Thème

Contes, légendes et fééries

Edmond Rostand, La Brouette

De la part de Mathilde H. Un beau jour d’hiver, Jésus et Saint Pierre descendent du ciel, comme ils en ont régulièrement l’habitude pour réparer certaines injustices. Dans une forêt, ils aperçoivent une vieille femme qui pousse une brouette vide. Saint Pierre s’esclaffe : mais que fait cette femme sans doute un peu folle, qui pousse inlassablement sa charrette ? Jésus ne dit rien…
Ce petit conte en vers d’Edmond Rostand, est à lire pendant l’Avent, au coin du feu !
Une magnifique histoire sur la confiance et la persévérance.
Les vers de Rostand sont sublimés par les magnifiques illustrations d’Astrid Valence dans cet album grand format. Le poème est suivi d’une courte biographie de l’auteur, d’une présentation de son œuvre et d’un lexique.

A lire seul dès 6 ans, et en famille à haute voix.

Edmond Rostand, La Brouette, illustrations d’Astrid Valence, Téqui, 2020, 32 p., 16€

 

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes

Vortigern, Pwyll, Gradlon, Cuchulainn : à l’évocation de leurs noms, les auditeurs des bardes savaient qu’ils allaient entendre des histoires aux nombreuses péripéties ! Puis les érudits du renouveau celtique, au XIXe siècle, les firent découvrir à des lecteurs fascinés par un univers aussi riche en héros, chevaliers et magiciennes aux aventures des plus tumultueuses… Bretagne, Pays de Galles, Irlande, Ecosse, Cornouailles : autant de terres de légendes ! Du cycle d’Ulster aux récits arthuriens, cet album propose six légendes issues de la littérature celtique archaïque. Elles sont illustrées par le pinceau onirique de Genkis Genkkis, qui a su recréer autour de ces légendes un contexte plausible, loin de l’imagerie romantique à laquelle nous sommes habitués. Le monde des guerriers celtes n’était pas tendre et les auteurs de cet album n’ont rien édulcoré : il est donc à conseiller à de grands adolescents.

Adolescents

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes, illustrations de Genkis Genkkis, Ed Yoran Embanner, 2021, 128 p., 19 €

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant

« Gaspard s’était toujours imaginé chevalier. Mais c’était un rêve qu’il gardait enfoui au plus profond de lui. Il n’était qu’un modeste palefrenier, un orphelin sauvé par les bontés du Roi. » Gaspard, 10 ans, a tout de même la chance de vivre dans un Moyen-Age légendaire, auprès de chevaux somptueusement dessinés — portraiturés, disons le mot – par le crayon d’Eloïse Scherrer.
Un matin, le Roi lui-même entra dans les écuries.
« Mon garçon.
Gaspard sursauta. Le Roi ! Le vieux Roi en personne se tenait là, avec ses sourcils en broussaille et son épée plus lourde que la pierre.
— Sire…, murmura l’enfant en posant un genou à terre.
Le monarque lui fit signe de se relever.
— Nous partons en voyage. »
Nous voilà (discrètement ?) montés en croupe derrière Gaspard pour un extraordinaire voyage ! Pourvu qu’Henry, son ami crapaud, et Odile, sa cigogne tutélaire, nous tolèrent tout au long de cette chevauchée initiatique ! Le conte parlera aussi aux plus grands avec ses évocations des paradis perdus et retrouvés, par son approche de la mort et de la transmission des valeurs. Une réussite à saluer, servie par les superbes illustrations d’Eloïse Scherrer – qui, d’un grand sourire, vous dédicace son album d’un délicieux petit cheval ! N’hésitez pas à la rencontrer au gré de ses signatures

Dès 6 ans

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2021, 48 p., 16,90 € — Imprimé en France

Louise Guillemot, Les Véritables Aventures d’Homère, premier des poètes

« C’est un symbole.
— Un quoi ? demanda le marin.
Homère sourit.
— C’est “comme si”, dit-il.
Artémis le lui avait appris. “Comme si”, c’est la formule magique pour jouer, imaginer, raconter, chanter. On croit, mais on ne croit pas, les deux à la fois. Les filles et les femmes de Samos ne croient pas vraiment qu’elles partagent un banquet avec la déesse. Elles font “comme si”. Elles comprennent l’importance de ce moment, de leurs gestes, des nœuds dans leurs cheveux. […] si elles en oubliaient le sens, alors Samos ne serait plus Samos. » Et l’Hymne à Artémis ne nous serait pas parvenu, défiant les siècles… Un hymne dit « homérique », car sa beauté est telle que les Grecs pensaient qu’il avait été composé par Homère lui-même.
Homère ? Vous avez dit Homère ? Et vous en savez beaucoup, vous, sur Homère ? Sûrement pas autant que sa Muse, qui, par la plume de Louise Guillemot, raconte ici l’enfance et l’adolescence du « premier des poètes ». Après 3000 ans de mystère, Louise Guillemot vous révèle avec autant d’humour que d’érudition, les « véritables aventures » d’Homère.
Chaque épisode de cette « biographie » 100 % poétique s’appuie en effet, par un somptueux jeu de miroirs, sur un des hymnes aux grandes divinités : Artémis, Athéna, Apollon, Hermès, Déméter, Zeus lui-même… Au fil des pages, les grands mythes fondateurs de la religion grecque font entrer le lecteur dans un monde à la fois très proche et très lointain. Avec le jeune Homère, on rit (oh, la belle bataille d’oranges !), on s’inquiète (hum… quelles curieuses brigandes dans la forêt), on a aussi faim de galettes dorées que soif d’aventures !
Quand on lit une traduction aussi fine et inventive des Hymnes homériques, on se demande quelle folie pousse nos ministres à limiter l’enseignement des langues anciennes à quelques heures de découverte superficielle… Voilà une toute jeune normalienne agrégée dont tous les hellénistes en herbe rêveront de suivre les cours ! En attendant, d’Olympie à Epidaure, de la Crète à Athènes, lacez vos sandales et suivez la Muse !

Dès 12 ans

Louise Guillemot, Les Véritables Aventures d’Homère, premier des poètes, illustrations de Clara Dupré, Les Petits Platons, 2021, 272 p., 19 €

Marie Colmont, Michka

Un beau papier, un format généreux (26 X 30 cm), des couleurs restaurées : voilà notre Michka prêt à émouvoir les enfants d’aujourd’hui ! Ce conte de Noël est paru pour la première fois en 1941 – combien de générations se sont émues du destin de ce petit ours en peluche ? Car « sa jeune maîtresse », Elisabeth, « n’était pas gentille », et « il n’était pas rare qu’elle vous secouât et vous jetât d’un bout à l’autre de la pièce ». Oui, à l’imparfait du subjonctif ! Alors « Michka s’était sauvé en passant par la chatière ». Le début d’un conte de Noël sous forme de road movie, avec l’heureuse conclusion de rigueur.

Dès 3 ans

Marie Colmont, Michka, illustrations de Feodor Rojankovski, Flammarion Jeunesse, Albums du Père Castor, édition restaurée, 2021, 32 p., 13,50 € — Imprimé au Portugal

Frédéric Clément, Isidore Dé, Couturier des fées

A la veille de laisser les clés de son atelier à Mademoiselle Cybèle, Isidore Dé — « Haute Couture, Robes et Fantaisies pour Fées » – revient sur ses plus célèbres créations. En effet, à la demande du petit peuple des fées, il a imaginé les plus belles parures de Mélusine, Viviane, Titania, Morgane, Lorelei et la fée des Lilas. Quelle clientèle de choix ! Esquisses, croquis, étoffes, tulle, perles et velours, plumes et fils de soie… jusqu’à l’essayage final : sous le pinceau et la plume de Frédéric Clément, l’atelier devient un univers féérique ! L’artiste joue avec brio des codes de la haute couture comme de ceux de la mythologie et de la littérature. Trouverez-vous aussi sur la plage un coquillage contenant un dé et de minuscules ciseaux magiques ? Ou, gravées sur une feuille de lierre, les mensurations de Titania ? Saurez-vous plier sa robe dans une coque de noix ? A vos aiguilles, jolies demoiselles ! Le généreux format carré 30 x 30 cm fera de cet album un merveilleux cadeau de Noël !

Dès 8 ans

Frédéric Clément, Isidore Dé, Couturier des fées, Saltimbanque Editions, 2021, 56 p., 17,50 € — Imprimé en Pologne

 

Lionel Tarchala, Là-haut sur la montagne…

Lionel Tarchala, Là-haut sur la montagne…

« Petit Homme Poilu aime se balader dans la montagne, il trouve ça au poil !
Grosse Bête Velue aime le regarder allumer le feu pour se réchauffer, et aussi faire bouillir l’eau pour le thé. Il aimerait bien goûter à cette boisson à l’odeur délicate. » Car Grosse Bête Velue a le nez fin ! Bien cachée, elle observe ce vieil homme dont on devine le bon sourire sous la barbe blanche… et va lui jouer des tours à sa façon, histoire de savoir si nos deux comparses peuvent être « amis pour la vie ». Jouant des bleus, des orangés et d’un trait malicieux, Lionel Tarchala invite le jeune lecteur à partager des aventures dignes d’un western – mais sans pistolet ni « vrais » méchants. Il ne reste qu’à réviser une comptine toute simple et à accepter quelques chatouilles avant de se blottir sous la couette… ou de s’allonger sous les étoiles.

Dès 5 ans

Lionel Tarchala, Là-haut sur la montagne…, Sarbacane, 2021, 40 p., 14,90 € — Imprimé en France

David Litchfield, L’Ours qui jouait du piano

David Litchfield, L’Ours qui jouait du piano

Un conseil de Mathilde H — L’Ours découvre quelque chose d’étrange dans sa forêt… C’est grand, marron, il y a des touches qui produisent des sons étranges quand on les enfonce. Au fil des saisons, l’Ours apprivoise le curieux objet et à force de travail et de passion, régale toute la forêt avec des sons enchanteurs. Mais un jour, son talent est révélé, et Ours va pouvoir voyager jusqu’à la ville pour y donner des concerts, et se couvrir de succès sans aucun doute. Quelle belle aventure en perspective ! Mais pour cela, il va lui falloir quitter sa chère forêt. Deviendra-t-il un grand pianiste ? Va-t-il oublier ses amis ?
Les illustrations simples réussissent à être riches de détails en même temps, et se succèdent à un rythme presque… musical ? L’histoire est simple, mais l’émouvante morale qui éclate après un léger rebondissement ravira les plus jeunes comme leurs parents. Elle peut conduire à de belles réflexions sur l’importance de l’amitié, et des choses simples en opposition au monde moderne de paillettes éphémères.

De 3 à 5 ans

David Litchfield, L’Ours qui jouait du piano, Belin Jeunesse, 2016, 36 p., 12, 90€ — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Katerina Gorelik, Regarde par la fenêtre

Katerina Gorelik, Regarde par la fenêtre

« Quelle jolie maison avec un jardin ! Et quelle adorable vieille dame à la fenêtre. » Mais la page tournée, voilà qu’elle apparaît sous son vrai visage : « une affreuse sorcière qui concocte des potions pour transformer ses invités en souris et cafards ». Brr… La maison brûle-t-elle ? Le loup a‑t-il déjà avalé le Petit Chaperon rouge ? Les œufs sont-ils à l’abri dans le poulailler ? Y a‑t-il vraiment un dinosaure dans la maison ? La réponse se trouve derrière chaque fenêtre ouverte… à l’imagination !
Dans cet album, en effet, il ne s’agit pas de regarder au dehors depuis sa fenêtre, mais d’essayer de savoir ce qui se passe derrière la fenêtre de certaines maisons… et de jouer à se faire peur, entre fantômes, sorcières et bestioles peu ragoûtantes souvent sortis des contes les plus connus des enfants… Au passage, on se souviendra aussi que les apparences sont parfois trompeuses, et cela aussi dans la vraie vie.

Dès 5 ans

Katerina Gorelik, Regarde par la fenêtre, Saltimbanque Editions, 2021, 60 p., 15,90

Pierre de Coubertin, Les Jeux Olympiques de 1896

Pierre de Coubertin, Les Jeux Olympiques de 1896

Courses, jeux gymnastiques, concours vélocipédiques et, bien sûr, course de marathon ! Le magazine Tétras Lire fait revivre, dans son numéro d’octobre, les Jeux olympiques de 1896, les premiers jeux modernes, dans une Grèce qui a recouvré son indépendance en 1821.
Depuis des années, Pierre de Coubertin consacre toute son énergie à ressusciter les Jeux Olympiques antiques. Enfin, le rêve prend corps dans le stade d’Athènes, relevé de ses ruines, où des athlètes venus des confins de la Terre défilent sous les acclamations d’un public ivre de joie ! Les jeunes lecteurs auront plaisir à comparer les équipements, les records, les ambiances autour des stades avec ceux de nos jeux plus récents.
En plus dans ce numéro : un dossier pour tout savoir des Jeux Olympiques à travers les époques, la rencontre avec trois champions de Tokyo, la recette officielle du dessert des premiers Jeux Olympiques modernes… et Le Messager de Marathon, une légende grecque illustrée par Raphaël Gauthey.

Dès 10 ans

Magazine Tétras Lire, Olympique, n° 67, octobre 2021, 96 p., 9,50 € — Imprimé en France. Peut s’acheter au numéro ou sur abonnement, c’est ici.

Gudrun Guillaume, Hadès et Perséphone, la ronde des saisons

Gudrun Guillaume, Hadès et Perséphone, la ronde des saisons

« Toute à sa cueillette, Perséphone s’éloigne de ses amies. Voilà de magnifiques narcisses, rayonnants comme des soleils d’or. Mais un éclat plus brillant encore attire son attention. Relevant la tête, elle a juste le temps de voir passer un char doré, tiré par deux chevaux d’un noir d’encre. » Qui donc mène ce char dans le ciel de Sicile ?
Après le beau succès d’Athéna, la déesse aux mille facettes, Gudrun Guillaume raconte aux enfants l’étonnante légende de la ravissante Perséphone, la déesse du printemps.
Quelle est cette jeune fille, si gracieuse avec sa couronne de fleurs ? Hadès ne le sait pas encore, mais celle qui vient d’enflammer son coeur n’est autre que Perséphone, fille de Zeus, dieu du ciel, et de Déméter, déesse de l’agriculture et des moissons. Pour le dieu des enfers, rien ne sera plus comme avant… Sans hésiter, il capture la belle enfant. Mais que deviendra la Terre, si Déméter, dans sa détresse, refuse son aide aux hommes ? Toute la patience d’Iris, la ruse d’Hermès et la sagesse de Rhéa suffiront-elles à adoucir Hadès et Déméter ? Pour les Grecs, la ronde des saisons est donc affaire de dieux et de déesses.
Passant des mondes souterrains, sombres et venteux, aux doux paysages printaniers, Willy rend un vibrant hommage à l’Art nouveau en dessinant un univers étonnant de contrastes et de vitalité. Hadès et Perséphone, la ronde des saisons, est son deuxième album, après Les Douze Travaux d’Hercule.

À partir de 5 ans

Gudrun Guillaume, Hadès et Perséphone, la ronde des saisons, illustrations de Willy, Ed de la Nouvelle Librairie, 24 p., 9,50 € — Imprimé en France

Inga Moore, Le bibliobus

Inga Moore, Le bibliobus

Quand Elan eut raconté toutes les histoires qu’il connaissait, il alla emprunter des livres à la bibliothèque. Son talent de conteur fit si vite le tour de la forêt que les animaux vinrent de plus en plus nombreux écouter ses lectures. Nouvelle idée de génie : notre Elan trouva, à la casse, un vieux bus (rouge à deux étages, of course) qu’il bricola pour le transformer en bibliobus et distribuer des livres à toute la forêt. Mais voilà…  « On ne sait pas lire, s’exclama Ourse. Alors, Elan lui apprit à lire. Et elle apprit à Blairelle. Qui apprit à Renard. » Et chacun de découvrir le plaisir de lire, chez soi ou entre amis. Quant à Elan, il continua de lire des contes à ses amis, grands et petits, car son talent était inimitable. Cet album est une ode à la lecture, aux livres, à l’amitié, au partage, dans une ambiance douce et feutrée, canapés confortables, scones et mugs fumants, avec cette inimitable touche d’humour 100 % british qui ravira toute la famille à l’heure d’aller au lit – ou au bibliobus.

Dès 4 ans

Inga Moore, Le bibliobus, L’Ecole des Loisirs, coll. « Pastel », 2021, 56 p., 14,50 € — Traduit de l’anglais par Aude Gwendoline.