Thème

Aventures et découvertes

Cécile Quiniou, Manille, Embarquement immédiat

« — Papa ? Tu connais Navotas ?
— Navotas ? Oui, c’est un quartier très pauvre de Manille. Il y a d’importants bidonvilles là-bas. Nous y avons un programme de soins d’ailleurs. Pourquoi ?
— Juste comme ça, j’ai lu un truc au sujet de cet endroit. Tu pourras m’y emmener un jour ?
— Je ne pense pas, ma chérie. Ce sont des lieux de misère terrible, tu sais, ça ne se visite pas, et je ne sais pas ce qu’une jeune fille comme toi pourrait bien y faire.
— Eh bien, je pourrais t’aider si tu y vas.
— M’aider ? Non, Jade, ce n’est pas ta place. »
Bien sûr, Jade, « presque 18 ans », ne va pas se le tenir pour dit et rester bronzer au bord de la piscine. Elle pourrait se contenter de suivre les cours du lycée français, de parfaire son anglais avec son amie Debjani, d’assister avec elle à des défilés de mode, bref, de mener la vie d’une adolescente « expat’ », mais cela ne ferait pas un roman. Alors, accrochez-vous et embarquez avec Jade dans la camionnette du feeding program, au cœur d’un bidonville. Elle vous conduira plus loin encore que vous ne l’auriez imaginé !
Cécile Quiniou s’est inspirée, pour ce premier roman, de son expérience au sein de l’association Enfants du Mékong et de l’année qu’elle a vécu dans l’un des bidonvilles de Manille. Elle mêle avec talent aventures sentimentales, découvertes d’autres cultures, enquête policière, engagement humanitaire – décidément, les romans de formation catholiques ont su prendre le virage d’une modernité joyeuse et décomplexée !

Adolescentes

Cécile Quiniou, Manille, Embarquement immédiat, Mame, coll. « Le monde à cœur battant », 2020, 240 p, 15,90 € — Imprimé en Italie.

Nadine Brun-Cosme, Le chant des grands bateaux

« Ce premier matin, Mathieu vient me prendre à huit heures.
A l’instant où il m’appelle, mon nom sonne plus fort que le chant des bateaux. » Vous le savez, amis marins : au port, « les bateaux chantent de leur petit bruit de métal frotté mât contre mât ». Pour « elle » qui raconte, ce temps des vacances, ce sont ces retrouvailles avec son ami Mathieu, ses apprentissages de la natation au large, la contemplation du phare et des grands voiliers… C’est surtout le temps pour Nadine Brun-Cosme de peindre, avec ces superbes couleurs aquarellées, autant les paysages que les émois du cœur. Un album d’artiste pour tous les amoureux de la mer. Et comme toujours chez cet éditeur exigeant, une rare qualité dans le choix du papier et le rendu des teintes.

Dès 5 ans, pour enfants et adultes rêveurs

Nadine Brun-Cosme, Le chant des grands bateaux, Editions Courtes et Longues, 2022, 48 p., 22 € — Imprimé en Italie

Anne-Sophie Chauvet, Les quatre aventuriers, Mystère au bord du Nil

« Regarde : je t’ai apporté la copie d’un vase pour que tu te rendes compte à quel point le travail est bien fait. Même pour un expert, il est difficile de faire la différence avec un authentique ! » Mais comme le dit si bien le jeune Louis, « oncle Thibault, c’est un mélange de Sherlock Holmes et de James Bond ». C’est pourquoi le directeur du musée du Caire, après avoir découvert que de nombreuses antiquités ont été remplacées par de vulgaires copies, a appelé oncle Thibault à la rescousse ! Voilà donc Louis, Xavier, Isabelle et Marguerite partis enquêter en Égypte. Leur témérité va-t-elle suffire pour retrouver la trace du fabuleux trésor de Toutânkhamon ? Cette enquête palpitante fera visiter aux jeunes lecteurs une Egypte étonnante, entre souks et églises coptes, chantiers de fouilles, thé à la menthe et courses poursuites – sans oublier l’apprentissage des hiéroglyphes, bien sûr !
Pour ce 7e tome des Quatre Aventuriers, Anne-Sophie Chauvet n’a pas lésiné sur les rebondissements, dans un scénario riche en surprises et en émotions.

Dès 8 ans

Anne-Sophie Chauvet, Les quatre aventuriers, Mystère au bord du Nil (tome 7), Ed Emmanuel Jeunesse, 2022, 150 p., 10,90 € — Imprimé en France

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant

« Gaspard s’était toujours imaginé chevalier. Mais c’était un rêve qu’il gardait enfoui au plus profond de lui. Il n’était qu’un modeste palefrenier, un orphelin sauvé par les bontés du Roi. » Gaspard, 10 ans, a tout de même la chance de vivre dans un Moyen-Age légendaire, auprès de chevaux somptueusement dessinés — portraiturés, disons le mot – par le crayon d’Eloïse Scherrer.
Un matin, le Roi lui-même entra dans les écuries.
« Mon garçon.
Gaspard sursauta. Le Roi ! Le vieux Roi en personne se tenait là, avec ses sourcils en broussaille et son épée plus lourde que la pierre.
— Sire…, murmura l’enfant en posant un genou à terre.
Le monarque lui fit signe de se relever.
— Nous partons en voyage. »
Nous voilà (discrètement ?) montés en croupe derrière Gaspard pour un extraordinaire voyage ! Pourvu qu’Henry, son ami crapaud, et Odile, sa cigogne tutélaire, nous tolèrent tout au long de cette chevauchée initiatique ! Le conte parlera aussi aux plus grands avec ses évocations des paradis perdus et retrouvés, par son approche de la mort et de la transmission des valeurs. Une réussite à saluer, servie par les superbes illustrations d’Eloïse Scherrer – qui, d’un grand sourire, vous dédicace son album d’un délicieux petit cheval ! N’hésitez pas à la rencontrer au gré de ses signatures

Dès 6 ans

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2021, 48 p., 16,90 € — Imprimé en France

Roger Frison-Roche, Premier de cordée

« Oncle, dites-moi, si c’était ?
— Tais-toi, gamin, tais-toi. Je sais ce que tu penses… Hélas ! Tout est possible dans notre métier, mais que ton père soit tombé aux Drus, ça, non ! Il les a faits plus de trente fois… Un autre, peut-être, mais pas lui ! »
Pierre, « le garçon à Jean des Moussoux » ne tardera pas à apprendre la terrible nouvelle : c’est bien « son père, Jean Servettaz […] considéré comme le meilleur des guides de la nouvelle génération » qui est tombé ce jour-là. Cette journée va décider du destin du jeune Pierre : il ne sera pas hôtelier mais reprendra le flambeau. Mais, quand il s’agit de retrouver le corps de son père, voilà que le vertige s’invite…
Alors, bien sûr, on cherchera aujourd’hui des vaches dans Courmayeur, les sacs de guide « taillés dans ce solide cuir du Valais » sont depuis longtemps au musée, les piolets ont autant raccourci que les glaciers, l’hélico a le plus souvent remplacé les caravanes de secours, mais le plus important demeure : cette fascination des hommes pour la haute montagne. Et des Ravanat, entendez des Ravanel, il y en a toujours dans le massif, pour soutenir les « monchus » dans leurs efforts et leur faire découvrir la magie des sommets.
Un grand classique de la littérature de montagne, souvent réédité depuis 1946.

Dès 12 ans

Roger Frison-Roche, Premier de cordée, Flammarion Jeunesse, Père Castor, 2022, 448 p, 8,20 €

Nicolas Lubin, Alexandre le Grand, l’enfance d’un conquérant

Nicolas Lubin, Alexandre le Grand, l’enfance d’un conquérant

Alexandre le Grand (356 — 323 av. J.-C.) reste, par-delà les siècles, un héros comme l’Histoire en a peu vu. Mais quelle fut sa jeunesse ? Son père, le roi Philippe de Macédoine, lui a donné les meilleurs maîtres. Au gymnase, Alexandre s’entraîne au javelot et à la lutte. A la chasse, son oncle le confronte à un loup. Quand il faut étudier l’Iliade et l’Odyssée, c’est au grand philosophe Aristote que son père le confie.
Mais cela suffit-il pour avoir le courage de dompter un cheval aussi fougueux que Bucéphale ou pour se faire aimer de ses soldats ?
En 338 av. J.-C, la bataille de Chéronée marque, pour Alexandre, le début de quinze années d’aventures et de conquêtes qui le mèneront au bout de la terre, en des lieux encore inconnus des Grecs. C’est ainsi que, malgré son jeune âge, Alexandre de Macédoine bâtira l’un des plus grands empires qui aient jamais existé. Lui qui craignait de ne pas avoir un destin suffisamment glorieux deviendra l’un des personnages les plus connus et les plus admirés de toute l’histoire de l’Europe.
En fin de volume, pour en savoir plus : un glossaire, une frise chronologique et une carte.

Dès 6 ans

Nicolas Lubin, Alexandre le Grand, l’enfance d’un conquérant, illustrations de Maureen Minervois, Éditions de la Nouvelle Librairie, 2021, 28 p., 9,90 € — Imprimé en France

Robert Louis Stevenson, L’Ile au Trésor

Robert Louis Stevenson, L’Ile au Trésor

« “Grand arbre, contrefort de la Longue-Vue ; point de direction N‑N.-E. quart N.
Ile du Squelette, E‑S. ‑E. quart E.
Dix pieds.
Les lingots d’argent sont dans la cache nord. Elle se trouve dans la direction du mamelon est, à dix brasses au sud du rocher noir qui lui fait face.
on trouvera sans peine les armes, dans la dune de sable, à l’extrémité N. du cap de la baie nord, direction E. quart N.
J. E. ”
Rien d’autre ; mais tout laconique qu’il était, et pour moi incompréhensible, ce document remplit de joie le chevalier et le docteur Livesey. »
Et vous ? Seriez-vous prêt à tout quitter pour tenter de retrouver ces lingots ?
L’Ile au Trésor n’a pas fini d’enthousiasmer ni les lecteurs ni les illustrateurs ! Eloïse Ogier en offre une interprétation colorée et dynamique qui réjouira tous les apprentis coureurs des mers. Ce texte classique en grand format (36 X 25 cm), fera un superbe cadeau.

Dès 12 ans

Robert Louis Stevenson, L’Ile au Trésor, illustrations d’Eloïse Oger, Marmaille et Cie Editions, 20 € — Traduit de l’anglais par Théo Varlet.

Simon Grangeat, Sorcières

Dans le petit bois, chante Nina, « il y a des sorcières ! Des sorcières ! Des sorcières !
Pierre ne croit pas aux sorcières. C’est un scientifique : il ne croit que ce qu’il voit. »
D’ailleurs, il connaît chaque fleur, chaque insecte, par son nom, libellule, coléoptère ou salamandre. C’est un calme, un observateur. Nina, elle, saute parmi les flaques et ne craint ni les arbres gigantesques ni leurs longues branches en forme de doigts crochus. Elle vit depuis peu au village, chez sa grand-mère qui lui a appris de très anciennes chansons.
Ensemble, les deux enfants s’enfoncent dans la forêt et découvrent une mare étrange. Pour Nina, aucun doute : c’est une mare à sorcières. Pff, fait Pierre, l’incrédule. La petite entonne alors l’un des airs de sa grand-mère. Et la forêt devient vivante…
Alors ? Par qui serez-vous ensorcelés ? Par le récit de Simon Grangeat, dont les mots tissent de savants liens entre le réel et l’imaginaire, ou par les dessins de Cédric Abt, dont l’univers sensible et poétique mêle couleurs et rêveries d’enfants ?

Dès 4 ans

Simon Grangeat, Sorcières, illustrations de Cédric Abt, Sarbacane, 2022, 40 p., 16,50 € — Imprimé en France

Karine-Marie Amiot, Mission Coquelicot

« Grand-Ma va mieux. Elle va sortir de l’hôpital. […] Mais elle ne pourra pas retourner chez elle.
— Quoi ???
Je n’arrive pas à comprendre…
— Elle ne peut plus vivre seule. Faire ses courses, son ménage, sa toilette, sa cuisine…
— Où est-ce qu’elle va aller alors ?
— Dans une maison pour personnes âgées. Une grande maison, comme un hôtel, où l’on prendra soin d’elle. »
Papa et Maman ont beau user de circonlocutions, savoir que Grand-Ma ne lui fera plus de crêpes, ne lui lira plus d’histoires, tout cela laisse Philomène, dite Philo, bien dubitative.
«  Et Grand-Ma ? Elle est d’accord, au moins ?
— Elle ne dit pas non. Ce ne sera pas facile. Mais c’est plus sage. […]
Je suis sûre que Grand-Ma n’a pas envie d’y aller. C’est triste, une maison de retraite. »
Alors, ni une ni deux, Philo et son amie Vio décident d’apporter un peu de leur joie de vivre et de leurs rires aux pensionnaires. Même si Madame Henriette, la directrice, n’apprécie pas du tout qu’un lapin apprivoisé cavale dans les couloirs !
Un texte d’une grande fraîcheur pour sourire et sensibiliser les enfants à l’attention à porter aux personnes âgées.

Dès 7 ans

Karine-Marie Amiot, Mission Coquelicot, Mame, coll « Les petits héros », 2022, 144 p., 10 €  — Imprimé en Italie
Du même auteur : Tout feu, tout flamme, Mame, Coll. « Les petits héros », 2022, 144 p., 10 € — Imprimé en Italie

Astrid Lindgren, Nous, les enfants de l’archipel

Pêcher, nager, bricoler, jouer ou rêver : les îles au large de Stockholm sont le lieu idéal pour toutes les aventures de l’été. C’est sur l’une de ces îles, Saltkråkan, que débarque la famille Melkerson, pour occuper une adorable vieille maison de vacances, la Maison du Menuisier. Il y a le père, Melker, qui trouvera peut-être l’inspiration pour un prochain livre. La belle Malin (comment cela se prononce-t-il ?), à qui les garçons font les yeux doux. Les intrépides Jonas et Niklas, prêts à toutes les audaces. Et le petit Pelle, qui adore les animaux et voudrait tellement en adopter un. Sans oublier les îliens ! Car la famille Grankvist va être une partenaire exceptionnelle, avec ses filles délurées et ses parents bienveillants.
Et combien d’aventures aussi où les animaux ont leur mot à dire ! Des vaches sur un bateau, un corbeau qui parle, le lapin Jocke, l’énorme saint-bernard Bosco, le bébé phoque Moïse, Bibi l’agneau, le petit chien Jum-Jum, qui appartient à un prince charmant – si, si, avant, il était grenouille !Sur l’île de Saltkråkan (ne pas oublier le petit signe sur le å !), « la vie est faite de grandes et de petites surprises qui se suivent comme des petits pois dans une cosse » :  aventures et bricolages, explorations, parties de pêche, plongeons plus ou moins volontaires, une année va passer vite, d’une Saint Jean à l’autre en passant par la visite du Père Noël.
Car, même dans ce paradis, « on vit dangereusement quand on a sept ans. Dans le pays de l’enfance, dans ce pays secret et sauvage, on peut frôler les pires périls et considérer que ce n’est rien de spécial », nous apprend Astrid Lindgren dans ce roman dont a été tirée une série télévisée, Vi på Saltkråkan, en 1964 (les enfants ont des bouilles craquantes !) – mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps une traduction de ce petit bijou ? Une lecture évasion parfaite pour l’été !

Dès 10 ans

Astrid Lindgren, Nous, les enfants de l’archipel, illustrations de Kitty Crowther, L’Ecole des Loisirs, 2022, 17 € — Traduit du suédois par Alain Gnaedig

Jean-François Vivier, La patrouille du Faucon – Drame en Dordogne

Pour Léo et sa patrouille, le camp d’été s’annonce magnifique avec la descente de la Dordogne en radeau. Charlie, qui est maintenant bien intégré à la patrouille du faucon (voir le tome 1, Vol à la Grande Chartreuse), va vivre un moment fort de la vie scoute : la promesse. Mais, les événements pourraient bien se gâter, avec l’arrivée de nuages noirs.
En effet, comme leur annonce un gendarme, « le préfet a déclenché l’alerte inondations. Vous ne pouvez pas aller plus loin. » Le temps d’arrimer les radeaux, et les scouts rejoignent un gymnase, bien déçus de ne pouvoir continuer leur aventure. Mais l’eau monte encore… Les radeaux et surtout le courage et l’énergie de la patrouille vont être mis à l’épreuve de la « vraie vie » ; il s’agit en effet de sauver des vies…
Adepte de la ligne claire, Romuald Gleyse donne des visages et des silhouettes très sympathiques aux jeunes héros de cette bande dessinée scoute.

Dès 8 ans

Jean-François Vivier, La patrouille du Faucon – Drame en Dordogne, illustrations de Romuald Gleyse, Plein Vent, 2022, 48 p., 14,90 € — Imprimé en France

Géraldine Alibeu, L’autre côté de la montagne

« Cette année-là, ma sœur et moi, nous décidons de partir en randonnée sans les adultes. […] Nous piquons à Jeannette sa carte IGN des Alpes : sa belle carte en noir, blanc et vert, où l’on peut voir les reliefs des vallées et des sommets, parcourus de lignes rouges et noires qui sont autant de sentiers de marche. […] 1978, c’est ce qui est écrit sur la carte. Nous devrions nous méfier. »
Ce qui devait être une superbe semaine de randonnée va se terminer, après moult péripéties, après quatre journées riches en découvertes mais épuisantes pour ces deux néophytes.
Ce qui fait de cet album une réussite, ce sont, outre son format généreux (24 cm X 33 cm), le talent et l’énergie de Géraldine Alibeu : elle fait exploser les couleurs, multiplie les angles de vue et les proportions, pour nous faire percevoir la force du moindre relief, la qualité graphique du moindre caillou et la mélodie du moindre torrent. Et j’oubliais, le confort sommaire du refuge ! Bref, un vrai livre d’artiste, plus proche du roman graphique que de l’album illustré !
Et puis, il y a cette dédicace qui en fera sourire certains : « Merci à Mathilde et Fanny, mes dormeuses. » Moi, je connais une Mathilde et une Fanny qui ont fait un tour d’Europe à pied, et pas seulement en dormant !

Dès 6 ans

Géraldine Alibeu, L’autre côté de la montagne, Cambourakis, 2022, 104 p., 18 € — Imprimé en Lettonie