Dernières mises en ligne

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes

Vortigern, Pwyll, Gradlon, Cuchulainn : à l’évocation de leurs noms, les auditeurs des bardes savaient qu’ils allaient entendre des histoires aux nombreuses péripéties ! Puis les érudits du renouveau celtique, au XIXe siècle, les firent découvrir à des lecteurs fascinés par un univers aussi riche en héros, chevaliers et magiciennes aux aventures des plus tumultueuses… Bretagne, Pays de Galles, Irlande, Ecosse, Cornouailles : autant de terres de légendes ! Du cycle d’Ulster aux récits arthuriens, cet album propose six légendes issues de la littérature celtique archaïque. Elles sont illustrées par le pinceau onirique de Genkis Genkkis, qui a su recréer autour de ces légendes un contexte plausible, loin de l’imagerie romantique à laquelle nous sommes habitués. Le monde des guerriers celtes n’était pas tendre et les auteurs de cet album n’ont rien édulcoré : il est donc à conseiller à de grands adolescents.

Adolescents

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes, illustrations de Genkis Genkkis, Ed Yoran Embanner, 2021, 128 p., 19 €

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant

« Gaspard s’était toujours imaginé chevalier. Mais c’était un rêve qu’il gardait enfoui au plus profond de lui. Il n’était qu’un modeste palefrenier, un orphelin sauvé par les bontés du Roi. » Gaspard, 10 ans, a tout de même la chance de vivre dans un Moyen-Age légendaire, auprès de chevaux somptueusement dessinés — portraiturés, disons le mot – par le crayon d’Eloïse Scherrer.
Un matin, le Roi lui-même entra dans les écuries.
« Mon garçon.
Gaspard sursauta. Le Roi ! Le vieux Roi en personne se tenait là, avec ses sourcils en broussaille et son épée plus lourde que la pierre.
— Sire…, murmura l’enfant en posant un genou à terre.
Le monarque lui fit signe de se relever.
— Nous partons en voyage. »
Nous voilà (discrètement ?) montés en croupe derrière Gaspard pour un extraordinaire voyage ! Pourvu qu’Henry, son ami crapaud, et Odile, sa cigogne tutélaire, nous tolèrent tout au long de cette chevauchée initiatique ! Le conte parlera aussi aux plus grands avec ses évocations des paradis perdus et retrouvés, par son approche de la mort et de la transmission des valeurs. Une réussite à saluer, servie par les superbes illustrations d’Eloïse Scherrer – qui, d’un grand sourire, vous dédicace son album d’un délicieux petit cheval ! N’hésitez pas à la rencontrer au gré de ses signatures

Dès 6 ans

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2021, 48 p., 16,90 € — Imprimé en France

Louise Guillemot, Les Véritables Aventures d’Homère, premier des poètes

« C’est un symbole.
— Un quoi ? demanda le marin.
Homère sourit.
— C’est “comme si”, dit-il.
Artémis le lui avait appris. “Comme si”, c’est la formule magique pour jouer, imaginer, raconter, chanter. On croit, mais on ne croit pas, les deux à la fois. Les filles et les femmes de Samos ne croient pas vraiment qu’elles partagent un banquet avec la déesse. Elles font “comme si”. Elles comprennent l’importance de ce moment, de leurs gestes, des nœuds dans leurs cheveux. […] si elles en oubliaient le sens, alors Samos ne serait plus Samos. » Et l’Hymne à Artémis ne nous serait pas parvenu, défiant les siècles… Un hymne dit « homérique », car sa beauté est telle que les Grecs pensaient qu’il avait été composé par Homère lui-même.
Homère ? Vous avez dit Homère ? Et vous en savez beaucoup, vous, sur Homère ? Sûrement pas autant que sa Muse, qui, par la plume de Louise Guillemot, raconte ici l’enfance et l’adolescence du « premier des poètes ». Après 3000 ans de mystère, Louise Guillemot vous révèle avec autant d’humour que d’érudition, les « véritables aventures » d’Homère.
Chaque épisode de cette « biographie » 100 % poétique s’appuie en effet, par un somptueux jeu de miroirs, sur un des hymnes aux grandes divinités : Artémis, Athéna, Apollon, Hermès, Déméter, Zeus lui-même… Au fil des pages, les grands mythes fondateurs de la religion grecque font entrer le lecteur dans un monde à la fois très proche et très lointain. Avec le jeune Homère, on rit (oh, la belle bataille d’oranges !), on s’inquiète (hum… quelles curieuses brigandes dans la forêt), on a aussi faim de galettes dorées que soif d’aventures !
Quand on lit une traduction aussi fine et inventive des Hymnes homériques, on se demande quelle folie pousse nos ministres à limiter l’enseignement des langues anciennes à quelques heures de découverte superficielle… Voilà une toute jeune normalienne agrégée dont tous les hellénistes en herbe rêveront de suivre les cours ! En attendant, d’Olympie à Epidaure, de la Crète à Athènes, lacez vos sandales et suivez la Muse !

Dès 12 ans

Louise Guillemot, Les Véritables Aventures d’Homère, premier des poètes, illustrations de Clara Dupré, Les Petits Platons, 2021, 272 p., 19 €

Pauline de Vençay, Rue de la Moïka

« — Voudrais-tu bien m’aider, Sergueï ? Je t’avais parlé de mes inquiétudes au sujet de la mort du duc Kornilov, il y a quelques temps. M’aiderais-tu à mener une petite enquête ?
— Bien sûr, Olga ! Que puis-je faire pour toi ?
— Enfiler un manteau, commander une voiture et sortir avec moi, pour aller, officiellement, te promener dans la ville.
Le mystère entourant cette réponse l’amusait et attisait son esprit d’aventure. Quelques minutes plus tard, les deux complices quittaient la demeure des Makloutchev dans la voiture d’Olga.
— Rue de la Moïka, s’il vous plaît, avait-elle dit au cocher avant de monter. »
Nous sommes à Saint-Pétersbourg en 1884. Deux oncles d’Olga ont été assassinés, la situation internationale est tendue, Anglais et Russes se battent sur les confins turkmènes, les révolutionnaires cherchent à attenter à la vie du tsar…
Que va donc faire la jeune femme d’un officier, chaperonnée par son cousin, dans cette rue de la Moïka, située dans un quartier très pauvre de la ville ? Et pourquoi son mari, rappelé du front, mène-t-il des actions secrètes dans Saint-Pétersbourg sans l’avoir revue ?
Pauline de Vençay a multiplié les rebondissements dans ce roman où courage et patriotisme font bon ménage avec l’espionnage et l’enquête policière.

Dès 12 ans

Pauline de Vençay, Rue de la Moïka, Téqui, 2021, 204 p., 13,50 € — Imprimé en France

Marie Colmont, Michka

Un beau papier, un format généreux (26 X 30 cm), des couleurs restaurées : voilà notre Michka prêt à émouvoir les enfants d’aujourd’hui ! Ce conte de Noël est paru pour la première fois en 1941 – combien de générations se sont émues du destin de ce petit ours en peluche ? Car « sa jeune maîtresse », Elisabeth, « n’était pas gentille », et « il n’était pas rare qu’elle vous secouât et vous jetât d’un bout à l’autre de la pièce ». Oui, à l’imparfait du subjonctif ! Alors « Michka s’était sauvé en passant par la chatière ». Le début d’un conte de Noël sous forme de road movie, avec l’heureuse conclusion de rigueur.

Dès 3 ans

Marie Colmont, Michka, illustrations de Feodor Rojankovski, Flammarion Jeunesse, Albums du Père Castor, édition restaurée, 2021, 32 p., 13,50 € — Imprimé au Portugal

Anne-Sophie Chauvet, Les Quatre Aventuriers, Enquête en Alsace

Fêter Noël en Alsace chez des cousins, cela pourrait se passer bien tranquillement entre des chocolats chauds, des marchés traditionnels ou la visite de Strasbourg, du Mont-Sainte-Odile et du Haut-Koenigsbourg – mais voilà que resurgit l’affreux Monsieur Smith… Sans tergiverser, les Quatre Aventuriers se lancent dans une enquête aux multiples rebondissements. Pièges et embuscades se succèdent au fil des pages… Louis, Xavier, Isabelle et Marguerite : cette belle et sympathique fratrie se trouve donc une fois de plus engagée dans des aventures hors du commun. Anne-Sophie Chauvet s’inspire avec talent des séries du type Club des Cinq, en y ajoutant un enracinement 100 % alsacien et une vision catholique décomplexée, ce qui fait tout le charme de ces romans « policiers » pour lecteurs débutants.

Dès 8 ans

Anne-Sophie Chauvet, Les Quatre Aventuriers, Enquête en Alsace (tome 6), illustrations d’Amandine Wanert, Emmanuel Jeunesse, 2021, 150 p., 10,90 € — Imprimé en France

Petits portraits de chats, anthologie

Baudelaire, Apollinaire, La Fontaine, Rostand… Autant d’écrivains inspirés par les chats ! Cet album met en correspondance onze poèmes et onze portraits de chats dessinés par des illustrateurs contemporains. Malice, mystère, complicité et magie sont au rendez-vous ! Si vous habitez chez un chat, vous trouverez le poème qui lui convient le mieux. Si vous rêvez de chat, n’hésitez pas à vous demander lequel d’entre eux vous tiendriez sur vos genoux… Celui que je préfère ? Le poème de Jacques Roubaud illustré par Gérard DuBois – mais j’ai bien failli donner ma langue au chat ! Et si vous faisiez le portrait littéraire de votre chat, assorti d’un dessin ?

Dès 8 ans

Petits portraits de chats, anthologie, Grasset Jeunesse, coll. « Ma grande bibliothèque idéale », 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Martine Bourre, Où es-tu ?

« Où es-tu, petite Lise ? Je fais ma valise. Où es-tu, Paolo ? Je suis sur mon vélo. » Accompagnés ici d’un petit cheval de bois rouge, ailleurs d’un renard coquin ou un joli rouge-gorge, chacun répond à ce qui pourrait être un jeu de cache-cache. Mais Martine Bourre, avec une grande finesse, pose une question plus délicate : « Mais où es-tu, Maman Ourse ?
— Je suis dans votre cœur à tous. Même si on ne me voit pas, vous savez bien que je suis là… »
Reste à savoir si cette Maman Ourse est seulement en voyage, si elle habite loin, ou si elle est partie pour toujours… Une manière sobre et chaleureuse d’évoquer l’absence, avec quelques jolies références à la littérature jeunesse.

Tout-petits

Martine Bourre, Où es-tu ?, Didier Jeunesse, 2021, 24 p., 12,90 € — Imprimé en France

Victoria Jacob, 30 destins de marins

De Florence Arthaud, « la petite fiancée de l’Atlantique », à Franck Worsley, qui sauva l’expédition de Shackleton, Victoria Jacob propose aux jeunes aventuriers 30 portraits de marins. Certains, tels Alain Bombard, Thor Heyerdahl ou Eric Tabarly, sont entrés dans l’histoire. D’autres, plus jeunes, sont déjà célèbres parmi les surfeurs, les plongeurs ou les voileux : Clarisse Crémer, Damien Seguin ou Garrett McNamara. Certains, plus discrets, sont scientifiques ou militaires, oeuvrent à la préservation des océans ou participent à de belles aventures humanitaires. Ces 30 « destins » montrent que, si la passion de la mer les rassemble, ces hommes et ces femmes ont su chacun imaginer un chemin exceptionnel et différent. Emmanuelle Halgand a créé des illustrations très épurées, colorées et dynamiques – eh oui, la mer n’est pas toujours du même bleu !

Dès 10 ans

Victoria Jacob, 30 destins de marins, illustrations d’Emmanuelle Halgand, Paulsen Jeunesse, 2021, 136 p., 19,90 € — Imprimé en Italie
Dans la même collection : Jessica Jeffries-Britten, 30 destins d’alpinistes, illustrations d’Emmanuelle Halgand, Editions Paulsen, 2020, 127 p., 13,90 €

Frédéric Clément, Isidore Dé, Couturier des fées

A la veille de laisser les clés de son atelier à Mademoiselle Cybèle, Isidore Dé — « Haute Couture, Robes et Fantaisies pour Fées » – revient sur ses plus célèbres créations. En effet, à la demande du petit peuple des fées, il a imaginé les plus belles parures de Mélusine, Viviane, Titania, Morgane, Lorelei et la fée des Lilas. Quelle clientèle de choix ! Esquisses, croquis, étoffes, tulle, perles et velours, plumes et fils de soie… jusqu’à l’essayage final : sous le pinceau et la plume de Frédéric Clément, l’atelier devient un univers féérique ! L’artiste joue avec brio des codes de la haute couture comme de ceux de la mythologie et de la littérature. Trouverez-vous aussi sur la plage un coquillage contenant un dé et de minuscules ciseaux magiques ? Ou, gravées sur une feuille de lierre, les mensurations de Titania ? Saurez-vous plier sa robe dans une coque de noix ? A vos aiguilles, jolies demoiselles ! Le généreux format carré 30 x 30 cm fera de cet album un merveilleux cadeau de Noël !

Dès 8 ans

Frédéric Clément, Isidore Dé, Couturier des fées, Saltimbanque Editions, 2021, 56 p., 17,50 € — Imprimé en Pologne

 

Guillaume Duprat, Le livre des temps

Au « Vite, dépêche-toi, on n’a pas le temps » des adultes, répond le « quand est-ce qu’on arrive ? » des enfants qui trouvent la route bien longue. Quand une abeille vit 42 jours, une tortue des Galapagos peut espérer fêter ses 150 ans. Quelle précision a atteint l’horloge atomique, face aux ombres des cadrans solaires. Quelle heure est-il à Sydney quand il est 3 heures à Paris ? Le temps de l’Histoire n’est pas celui de nos rêves – dans lesquels les variations de temps peuvent donner le tournis. Tout cela est fort bien expliqué par Guillaume Duprat, qui avait déjà concocté un coffret intitulé Univers, Des mondes grecs aux multivers, chez le même éditeur. Il a confié à l’ingénieur papier Olivier Charbonnel le soin de construire ce documentaire animé : à manipuler mécanismes, pop-ups, rabats et dépliants, gageons que les jeunes lecteurs ne verront pas le temps passer !

Dès 8 ans

Guillaume Duprat, Le livre des temps, illustrations et conception du pop-up d’Olivier Charbonnel, Saltimbanque Editions, 2021, 24 p., 24 € — Imprimé en Chine

Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914–1918

Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914–1918

« Mercredi 25 novembre 1914 – Maman m’apprend à tricoter. J’ai commencé un cache-nez pour André. Le froid arrive : il faut penser à équiper nos soldats. Les journaux disent qu’ils ont creusé des tranchées et s’enterrent pour se protéger de l’ennemi. » Il y a déjà plusieurs mois que la jeune Geneviève se confie à son journal intime, commencé un jour d’ennui de juillet 1914. Elle vient d’avoir quatorze ans et va vivre son adolescence au rythme de la Grande Guerre. Papa, chirurgien, se dépense sans compter ; de ses trois frères, André est officier, Henri brancardier, le plus jeune, Jules, encore collégien. Henri meurt d’une balle perdue en juin 1915 ; André, gazé, s’éteint au printemps 1919.
Avec sa mère, Geneviève s’efforce d’aider les soldats, puis obtient la permission de devenir infirmière. Dignité, compassion, engagement, discrétion, abnégation, vocation : il en fallait pour vivre « à l’arrière » quand chaque journée apportait son lot de deuils et de chagrins.
Enfin, un beau « lundi 11 novembre 1918 – Les cloches de Paris se sont envolées. Les habitants se sont embrassés. La guerre est terminée. Aujourd’hui, j’ai dix-huit ans. »
Un roman dans lequel chaque détail révèle ce qu’était la vie quotidienne d’une adolescente au début du XIXe siècle – de la chaise longue en rotin au porte-plume, et jusqu’à la « petite croix rouge » brodée sur la première blouse blanche.

Dès 12 ans

Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914–1918, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2012, 160 p., 9,95 € — au format Kindle : 7,49 €