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Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Est-ce le clapotis de la pluie sur les carreaux ? Le parfum des frites ? Ou bien encore la soucoupe volante de l’affreux Blast Ador ? Toujours est-il que Madame la Chouette a été secouée dans son sommeil et entraînée dans le Nord par un ourson fort téméraire, quelque part entre champs de betteraves et terrils abandonnés. Et soudain, Les Harley-Davidson ont hurlé encore plus fort que les basses des rockeurs années 1970… Autant dire que Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute sortent un peu des chroniques habituelles du blog. Mais que ne ferait-on pour un petit Kévin, qui, de ducasse en piquet de grève, s’imagine, par ourson interposé, une vie pleine d’aventures et de voyages dans l’espace ? Ce roman rock, trépidant et déjanté, est servi par une écriture très rythmée, entre expressions ch’tis (glossaire à la fin) et interjections de comics. Madame la Chouette a moins aimé certains dessins – ainsi que la fin : que fait donc cette péronnelle de Greta à la braderie de Lille ? On aurait préféré que Biloute aille consoler Fiorina – mais ceci est une autre histoire. Le livre réunit les tomes parus séparément (et en couleurs). À part ça, votre sauce préférée, avec les frites ? Samouraï, Piccalilli ou Ketchup ? Moi, c’est la mayo de ma maman ! Tous unis contre l’infâme sauce Z, Blast Ador et le docteur Veggaline !

Dès 8 ans et pour tous ceux qui aiment le rock, les grosses motos et les frites

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale, illustrations de Reno Delmaire, Grasset Jeunesse, 2021, 240 p., 14,90 € — Imprimé en Italie

Avalon Nuovo, Musique !

Avalon Nuovo, Musique !

« Selon de nombreux experts, la salle de concert dotée de la meilleure acoustique au monde est le Musikverein à Vienne, en Autriche. Conçu par l’architecte danois Theophil Hansen, il fut achevé en 1870. Aujourd’hui, les scientifiques et les ingénieurs ont de grandes connaissances en matière d’acoustique ». Et il en faut pour entendre les moindres détails d’une symphonie ou d’un opéra ! Cet album documentaire se penche aussi sur la façon dont on joue d’un violon ou d’une trompette, explique la différence entre un ténor, une basse et un baryton, fait revivre quelques grands musiciens, de Beethoven à Holst, et confie les secrets d’une bonne musique de film. Les illustrations de David Doran sonnent parfaitement avec le texte informatif et entraînant d’Avalon Nuovo. À vous, maestro !

Dès 8 ans

Avalon Nuovo, Musique !, illustrations de David Doran, Milan, 2020, 80 p., 19,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Lettonie.

Claude Clément, Fleur de neige

Claude Clément, Fleur de neige

« Dans l’immense pays de Russie, il y a de cela très longtemps, le Soleil fut séduit par la beauté de la Fée Printemps. Il lui demanda de l’épouser, mais elle lui préféra le Bonhomme Hiver, qu’elle aimait depuis toujours. Tous deux eurent bientôt une merveilleuse petite fille. L’enfant, uniquement formée de cristaux et de flocons, fut nommée Fleur de Neige. » Mais le Soleil, jaloux, prononça une terrible malédiction : jamais la fillette, devenue jeune fille, ne connaîtrait l’amour – sauf à fondre et se dissoudre… Qui saura lever cette malédiction ? Librement inspiré d’un conte russe et de l’opéra Snegourotchka, La Fille de neige, de Rimski-Korsakov, le texte de Claude Clément est illustré d’images douces et enchanteresses, aux couleurs de l’hiver russe mais aussi des robes colorées des jeunes paysannes qui fêtent le printemps. Le conte se terminera-t-il mieux que l’opéra ?

Dès 6 ans

Claude Clément, Fleur de neige, illustrations de Delphine Ladeban, Albin Michel Jeunesse, 2020, 32 p., 14,90 € — Imprimé en France

Orith Kolodny, Au dodo les animaux !

Orith Kolodny, Au dodo les animaux !

« Savez-vous, Maman, comment le marabout s’endort ?
Vous l’ignorez encor…
Le marabout s’endort, maman, debout sur une patte,
Comme les acrobates… »
Inspiré sans doute de la comptine amusante, cet album explique très scientifiquement aux tout-petits que la girafe reste debout pour faire de toutes petites siestes et qu’elle se couche pour dormir en prenant… son derrière comme oreiller. Les dauphins, eux, « éteignent seulement la moitié de leur cerveau, en fermant l’œil opposé, tout en nageant en rond ». Les canards ? « Ils dorment en file indienne mais le premier et le dernier gardent un œil ouvert, chacun du côté opposé, pour surveiller les alentours ». Car le risque est grand de se faire croquer par le renard… Et les enfants ? Il est bien connu que certains ne vont pas volontiers sous la couette ! Cet album aux couleurs de la nuit – dans une gamme de gris foncé, de violet et de jaune — les conduira sereinement au pays des rêves, en compagnie de leurs animaux préférés. Une alliance réussie entre documentaire et poésie.

Dès 3 ans

Orith Kolodny, Au dodo les animaux !, Actes Sud Junior, 2020, 48 p., 13,90 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Paul Arène, Gourmandise, le n°59 du magazine TétrasLire

Paul Arène, Gourmandise, le n°59 du magazine TétrasLire

Une bouillabaisse sans poisson, un civet sans lièvre, du miel et des pâtisseries pour quatre sous, voilà les gourmandises toutes simples que Paul Arène (1843–1896) nous propose de partager avec lui, dans quatre nouvelles qui mettent l’eau à la bouche. Le tout assaisonné bien sûr de grands discours à l’accent chantant, d’un paysage de collines et de calanques, d’un grand ciel lumineux balayé de mistral. Estelle Meyrand est aux pinceaux et vous attend aux fourneaux !
En plus, dans ce délicieux et roboratif numéro 59 du magazine TétrasLire : un dossier pour tout savoir sur l’histoire du goût à travers les siècles, des recettes pour organiser un anniversaire très gourmand, ainsi que la fable de La Fontaine, « le Héron », illustrée par Arnaud Madelénat.

Dès 8 ans

TétrasLire, le magazine des 8–12 ans qui donne des ailes à la lecture. 9,50 € le numéro. Pour s’abonner : https://www.tetraslire.fr/

Christine Flament, Z’oiseaux de proie

Christine Flament, Z’oiseaux de proie

« Dans la montagne, quelques marmottes cherchent un endroit où établir leur terrier. Mais sur cette plateforme, ce n’est pas une bonne idée. La place est déjà prise. » Par qui ? Tournons la page… « ici, chaque année, les aigles viennent refaire leur nid. Ils planent au-dessus des montagnes avant de fondre sur les marmottes, lapins ou renards qu’ils saisissent de leurs puissantes serres. » Christine Flament a choisi de ne colorier que les oiseaux, qui se détachent ainsi du paysage en noir et blanc. De plus, certaines pages sont découpées, ce qui donne l’impression que milan, aigle, chouette ou vautour sont saisis en plein vol ! Le « Z’ » du titre est une simple coquetterie, pour un album qui allie informations sérieuses et coup d’œil artistique.

Dès 5 ans

Christine Flament, Z’oiseaux de proie, Editions La Poule qui pond (Clermont-Ferrand), 2020, 16,50 € — Imprimé en Chine

Dorothée Copel, Tape dans ma patte !

Dorothée Copel, Tape dans ma patte !

« Attendez-moi là et restez bien sages. Je cours à la rivière ! » s’écrie Papa Ours. Sauf que… nos deux lascars en profitent pour mettre le bazar. « Il va donc falloir trouver quelqu’un pour vous garder », soupire Papa Ours. Pas de Maman Ourse à l’horizon ? Un sac de gâteaux sur le dos, Papa Ours va chercher à qui, dans la forêt, il pourrait faire confiance. Pas si simple, mais si drôle !
Inspiré d’un conte russe, Tape dans ma patte ! fait partie des récits où un personnage cherche quelqu’un pour accomplir une tâche – ici, Papa Ours a bien du mal à trouver à qui confier ses turbulents petits oursons ! Les dessins de Marie Novion, réalisés au crayon à papier, aux crayons de couleur et aux feutres, sont charmants, naïfs et plein d’humour.

Dès 3 ans

Dorothée Copel, Tape dans ma patte !, illustrations de Marie Novion, Didier Jeunesse, coll. « A petits petons », 2019, 24 p., 12,50 € — Existe aussi en anglais. Imprimé en France.

Pascale Estellon, L’Imagier des couleurs de la nature

Pascale Estellon, L’Imagier des couleurs de la nature

Dans la nature, fraises, tomates ou coccinelles sont d’un beau rouge. Mais de quel rouge vont se servir les peintres pour les représenter ? Du vermillon, du magenta, du cadmium écarlate, du rouge de Chine ou du rouge turc ? Autant de nuances créées au fil du temps, d’abord à partir de plantes ou de minéraux, en broyant et en touillant, puis par des chimistes et des fabricants – qui ont su les conserver dans ces tubes dont nous oublions parfois de bien visser le bouchon. Aux couleurs primaires et secondaires, Pascale Estellon a ajouté le brun, le noir et le blanc. Elle propose, à chaque fois, sur de grandes pages à rabats, les noms savants des différentes teintes et les illustre d’animaux, de plantes ou de minéraux. Vite, à nos pinceaux !

Dès 6 ans

Pascale Estellon, L’Imagier des couleurs de la nature, Editions des Grandes Personnes, 2020, 44 p grand format avec rabats, 19,50 €

Carl Norac, Poucette

Carl Norac, Poucette

« Là, dans la fleur, la femme voit, assise, une toute petite fille, pas plus grande que la largeur d’un doigt.
— Oh, personne n’a jamais vu une fille de cette taille ! s’écrie la dame. Mais c’est la mienne, si mignonne, ma Poucette pas plus grande qu’un pouce.
Très vite, c’est incroyable : la fille-fleur se met à parler, et pas pour ne rien dire :
— Géante ou pas, mes rêves à moi seront si haut que les étoiles en entendront parler ! »
En conteur qui sait ce que conter veut dire, Carl Norac offre ici une version du conte d’Andersen, non pas condensée ou adaptée, mais augmentée. Les détails foisonnent, les dialogues fusent, les anecdotes prennent du volume… et cela se déguste à haute voix, en admirant les superbes illustrations de Claire de Gastold, colorées, vives et fleuries –et quelle horrible gentille sorcière, on la croirait vraiment cousine de celle de Gripari ! Signe des temps, à la fin du conte, cette Poucette éconduit gentiment Princelet qui lui offre un bouquet dont les fleurs se nomment Fiançailles. Il est vrai qu’il s’était laissé aller jusqu’à oser un « C’est la classe, c’est Princelet », un peu trop hâbleur au goût de notre Poucette.

Dès 5 ans

Carl Norac, Poucette, illustrations de Claire de Gastold, Didier Jeunesse, 2020, 40 p., 15,90 € — Imprimé en Italie

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Chaque année, les animaux de la forêt se réunissent pour déguster une bonne galette. Celui qui aura la fève sera, pour un an, le roi de la forêt. Toutes les parts sont égales, mais il y en a qui essaient de tricher… Les enfants reconnaîtront quelques « trucs » bien connus et, peut-être, une variante de la fable du Corbeau et du Renard… Les dessins sont très frais, et la recette est donnée à la fin de l’album. Rendez-vous sous le grand chêne !

Dès 3 ans

Schéhérazade, La Galette et le Roi, illustrations de Marianne Barcilon, L’Ecole des Loisirs, coll. « Kaléidoscope », 2020, 13,50 €

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau

De la part de Sixtine R. — Monsieur Blaireau vieillit, et Monsieur Blaireau va surement bientôt mourir. Sa volonté d’apaiser la douleur de ses amis ne rend pas son départ plus facile mais plus serein. La mort, bien qu’appartenant pleinement à la vie, peut-être quelque chose de douloureux et de difficile à aborder. Conserver à l’esprit que le souvenir est porteur de vie et marqueur d’espérance permet d’apaiser la douleur. C’est ce message qu’au revoir Monsieur Blaireau veut transmettre.
Avec de jolies illustrations et un texte d’une grande tendresse, ce livre raconte la préparation au grand départ de Monsieur Blaireau. Au long de l’histoire, chacun rappelle ce que Monsieur Blaireau lui a donné, offert, les moments qu’ils ont partagés, et cela permet à chacun de prendre conscience que ce qui est partagé reste pour longtemps. A travers la lecture de ce livre, petits et grands peuvent trouver du réconfort. Chaque page peut renvoyer à ses propres souvenirs et libérer la parole. Ne pas avoir peur de pleurer.

A partir de 5 ans

Susan Varley, Au revoir Monsieur Blaireau, éditions Gallimard Jeunesse, 2010, 48 p., 4,90 € en poche ou 13,50 en grand format– Traduit de l’anglais

Marie Desplechin, Séraphine

Marie Desplechin, Séraphine

Il ne fait pas bon être orpheline sur la Butte en 1885 — mais Séraphine, dite Fifi, ne se plaint pas : elle a un toit, de quoi manger, un tablier et Jeanne, chez qui elle a été placée, lui a fort bien appris à coudre. Le jour de ses 13 ans, l’abbé Sarrault, qui œuvre autour de Saint-Lazare (l’hospice, pas la gare), lui offre une médaille de sainte Rita. Prières à la patronne des causes désespérées, rubans accrochés à l’arbre aux vœux, mais aussi regards affûtés sur son entourage vont aider Séraphine à affronter son destin. Pendant que se construit la basilique (dont la grandiloquence en prend pour son grade !), la Butte frémit encore des souvenirs de la Commune. Or, si la mère de Séraphine est morte en couches, la jeune fille ignore qui est son père. D’autres le savent, et comme dans tout roman bienveillant, père et fille se retrouveront – grâce à une chaîne d’amitiés révolutionnaires.
Ce roman pose sans mièvrerie la question de la pauvreté du Paris laborieux de la fin du XIXe siècle, une pauvreté physique et morale que les institutions peinent à éradiquer, ce qui en fera terreau du socialisme, puis de l’anarchisme. Une touche de féminisme, un va-et-vient entre survivances quasi-païennes et progressisme parfois anticlérical, en font certes un roman à thèses, mais la plume de Marie Desplechin nous invite à parcourir aussi un Paris oublié, des estaminets de Montmartre aux ateliers du faubourg Saint-Antoine, avec un détour par Argenteuil, celui des impressionnistes. L’espoir réside aussi dans le fait que chaque personnage a des côtés positifs, une attention à l’autre qui peut être brouillonne ou maladroite, mais qui ouvre vers des temps meilleurs – le temps des cerises. Un roman qui invite à la réflexion.

Dès 12 ans

Marie Desplechin, Séraphine, L’Ecole des Loisirs, 2020, 256 p., 6,80 €. Réédition du roman paru en 2007.