Thème

Romans historiques

Clotilde Jannin, Bertrand Du Guesclin, hardi chevalier

1332, quelque part en Bretagne. Une petite troupe de garnements se lance dans un grand jeu : prendre d’assaut un fortin bricolé avec de vieilles planches. À sa tête, le jeune Bertrand du Guesclin se sent déjà l’âme d’un chef ! Au fil des années, celui qui n’était qu’un écuyer mal dégrossi s’est révélé un chef de guerre infatigable et un meneur apprécié de ses hommes, que ce soit en Bretagne, en France ou en Espagne. Bertrand du Guesclin (env. 1320 — 1380) remporta de nombreux combats lors de ce que nous appellerons « la guerre de Cent Ans ». Fait prisonnier par les Anglais, il fixa à cent mille écus d’or le prix de sa rançon. Le roi le nomma à la tête de ses armées, avec le titre de connétable de France. Clotilde Jannin, mère de famille passionnée par l’Histoire, conte ici les aventures captivantes d’un jeune garçon courageux et déterminé devenu un chevalier estimé de tous. Les illustrations épurées de Fabien Le Clech font entrer le jeune lecteur de plain-pied dans un Moyen Âge coloré et dynamique.

Dès 5 ans

Clotilde Jannin, Bertrand Du Guesclin, hardi chevalier, illustrations de Fabien Le Clech, Ed de la Nouvelle Librairie Jeunesse, 2021, 24 p., 9,90 € — Imprimé en France.

Stefan Zweig, Magellan

« Une voile ! Un navire ! Béni sois-tu, ô mon Dieu ! Un des deux bâtiments est sauvé. Mais non ce sont les deux navires, le San Antonio et le Conception, qui reviennent sains et saufs. Mais qu’arrive-t-il ? A peine sont-ils en vue que là-bas, à bâbord, un éclair a lui, une fois, deux fois, trois fois, et l’écho renvoie en grondant le bruit du canon. Que s’est-il passé ? […] Magellan le premier l’a compris : c’est le langage de la victoire ! » Ce 21 octobre 1520, Fernand de Magellan (1480–1521) a gagné : il a réussi à passer de l’océan Atlantique à l’océan qu’il nommera Pacifique en contournant l’Amérique du Sud. Son expédition, après plus de trois ans de navigation, reviendra victorieuse, mais sans lui, en Espagne : il était bien possible de faire le tour de la terre d’est en ouest.
Ce récit historique, paru pour la première fois à Vienne en 1938, retrace la vie de Magellan, un destin héroïque qui fera vibrer les adolescents. Loin de se contenter de chiffres, de dates et de tonnages, Stefan Zweig brosse un portrait psychologique magistral de ce gentilhomme au caractère sévère et à la volonté de fer.

Adolescents

Stefan Zweig, Magellan, Le Livre de Poche, 2012, 288 p., 7,30 € — traduit de l’allemand par Alzir Hella. Imprimé en France

Carl Norac, La Harpe de la Reine ou le journal intime de Marie-Antoinette

« Je vais vous raconter des secrets que mes amies, princesse de Lamballe ou duchesse de Polignac, ne devinent même pas. Mais pas d’impatience, jouons, je veux écouter votre musique. Notre musique.
Il suffit qu’une harpe soit dans la pièce pour qu’un sourire me vienne et que je devienne, plus que Reine ou femme, une rêveuse de jour. »
Avec ce « journal intime de Marie-Antoinette », Carl Norac nous offre une merveilleuse plongée dans la vie musicale de Versailles au XVIIIe siècle. Marie-Antoinette se confie à sa chère harpe : savez-vous qu’elle en jouait plus d’une heure par jour avec son professeur ? Carl Norac raconte avec beaucoup de pudeur la vie de cette jeune reine si mal aimée, qui reprend vie avec la voix de la comédienne Marina Hands. Après l’évocation des heures heureuses, l’album se termine par un cauchemar où le « carrosse devient un chariot » — non, en fait, il se termine par le rondo du Concerto pour harpe et orchestre n°5 de Jean-Baptiste Krumpholtz, magnifiquement interprété par le harpiste Xavier de Maistre et les Arts Florissants de William Christie – excusez du peu ! L’album grand format est illustré par Eric Puybaret, qui n’a pas son pareil pour peindre les rêves, fussent-ils ceux d’une reine de France. Plaisir des yeux, plaisirs des oreilles – à déguster avec quelques jolis macarons !

Dès 8 ans

Carl Norac, La Harpe de la Reine ou le journal intime de Marie-Antoinette, illustrations d’Eric Puybaret. Un livre CD raconté par Marina Hands, avec Xavier de Maistre à la harpe et Les Arts Florissants de William Christie, Editions Little Village et Harmonia Mundi, 2019, 60 p., 22 € — Imprimé en Europe.

Marie Desplechin, Séraphine

Marie Desplechin, Séraphine

Il ne fait pas bon être orpheline sur la Butte en 1885 — mais Séraphine, dite Fifi, ne se plaint pas : elle a un toit, de quoi manger, un tablier et Jeanne, chez qui elle a été placée, lui a fort bien appris à coudre. Le jour de ses 13 ans, l’abbé Sarrault, qui œuvre autour de Saint-Lazare (l’hospice, pas la gare), lui offre une médaille de sainte Rita. Prières à la patronne des causes désespérées, rubans accrochés à l’arbre aux vœux, mais aussi regards affûtés sur son entourage vont aider Séraphine à affronter son destin. Pendant que se construit la basilique (dont la grandiloquence en prend pour son grade !), la Butte frémit encore des souvenirs de la Commune. Or, si la mère de Séraphine est morte en couches, la jeune fille ignore qui est son père. D’autres le savent, et comme dans tout roman bienveillant, père et fille se retrouveront – grâce à une chaîne d’amitiés révolutionnaires.
Ce roman pose sans mièvrerie la question de la pauvreté du Paris laborieux de la fin du XIXe siècle, une pauvreté physique et morale que les institutions peinent à éradiquer, ce qui en fera terreau du socialisme, puis de l’anarchisme. Une touche de féminisme, un va-et-vient entre survivances quasi-païennes et progressisme parfois anticlérical, en font certes un roman à thèses, mais la plume de Marie Desplechin nous invite à parcourir aussi un Paris oublié, des estaminets de Montmartre aux ateliers du faubourg Saint-Antoine, avec un détour par Argenteuil, celui des impressionnistes. L’espoir réside aussi dans le fait que chaque personnage a des côtés positifs, une attention à l’autre qui peut être brouillonne ou maladroite, mais qui ouvre vers des temps meilleurs – le temps des cerises. Un roman qui invite à la réflexion.

Dès 12 ans

Marie Desplechin, Séraphine, L’Ecole des Loisirs, 2020, 256 p., 6,80 €. Réédition du roman paru en 2007.

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – La féerie de Noël (tome 10)

« Il neige dans les rues de Paris, et Noël approche ! Célestine et ses amies découvrent, émerveillées, la douce ivresse du patin à glace, la musique d’un orgue de Barbarie, les vitrines féeriques des grands magasins… Mais la promesse d’un autre événement fait briller les yeux de Célestine encore plus fort que le reste : sa mère doit la rejoindre, et elles fêteront ensemble le réveillon… » Mais au dernier moment, rien n’est plus certain…
Madame la Chouette avoue avoir copié le résumé du livre, ce qui est rare, mais comment lire tant de livres avant Noël ? Le 10e tome des aventures si attachantes de Célestine, petit rat de l’Opéra en 1900.

Dès 8 ans

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – La féerie de Noël (tome 10), illustrations de Myrtille Tournefeuille, Albin Michel Jeunesse, 2020, 144 p., 7,20 €

Natsuko Wada, Marie-Antoinette (1755–1793)

« Après son départ, Maria Antonia ne revit plus jamais sa mère. Le très long cortège qu’elle emmena avec elle… arriva à mi-parcours entre l’Autriche et la France au bout de deux semaines. Pour cette occasion, un bâtiment avait été construit sur une île du Rhin… où Maria Antonia fut confiée à des personnes venues la chercher depuis la France. » Et c’est ainsi que la jeune et insouciante archiduchesse d’Autriche Maria Antonia s’apprêtait à devenir Marie-Antoinette, reine de France. Cette collection des « grands noms de l’histoire en manga » continue son pari : proposer un récit fidèle à l’histoire, dans un style de narration typique du manga. Au fil du récit, les dessins de Mamoru Kurihara se font de plus en plus sobres et respectueux de la fin tragique de Louis XVI et de Marie Antoinette, même s’ils apportent une touche assez irréelle et décalée de notre histoire de France. A la fin du volume, les jeunes lecteurs curieux – ou sollicités pour un exposé – trouveront un dossier pédagogique bien monté, entre frise chronologique et reproductions d’œuvres d’art.

Dès 8 ans

Natsuko Wada, Marie-Antoinette (1755–1973), illustrations de Mamoru Kurihara, Pika Edition — Nobi Nobi, coll. « Les grands noms de l’histoire en manga », 2020, 160 p., 7,90 € — Adapté et traduit du japonais. Imprimé en France. A feuilleter ici.

Anne-Marie Pol, Défenseur des oubliés

Fin novembre 1793. Quelle idée de s’embarquer par un froid pareil pour Chausey, cet archipel battu par les vents au large de la Normandie ! Mais Sébastien de Rocadour, dit l’Esquirol, doit remplir sa mission : transmettre des lettres des princes émigrés à un agent contre-révolutionnaire. Car le temps presse : à la Conciergerie, la princesse Marie-Thérèse, sa tante Madame Elisabeth et surtout le petit Louis XVII sont en réel danger. Cette dernière mission, l’Esquirol la mène aux côtés de sa si jolie Saphire – mais réussira-t-elle ? De Chausey à Paris, de Paris à Rocadour, les routes sont semées d’embûches, de traîtres et de lâches… Ce 3e et dernier tome est un peu pessimiste – mais si réaliste : « Peut-on empêcher le cours du temps ? » — d’autant moins que la fin de l’histoire est connue. Mais cela n’interdit pas de cultiver un certain panache !

Dès 10 ans

Anne-Marie Pol, Défenseur des oubliés, Le destin de l’Esquirol, tome 3, Mame, 2020, 240 p., 14,90 € — Imprimé en Italie

Anne-Marie Pol, Le Baladin de la Reine, Le destin de l’Esquirol, tome 1, Mame, 2018, 254 p., 14,90 €
Anne-Marie Pol, Chevalier du Roi captif, Mame, 2019, 240 p., 14,90 €

Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Les fosses de Marius

Si l’on en croit le géographe grec Strabon, « Marius s’aperçut que […] l’entrée du fleuve tendait à s’oblitérer et devenait difficile, […] il fit creuser un nouveau canal où il dériva la plus forte partie des eaux du Rhône. Il en concéda la propriété aux Massaliotes, […] et cette concession devint pour eux une source de grands profits ». Partant de ce texte antique, Yvon Bertorello et Boris Talijancic ont scénarisé le 2e tome de leur bande dessinée « Ad Romam ». Blaise et ses amis y découvrent les fossae Marianae, les fameuses fosses de Marius, qui relient Arles à la mer. Si nous voyageons dans le temps (non sans heurts !), nous ne voyageons néanmoins pas jusqu’au Pacifique – les fossae Marianae n’ont rien à voir avec la fosse des Mariannes du Pacifique : nous sommes bien entre Arles et Fos-sur-Mer, entre le 1er siècle avant J.-C. et aujourd’hui. Que de pièges sur le chemin de nos jeunes étudiants ! Marché aux esclaves, attaques des barbares, prêtresse guerrière exaltée, détournement de cargaison… Ils n’auront pas un instant de répit, dans ces allers et retours entre le lycée Albert-1er de Monaco, le musée d’Istres, les quais de ce qui n’était pas encore Fos-sur-Mer, sans oublier les piscines modernes et les thermes romains !

Adolescents

Yvon Bertorello et Boris Talijancic, Ad Romam, Les fosses de Marius, Editions du Rocher, 2020, 60 p., 15,90 € — Imprimé en Belgique

Béatrice Egémar, Zélie, l’orpheline de Notre-Dame

« Elle regarde aux alentours, pour vérifier qu’aucun mendiant n’est installé, et n’en voit pas. Allons, il faut y aller ! Elle s’assied sur les marches du parvis et tend la main, espérant qu’une bonne âme, en sortant de l’église, lui donnera une pièce. Voilà le travail que les Balard demandent à leur ‘fille’ : mendier ! » Ce soir d’hiver 1649, Zélie ne rapportera pas grand-chose… Elle se réchauffera d’une soupe distribuée par les Filles de la Charité aidées de Gaspard et de Joachim, les petits héros rencontrés ici. Une mauvaise chute sera le point de départ de ce nouvel épisode : Zélie échappera-t-elle à ses exploiteurs et aux bandes de clochards qui écument Paris ? Retrouvera-t-elle la trace de ses vrais parents ? Trouvera-t-elle un peu de réconfort sous la houlette de Vincent de Paul ?
Comme elle le précise sur son blog, Béatrice Egémar s’est « attachée à tous les gamins des rues rencontrés dans le Paris de la Fronde, ainsi qu’aux Filles de la Charité qui consacraient leur vie à venir en aide à tous les miséreux de cette époque si dure ». Un roman d’aventures, dans un cadre historique peu connu aujourd’hui, au cœur de Paris.

Dès 9 ans

Béatrice Egémar, Zélie, l’orpheline de Notre-Dame, Mame, coll. « La petite troupe de Monsieur Vincent », 2020, 176 p., 10 € — Imprimé en France

Marie Malcurat, Guillemette et la montgolfière

La jeune Guillemette, passionnée par les sciences, aide son père, un grand savant des Lumières. Le jour où il est victime d’un accident de calèche, la jeune fille fait la connaissance de François Rosambeau, un cousin des Montgolfier. Elle va mettre toute sa passion et toute son énergie pour participer à la fabrication de la première montgolfière. Parviendra-t-elle à décoller devant le roi Louis XVI ? Cette aventure historique se double d’une enquête au cœur d’un secret de famille : qui donc est ce Jean évoqué par le père de Guillemette ? L’écriture du roman emprunte de son style aux écrits de l’époque, passés simples et mots désuets inclus, mais avec des expressions plus contemporaines et un rythme tonique. Les demoiselles fondront pour le jeune Rosambeau et seront émues par le destin de Jean – il ne leur sera sans doute pas facile de coudre une montgolfière mais elles auront vécu une belle aventure scientifique !

Dès 10 ans

Marie Malcurat, Guillemette et la montgolfière — La famille d’Angely, illustrations de Johanna Springer, Mame, 2020, 208 p, 11,90 € — Imprimé en Espagne

Gwenaële Barussaud, Le palace de Rose et Suzon – Un mariage extraordinaire

Paris, place Vendôme, 1926. Le Ritz, cet hôtel déjà mythique. « Rose soupire. Pourvu que Suzon parvienne à a rejoindre cette nuit… Ce n’est pas drôle de cuisiner pour soi. Les pâtisseries sont toujours meilleures quand elles sont partagées ! » Mais que faire quand la porte des cuisines est fermée ? Car on soupçonne des vols, explique un valet à la jeune demoiselle –qui, osons le dire, n’a rien à faire dans les sous-sols sous le coup de minuit. Rose, la fille du sous-directeur du Ritz, et Suzon, la petite femme de chambre, restent les inséparables amies déjà rencontrées dans le 1er tome.
Une cantatrice de renom va épouser un célèbre aviateur dans les luxueux salons de l’hôtel mais c’est un secret – que les fillettes s’empressent de partager. Un secret tellement bien gardé que le chef cuisinier ne travaille que la nuit à préparer le festin. Et voilà qu’un critique gastronomique tatillon arrive pour déjeuner. Panique à bord ! En nous plongeant dans les coulisses de cet univers de luxe et de modernité, Gwenaële Barussaud nous fait aussi découvrir l’énergie de ces Années folles, où les fleuristes livrent des camélias au volant de leur Hotchkiss, où les demoiselles de bonne famille commencent à s’habiller chez Mademoiselle Chanel, où l’on s’essaie à danser le charleston. Lucie Durbiano a trouvé le ton juste pour illustrer les aventures des deux fillettes : Suzon, natte dans le dos, en tablier noir, et Rose, cheveux à la garçonne et robes colorées, entre lustres en cristal et chambrette sous les toits, feront rêver les jeunes lectrices.

Dès 10 ans

Gwenaële Barussaud, Le palace de Rose et Suzon – Un mariage extraordinaire, illustrations de Lucie Durbiano, Rageot, 2020, 160 p., 11,90 €

Claire Astolfi, Jean-Paul II, au-delà des murs

Pour l’état civil polonais, il est Karol Wojtyla. Ses parents et ses camarades le surnomment Lolek, les jeunes skieuses et les kayakistes optent pour Wujek, « petit oncle ». Un beau jour d’octobre 1978, il choisit le nom de Jean-Paul II. Depuis 2014, il est saint Jean-Paul II. Né il y a cent ans dans une famille modeste de Wadowice, près de Cracovie, le jeune Karol a très tôt son lot de souffrances : il perd sa mère, puis son frère, avant que la guerre l’oblige à la clandestinité – car le séminaire, en 1942, est clandestin. Mais rien n’arrête la détermination et les facultés de résistance du jeune homme… De son enfance à sa mort en 2005, rien n’aura été fade dans l’existence de ce personnage hors du commun, sportif, intellectuel, poète, homme de théâtre, pèlerin, contemplatif et missionnaire, défenseur des plus pauvres. Même si le récit est résolument apologétique – et cela se comprend — , Claire Astolfi a réussi le pari d’écrire un roman historique dynamique et rigoureux à la fois, à la portée des adolescents. Main dans la main avec Jean-Paul II, les jeunes lecteurs découvriront aussi la réalité des régimes communistes, de la guerre froide et des dangers qui peuvent survenir à tout instant, jusque sur la place Saint-Pierre quand Ali Agça a tiré trois coups de pistolet. Une saine lecture en ces temps pascals.

Dès 11 ans

Claire Astolfi, Jean-Paul II, au-delà des murs, Salvator, 2020, 192 p., 14,80 €