistre et les Arts Florissants de William Christie – excusez du peu ! L’album grand format est illustré par Eric Puybaret, qui n’a pas son pareil pour peindre les rêves, fussent-ils ceux d’une reine de France. Plaisir des yeux, plaisirs des oreilles – à déguster avec quelques jolis macarons !

Dès 8 ans

Carl Norac, La Harpe de la Reine ou le journal intime de Marie-Antoinette, illustrations d’Eric Puybaret. Un livre CD raconté par Marina Hands, avec Xavier de Maistre à la harpe et Les Arts Florissants de William Christie, Editions Little Village et Harmonia Mundi, 2019, 60 p., 22 € — Imprimé en Europe.

Libby Burns, La Météo

Chez vous, est-ce jour de pluie, jour de neige ou jour de soleil ? Cette pluie, d’où vient-elle ? Des nuages gris… Tire la tirette, et regarde : chic, la petite fille peut sauter dans une flaque ! Quand le vent souffle, gare à ta caquette, elle s’envole si vite ! Et cette goutte d’eau ? Est-ce elle qui va former un si joli flocon de neige ? Quant à l’arc-en-ciel, à toi de voir comment il se forme. Un album cartonné aux couleurs vives, avec des « fenêtres surprises » qui feront la joie des petites menottes.

Dès 2 ans

Libby Burns, La Météo, Kimane, 2021, 10 p. cartonnées, 9, 95 € — Fabriqué en Chine
Dans la même collection : Libby Burns, Mon corps, Kimane, 2021, 10 p. cartonnées, 9, 95 € — Fabriqué en Chine

Margot de Jubécourt, Le masque du chacal

La famille Gasnet, neuf enfants et une joie de vivre scoute bien affirmée, vient d’emménager dans une belle maison bourgeoise d’une bourgade normande. Seule ombre au tableau : nuit après nuit, le mur du jardin est recouvert de graffitis, signés « Chacal ». Qui se cache derrière ce masque ? Les aînés vont découvrir une bande de petits délinquants qui se prennent pour des durs, des pieds nickelés laissés à eux-mêmes et à leur ennui. Peu à peu, certains de ces gamins vont se laisser séduire par le charisme de Tanguy et de ses frères, jusqu’à monter une troupe scoute et se rapprocher de l’Eglise.
Nous voilà donc partis pour une grande démonstration « in vivo » des valeurs du scoutisme, autour des notions clés de l’engagement, de la fraternité et de la foi. Margot de Jubécourt a eu la bonne idée de ne pas écrire un manuel du chef scout, ou une théorie du management d’équipe, encore moins une méthode de réinsertion, mais un vrai roman aux dialogues enlevés, avec nombre d’épisodes annexes qui donnent de l’épaisseur aux personnages. Elle s’en est raisonnablement tenue à un rapprochement, tendu mais gagnant, avec des petits Blancs qui pour lesquels tout espoir n’est pas perdu. Un roman naturaliste bien ancré dans la réalité sociologique contemporaine, sans aucun autre élément « magique » que l’empathie et la force de caractère.

Grands adolescents, dès 15 ans

Margot de Jubécourt, Le masque du chacal, BoD Books on Demand, 2020, 242 p., 15 € — Imprimé en Allemagne. Attention : le livre étant imprimé à la demande, comptez 2 à 3 semaines entre la commande et la livraison.

Taro Miura, Les enfants du tout petit roi et de la très grande princesse

Dix enfants ! Dix enfants qui « vivaient dans la joie et le bonheur », choyés par leurs parents, le tout petit roi et la très grande princesse. Un beau jour, le roi les invita à sortir du château : « visitez le royaume, rencontrez les habitants et réfléchissez à ce que vous aimeriez faire pour notre pays ». Son idée était de savoir qui lui succèderait, mais il ne le leur dit pas. L’un choisit de devenir fleuriste, l’autre garagiste, le suivant footballeur et sa sœur, chanteuse, puis vinrent le charpentier et l’agricultrice… Bref, les neufs premiers choisirent chacun un métier, mais pas celui de roi ou de reine. Et le dixième ? Plus discret, il savait écouter et se faire aimer – il accepta de devenir roi le jour venu et se fit aider de toute sa fratrie, parce qu’il fallait bien que chacun y mît un peu du sien. Le Japonais Taro Miura raconte en mille couleurs vives cette belle fable d’harmonie politique. Sa signature ? Des lignes épurées et géométriques, un peu comme des gommettes et un art de la répétition qui enchantera les petits. Et votre petit prince, ou votre chère princesse, feront-ils le même métier que Papa et Maman ?

Dès 4 ans

Taro Miura, Les enfants du tout petit roi et de la très grande princesse, Milan, 2021, 40 p., 12,90 € — adapté du japonais par Yukari Maeda et Patrick Honnoré – Imprimé en Chine