Dernières mises en ligne

Karine-Marie Amiot, Mission Coquelicot

« Grand-Ma va mieux. Elle va sortir de l’hôpital. […] Mais elle ne pourra pas retourner chez elle.
— Quoi ???
Je n’arrive pas à comprendre…
— Elle ne peut plus vivre seule. Faire ses courses, son ménage, sa toilette, sa cuisine…
— Où est-ce qu’elle va aller alors ?
— Dans une maison pour personnes âgées. Une grande maison, comme un hôtel, où l’on prendra soin d’elle. »
Papa et Maman ont beau user de circonlocutions, savoir que Grand-Ma ne lui fera plus de crêpes, ne lui lira plus d’histoires, tout cela laisse Philomène, dite Philo, bien dubitative.
«  Et Grand-Ma ? Elle est d’accord, au moins ?
— Elle ne dit pas non. Ce ne sera pas facile. Mais c’est plus sage. […]
Je suis sûre que Grand-Ma n’a pas envie d’y aller. C’est triste, une maison de retraite. »
Alors, ni une ni deux, Philo et son amie Vio décident d’apporter un peu de leur joie de vivre et de leurs rires aux pensionnaires. Même si Madame Henriette, la directrice, n’apprécie pas du tout qu’un lapin apprivoisé cavale dans les couloirs !
Un texte d’une grande fraîcheur pour sourire et sensibiliser les enfants à l’attention à porter aux personnes âgées.

Dès 7 ans

Karine-Marie Amiot, Mission Coquelicot, Mame, coll « Les petits héros », 2022, 144 p., 10 €  — Imprimé en Italie
Du même auteur : Tout feu, tout flamme, Mame, Coll. « Les petits héros », 2022, 144 p., 10 € — Imprimé en Italie

Catherine de Lasa, Peintre de Marie-Antoinette – Journal d’Elisabeth Vigée Le Brun – 1766–1770

Issue de la petite bourgeoisie parisienne, Elisabeth, après avoir été en nourrice, passe quelques années au couvent – c’est là qu’elle commence ce « journal », ou plutôt, c’est à cette époque, en 1766, que Catherine de Lasa lui prête sa plume pour débuter un journal apocryphe, qui nous mène jusqu’en 1770, date à laquelle Elisabeth a ses entrées à Versailles. Cette enfant prodige, encouragée par son père, lui-même peintre, et par ses amis, va en effet devenir la peintre officielle de Marie-Antoinette. Mais cela n’ira pas sans embûches, ni sans larmes. Quand son père meurt subitement, Elisabeth n’a que douze ans… Et c’est la peinture qui l’aide à reprendre pied, d’autant plus que les ressources de la famille sont des plus minces.
S’inspirant des Souvenirs de la célèbre portraitiste, Catherine de Lasa fait entrer la jeune lectrice de plain-pied dans le XVIIIe siècle. Si Elisabeth prend part avec piété aux processions, si elle défend la reine face aux idées prérévolutionnaires de son frère, elle sait aussi que le mari de la jeune duchesse de Chartres fréquente les prostituées et qu’elle-même doit de méfier des messieurs trop entreprenants… Un dossier historique rédigé par Sophie Humann permet d’« aller plus loin » en complétant la biographie d’Elisabeth Vigée Le Brun. Ayant survécu à la Révolution, elle s’éteint en 1842, après une longue vie d’artiste et de nombreux voyages dans l’Europe entière.

Dès 12 ans

Catherine de Lasa, Peintre de Marie-Antoinette – Journal d’Elisabeth Vigée Le Brun – 1766–1770, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2022, 144 p., 12,50 € — Imprimé en Italie.

Astrid Lindgren, Nous, les enfants de l’archipel

Pêcher, nager, bricoler, jouer ou rêver : les îles au large de Stockholm sont le lieu idéal pour toutes les aventures de l’été. C’est sur l’une de ces îles, Saltkråkan, que débarque la famille Melkerson, pour occuper une adorable vieille maison de vacances, la Maison du Menuisier. Il y a le père, Melker, qui trouvera peut-être l’inspiration pour un prochain livre. La belle Malin (comment cela se prononce-t-il ?), à qui les garçons font les yeux doux. Les intrépides Jonas et Niklas, prêts à toutes les audaces. Et le petit Pelle, qui adore les animaux et voudrait tellement en adopter un. Sans oublier les îliens ! Car la famille Grankvist va être une partenaire exceptionnelle, avec ses filles délurées et ses parents bienveillants.
Et combien d’aventures aussi où les animaux ont leur mot à dire ! Des vaches sur un bateau, un corbeau qui parle, le lapin Jocke, l’énorme saint-bernard Bosco, le bébé phoque Moïse, Bibi l’agneau, le petit chien Jum-Jum, qui appartient à un prince charmant – si, si, avant, il était grenouille !Sur l’île de Saltkråkan (ne pas oublier le petit signe sur le å !), « la vie est faite de grandes et de petites surprises qui se suivent comme des petits pois dans une cosse » :  aventures et bricolages, explorations, parties de pêche, plongeons plus ou moins volontaires, une année va passer vite, d’une Saint Jean à l’autre en passant par la visite du Père Noël.
Car, même dans ce paradis, « on vit dangereusement quand on a sept ans. Dans le pays de l’enfance, dans ce pays secret et sauvage, on peut frôler les pires périls et considérer que ce n’est rien de spécial », nous apprend Astrid Lindgren dans ce roman dont a été tirée une série télévisée, Vi på Saltkråkan, en 1964 (les enfants ont des bouilles craquantes !) – mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps une traduction de ce petit bijou ? Une lecture évasion parfaite pour l’été !

Dès 10 ans

Astrid Lindgren, Nous, les enfants de l’archipel, illustrations de Kitty Crowther, L’Ecole des Loisirs, 2022, 17 € — Traduit du suédois par Alain Gnaedig

Sandra Nelson, Matriochka

« Dans la forêt de Semenov, vivaient Ivan et Natacha, modestes moujiks, et leurs cinq filles. Aussi belles que douces, elles s’entendaient à merveille et ne se quittaient jamais. D’une ressemblance saisissante, seule leur taille successive les distinguaient. » Mais chacune avait un don bien à elle – et heureusement, car, face à la sorcière Baba Yaga, un seul don d’une seule demoiselle, cela ne pèserait pas lourd… Ce conte russe, si joliment illustré, apprendra pourquoi il est important de savoir cuisiner, chanter, coudre et … jouer aux échecs, sans oublier l’art de lire dans les pensées d’autrui. En effet, qui est vraiment Baba Yaga ? Ces cinq jeunes filles, ce sont bien sûr les fameuses « poupées russes » que l’on découvre cachées l’une dans l’autre, et qui n’ont donc aucune raison d’être contrefaites sous diverses figures pour devenir de stupides objets attrape-touristes. Courageuses jeunes filles russes de légende, elles sont, et c’est ainsi qu’elles doivent rester !

Dès 4 ans

Sandra Nelson, Matriochka, illustrations de Sébastien Pelon, Flammarion Jeunesse, Père Castor. 2 formats : 2009, réédition 2021, cartonné, 32 p., 13,50 € — 2018, broché, 5,25 €

Isabelle Simler, La forêt, observe et colorie

Voyez-vous l’écureuil qui sort de son arbre, le rouge-gorge qui chante et les champignons qui dansent avec la mousse ? La forêt, parfois riante et mystérieuse, est le lieu d’aventures et de découvertes par excellence.
Plus qu’un simple cahier de coloriage, cet album se déplie sur un mètre de long ! Les dessins au trait sont accompagnés d’une présentation de différentes espèces d’animaux et de végétaux et d’une fiche documentaire.
Le style inimitable d’Isabelle Simler transcrit parfaitement la complexité de la nature, le lecteur est invité à s’emparer de ses dessins pour mieux apprécier et comprendre le monde qui l’entoure. Cette activité « ludique » (pour reprendre un mot à la mode) permet d’être au plus près du trait singulier de l’illustratrice, tout en nous faisant découvrir des écosystèmes fascinants.
Reste à savoir si un album d’un mètre de long peut être proposé à plusieurs enfants à la fois – un challenge sympathique, mais risqué !

Dès 5 ans

Isabelle Simler, La forêt — Observe et colorie, Editions Courtes et Longues, 2022, 12 p. dépliantes, 9,90 €. Imprimé en France
Du même auteur, dans la même collection : Les Céphalopodes ; Coléoptères ; Le Ruisseau ; Fleurs sauvages.

Jean-François Vivier, La patrouille du Faucon – Drame en Dordogne

Pour Léo et sa patrouille, le camp d’été s’annonce magnifique avec la descente de la Dordogne en radeau. Charlie, qui est maintenant bien intégré à la patrouille du faucon (voir le tome 1, Vol à la Grande Chartreuse), va vivre un moment fort de la vie scoute : la promesse. Mais, les événements pourraient bien se gâter, avec l’arrivée de nuages noirs.
En effet, comme leur annonce un gendarme, « le préfet a déclenché l’alerte inondations. Vous ne pouvez pas aller plus loin. » Le temps d’arrimer les radeaux, et les scouts rejoignent un gymnase, bien déçus de ne pouvoir continuer leur aventure. Mais l’eau monte encore… Les radeaux et surtout le courage et l’énergie de la patrouille vont être mis à l’épreuve de la « vraie vie » ; il s’agit en effet de sauver des vies…
Adepte de la ligne claire, Romuald Gleyse donne des visages et des silhouettes très sympathiques aux jeunes héros de cette bande dessinée scoute.

Dès 8 ans

Jean-François Vivier, La patrouille du Faucon – Drame en Dordogne, illustrations de Romuald Gleyse, Plein Vent, 2022, 48 p., 14,90 € — Imprimé en France

Anne Waeles, Simone Weil au royaume des Oublieux

Le bac philo est passé – et me voilà à parler de philosophie ? Eh oui, car cette introduction à la pensée de Simone Weil (1909 – 1943), étant plus une fable qu’un cours théorique, peut se lire ben au-delà d’un programme scolaire parfois indigeste.
Au Royaume des Oublieux vivaient deux tribus séparées : celle des Têtes, qui commandaient, et celle des Mains, qui exécutaient. La Brigade de la Gomme veillait. Mais un jour, les Mains se mirent en grève et la propre fille du roi des Oublieux, la princesse Amal, disparut de Têtes-ville…
Cette histoire, contée par Anne Waeles, professeure de philosophie, ouvre sur une réflexion sur l’enracinement, l’attention aux autres, la justice et le sens du travail… Car la princesse Amal, au cœur de la Forêt Noire, a rencontré non pas une sorcière, mais une grande dame de la philosophie : Simone Weil, qui lui explique ceci avec des mots simples :
«  — Quand on veut découvrir une vérité coûte que coûte, il faut parfois sortir de chez soi. C’est ce que tu as fait, en prenant la voie qui t’a conduite jusqu’ici. Mais il existe un autre chemin. Ce chemin, c’est d’exercer… son attention. […] Faire attention, ce n’est pas se concentrer. Ce n’est pas vraiment un effort, il faut plutôt se rendre disponible, se tenir prêt à accueillir la vérité. »
Ce nouveau volume vient étoffer cette riche collection consacrée aux grands philosophes – et celui-là est particulièrement bienvenu dans ces temps agités où les Têtes et les Mains ont du mal à s’entendre, au grand bénéfice des Gommeux.

Dès 10 ans

Anne Waeles, Simone Weil au royaume des Oublieux, illustrations de Magali Dulain, Les Petits Platons, 2022, 64 p., 14 € — Imprimé en Union Européenne.

Jacques Prévert, Le petit lion

« La grande lionne montre les dents et personne parmi les grandes personnes de la Grande Ménagerie, personne parmi les gros et petits hommes qui payent pour voir les animaux captifs, personne n’oserait passer le bout du doigt entre les barreaux de la cage.
Enfermer une lionne dans une misérable boîte de bois avec de tristes barreaux de fer, il n’y a pas de quoi être fier. »
Et puis, tapi à ses côtés, voici « un petit lion bien gentil avec de grosses pattes et une douce petite tête bien ronde et dans cette petite tête, il n’y a rien d’autre que les très simples rêves d’un brave petit lion ». Qui va se sauver, pour tenter de rejoindre la forêt vierge… et qui va nous entraîner à sa suite dans les rêves et les jeux d’un petit lion.
Un article très intéressant signé de Laurence Perrigault (La revue des livres pour enfants, 258, sur le site du CNLJ) revient sur la genèse de cet album. Jacques Prévert s’est en effet pris au jeu d’inventer ce conte animalier à partir de photos prises par Ylla, célèbre artiste photographe.
Laurence Perrigault nous rappelle que « le goût de Prévert pour l’enfance était alors notoire : André Breton avait salué dès 1940 dans son Anthologie de l’humour noir la faculté de Prévert de “disposer souverainement du raccourci susceptible de nous rendre en un éclair toute la démarche sensible, rayonnante de l’enfance” », lui qui disait aussi : « Que voulez-vous, cela peut sembler de l’enfantillage, mais j’attache autant d’importance, et même beaucoup plus, aux petites choses sans importance écrites pour les enfants qu’aux grandes choses définitives écrites pour d’importants adultes. »
De son vrai nom Kamilla Koffler, Ylla née en 1911 dans la capitale autrichienne, après une solide formation, s’était spécialisée dès 1933 dans la photographie animalière. Même si le texte fut caviardé par l’éditeur, au grand dam de Prévert, l’album reste un beau moment de littérature et les photos gardent tout le charme de l’argentique, et du travail sur le noir et blanc.

Dès 6 ans

Jacques Prévert, Le petit lion, photographies par Ylla, Arts et Métiers graphiques, 1958 (1ère édition en 1947). Brocantes, etc. Imprimé en France

Géraldine Alibeu, L’autre côté de la montagne

« Cette année-là, ma sœur et moi, nous décidons de partir en randonnée sans les adultes. […] Nous piquons à Jeannette sa carte IGN des Alpes : sa belle carte en noir, blanc et vert, où l’on peut voir les reliefs des vallées et des sommets, parcourus de lignes rouges et noires qui sont autant de sentiers de marche. […] 1978, c’est ce qui est écrit sur la carte. Nous devrions nous méfier. »
Ce qui devait être une superbe semaine de randonnée va se terminer, après moult péripéties, après quatre journées riches en découvertes mais épuisantes pour ces deux néophytes.
Ce qui fait de cet album une réussite, ce sont, outre son format généreux (24 cm X 33 cm), le talent et l’énergie de Géraldine Alibeu : elle fait exploser les couleurs, multiplie les angles de vue et les proportions, pour nous faire percevoir la force du moindre relief, la qualité graphique du moindre caillou et la mélodie du moindre torrent. Et j’oubliais, le confort sommaire du refuge ! Bref, un vrai livre d’artiste, plus proche du roman graphique que de l’album illustré !
Et puis, il y a cette dédicace qui en fera sourire certains : « Merci à Mathilde et Fanny, mes dormeuses. » Moi, je connais une Mathilde et une Fanny qui ont fait un tour d’Europe à pied, et pas seulement en dormant !

Dès 6 ans

Géraldine Alibeu, L’autre côté de la montagne, Cambourakis, 2022, 104 p., 18 € — Imprimé en Lettonie

Patricia Storms, Un chien dans un jardin

« J’écoute son pas léger dans l’escalier. Elle ne sait pas que je suis réveillé. Je fais toujours semblant de dormir juste pour entendre sa douce voix. » Parce que, à peine a‑t‑elle bu son café que retentissent « ces mots merveilleux : Viens, César, on sort ! »
Je ne sais pas très bien quel est le pedigree de César, mais il nous vient du Québec pour nous confier les sentiments, au ras de la truffe, qu’un brave toutou peut avoir pour sa maîtresse et les découvertes qu’il fait dans son jardin. C’est simple, drôle, émouvant, avec des illustrations joyeuses et colorées.

Dès 4 ans

Patricia Storms, Un chien dans un jardin, illustrations de Nathalie Dion, Editions D’Eux, 2022, 36 p., 15 € — Traduit de l’anglais par Christiane Duchesne. Imprimé en Chine

Sophie de Mullenheim, Jules et Louise – Sous la flèche de Notre-Dame

« Un pas devant l’autre, il avance sur l’étroit balcon de pierre. Il est sûr de lui. Il joue les équilibristes au sommet de la tour Sud de Notre-Dame. C’est sa promenade préférée, celle qui offre la meilleure vue sur Paris. » Non, il ne s’agit pas de Sylvain Tesson ! Nous sommes en 1859, et ce mystérieux promeneur, qui répond au drôle de nom de Suif, est le chat de Louise, la fille du gardien de Notre-Dame.
De sa fenêtre, Jules, 12 ans bientôt, « ne le quitte pas des yeux. Malgré le danger, il donnerait cher pour être à sa place. » La cathédrale est chantier. L’architecte Viollet-le-Duc et ses artisans entreprennent de lui redonner sa splendeur d’antan. Jules assiste, fasciné, à l’avancée des travaux.
Jules, ayant sauvé Suif de la malveillance des ouvriers, fait la connaissance de Louise. A eux deux, les enfants vont mener une enquête, qui permettra d’innocenter le père de Louise, soupçonné de vol de matériaux.
Cette trame romanesque permet d’entrer sans effraction sur le chantier de Notre-Dame, qui fait écho, bien sûr, au chantier mené depuis l’incendie du 15 avril 2019.

Dès 10 ans

Sophie de Mullenheim, Jules et Louise – Sous la flèche de Notre-Dame, Fleurus, 2022, 224 p., 14,90 € — Imprimé en Italie

Sophie Bordet-Pétillon, Château fort

« Le château fort a d’épaisses murailles qui protègent des attaques. Des gardes font le guet sur le chemin de ronde, en haut des remparts. D’autres se cachent derrière les murs… » À quoi servaient les créneaux des remparts ? Qu’appelait-on la basse-cour ? Comment vivaient les chevaliers ? Comment se déroule un tournoi ? Nous voici plongés dans la vie d’un superbe château fort ! De belles images aux couleurs vives, des textes simples (mais pas simplistes), des volets à soulever, des questions-réponses : ce livre animé stimulera l’imagination des enfants et leur donnera envie de visiter un « vrai » château fort ou de se costumer — en chevalier, bien sûr.

Dès 4 ans

Sophie Bordet-Pétillon, Château fort, illustrations de Sébastien Pelon, Gallimard Jeunesse, coll. « Mes premières découvertes », 2021, 16 p. cartonnées avec volets, 9,90 € — Imprimé en Chine