Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Dernières mises en ligne

Benji Davies, L’Enfant et Grand-Mère

« Grand-Mère habitait loin. Elle vivait sur un petit rocher battu par les vents, où les brins d’herbe poussaient couchés.
Personne ne venait jamais la voir, à part quelques oiseaux déposés là par la brise et les bourrasques. »
Alors, quand Noé débarque chez Grand-Mère pour les vacances…  Une nouvelle aventure de ce charmant garçonnet.

Dès 4 ans

Benji Davies, L’Enfant et Grand-Mère, Milan, 2019, 32 p., 11,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.

La fabrique des contes, une exposition du Musée d’ethnographie de Genève

Connaissez-vous le conte de l’ours amoureux ? Celui de la vigne et du vin ? Celui du pantalon du diable ? Peut-être celui du pêcheur, de sa femme et du poisson d’or ? Eh oui, notre trésor de contes européens ne se limite pas à Cendrillon et au Petit Chaperon rouge ! C’est le pari réussi de l’exposition « La fabrique des contes » qui se tient au Musée d’ethnographie de Genève, jusqu’au 5 janvier 2020 : nous faire prendre conscience de notre patrimoine immatériel le plus ancien.
Il était une fois… Entrons dans ces petits « théâtres de l’imaginaire » recréés autour de ces huit contes : lanterne magique, dioramas, miroirs, illusions d’optique et changements d’échelle permettent de s’immerger véritablement dans l’histoire et de s’affranchir des règles du monde réel. Quatre illustrateurs livrent leur vision des contes à travers des dessins, des peintures et de superbes papiers découpés. Des objets tirés des collections européennes du Musée permettent de leur donner vie : fuseaux finlandais, broderies roumaines, figurines votives en pain venues de Sardaigne, jusqu’à une faux — brrrr, serait-ce celle de la Mort marraine ? De multiples écouteurs permettent d’entendre conter. Les enfants comme les parents trouveront donc beaucoup de plaisir à se laisser conduire dans ce monde enchanté des contes. Oui, les petits verront la (vraie ?) cape du Petit Chaperon rouge ! Et les adultes feront la connaissance des cantastorie siciliens.
Le catalogue, destiné aux adultes, contient des versions plus longues des contes, dans une langue actuelle (parfois un peu trop actuelle…) due au dramaturge Fabrice Melquiot. Il se termine par une série d’articles ethnologiques.

Pour toute la famille

La Fabrique des contes, une exposition du Musée d’ethnographie de Genève, jusqu’au 5 janvier 2020.
Catalogue : La Fabrique des contes, coédition du MEG et des Éditions La Joie de lire, 2019, 192 p., 39 CHF.

Alicia Quillardet, Une vie de dauphin

« Regard malicieux, sourire farceur, front bombé et bec allongé… Ce sont les dauphins, bien sûr ! » Alicia Quillardet joue avec de superbes teintes de bleu, ponctuées d’orange, pour nous offrir une belle balade sur l’eau et sous l’eau, en compagnie d’adorables dauphins. Les enfants apprendront que les dauphins raffolent de maquereaux et d’anchois, qu’ils ont « un langage bien à eux » et que le bébé dauphin peut être surveillé par une « marraine » quand sa maman part chasser. Un bien joli album dans cette série animalière !

Dès 3 ans

Alicia Quillardet, Une vie de dauphin, Edition du Ricochet, 2019, 28 p., 12 €

Peter Sís, Robinson

« Mes amis et moi, on adore l’aventure. Nous jouons tout le temps aux pirates : de vrais rois des hautes mers ! Pour Mardi-Gras, c’est en pirates, évidemment, que nous irons à l’école. » Hélas, la maman de notre héros en a décidé autrement et lui fabrique un « superbe » costume de Robinson. Seulement voilà… Personne ne connaît Robinson et chacun se moque, non point de la fausse fourrure décatie, mais par simple ignorance du roman éponyme. Au point de rendre malade notre bonhomme, qui se retrouve au lit, délirant de honte et de fièvre. Une fièvre qui le mène droit sur une île déserte, où son imagination prend la relève. Les illustrations de Peter Sís, faussement naïves, sont somptueuses ; multipliant les angles de vue, elles nous entraînent, une fois quittée cette chambre gris-bleu où la tête nous tourne, dans un monde onirique, chatoyant et coloré, plein de vie et de mystères. Jusqu’au dénouement, où les pirates rendent visite au narrateur, tous déguisés en Robinson, pour se faire pardonner. Un souvenir de Peter Sís, né en 1949 à Brno, dont on imagine ainsi un peu mieux l’enfance derrière le rideau de fer, quand sa maman cousait son déguisement dans des chutes de moquette.

Dès 5 ans

Peter Sís, Robinson, Grasset Jeunesse, 2018, 56 p., 18,90 € — Traduit de l’anglais (Peter Sís vit et publie aux Etats-Unis)

Benji Davies, L’Enfant et la Baleine

« Noé vivait au bord de la mer avec son papa et leurs six chats. » Un papa qui passait sa journée à la pêche – c’était son métier. Et Noé, pendant ce temps-là, explorait la plage. Or, un beau jour, il fit la rencontre d’une petite baleine échouée. Quelle amie idéale ! Mais est-ce vraiment faire le bonheur d’une baleine que de l’inviter dans sa maison ? Un album tout en finesse, qui parle de solitude, d’amitié et d’affection.

Dès 3 ans

Benji Davies, L’Enfant et la Baleine, Milan – 2013, 32 p., 11,90 € ou Tout carton, 2018, 24 p., 9,90 €- Traduit de l’anglais.

Nathalie Azoulai, Sur les mains

Sur la plage, Ada fait la roue, encore et encore, marche aussi sur les mains. Sous les yeux émerveillés de sa maman.
« — Je voudrais que tu m’apprennes…
— Que je t’apprenne quoi ?
— A faire l’équilibre sur les mains. Parce que je dois t’avouer un secret, Ada, je t’ai dit qu’à ton âge je savais, mais en vérité, je ne savais pas, je n’ai jamais su.
— Ah bon, mais… »
La maman d’Ada apprendra-t-elle enfin à faire la roue ? Un album aux dessins légers, légers comme une matinée sur la plage.

Dès 4 ans

Nathalie Azoulai, Sur les mains, illustrations de Jeanne Le Ruz, Gallimard Jeunesse, 2019, 28 p., 13,90 € — Imprimé en France

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours

« Le roi des ours, Léonce, était allé ramasser des champignons avec son jeune fils Tonin, deux chasseurs avaient enlevé l’enfant. Le père s’étant éloigné un instant le long d’un à‑pic, ils avaient surpris l’ourson seul et sans défense, l’avaient ligoté comme un vulgaire paquet et fait descendre, le long des précipices, jusqu’au fin fond de la vallée. » Bien penaud, Léonce n’ose pas dire que son fils lui a été volé et raconte qu’il est mort, ce qui lui laisse mauvaise conscience… Jusqu’au jour où il se décide à aller voir ce qui se passe chez les hommes. Et là, nous allons voir ce que nous allons voir ! Magicien, Troll, Croquemitaine, grand duc de Sicile lui-même, châteaux hantés, sangliers, pas le temps de s’ennuyer ! Cette nouvelle édition du célèbre roman (1945) reprend les dessins de l’auteur lui-même, en noir et blanc ou en couleurs, sous une couverture cartonnée et même dorée. L’occasion d’un beau cadeau, et d’une entrée en fanfare dans ce que la littérature classique peut avoir de réjouissant.

Dès 10 ans

Dino Buzzati, La fameuse invasion de la Sicile par les ours, illustrations de l’auteur, Gallimard Jeunesse, coll. « Albums junior », 2018, 144 p., 17,50 € — disponible aussi en poche, Folio Junior, 5,80 €  — Traduit de l’italien par Hélène Pasquier

David Almond, La Chanson d’Orphée

« Le Nord ! gémissions-nous. Pourquoi faut-il vivre dans ce Nord glacial ? Pourquoi pas en Italie ? Ou en Grèce ? Nous éclations de rire. […]Tant pis, avions-nous dit. Nous inventerions notre propre Italie. Nous inventerions notre foutue Grèce à nous. Où ça ? Dans le Northumberland, bien sûr. »

Quelques grands lycéens. Du camping sauvage dans les dunes au nord de Newcastle. Des haricots tièdes dans des gamelles de fer blanc – mais aussi de la musique, des idéaux un peu flous, de très sérieuses amourettes. Et Orphée. Orphée qui passe, sa lyre en bandoulière, fascinant, envoûtant. Qui dompte les dauphins. Qui choisit Ella Grey, la meilleure amie de Claire, la narratrice. Ella mordue par une vipère, Ella descendue aux enfers. Une variation menée de main de maître sur le thème d’Orphée et d’Eurydice : romantisme, mystère, lyrisme sont au rendez-vous, sans compromis ni dans le tragique, ni dans la peinture de ces adolescents, « poètes disparus », capables de se soûler sur la plage comme de rêver aux grands mystères de la vie et de la mort.

Grands adolescents, jeunes adultes

David Almond, La Chanson d’Orphée, Gallimard Jeunesse, 2018, 288 p., 15 € — Traduit de l’anglais

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre

« Descends dans le cratère du Yocul de Sneffels que l’ombre du Scartaris vient caresser avant les calendes de juillet, voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de la Terre. Ce que j’ai fait. Arne Saknussemm. » Quand le jeune Axel dévoile à son oncle le contenu d’un message « runique », le vieux savant, l’estimable Professeur Lidenbrock, fait illico ses malles – et nous entraîne dans un voyage extraordinaire. Entre science et fiction, bien malin celui qui fera d’emblée la différence ! En 1864, date de la première publication du roman, nos connaissances sur le centre de la Terre n’étaient pas aussi avancées, ce qui permettait mille fantaisies au romancier. Les illustrations d’Isabelle Simler traduisent à merveille les visions (pseudo-)scientifiques et l’humour de Jules Verne : réalistes ou oniriques, délicates et intrigantes, elles prolongent avec élégance le rêve et le voyage. Le recueil est de plus très bien réalisé : beaux papiers (bouffant et cristal), encre bleu noir, signet, reliure bradel cartonnée : un très beau cadeau.

Dès 12 ans

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, Illustrations d’Isabelle Simler, Editions Courtes et Longues, 2016, 205 p., 29,90 €

Emmanuelle Grundmann, Cap sur les îles ! L’endémisme

« Si les îles dessinent de minuscules confettis éparpillés sur les mers et les océans, elles abritent pourtant une multitude d’espèces, parfois petites ou inversement géantes et qui, souvent, ne vivent qu’ici et nulle part ailleurs. » Car une île est rarement vraiment déserte ! Quelques graines venues avec le vent, des oiseaux migrateurs, et hop ! la vie s’installe.
« Etrange, étrange… Les plantes et animaux vivant sur les îles ne ressemblent aucunement à leurs cousins des continents. Isolés, sans moyen de communiquer avec les lointaines terres voisines, ils ont évolué jusqu’à devenir uniques. » Imaginez la surprise de ce petit bonhomme à la barbe blanche et en redingote dont nous suivons les voyages de page en page ! Il s’appelle Charles Darwin et a notamment étudié les tortues géantes des Galápagos pour formuler sa célèbre théorie de l’évolution.
Cet album éclatant de couleurs nous offre un merveilleux voyage parmi la flore et la faune d’îles aussi étonnantes que Madagascar, la Nouvelle-Calédonie ou Komodo. Les aquarelles de Céline Manillier sont aussi réalistes que poétiques. Idéal pour partir à la recherche du Brookesia micra, du kiwi ou du « dragon » de Komodo, ce gigantesque varan.

Dès 8 ans

Emmanuelle Grundmann, Cap sur les îles ! L’endémisme, illustrations de Céline Manillier, Editions du Ricochet, coll. « Ohé la science ! », 2019, 32 p., 13,50 €

Anne-Claire Bondon, Idunn

Les dieux en Asgard, les géants en Jötunheim, certes, mais croyez-vous que le calme puisse durer à l’ombre d’Yggdrasil ? Il arriva qu’un beau jour Odin, Hoenir et Loki, parcourant le monde, se laissèrent entraîner par un beau cerf… jusqu’aux portes de Jötunheim. Colère de Thjazi, qui se métamorphose en aigle, et obtient de Loki qu’il lui livre la belle, la lumineuse Idunn, la déesse de la jeunesse éternelle. Celle dont les pommes magiques garantissent aux dieux leur immortalité. Ah, ce Loki, quel empêcheur de tourner en rond ! Anne-Claire Bondon narre ici cet épisode inspiré de l’Edda, dans une langue simple, pleine de vivacité et d’humour. Quant aux illustrations pleine page de Tristan Gion, elles nous transportent avec talent dans ces mondes nordiques où les dieux portent des casques à cornes et des peaux d’ours – les a‑t‑il visités sur les ailes d’un aigle ?

Dès 8 ans

Anne-Claire Bondon, Idunn, illustrations de Tristan Gion, Aleph éditions, 2019, 48 p., 16,90 € — Imprimé en Belgique

Davide Cali et Sébastien Mourrain, Top Car

« Depuis longtemps, Jacques a toujours la même auto. C’est une petite voiture pas belle, pas rapide, mais pas mal quand même, non ? Elle est facile à garer et elle le conduit où il veut. […]
Mais la numéro 1 des voitures, la voici : la Vénus. C’est la plus belle, la plus rapide, la préférée des jolies filles. »
Oui, mais… mais comment l’obtenir quand on n’en a pas les moyens ? Notre ami Jacques, après avoir fait le tour de solutions plus ou moins avouables, va se résoudre à une activité stupide et peu rémunératrice qui va dévorer non seulement tout son temps libre mais aussi son libre arbitre. Les 99 999 pez enfin en poche, bien vite dépensés, il repart au volant de la Vénus —  et découvre illico la publicité de l’Aphrodite, qui « plaît encore plus aux jolies filles ». 199 998 pez. Et de reprendre le montage de ses modèles réduits… Les dessins de Sébastien Mourrain sont d’une redoutable efficacité : un simple trait et son petit bonhomme passe de la joie à l’inquiétude, puis à l’épuisement.
Cette fable sur l’aliénation est à la portée des enfants dès qu’ils pressentent le pouvoir de l’argent : surconsommation, travail mécanique, publicité, tout y passe. Alors, on la garde, cette petite voiture qui se gare partout et on conseille à l’ami Jacques de trouver autres moyens de drague, il y a urgence !

Dès 5 ans

Davide Cali, Top Car, illustrations de Sébastien Mourrain, Les Editions des Eléphants, 2018, 32 p., 14 €. Imprimé au Portugal.