Thème

Adolescents

Louise Guillemot, Parménide et la fille du Soleil

« Il était une fois…
Il était une fois quoi ?
Il était une fois un roi qui mangeait des petits pois sur un sofa de soie. »
Rien de tel qu’une comptine absurde pour captiver son auditoire ! Louise Guillemot, jeune normalienne agrégée de lettres classiques, a sorti de son sac à malices tous les ingrédients nécessaires pour faire entrer ses lecteurs à pas menus dans un univers franchement complexe : celui du philosophe grec Parménide d’Elée, qui vécut au tournant du VIe et du Ve siècle avant notre ère. La fille du Soleil, c’est la jeune Phoebé, Phoebé la Lumineuse, qui va nous conduire à la recherche de la Justice et de la Vérité, en passant par la fiction et le réel, sans oublier le principe de non-contradiction. Quel chemin emprunter ? Celui qui s’appelle « EST », ou celui qui s’appelle « N’EST PAS » ? Celui qui va très loin, ou celui qui est d’emblée impraticable ? Fidèles à leur ligne éditoriale, les Petits Platons font rimer poésie et philosophie, dans un conte finement illustré. Les papiers de soie découpés, tout légers de Lauranne Quentric nous font retrouver toute la luminosité grecque – et il en faut pour ne pas se perdre dans la nuit !

De 9 à 99 ans (selon l’éditeur !)

Louise Guillemot, Parménide et la fille du Soleil, illustrations de Lauranne Quentric, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 € — Imprimé en Union Européenne.

Peter Wohlleben, Le réseau secret de la nature

Loups et scolytes, saumons et grues cendrées, écureuils et nécrophores, fourmis et chevreuils, sans oublier les vers de terre et les pucerons… que de secrets nous cachent-ils donc, petits et grands, sous le couvert de nos forêts ? Quels liens complexes, et souvent étonnants, unissent animaux, plantes, forêts et rivières ? Et quand l’homme s’en mêle, fût-il inspiré des meilleures intentions possibles, ce n’est pas toujours dans le « bon sens », celui qui permettrait à la nature de vivre selon ses propres règles et de maintenir un équilibre précaire mais, ô combien !, nécessaire. Peter Wohlleben, en tant qu’ingénieur forestier, a longtemps veillé sur les forêts allemandes de l’Eifel avant de connaître un succès mondial avec La Vie secrète des arbres et La Vie secrète des animaux. Ses théories « iconoclastes » tentent de modifier le regard utilitariste, à court terme, porté sur les forêts et ont ouvert la voie à une autre façon de gérer ce patrimoine : chênes, hêtres, épicéas, bouleaux, vous ne les verrez plus de la même façon après avoir écouté ce conteur hors-pair, servi par une traduction pleine d’humour.

Adolescents, adultes

Peter Wohlleben, Le réseau secret de la nature, Les Arènes, 2019, 256 p., 20,90 € — Traduit de l’allemand par Lise Deschamps. Imprimé en France

Jules Verne, Deux ans de vacances

Jules Verne, Deux ans de vacances

« Un peu avant minuit, un tel paquet de mer s’abattit sur le flanc du yacht que ce fut miracle s’il ne fut pas démonté de son gouvernail.
Les enfants, qui avaient été renversés du coup, purent se relever presque aussitôt.
« Gouverne-t-il, Briant ? demanda l’un d’eux.
— Oui, Gordon, » répondit Briant. […]
À ce moment, la porte du capot d’escalier fut vivement ouverte. Deux petites têtes apparurent en même temps que la bonne face d’un chien.
« Briant ?… Briant ?… s’écria un enfant de neuf ans. Qu’est-ce qu’il y a donc ?
— Rien, Iverson, rien ! répliqua Briant. Veux-tu bien redescendre avec Dole,… et plus vite que ça !
— C’est que nous avons grand-peur ! ajouta le second enfant, qui était un peu plus jeune.
— Et les autres ?… demanda Doniphan.
— Les autres aussi ! répliqua Dole.
— Voyons, rentrez tous ! répondit Briant. Enfermez-vous, cachez-vous sous vos draps, fermez les yeux, et vous n’aurez plus peur ! Il n’y a pas de danger !
— Attention !… Encore une lame ! » s’écria Moko.

Malgré leur courage et leur énergie, les 14 jeunes pensionnaires anglais, américains et français, ainsi que le mousse Moko vont faire naufrage sur une île déserte du Pacifique. Comment vont-ils s’organiser pour survivre ? Cette célèbre robinsonnade a inspiré bien des grands jeux scouts et fait rêver des générations de galopins. Deux ans de vacances, qui n’en aurait pas rêvé ?

« Ni adaptation ni résumé, ce livre propose une version abrégée du texte original : les coupures y sont effectuées de manière à laisser intacts le ton et le style de l’auteur », précise un avertissement de l’éditeur.

Dès 10 ans

Jules Verne, Deux ans de vacances, Hachette Romans, 2018, 192 p., 10 €

Erik L’Homme, Nouvelle Sparte

Nouvelle Sparte sort en format poche ! L’occasion de republier ma chronique sur ce roman fascinant ! « Alexia prononça les paroles rituelles qu’elle n’avait pas le droit de prononcer – il n’y avait aucun serment et aucun vol avant la troisième année académienne. “Belle squaline… Je te confie ma vie… Emporte-moi dans le ciel…“La porte devant elle s’ouvrit automatiquement quand le caisson fut plein. Alexia enclencha l’aqua-mode, actionna le levier de commande. La squaline se faufila-glissa dans l’obscurité froide des profondeurs du Baïkal. Le cœur d’Alexia vibrait d’une excitance totale. » Car la jeune fille a enfreint les lois de la Nouvelle-Sparte, cette cité recréée sur les rives du Baïkal après les Grands Bouleversements qui avaient, deux siècles plus tôt, « renversé les pays du Monde‑d’avant ». Aux commandes de son engin, Alexia n’a qu’un seul but : aller sauver son ami Valère, aux prises avec de dangereux personnages qui perturbent sa mission dans la sombre Occidie.
Avec leurs jeunes compagnons, Valère et Alexia sont parvenus, quelques semaines auparavant, au terme de leur formation et ont vécu les épreuves de la terrible kryptie. Ils ont entendu le discours de la grande-prêtresse d’Hestia : « La force de la Fédération ne réside ni dans ses satellites-tueurs ni dans ses féroces squalines, mais dans le caractère de ses citoyens ! Leurs vertus – courage, ruse, tempérance – sont le vent qui nous porte vers tous les rivages ! La clef de tous les trésors, le marteau qui forge les patries vivantes, le bouclier sans lequel aucune civilisation ne saurait durer ! » Il était donc temps de passer à l’action !
Erik L’Homme signe ici un roman ambitieux, où la science-fiction se nourrit de l’héritage homérique, que ce soit dans le rythme du récit, dans la création de néologismes (« ils se sourire-lumière ») ou dans les discours du philosophe Goas. Empruntant à la fois à l’Iliade – comment réagir aux attentats qui sèment le chaos dans la cité ? – et à l’Odyssée – Valère est prisonnier en Occidie des charmes d’une sulfureuse Circé -, ce trépidant roman d’aventures futuristes est aussi une belle leçon de vie pour ceux qui ont « l’âge-de-toutes-les-folies ». Rassurez-vous, inutile d’avoir planché son grec ancien au lycée pour entrer dans la Nouvelle-Sparte – mais les hellénistes y trouveront un charme supplémentaire. Les lecteurs de Sylvain Tesson ne seront pas déçus non plus, pour des raisons plus… baïkaliennes.

Adolescents, jeunes adultes

Erik L’Homme, Nouvelle Sparte, Gallimard Jeunesse, coll. « Pôle fiction », 2020, 320 p., 6,90 €

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle

Mowgli « se fatiguait beaucoup d’avoir à répéter cent fois la même chose. Mais, comme Baloo le disait à Bagheera, un jour que Mowgli avait reçu la correction d’un coup de patte et s’en était allé bouder :
— Un petit d’homme est un petit d’homme, et il doit apprendre toute… tu entends bien, toute la Loi de la Jungle.
— Oui, mais il est tout petit, songes‑y, dit la panthère noire, qui aurait gâté Mowgli si elle avait fait à sa guise. Comment sa petite tête peut-elle garder tous tes longs discours ?
— Y a‑t-il quelque chose dans la Jungle de trop petit pour être tué ? Non. C’est pourquoi je lui enseigne tout cela, et c’est pourquoi je le corrige, oh ! très doucement, lorsqu’il oublie.
— Doucement ! Tu t’y connais, en douceur, vieux Pied de Fer, grogna Bagheera. Elle lui a joliment meurtri le visage, aujourd’hui, ta… douceur. Fi !
— J’aime mieux le voir meurtri de la tête aux pieds par moi qui l’aime, que de lui voir arriver du mal à cause de son ignorance, répondit Baloo avec beaucoup de chaleur. Je suis en train de lui apprendre les Maîtres Mots de la jungle appelés à le protéger auprès des oiseaux, du Peuple Serpent, et de tout ce qui chasse sur quatre pieds, sauf de son propre clan. Il peut maintenant, s’il veut seulement se rappeler les mots, réclamer protection à toute la jungle. »
Une nouvelle édition du célèbre Livre de la Jungle est toujours un pari – celui-ci est réussi, grâce aux illustrations, frises et divers objets animés interactifs créés par le studio MinaLima, connu pour avoir créé l’univers graphique de la série Harry Potter. Des illustrations qui viendront bien à propos au fil du texte, avec leurs couleurs chaudes et leur inspiration indienne. Dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières (1899).

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle, illustrations et animations de MinaLima, Flammarion Jeunesse, 2020, 320 p., 28,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

René Goscinny, Le petit Nicolas

René Goscinny, Le petit Nicolas

De la part de Sixtine R. — Depuis plus de soixante ans, le Petit Nicolas est bien connu de tous les écoliers pour ses multiples talents, allant de ses pires bêtises à des choses « drôlement chouettes ». Il mérite d’être à nouveau mis à l’honneur.
Avec ce jeune garçon turbulent, le lecteur apprend l’amitié, l’amour des parents même quand on ne les comprend pas, la joie d’aller à l’école malgré le surveillant, la force de la bande de copains et surtout, le bonheur de jouer. A tout cela se joint ce regard de l’enfant sur le monde des adultes, qui permet aux jeunes lecteurs de porter un autre regard sur le monde. La vie est plus facile quand on rit de bon cœur !
En plus de tout cela, les aventures du Petit Nicolas, ce sont aussi de belles illustrations, et une langue française délicieuse portée par ce ton humoristique qui signe la série. Un régal à partager entre générations : les grands-parents expliqueront en effet à leurs petits-enfants certains détails venus des années 1960 et aujourd’hui un peu bien oubliés. Et les parents se souviendront du temps béni où ils bénéficiaient d’une grande liberté – dont il ne fallait pas abuser non plus.

A partir de 12 ans

René Goscinny, Le Petit Nicolas, illustrations de Jean-Jacques Sempé, Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior – dernière édition disponible : 2007, 176 p., 7 € — Ce premier tome est suivi de nombreux autres, tout aussi drôles.

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K

Laila a douze ans. Bientôt, elle aura des amis, et un walkman. Elle fera un très long voyage, semé d’embûches, de nuits à la belle étoile, de navigations sur l’Amazone. Mais elle ne le sait pas encore. Elle ne sait pas non plus qu’elle présente tous les symptômes d’une maladie incurable, la maladie de Batten. Et que même la fleur perdue du chaman ne pourra rien pour elle. Pour le moment, elle va subir des examens de la vue dans un hôpital de Lima, où son père est diplomate. Et nous tremblons avec elle parce que le chauffeur a verrouillé les portières, que le quartier n’est pas sûr, mais surtout parce que ces examens vont l’obliger à passer plusieurs jours dans un service de pédiatrie. A moins… à moins qu’elle ne décide de prendre son destin en main. A la fin de ce roman de formation, mené tambour (de chaman) battant, Laila aura ces mots extraordinaires : « Je vais mourir. Mais ça va aller. Parce que j’ai vécu. » Après Le célèbre catalogue Walker & Dawn, Davide Morosinotto embarque ses lecteurs à la recherche non seulement de la fameuse fleur mais à ce qui fait le sel de la vie : des aventures partagées avec des amis, de vrais amis.

Dès 12 ans

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K, Illustrations de Paolo Domeniconi, Ecole des Loisirs, coll. Médium, 2021, 486 p., 18 € — Traduit de l’italien

Jean Diwo, La Calèche

De la part de Marjorie – la 4e de couverture de ce roman apprécié par son fils Gustave.
« Le petit écoutait avec ferveur et n’oubliait pas le jour où il avait réussi à coudre lui-même une bonne longueur de trait et en avait été félicité par ces paroles du maître : “Tu seras un homme du cuir, mon fils !” » Un talentueux sellier s’installe à Paris au début du XIXe siècle. À une époque où tout s’accélère, le nombre croissant de calèches, de voitures et de cavaliers provoque des embouteillages dans la capitale ! C’est une aubaine pour le jeune Thierry, bien décidé à produire des selles de qualité et à se faire un nom : Hermès, la célèbre marque devenue le symbole du luxe à la française. C’est le grand roman d’une dynastie du savoir-faire qui traverse les tourments et les progrès d’une époque où tout s’accélère, tout en gardant à l’esprit son rêve d’excellence. Des campagnes de Napoléon jusqu’à l’aube du XXe siècle en passant par les Trois Glorieuses et la Commune, voici l’histoire d’une dynastie du savoir-faire, d’une famille de chair et de cuir.

Dès 12 ans

Jean Diwo, La Calèche, J’ai lu Roman historique, 2021, 288 p., 7,20 € — Chez Flammarion, en grand format, 2010, 280 p., 21,40 €

Françoise Rachmuhl, Les Femmes de la mythologie

La mythologie grecque nous a transmis des portraits de femmes exceptionnelles. Leurs destins, si souvent liés à ceux des hommes, ne les ont pas empêchées d’avoir de fortes personnalités. Qui ne se souvient d’Hélène et d’Andromaque sur les remparts de Troie ? de Pénélope à son métier ? d’Antigone, défiant le pouvoir royal ? d’Ariane aux portes du labyrinthe ? Rusées, protectrices ou vengeresses, puissantes magiciennes ou simples mortelles, les femmes jouent un rôle majeur dans la mythologie grecque. Dix passionnants portraits de femmes, contés par Françoise Rachmuhl, qui cite aussi quelques œuvres modernes ou contemporaines inspirées par ces destins hors-normes : les récits mythologiques n’ont jamais cessé de surprendre !

Dès 10 ans

Françoise Rachmuhl, Les Femmes de la mythologie, Flammarion Jeunesse, coll « Castor Romans », 2021, 128 p., 4,70 € — Imprimé en Espagne

Philippe Nessmann, Une fille en or

Parce qu’elle a, un soir de 1928, couru pour sauter dans le train de 18 h 17 qui, de son lycée la ramène à Riverdale, la jeune Betty Robinson est devenue, à 16 ans… la première femme médaille d’or du 100 m aux Jeux olympiques. Six mois séparent le moment où l’un de ses professeurs remarque ses capacités, du jour où elle monte sur ce podium d’Amsterdam. Six mois où sa vie bascule… mais elle bascule une seconde fois, quand elle réchappe à la mort, en 1931 : le biplan piloté par son cousin s’écrase, elle est sauvée de justesse. A peine remise, elle reprend l’entraînement. Dans le viseur : les Jeux olympiques de Berlin, en 1936, où son équipe remporte le relais 4 x 100 m. C’est ce destin exceptionnel que raconte Philippe Nessmann, dans un roman historique palpitant, dont il fait découvrir les coulisses en images ici, avec notamment des films de JO de Berlin. Une magnifique histoire de courage et de volonté.

Adolescents

Philippe Nessmann, Une fille en or, Flammarion Jeunesse, 2021, 320 p., 13,90 € — Imprimé en Espagne

Magazine Mythologie(s), Le dragon, créature de nos croyances

De l’hydre de Lerne à Fafnir, de la tarasque à la vouivre, le dragon occupe une place de choix dans nos imaginaires. Qu’il ressemble à un crocodile ailé ou à un serpent géant, qu’il préfère vivre dans une caverne ou au-dessus des nuages, le dragon appelle le héros qui saura le vaincre. Hercule, Sigurd mais aussi saint Georges, sainte Marguerite ou saint Efflam y gagneront leur célébrité. Ce magazine s’intéresse aussi aux dragons asiatiques, chinois, coréens, vietnamiens ou japonais. Des textes accessibles et des illustrations de qualité, bref, de quoi passer un bon moment lors d’un voyage ou dans son transat.

Adolescents

Magazine Mythologie(s), Les Essentiels n°10, Le dragon, créature de nos croyances, mai-juin-juillet 2021, 132 p., 12,90 € — en kiosque. Imprimé en Espagne

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon

3776 m, telle est l’altitude du mont Fuji, cette silhouette si reconnaissable, symbole du Japon. Marie Lescroart invite à une visite de cette montagne sacrée, en passant en revue tous ses aspects : géologie, histoire, mythologie, flore et faune, alpinisme, spéléo, religions, art… Tout est très clairement expliqué et mis en images. Vous frémirez à l’évocation de la forêt d’Aokigahara, sombre et maléfique, avant d’aller vous plonger dans un onsen, ces bains alimentés par des sources chaudes volcaniques, à moins que vous ne décidiez de gravir le sommet – mais vous n’y serez pas seul, c’est le sommet le plus parcouru au monde !

Dès 12 ans

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon, illustrations de Catherine Cordasco, Editions du Ricochet, 2021, 80 p., 17 € — Imprimé en Espagne