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J.-P. Arrou-Vignod et F. Place, Olympe de Roquedor

A peine sortie du couvent pour être mariée contre son gré à un jeune freluquet, Olympe, 17 ans, profite de l’embuscade tendue à sa berline pour prendre la poudre d’escampette. Pas facile de courir les bois en tenue de marquise – car elle est marquise, notre demoiselle de Roquedor, et orphenine. Sa rencontre avec Décembre, un vieux soldat borgne et amnésique, et avec Oost, un jeune marin déserteur, va lui permettre d’échapper à autant de pièges, de félonies, de cavalcades et de mauvais hasards qu’il en faut pour vivre un vrai roman de cape et d’épée. Olympe de Roquedor est évidemment nettement plus féministe que Les Trois Mousquetaires ou Le Capitaine Fracasse, mais voilà, non seulement c’est dans l’air du temps, mais de plus, ce sont bien les lectrices qui font vivre les romanciers. Le jeune promis est vraiment très, très niais, mais il lui sera pardonné car il vit sous la férule d’un père qui se révèle vite être le « grand méchant » de l’intrigue. Et comme mademoiselle de Roquedor ne peut décemment tomber amoureuse d’un marin sans le sou, elle le laissera volontiers à la fille de sa nourrice (sa « meilleure amie » au demeurant). Les principes seront saufs… et sa fortune aussi. A bon entendeur ! Le vrai moteur du roman, c’est donc la belle amitié qui lie Olympe, Décembre et Oost, un trio improbable mais aux relations bien plus fines qu’il y paraît de prime abord.
Osons une comparaison « de cape et d’épée » : si la berline dans laquelle voyage Olympe au début du roman est tirée par quatre chevaux, le roman, lui, est écrit à quatre mains, et cet attelage-là est bien plus performant ! Les rebondissements sont menés de main de maître – ou faut-il dire de mains de maîtres ? En effet, si François Pace a réalisé quelques dessins pour illustrer le roman, il a aussi associé son imaginaire à celui de Jean-Philippe Arrou-Vignod. Prenez votre rapière, et en selle, vite, Roquedor vous attend !

Dès 12 ans

Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place, Olympe de Roquedor, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, 2021, 304 p., 16,50 € — Imprimé en France

Susie Morgenstern, Une histoire de doudou

Petit Lapin jette un regard horrifié vers le hublot de la machine à laver. « Son papa et sa maman ont fait quelque chose d’horrible. Ils ont mis le doudou de Rodolphe dans la machine à laver. » Hurlements, désespoir… Comment aller dormir sans son doudou ? S’ensuit la recherche impossible d’un compromis : quel objet va-t-il donc pouvoir remplacer ce doudou ? Seul un gros câlin de papa et de maman… Même en ayant un second doudou dans le placard, qui n’a jamais été confronté à cette crise d’angoisse (qui n’est pas du tout un caprice, mais un vrai problème existentiel) ? A lire afin d’apprendre à compatir mais aussi pour anticiper par le sourire et par la tendresse…

Tout-petits

Susie Morgenstern, Une histoire de doudou, illustrations de Marie Quentrec, Flammarion Jeunesse Petit Castor, 2021, 24 p., 5,95 €

Isabelle Stock, Hermine part en camp

« – Koala… On y va !
– Mouette unie dans la… tempête !
– Toujours un oeil de… Lynx !
– Guides toujours… appela la cheftaine.
– Prêtes ! répondirent toutes les guides d’une voix claire.
Hermine observa la scène bouche bée. Tout s’était passé très vite et les filles étaient maintenant immobiles, détaillant la nouvelle venue.
– Je vous présente Hermine, déclara Sophie dans un grand silence. Je vous avais annoncé son arrivée dans notre compagnie, elle va découvrir le scoutisme avec nous toutes. Je compte sur vous pour bien l’accueillir et l’entourer pour son premier camp. »
Suivons donc Hermine pendant ces deux semaines riches en découvertes et en aventures ! Isabelle Stock présente avec talent la réalité d’un camp scout et, grâce au thème du Grand Jeu, retrace la création du scoutisme par Baden-Powell. Pas d’aventures « magiques », pas d’énigmes abracadabrantes, juste les petits soucis – entorse, lessive croquée par les vaches, pluies diluviennes, agaceries entre filles – que connaissent tous les scouts et qui sont narrés ici avec un humour bienveillant. La présence religieuse est très discrète mais conclut en beauté le roman, avec la cérémonie de la promesse de deux guides. Si, selon la formule de Baden–Powell « le bonheur ne vient pas à ceux qui l’attendent assis », après avoir lu ce roman, gageons qu’il y aura des inscriptions dans les nombreuses troupes scoutes de France et de Navarre.

Dès 8 ans

Isabelle Stock, Hermine part en camp, illustrations de Juliette Vizzaccaro, BOD, 2021, 220 p., 10,90 € — Disponible en ligne sur Amazon, Fnac, Cultura, Chapitre, Decitre.

Pierre Gemme, La colère des dieux

« Un géant jaillit d’un porche. Il tient un immense sac en toile épaisse.
— Ton chemin s’arrête ici ! gronde-t-il.
Le cœur d’Aouni bat si fort qu’il lui fait mal. Finou hérisse ses poils… »
Prisonniers ! Que vont devenir Aouni, jeune Egyptienne d’Abou Simbel, et son chat Finou ? Que veulent obtenir d’elle les brigands qui l’ont enlevée ? Aouni est la fille d’une célèbre magicienne, elle sait parler aux animaux et faire apparaître les dieux en cas de danger… Dans le temple désert d’Abou Simbel, un prêtre ricane déjà. Pourquoi a‑t‑il manigancé cet enlèvement et pourquoi veut-il obtenir de l’or ? Un roman très illustré, à lire tout seul, qui fait la part belle à l’Egypte ancienne dans laquelle se déroule cette aventure très morale : le prêtre menteur sera victime de sa cupidité. En fin d’ouvrage, deux pages documentaires.

Dès 7 ans

Pierre Gemme, La colère des dieux, coll. « Les petits mystères d’Egypte », illustrations de Mary Gribouille, Flammarion Jeunesse, Castor romans, 2021, 48 p., 5,95 € — Imprimé en Espagne
Du même auteur, dans la même collection : La momie maléfique, coll. « Les petits mystères d’Egypte », illustrations de Mary Gribouille, Flammarion Jeunesse, Castor romans, 2021, 48 p., 5,95 €. Les deux romans peuvent être lu indépendamment.

Derib et Job, Yakari chez les castors

Après avoir remonté la rivière, Yakari, monté sur son ami Petit-Tonnerre, voit affleurer un barrage de branches. « Là-bas, on peut retraverser à gué ! » Mais voilà qu’il se fait interrompre ! « Hé ! vous deux ! Ne vous gênez pas !! Casseurs ! Démolisseurs ! C’est comme ça que vous respectez le travail des autres ? » Tout cela en très gros caractères, ce qui signifie, en code BD, que le personnage est très, très en colère. En fait de personnage, c’est un castor, « Mille-Gueules » le bien nommé, qui a alpagué notre jeune Indien. Une bande dessinée très vintage, dans une série toujours appréciée des jeunes lecteurs.

Dès 7 ans

Derib et Job, Yakari chez les castors, Le Lombard, 2000, 46 p. D’occasion chez un bouquiniste des quais de Paris

Marie Bertiaux, Camino, En avant Gribouille !

« On va y retourner Maman, c’est vrai ?
— Mais oui mon grand, si tout va bien dans quatre mois nous reprendrons notre route là où nous l’avons laissée. »
A ces mots j’ai jailli de ma chaise, j’ai planté un baiser sur sa joue et je suis sorti de la maison en trombe, ne m’arrêtant qu’au fond du jardin devant un enclos où se tenait une belle ânesse grise.
« On va repartir vers Compostelle, ma Gribouille ! Tous ensemble ! »
Tous ensemble, c’est-à-dire Papa, Maman, Martin (11 ans, le narrateur), Alice (9 ans), Agathe (6 ans), Benjamin (trois ans), et Filou, un jeune labrador – sans oublier bien sûr Gribouille, qui portera les bagages et parfois Benjamin. Deux semaines sur la route de Compostelle, que d’aventures en perspective ! Des bonnes et des mauvaises surprises, des rencontres surprenantes, une clef mystérieuse et même un poulpe séché…D’autant plus qu’une journaliste a décidé de suivre cette petite famille – un vrai crampon, cette Elisa – à qui il sera pardonné en fin de compte. Une orientation catholique bien affirmée, donc, et beaucoup d’humour dans ce roman destiné aux lecteurs bien débrouillés. Le 2e tome d’une série bien sympathique.

Dès 8 ans

Marie Bertiaux, Camino, En avant Gribouille !, illustrations de Cécile Guinement, Editions Plein Vent, 2021, 152 p., 9,90 € — Imprimé en France — Les droits d’auteur de ce livre sont reversés à des associations d’aide à l’enfance.

Adeline Ruel, Les Fruits de mon jardin

Fraise, pomme, cerise, orange, figue : quel régal ! Un régal sous la langue, mais aussi pour les yeux ! Comment se développe une fraise ? Où se cachent les pépins de la pomme ? Chaque double page présente un fruit, ses fleurs ou son arbre, et un rabat permet de le découvrir dans toute sa splendeur. Miam, miam ! Il n’y a plus qu’à prendre son petit panier pour aller soit au verger, soit au marché.

Tout-petits

Adeline Ruel, Les Fruits de mon jardin, Flammarion Jeunesse, Père Castor, 2021, 12 p. cartonnées, 9,50 € — Imprimé en Chine

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert

« Un soir de nouvel an, un mystérieux chevalier vert lance un étrange défi aux chevaliers de la Table Ronde : quiconque accepte de trancher la tête de ce chevalier vert avec sa hache, devra en retour, subir le même sort dans un an et un jour. » Ayant rappelé au roi Arthur qu’il est son champion, Sire Gauvain relève alors le défi. A la surprise de tous, une fois décapité, le chevalier vert se relève, reprend sa tête et rappelle à Gauvain sa promesse. De nombreuses aventures ponctuent l’année suivante, que ce soit sur le chemin semé d’embûches, au château de Haut-Désert ou, le dernier jour venu, au pied de la Chapelle Verte. Elles mettront à l’épreuve l’honneur de Gauvain, considéré comme le plus parfait des chevaliers de la Table Ronde.
Fondatrice du Centre de l’Imaginaire Arthurien, conférencière, commissaire d’exposition, Claudine Glot a consacré de nombreux ouvrages aux mythes et aux légendes. Elle s’inspire d’un manuscrit médiéval daté de la fin du XIVe siècle, Sire Gauvain et le Chevalier vert (Sir Gawain and the Green Knight), conservé à la British Library à Londres et rappelle, dans la postface que « J. R. R. Tolkien, qui appréciait et aimait particulièrement ce roman, l’a étudié, en a établi le texte et l’a traduit en anglais moderne ». Son texte suit au plus près de la trame médiévale, en livrant les pensées ou les dialogues nécessaires dans une langue précise et poétique — mais sans psychologiser. Les superbes illustrations de David Balade s’inspirent de la symbolique celtique et des tableaux et vitraux préraphaélites. Les originaux seront à admirer à l’Office de Tourisme de Brocéliande dès sa réouverture au public.

Adolescents

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert, illustrations de David Balade, Ouest-France, coll. Jeunesse, 96 p., 15 €

Clotilde Jannin, Napoléon, l’enfant corse qui devint empereur

1782, au collège de Brienne. « Après quatre ans au collège, Napoléon a gagné la sympathie des autres élèves. En ce jour d’hiver, la cloche sonne la fin du cours de géographie. Les garçons se bousculent bruyamment en direction de la porte. Le maître les interpelle.
– Il a neigé toute la matinée, restez donc à l’intérieur !
– Non, j’ai une meilleure idée ! s’exclame Napoléon. Construisons un fort en neige !
– Bonne idée ! approuvent les élèves. Vite, des pelles, des pioches !
Après un travail acharné, le fortin s’élève dans la cour. Divisés en deux camps, les garçons ont formé de belles boules de neige.
– À l’assaut ! crie Napoléon. Visez bien ! »
Dans cet album, Clotilde Jannin fait revivre ici quelques épisodes fameux de la légende napoléonienne. Elle s’est attachée à l’enfance et à la jeunesse de cet « enfant corse » que rien ne prédestinait à devenir empereur, avant de mettre en scène quelques grandes heures de sa carrière militaire, sans oublier le couronnement, la campagne de Russie et l’exil à Sainte-Hélène. Les illustrations de Cyril Flautat, énergiques et tout en mouvement, très documentées, font découvrir l’univers napoléonien. Texte et images se répondent pour offrir un portrait dynamique d’une grande figure de l’histoire de France, dans un format agréable qui facilite la lecture. Un album tonique, pour donner le goût de l’histoire !

Dès 6 ans

Clotilde Jannin, Napoléon, l’enfant corse qui devint empereur, illustrations de Cyril Flautat, La Nouvelle Librairie Jeunesse, 2021, 32 p., 9,90 € — Imprimé en France

Michael Morpurgo, Le phare aux oiseaux

Benjamin Postlethwaite, un nom que le jeune Allen n’oubliera jamais. Mais si vous avez, comme moi, un peu de mal à le lire, dites Ben, cela lui va aussi. Ben était gardien du phare de l’île aux Macareux, Puffin Island, une des îles Scilly (que Normands et Bretons appellent Sorlingues). Un phare, un gardien, une nuit de tempête… La suite logique, c’est un naufrage et un sauvetage, bien sûr. Mais aussi le début d’une incroyable aventure, comme seul sait les raconter Michael Morpurgo. Des années après le naufrage, Allen, qui a grandi, retourne sur le phare. Pourquoi Ben n’a‑t‑il jamais répondu à ses lettres ? Quel « invité » cache-t-il dans une boîte en carton ? Le roman est superbement illustré par Benji Davies, avec des scènes parfois grandioses, parfois intimistes, qui respirent le grand large. Michael Morpurgo a un lien bien fort avec ces îles de l’extrême ouest européen : elles servaient déjà de cadre à un roman étonnant, Le mystère de Lucy Lost. Comme les macareux, nous y revenons avec un plaisir non dissimulé ! Michael Morpurgo nous offre aussi une lecture à plusieurs niveaux : le héros du roman, qui va apprendre à lire à Ben, porte le nom d’Allen Lane, le fondateur des éditions Penguin en 1935, puis en 1940, de la maison Puffin, dédiée aux livres de jeunesse. Penguin, le pingouin ; Puffin, le macareux.

Dès 8 ans

Michael Morpurgo, Le phare aux oiseaux, illustrations de Benji Davies, Gallimard Jeunesse, 2021, 104 p., 16,50 € — Traduit de l’anglais par Diane Ménard. Imprimé en Italie

Claire Lebourg, Premier bonjour

« C’est le matin, il est six heures. La lune se couche, un bateau rentre au port. » Ciel et mer gris, la plage est éclairée par une lune discrète. Le phare s’éteint, et l’herbe verdit avec l’aube. Sur sa bicyclette, le gardien du phare profite du petit matin… Un arrêt à la boulangerie : « 3 croissants et du pain de mie ». A 7 heures, à l’étage, un petit enfant attend le câlin de son papa… Un album tout en douceur, qui, chose rare, chante l’aube et le réveil. Si, le Papa, lui, ira sans doute se reposer après une nuit de travail, il prend le temps de partager un moment tendre et complice avec celui qui sort de ses rêves. A ne pas oublier pour des vacances en bord de mer !

Dès 4 ans

Claire Lebourg, Premier bonjour, illustrations de Mickaël Jourdan, Eds du Rouergue, 2021, 40 p., 16 € — Imprimé au Portugal

Gwenaële Barussaud, Le Palace de Rose et Suzon, Un air de fête

« ‑Je peux vous être utile, Madame ? demande Suzon en se plantant devant l’Américaine.
La vieille dame la dévisage en plissant les yeux. Elle ne semble pas la reconnaître.
— Je suis Suzon. Vous vous souvenez ? C’est moi qui ai défait vos malles ce matin. »
En cet été 1926, Madame Chiffoneau est revenue d’Amérique avec son fils, et n’a qu’une idée : trotter dans le Paris de sa jeunesse. Quitte à donner des sueurs froides au personnel du Ritz, car cette délicieuse vieille dame perd la mémoire. Suzon, la petite femme de chambre, et son amie Rose, la fille du sous-directeur, vont se relayer à ses côtés. En parcourant Paris, elles découvrent le quartier Montparnasse, haut-lieu du jazz. Or l’orchestre démodé de l’hôte déclare forfait pour la prochaine soirée dansante. Vite, un pianiste, un clarinettiste, un contrebassiste ! Ce dernier volume conclut en musique une trilogie consacrée au plus célèbre palace de Paris, le Ritz, vu par deux fillettes que tout aurait dû séparer, et qui sont les meilleures amies du monde. Surtout quand l’aventure est au coin de la rue !

Dès 8 ans

Gwenaële Barussaud, Le Palace de Rose et Suzon, Un air de fête, illustrations de Lucie Durbiano, Rageot, 2021, 160 p., 12 € — Imprimé en France
Gwenaële Barussaud, Le palace de Rose et Suzon, le plus bel hôtel du monde, illustrations de Lucie Durbiano, Rageot, 2019, 160 p., 11,90 € — Imprimé en France
Gwenaële Barussaud, Le palace de Rose et Suzon – Un mariage extraordinaire, illustrations de Lucie Durbiano, Rageot, 2020, 160 p., 11,90 €