Thème

Contes, légendes et fééries

Bernard Villiot, Le souffleur de rêves

« “Quel rêve aimerais-tu faire ?” demanda-t-il.
Giacomo n’avait pas rêvé depuis si longtemps qu’il ne sut répondre.
“Un rêve bleu, comme le fond de tes yeux ?”
L’enfant acquiesça sans savoir ce que cela signifiait.
Zorzi choisit un pain de verre couleur outremer et le déposa dans e foyer ardent. Quand il eut l’aspect d’une pâte rougeoyante, il y planta sa sarbacane et souffla. Une bulle perla, aussi fragile et insaisissable qu’un rêve d’enfant. »
Si vous avez eu la chance de voir des souffleurs de verre, et la plus grande chance d’avoir pu les voir à Murano, vous ne serez pas surpris qu’on puisse ainsi « souffler des rêves extraordinaires ». Ce conte laisse une grande part à l’imaginaire et à la poésie ; les illustrations de Thibault Prugne, parfois douces mais parfois aussi violentes, accompagnent ce texte original et font découvrir quelques secrets que peu de gens savent voir à Venise.

Dès 5 ans

Bernard Villiot, Le souffleur de rêves, illustrations de Thibault Prugne, Gautier-Languereau, 2020, 40 p, 9,95 € — Imprimé en Europe

Marcel Aymé, Le Problème

« Penchées sur leurs cahiers de brouillons, Delphine et Marinette sanglotaient. Le chien vint se planter entre leurs deux chaises et, posant ses deux pattes de devant sur la table, leur passa plusieurs fois sa langue sur les joues.
— Est-ce qu’il est vraiment si difficile, ce problème ?
— S’il est difficile ! Soupira Marinette. C’est bien simple. On n’y comprend rien.
— Si je savais de quoi il s’agit, dit le chien, j’aurais peut-être une idée. […]
— Ne vous découragez pas. Le problème a beau être difficile, on en viendra à bout. Je vais réunir toutes les bêtes de la maison. A nous tous, on finira bien par trouver la solution. »
Entre les chênes, les hêtres, les bouleaux, les bois de la commune, les ares et les hectares, comment s’y retrouver ? Voilà que la petite poule blanche a une idée…
May Angeli illustre de ses bois gravés un nouveau conte de Marcel Aymé, toujours aussi malicieux et imprévisible. Qui a donc eu la chance d’inviter dans sa classe le cheval, le cochon et le sanglier ?

Dès 8 ans

Marcel Aymé, Le Problème, illustrations de May Angeli, Les Editions des Eléphants, 2020, 44 p., 16,50 € — Imprimé au Portugal

Marcel Aymé, L’Eléphant, illustrations de May Angeli, Editions des Eléphants, 2019, 48 p., 16,50 €
Marcel Aymé, Les Boîtes de peinture, bois gravés de May Angeli, Les Editions des Elephants, 2018, 48 p., 15 €.

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon

« Il y a très longtemps, dans une grotte des bords du Rhin, vivaient Mime, un forgeron nain, et Siegfried, un jeune géant.
Un jour, Siegfried dit à Mime :
— Depuis des années, tu promets de me forger un glaive pour combattre les dragons.
— Je sais, s’écrie Mime. Ton glaive est prêt… Vois, jamais je n’ai réussi une aussi belle arme. »
Mais l’épée se brise, ce qui éveille la colère de Siegfried. Mime s’est moqué de lui. Le jeune géant exige de lui de savoir qui il est et d’où il vient. De révélation en révélation, Siegfried, armé de l’épée de son père, va affronter le dragon, se débarrasser de Mime et découvrir la belle Brunehilde qui « dort à jamais dans un cercle de feu ». Pierre Coran s’est inspiré de l’opéra de Wagner et de la Chanson des Niebelungen pour tracer à grands traits le portrait de ce héros, un « jeune géant » auquel les enfants sauront s’identifier. Charlotte Gastaut s’est surpassée pour nous offrir un Siegfried blond comme les blés, un Mime empêtré dans une barbe et des cheveux bleus, un dragon aux anneaux dorés et une Brunehilde en cavalière diaphane mais déterminée. L’éditeur et l’imprimeur ont fait un travail d’une précision remarquable : l’Or du Rhin demandait bien des teintes dorées aussi rutilantes. Une adaptation particulièrement réussie !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon, illustrations de Charlotte Gastaut, Père Castor Flammarion Jeunesse, 2021, 32 p., 14 € — Imprimé au Portugal

Magazine Mythologie(s), Le dragon, créature de nos croyances

De l’hydre de Lerne à Fafnir, de la tarasque à la vouivre, le dragon occupe une place de choix dans nos imaginaires. Qu’il ressemble à un crocodile ailé ou à un serpent géant, qu’il préfère vivre dans une caverne ou au-dessus des nuages, le dragon appelle le héros qui saura le vaincre. Hercule, Sigurd mais aussi saint Georges, sainte Marguerite ou saint Efflam y gagneront leur célébrité. Ce magazine s’intéresse aussi aux dragons asiatiques, chinois, coréens, vietnamiens ou japonais. Des textes accessibles et des illustrations de qualité, bref, de quoi passer un bon moment lors d’un voyage ou dans son transat.

Adolescents

Magazine Mythologie(s), Les Essentiels n°10, Le dragon, créature de nos croyances, mai-juin-juillet 2021, 132 p., 12,90 € — en kiosque. Imprimé en Espagne

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme

Sur la route, « par une triste journée de novembre », un pauvre compagnon tailleur se demande où il pourra dîner. Mais, très élégant, il portait « son habit noir du dimanche, le seul qu’il possédât, et un manteau très ample, tout d’une pièce, doublé et orné de velours, qui lui donnait un air chevaleresque. » Il suffit d’un malentendu, et, à la porte d’une auberge, Wenzel Strapinski, est pris pour un riche comte polonais. Les péripéties les plus loufoques vont s’enchaîner. Astucieux, sachant se concilier les bonnes volontés tout en bernant les sots, notre tailleur va jusqu’à se fiancer avec Nanette, la fille du président de la ville. Jusqu’où le secret de sa fausse identité sera-t-il gardé ?
La traduction française (1873) de cette nouvelle venue de Suisse a été exhumée pour notre plus grand bonheur. Elle fait partie du cycle « Les gens de Seldwyla », signé de Gottfried Keller (1819–1890) poète et homme politique suisse.

Dès 10 ans

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme, Les amis de la culture européenne, 2021, 60 p., 8 € — Traduit de l’allemand — Imprimé en Allemagne

Sophie Bénastre, Les sept citadelles

Sept petites princesses aux cheveux de feu, sitôt nées, sitôt orphelines de leur maman et élevées par un charmant papa. Mais voici qu’une « intrigante » conquière le cœur du roi veuf. Et, comme dans tous les contes, cela signifie de terribles manigances afin d’éloigner les fillettes. Lesquelles, unies comme jamais, lancent une cruelle malédiction sur le palais… Seule Modchane a laissé une chance à son père, mais en cachette de ses six sœurs. C’est d’elle que viendra le pardon, au bout de sept fois sept ans. Des années de conte de fées, ça ne compte pas tout à fait pareil, rassurez-vous, et seule la méchante reine a vieilli. Assez pour savoir ouvrir son cœur à l’amour des enfants : le palais deviendra un havre de paix pour les orphelins qui viendront s’y abriter. Le grand format de cet album permet de magnifier les superbes illustrations de Sophie Lebot : minois de porcelaine, paysages oniriques, pastels des fleurs géantes, textiles colorés et soyeux, aux reflets de moire et de brocart, tout incite au rêve.

Dès 7 ans

Sophie Bénastre, Les sept citadelles, illustrations de Sophie Lebot, Saltimbanque éditions, 2021, 40 p., 16,90 € — Imprimé en Italie.

Violaine Troffigué, Hans Brinker, le petit garçon qui sauva son village

« Oh hé ! Il y a un trou dans la digue ! s’écria Hans.
Seules les rafales de vent lui répondirent. Pas un homme dans les terres, pas un bateau sur la mer. Hans regarda le trou : un mince filet d’eau s’y déversait désormais.
Alors le petit garçon enfonça son doigt dans le trou. L’eau s’arrêta de couler. »
Parce que Hans vit en Hollande, au pays des moulins à vent, là où les terres basses sont protégées de la mer par des digues. Et surtout parce que Hans est courageux, très courageux : il va passer la nuit seul dans la tempête et sauver ainsi son village, sa famille et la belle ville de Harlem. Une belle leçon de ténacité, qui montre aussi l’efficacité d’actions simples : qu’est-ce en effet qu’un doigt d’enfant face à la violence des éléments ?
Ce célèbre épisode est tiré du roman Les Patins d’argent (1865), de Mary Mapes Dodge, qui fut traduit et adapté en 1875 par Pierre-Jules Hetzel sous son pseudonyme de Stahl : grand classique s’il en est de la littérature jeunesse ! il est raconté ici par Violaine Troffigué et illustré de manière simple et charmante par Sébastien Pelon.

Dès 4 ans

Violaine Troffigué, Hans Brinker, le petit garçon qui sauva son village, illustrations de Sébastien Pelon, 2021, Flammarion Jeunesse Père Castor, 32 p., 5,25 €. Imprimé en République Tchèque

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert

« Un soir de nouvel an, un mystérieux chevalier vert lance un étrange défi aux chevaliers de la Table Ronde : quiconque accepte de trancher la tête de ce chevalier vert avec sa hache, devra en retour, subir le même sort dans un an et un jour. » Ayant rappelé au roi Arthur qu’il est son champion, Sire Gauvain relève alors le défi. A la surprise de tous, une fois décapité, le chevalier vert se relève, reprend sa tête et rappelle à Gauvain sa promesse. De nombreuses aventures ponctuent l’année suivante, que ce soit sur le chemin semé d’embûches, au château de Haut-Désert ou, le dernier jour venu, au pied de la Chapelle Verte. Elles mettront à l’épreuve l’honneur de Gauvain, considéré comme le plus parfait des chevaliers de la Table Ronde.
Fondatrice du Centre de l’Imaginaire Arthurien, conférencière, commissaire d’exposition, Claudine Glot a consacré de nombreux ouvrages aux mythes et aux légendes. Elle s’inspire d’un manuscrit médiéval daté de la fin du XIVe siècle, Sire Gauvain et le Chevalier vert (Sir Gawain and the Green Knight), conservé à la British Library à Londres et rappelle, dans la postface que « J. R. R. Tolkien, qui appréciait et aimait particulièrement ce roman, l’a étudié, en a établi le texte et l’a traduit en anglais moderne ». Son texte suit au plus près de la trame médiévale, en livrant les pensées ou les dialogues nécessaires dans une langue précise et poétique — mais sans psychologiser. Les superbes illustrations de David Balade s’inspirent de la symbolique celtique et des tableaux et vitraux préraphaélites. Les originaux seront à admirer à l’Office de Tourisme de Brocéliande dès sa réouverture au public.

Adolescents

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert, illustrations de David Balade, Ouest-France, coll. Jeunesse, 96 p., 15 €

Bernard Friot, La Princesse et les trois cadeaux

Une princesse à marier. Dans le royaume voisin, trois princes, tous trois amoureux de la princesse. « Comment vous départager ? » demande le roi – le papa de la princesse. « Je ne veux pas que vous vous battiez, alors voici ce que je propose : je donnerai ma fille à celui d’entre vous qui lui fera le plus beau cadeau. » Et chacun de revenir avec un objet merveilleux et doté de pouvoirs magiques : une longue-vue, un tapis volant et… trois grains de raisin. La longue-vue permet à l’un de voir que la princesse est malade, le tapis permet aux trois frères de la rejoindre très vite, et les grains de raisin parviennent à la sauver. Mais qui a gagné sa main ? Le conte italien fait ici une jolie pirouette : car l’élu de son cœur est « un jeune jardinier qui chante tous les matins et qui m’a offert une rose qui jamais ne fane », déclare la princesse. Comme quoi… rien ne sert de se disputer la main des princesses.

Dès 4 ans

Bernard Friot, La Princesse et les trois cadeaux, illustrations de Nathalie Ragondet, Père Castor, Flammarion Jeunesse, 2021, 32 p., 5,25 €

Nathaniel Hawthorne, Les pommes d’or

Nathaniel Hawthorne, Les pommes d’or

Ce récit, extrait du Livre des Merveilles de Nathaniel Hawthorne, est le thème central du 61e numéro du magazine TétrasLire. Il est illustré par Hengjing Zang. Hercule s’est arrêté quelques instants en la charmante compagnie des nymphes, et leur a raconté ses exploits. Mais il doit à présent repartir, une nouvelle épreuve l’attend : cueillir les pommes d’or du jardin des Hespérides. Et la tâche ne s’annonce pas de tout repos…
En plus dans ce numéro : des jeux, un dossier pour tout savoir sur les héros antiques et modernes, une rencontre avec la cascadeuse Estelle Piget, des recettes gourmandes pour une pause bien méritée, des conseils de pro pour créer des photos avec des effets spéciaux, ainsi que la légende germanique de Siegfried, illustrée par Sylvie Bleeckx.

Dès 8 ans

Invincible, Magazine TétrasLire n° 61, mars 2021, 96 p., 9,50 € — Imprimé en France. Pour s’abonner et en savoir plus.

C. Lavaquerie-Klein et L. Paix-Rusterholtz, La fabuleuse histoire de Thor à la poursuite du serpent des mers

« Notre royaume d’Asgardr court un grave danger, mes amis ! annonce Odin, un personnage de haute taille à la barbe blanche. » Odin, le dieu des dieux chez les Ases, est inquiet. Et si la prophétie qui annonce la fin du règne des Ases allait s’accomplir ? Pour Thor, le plus urgent est d’éliminer Jürmungandr, le redoutable serpent des mers. Pour cela, il va tenter de se faire aider par Hymir, le géant des Glaces. Ce roman destiné aux jeunes lecteurs reprend les éléments des légendes nordiques et notamment l’Edda de Snorri pour raconter avec humour une partie de pêche pleine de rebondissements. Imaginez que l’appât est une tête de bœuf ! Le monstre mordra-t-il à l’hameçon ? Les illustrations, très colorées, s’inspirent de motifs vikings. Pour en savoir plus, cinq pages documentaires soignées évoquent Thor, le dieu du Tonnerre, les dieux et déesses de la mythologie nordique, l’organisation du monde, le Ragnarök et la manière dont les histoires de la mythologie et les aventures des héros nordiques sont parvenues jusqu’à nous.

Dès 8 ans

Christiane Lavaquerie-Klein et Laurence Paix-Rusterholtz, La fabuleuse histoire de Thor à la poursuite du serpent des mers, illustrations d’Olivia Sautreuil, Bayard Jeunesse, 2021, 48 p., 6,50 € — Imprimé en France

Nina Laden, Si j’avais un petit rêve

« Si j’avais… » Oh, pas grand-chose : un petit coin de terre, une petite maison, un petit bateau, un petit vélo… Mais aussi un petit frère ou une petite sœur… Quel bonheur que de pouvoir imaginer ce que je pourrais faire chaque jour, de tant de joie, d’amour et de beauté. Les couleurs douces de cet album mettent en scène une fillette dans un cadre assez onirique, rempli de petits animaux et de fleurs. Sans aucune mièvrerie, il raconte comment être heureux de peu, en regardant autour de soi – ce qui n’interdit pas à nos jeunes héros d’avoir aussi de grands rêves ! Idéal pour un retour au calme avant de se coucher.

Dès 4 ans

Nina Laden, Si j’avais un petit rêve, illustrations de Melissa Castrillon, Kimane, 2021, 36 p., 13,50 €. Traduit et adapté de l’anglais. Imprimé en Chine