Thème

Contes, légendes et fééries

Karine-Marie Amiot, Les merveilleuses histoires de Grand-Père

Un lièvre blanc dans la neige ; un renard à l’école des poussins ; un papa chien et son fiston ; deux frères canetons ; un grand-papa hibou ; une biquette et son papa bouc ; un chat et une souricette ; un troupeau de moutons et, pour finir, un petit bout de bois ! Voilà les comparses de ces neuf contes animaliers, à la fois dynamiques et tendres. S’il y a toujours une morale, elle est aussi légère qu’un flocon ou qu’une plume dans le vent – mais les enfants y seront d’autant plus sensibles que ces animaux leur seront devenus proches. Un format généreux, idéal pour une lecture partagée avec… Grand-Père.

Dès 4 ans

Karine-Marie Amiot, Les merveilleuses histoires de Grand-Père, illustrations de Julie Mellan, 2022, Mame, 64 p., 16,90 € — Imprimé en Pologne

Marie Colmont, Marlaguette

« Elle s’appelait Marie-Olga, mais on disait Marlaguette pour faire plus court et aussi plus gentil. Un jour qu’elle était allée cueillir des champignons dans les bois, … une grosse bête sauta sur elle et l’emporta pour la manger. Une grosse bête grise, avec des oreilles pointues, une gueule rouge : bref, un loup. » Mais voilà que les choses ne se passent pas tout à fait comme dans le Petit Chaperon rouge. Marlaguette va résister, le loup va se faire très mal et Marlaguette va le soigner. Elle va aussi finir par admettre, sur les conseils du vieux bûcheron, qu’un loup ne peut pas être végétarien, qu’il est et doit rester sauvage et carnivore.
Quarante ans (eh oui !) après sa première publication, Gerda Muller propose une nouvelle version illustrée de Marlaguette, conte sensible sur la nature signé Marie Colmont (1895–1948). Le superbe format 24 X 30 cm, agrandi, permet de découvrir de nouveaux détails, savoureux et délicats.
Sa morale reste bien d’actualité : quel que soit le loup rencontré, il ne faut pas imaginer pouvoir l’apprivoiser ; la nature est ainsi faite que les enfants ne peuvent pas en faire toujours à leur guise, ce que comprend très bien la fillette, dans un grand élan de générosité.

Dès 4 ans

Marie Colmont, Marlaguette, illustrations de Gerda Muller, Le Père Castor, Flammarion Jeunesse, 2022, 32 p., 13,50 € — Imprimé au Portugal. Autres formats disponibles à moindre prix.

Bénédicte Delelis, Le merveilleux Noël des jouets

« Je m’appelle Olga. Et je suis une poupée. J’habite aux Galeries parisiennes, au rayon “Jouets”. […] lorsque les enfants passent et nous regardent de leur petit air gourmand et plein d’espoir, après avoir dit :” Oh, mais qu’elle est drôle !”, ils s’écrient invariablement : “Et ses joues sont si rouges !” »
La poupée Olga, sa « sœur » Rose, Sibylle la souris mécanique et Marcel le soldat de bois seront bientôt rejoints par Henri, l’ours polaire, qui s’est cassé la jambe en faisant des cabrioles à ski.
Car cette histoire se déroule au début des années 1900, dans l’univers féerique d’un grand magasin parisien qui a installé pour la première fois une vitrine de Noël animée. Bénédicte Delelis revisite ici les thèmes classiques des contes de Noël : jouets qui s’animent la nuit, enfants riches et capricieux s’amendant en offrant un jouet aux enfants pauvres, adultes tour à tour sévères et compatissants… et comme elle est théologienne, elle a glissé le récit de la Nativité au milieu de la féerie. On y chante aussi (paroles en fin d’album), entraînés par la boîte à disques de monsieur François. Les dessins aquarellés d’Anne-Charlotte Larroque ont recréé à merveille l’ambiance élégante des grands magasins, dames enchapeautées et messieurs en redingotes, mais d’un pinceau si léger et aérien que le conte en devient presque intemporel. Ajoutez à ce superbe album un CD et un QR code qui permettront de passer une petite heure en compagnie d’Olga et de chanter quelques chants de Noël, et vous comprendrez que je suis tombée sous le charme ! A offrir dès début décembre, pour la Saint-Nicolas, afin de bien en profiter avant Noël.

Dès 4 ans

Bénédicte Delelis, Le merveilleux Noël des jouets, illustrations d’Anne-Charlotte Larroque, Mame, 2022, 48 p + 1 CD + 1 QR Code, 19,90 € — Imprimé en Pologne

Histoires celtiques

« Légendes et contes merveilleux d’Irlande, Ecosse, Bretagne et Pays de Galles », précise en sous-titre ce livre où « trolls et géants, elfes et lutins, sorcières, fées et animaux parlants, monstres marins et dragons, êtres mythologiques et fantastiques [sont] engagés dans des exploits dangereux et des aventures rocambolesques, protagonistes d’histoires d’amour et de mer ».
Ces seize histoires ont été sélectionnées et adaptées à partir de recueils parus en anglais au XIXe et au XXe siècle. Ils mêlent le merveilleux du vieux fonds païen au merveilleux chrétien, car il arrive parfois que des saints ou des moines viennent au secours des héros. Thème récurrent aussi, dans ce monde maritime : les aventures qui se déroulent au fond de la mer, dans des lieux étranges et fascinants. Bien évidemment, richesses et trésors attendent les vainqueurs des combats ou des énigmes, car, pour rêver d’être riches sur ces terres si défavorisées, il fallait bien faire appel à un peu magie…
Kate Forrester a dessiné pour chaque conte un superbe motif en pleine page, sobre et élégant, dans l’esprit des théâtres d’ombres. Dee belles finitions, y compris un joli ruban vert marque-page, feront de ce livre un joli cadeau.

Dès 10 ans

Histoires celtiques, Légendes et contes merveilleux d’Irlande, Ecosse, Bretagne et Pays de Galles, illustrations de Kate Forrester, éditions Nuinui, 2022, 175 p., 24,90 € — Traduit de l’anglais par Baptiste Levy-Gastaud. Imprimé en Roumanie

Richard Jones, Tout petit ours

« Le lundi, j’ai trouvé un ours polaire dans le jardin. Il était si petit qu’il tenait dans ma main », raconte le petit garçon. Vraiment si petit ? Ce n’est pas l’avis de Richard Jones, qui l’a dessiné énorme, cet ours blanc ! Alors, oui, « le mardi, le tout petit ours avait grandi. Et dès le mercredi, il ne tenait même plus dans ma poche… » Je vous laisse imaginer ce qui va se passer le jeudi, le vendredi, le samedi et enfin le dimanche ! « Tout petit ours », c’est une belle histoire d’amour et d’amitié, mais aussi une porte ouverte vers l’imaginaire, l’aventure et les grands espaces — notamment avec ce jeu plein d’humour tendre sur l’espace « élastique » dans lequel se meuvent l’ours et le garçonnet.

Dès 3 ans

Richard Jones, Tout petit ours, Albin Michel Jeunesse, 2021, 40 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais par Françoise de Guibert. Imprimé en Chine

Studio Ghibli, Origanime Studio Ghibli

Plier selon les pointillés, retourner le pliage, rabattre comme indiqué, assembler les deux parties… Ce vocabulaire est connu de tous les amateurs d’origami, ces célèbres pliages japonais qui transforment une feuille de papier carrée en objets extraordinaires. Un « origanime », c’est encore plus japonais, puisqu’il va s’agir de réaliser en papier plié les figures les plus connues des films d’animation.
Mon voisin Totoro, Ponyo sur la falaise, Le Voyage de Chihiro… Vous prolongerez l’émerveillement des longs métrages de légende du mythique Studio Ghibli en construisant étape par étape les personnages emblématiques de Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Totoro, le chat Jiji, le kodama, Le Sans-visage, Ponyo et tant d’autres vous attendent ! Quinze modèles inédits de difficulté croissante sont à réaliser avec 32 feuilles d’origami détachables, et bien sûr, de nombreuses confidences sur ces personnages surprenants. Un grand bravo aux concepteurs !

Dès 9 ans

Studio Ghibli, Origanime Studio Ghibli, Ynnis Editions, 2022, 14,95 € — Imprimé en Pologne

Jean-Luc Englebert, Jan le petit peintre

Et si les arêtes et les restes de poisson pourri ne servaient pas seulement à fabriquer de la colle ? De la colle ? Mais c’est déjà bien surprenant ! Pourtant, ce sont bien ces ingrédients que Jan, jeune apprenti d’un peintre célèbre de la Renaissance flamande, apporte ce matin-là à l’atelier. Comme il est le plus jeune des apprentis, il a pour rôle de balayer, d’affiner les pinceaux, de broyer les couleurs. Tâches auxquelles il se dévoue en regardant avec curiosité comment travaille le maître, qu’il essaie d’imiter, le soir, en cachette. Si vous voulez savoir pourquoi il y a tant de bleu sur la couverture, alors que Jan est censé broyer des pigments rouges, lisez cet album ! Les dessins en sont charmants, inspirés tout à la fois de Sempé et de Mitsumasa Anno et le récit aborde, sans en avoir l’air, une belle page d’histoire de l’art.

Dès 5 ans

Jean-Luc Englebert, Jan le petit peintre, Ecole des Loisirs, coll. « Pastel », 2022, 40 p., 13 €

Marie Tibi, La Fougère et le Bambou

Au soir de sa vie, « un vieil homme » légua deux graines à ses fils : à l’aîné, une graine de fougère ; au cadet, une graine de bambou. « Plantez-les dans la forêt en souvenir de moi. » Si la fougère recouvrit vite le sol, rien ne poussa de la graine de bambou. Ou du moins, pas aussi vite…
Mais le plus jeune des frères ne renonça pas… Et, la cinquième année, voilà qu’une minuscule pousse sortit de terre ! Il lui avait fallu le temps de « faire pousser des racines ».
Sous le crayon de Jérémy Pailler, le jeu graphique fait de ce « vieil homme » et de ses fils trois souris habillées, vivant dans un univers mi-humain mi-souris, ce qui donne un charme un peu vintage à cet album, inspiré d’une fable orientale ou chinoise (qui saura le dire précisément ?). Une belle leçon de vie, de persévérance et d’espoir.

Dès 5 ans

Marie Tibi, La Fougère et le Bambou, illustrations de Jérémy Pailler, L’école des loisirs, coll. « Kaléidoscope », 2022, 40 €, 13,50 €

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert

« Un soir de nouvel an, un mystérieux chevalier vert lance un étrange défi aux chevaliers de la Table Ronde : quiconque accepte de trancher la tête de ce chevalier vert avec sa hache, devra en retour, subir le même sort dans un an et un jour. » Ayant rappelé au roi Arthur qu’il est son champion, Sire Gauvain relève alors le défi. A la surprise de tous, une fois décapité, le chevalier vert se relève, reprend sa tête et rappelle à Gauvain sa promesse. De nombreuses aventures ponctuent l’année suivante, que ce soit sur le chemin semé d’embûches, au château de Haut-Désert ou, le dernier jour venu, au pied de la Chapelle Verte. Elles mettront à l’épreuve l’honneur de Gauvain, considéré comme le plus parfait des chevaliers de la Table Ronde.
Fondatrice du Centre de l’Imaginaire Arthurien, conférencière, commissaire d’exposition, Claudine Glot a consacré de nombreux ouvrages aux mythes et aux légendes. Elle s’inspire d’un manuscrit médiéval daté de la fin du XIVe siècle, Sire Gauvain et le Chevalier vert (Sir Gawain and the Green Knight), conservé à la British Library à Londres et rappelle, dans la postface que « J. R. R. Tolkien, qui appréciait et aimait particulièrement ce roman, l’a étudié, en a établi le texte et l’a traduit en anglais moderne ». Son texte suit au plus près de la trame médiévale, en livrant les pensées ou les dialogues nécessaires dans une langue précise et poétique — mais sans psychologiser. Les superbes illustrations de David Balade s’inspirent de la symbolique celtique et des tableaux et vitraux préraphaélites. Les originaux seront à admirer à l’Office de Tourisme de Brocéliande dès sa réouverture au public.

Adolescents

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert, illustrations de David Balade, Ouest-France, coll. Jeunesse, 96 p., 15 €

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant

« Gaspard s’était toujours imaginé chevalier. Mais c’était un rêve qu’il gardait enfoui au plus profond de lui. Il n’était qu’un modeste palefrenier, un orphelin sauvé par les bontés du Roi. » Gaspard, 10 ans, a tout de même la chance de vivre dans un Moyen-Age légendaire, auprès de chevaux somptueusement dessinés — portraiturés, disons le mot – par le crayon d’Eloïse Scherrer.
Un matin, le Roi lui-même entra dans les écuries.
« Mon garçon.
Gaspard sursauta. Le Roi ! Le vieux Roi en personne se tenait là, avec ses sourcils en broussaille et son épée plus lourde que la pierre.
— Sire…, murmura l’enfant en posant un genou à terre.
Le monarque lui fit signe de se relever.
— Nous partons en voyage. »
Nous voilà (discrètement ?) montés en croupe derrière Gaspard pour un extraordinaire voyage ! Pourvu qu’Henry, son ami crapaud, et Odile, sa cigogne tutélaire, nous tolèrent tout au long de cette chevauchée initiatique ! Le conte parlera aussi aux plus grands avec ses évocations des paradis perdus et retrouvés, par son approche de la mort et de la transmission des valeurs. Une réussite à saluer, servie par les superbes illustrations d’Eloïse Scherrer – qui, d’un grand sourire, vous dédicace son album d’un délicieux petit cheval ! N’hésitez pas à la rencontrer au gré de ses signatures

Dès 6 ans

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2021, 48 p., 16,90 € — Imprimé en France

Carole Trébor, Maroussia, celle qui sauva la forêt

Carole Trébor, Maroussia, celle qui sauva la forêt

Maroussia et sa grand-mère vivent dans une modeste isba, « entre la plaine infinie et la forêt dense », protégées par les esprits de la forêt à qui elles ne manquent pas de déposer des offrandes « dans la clairière sacrée, au pied du grand chêne », car les traditions païennes restent bien ancrées dans ce village perdu. Jusqu’au jour où, sur ordre du tsar Nicolas II, le village se voit destiné à être détruit pour laisser passer la ligne du Transsibérien. Si les sujets du tsar ne peuvent rien contre une telle décision, le petit peuple magique de la forêt, lui, n’a pas dit son dernier mot ! Qui donc va faire en sorte que le jeune Alexeï, le fils du gouverneur, se perde dans la forêt, se cache dans l’arbre qui pleure et soit sauvé par Maroussia ? Et qu’obtiendra-t-elle en récompense ? Carole Trébor, qui a vécu plusieurs années en Russie, s’est inspirée de la culture russe traditionnelle et de la mythologie slave pour inventer ce conte dont les personnages croisent aussi la grande Histoire. Le grand format de l’album permet à Daniel Egneus de déployer tout son talent : les couleurs traditionnelles si vives et si dansantes des costumes slaves ont fort à faire face au grand loup noir et au tout aussi noir monstre Bouka !

Dès 7 ans, mais aussi pour les plus grands

Carole Trébor, Maroussia, celle qui sauva la forêt, illustrations de Daniel Egneus, Little Urban, 2021, 40 p., 19,90 € — Imprimé en Belgique

Sandra Nelson, Matriochka

« Dans la forêt de Semenov, vivaient Ivan et Natacha, modestes moujiks, et leurs cinq filles. Aussi belles que douces, elles s’entendaient à merveille et ne se quittaient jamais. D’une ressemblance saisissante, seule leur taille successive les distinguaient. » Mais chacune avait un don bien à elle – et heureusement, car, face à la sorcière Baba Yaga, un seul don d’une seule demoiselle, cela ne pèserait pas lourd… Ce conte russe, si joliment illustré, apprendra pourquoi il est important de savoir cuisiner, chanter, coudre et … jouer aux échecs, sans oublier l’art de lire dans les pensées d’autrui. En effet, qui est vraiment Baba Yaga ? Ces cinq jeunes filles, ce sont bien sûr les fameuses « poupées russes » que l’on découvre cachées l’une dans l’autre, et qui n’ont donc aucune raison d’être contrefaites sous diverses figures pour devenir de stupides objets attrape-touristes. Courageuses jeunes filles russes de légende, elles sont, et c’est ainsi qu’elles doivent rester !

Dès 4 ans

Sandra Nelson, Matriochka, illustrations de Sébastien Pelon, Flammarion Jeunesse, Père Castor. 2 formats : 2009, réédition 2021, cartonné, 32 p., 13,50 € — 2018, broché, 5,25 €