Thème

Grands auteurs

Marcel Pagnol lu par Vincent Fernandel

La Gloire de mon Père, Le Château de ma Mère, Le Temps des secrets… « Du passé à aujourd’hui, c’est tout un patrimoine culturel qui perdure, c’est la grande culture populaire qui élève les cœurs et apporte son soleil provençal », nous dit Nicolas Pagnol dans sa jolie préface. Et ce sont deux familles qui se sont retrouvées, avec ces deux petits-fils, pour choisir les passages les plus célèbres de ces souvenirs d’enfance, autour de la Baside-Neuve. Lire Pagnol, c’est un plaisir, mais en entendre des extraits lus, avé l’assent, par Vincent Fernandel, quel régal ! Un accent très léger, musical et ensoleillé, au parfum de thym et de lavande… Une voix qui répond parfaitement aux dessins de Gérald Guerlais, généreux et colorés. Un album soigné, jusque dans sa typographie, dans un beau format.

Dès 8 ans

Marcel Pagnol lu par Vincent Fernandel, illustrations de Gérald Guerlais, préface de Nicolas Pagnol, Fleurus, 2023, 48 p., 17,95 € — avec un CD et un QR Code — Imprimé en Pologne

Edmond Rostand, La Tirade du nez

« Vous… vous avez un nez… heu… un nez… très grand. » Au vicomte de Valvert, dont bien peu se souviennent, Cyrano répondit ceci – dans une tirade qui est devenue un des symboles de notre littérature :
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, — par exemple, tenez :
Agressif :
“Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l’amputasse ! ”
Amical :
“Mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! ”
[…]
Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit. »
Bruno Gibert, — en une semaine et avec quatre couleurs, c’est la dure règle du jeu -, donne vie à ce nez dans des images très surréalistes qui prennent au mot les « folles plaisanteries » que Cyrano se sert à lui-même, « avec assez de verve ». A lire à haute voix !

Dès 9 ans

Edmond Rostand, La Tirade du nez, illustrée par Bruno Gibert, Grasset Jeunesse, « La Collection », 2023, 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Quentin Pauchard, La grande peur dans la montagne

« Il fallut attendre que la neige eût commencé à fondre. On n’était pas encore au milieu de mai qu’ils purent monter. Le pâturage de Sasseneire est à deux mille trois cents mètres. Il arrive qu’à ces hauteurs il y ait encore de la neige dans les parties peu exposées ». Trois phrases au style impeccable, trois cartouches dans un paysage franchement peu amène. Quentin Pauchard, en adaptant en roman graphique le célèbre roman de Charles Ferdinand Ramuz, en a saisi le côté sombre, crépusculaire. Sept hommes ont décidé, après un vote des villageois, de tenter le destin : monter un grand troupeau de vaches montent à Sasseneire, alpage maudit et abandonné depuis plus de vingt ans. Après quelques jours, des vaches tombent malades et le vétérinaire décrète une quarantaine autour de l’alpage. Petit à petit, peurs et superstitions s’immiscent dans ce huis-clos montagnard, jusqu’à la catastrophe finale. Comment échapper aux superstitions ? Même l’amour de Victorine pour son Joseph n’y pourra rien…

Dès 12 ans

Quentin Pauchard, La grande peur dans la montagne, d’après le roman de Ch F Ramuz, Helvétiq, 2023, 128 p., 24,90 € — Imprimé en Lettonie

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco

« Autour de nous, on ne voyait que champs, longues haies de cyprès, petites cultures et deux ou trois métairies solitaires. Ce paysage m’attristait. Mais au-delà coulait une rivière. » Du ciel d’un bleu cru et des lavandes violettes qui encadrent la métairie familiale de Pascalet, voilà que le paysage, la page tournée, se teinte de vert. « Au-delà coulait une rivière… » Les bleus et les violets demeurent, couleurs nocturnes, accompagnées de beiges et de lilas – les rêves seront d’un orangé de feu couvant. Autant de couleurs chez Henri Bosco ? Ce sont elles, et le trait envoûtant de Xavier Coste, qui entraînent le lecteur à la suite de Pascalet, puis de Gatzo, sur la rivière interdite – et plus loin encore.
Rares sont les bonnes adaptations de textes classiques en bandes dessinées. Celle-ci, excellente, redonne toute sa magie à un roman trop souvent affadi par des pages de dictées, de morceaux choisis et d’explications de texte dans lesquels les petits citadins ne retrouvaient plus ni les parfums, ni les mouvements secrets des rives du Rhône provençal.

Dès 9 ans

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco, Sarbacane, 2018, 112 p., 19,50 € — Imprimé en France

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam

« Dans une vallée de Germanie riche en vignes et en châteaux, vivait une paysanne prénommée Giselle », ainsi débutent le conte et le célèbre ballet d’Adolphe Adam. Une si jolie paysanne qu’elle fait battre le cœur du garde-chasse Hilarion mais aussi celui d’un villageois « qui se faisait appeler Loys ». Quand est levé le mystère de ce beau Loys, c’est le drame… Un drame d’amour, symbole de la danse romantique : quelle danseuse étoile n’a jamais rêvé d’incarner Giselle ? Giselle, non seulement va mourir d’amour, mais elle va être accueillie par la reine des Wilis. De bien étranges créatures, ces fiancées mortes avant le jour de leurs noces…
Ce livre-disque réunit une superbe équipe : le texte de Pierre Coran est lu par la voix envoûtante de Natalie Dessay. Il est illustré par le pinceau coloré d’Olivier Desvaux – si coloré qu’on se croirait plus en Provence qu’en Courlande ! Enfin, les morceaux choisis par Marc Dumont sont interprétés par l’orchestre symphonique de Londres sous la baguette du chef d’orchestre Anatole Fistourali : fête paysanne, valses, musiques de chasse…
Un superbe cadeau à écouter et réécouter – et pas seulement pour les ballerines en herbe !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam, illustrations d’Olivier Desvaux, voix de Natalie Dessay, Didier Jeunesse, 2019, 48 p. + 1 CD, 23,80 € — Imprimé en Italie. Un code permet d’écouter l’album en ligne.

Daniel Defoe (d’après), Robinson Crusoé

« En 1632, je naquis à York, d’une bonne famille. Mon père voulait me faire avocat, mais mon seul désir était d’aller sur la mer. » Ainsi commencent les aventures de Robinson Crusoé ou, comme il le dit lui-même : « Jamais infortunes de jeune aventurier ne commencèrent plutôt et ne durèrent plus longtemps que les miennes. » Trente-cinq années ! Car notre Robinson, après un naufrage se retrouve sur une île déserte… où il finira par rencontrer Vendredi. Si la trame du roman est connue, certains détails le sont moins et cette adaptation a l’intelligence de rester dans le ton : passés simples, mots et formules « dans leur jus », dessins « presque » réalistes. Combien de jeux d’enfants ce récit a‑t-il initié ?

Dès 8 ans

Daniel Defoe (d’après), Robinson Crusoé, illustrations de Vincent Dutrait, Magnard Jeunesse, coll. « Petits Contes Classiques », 2013–2020, 64 p., 5,20 € — Imprimé en France

James Joyce, Le Chat et le diable

Un beau jour d’août 1936, James Joyce écrit à son neveu Stephen – mais pas une simple carte postale, non, tout un conte, celui du chat de Beaugency. Du chat, du pont et du diable qui accepta de le construire. Car, dans les temps anciens, il était bien difficile de passer la Loire sur de simples barques… Or le diable, qui, si on en croit les légendes, a construit des ponts un peu partout en Europe, proposa aussi ses talents au maire de Beaugency. Comme souvent, il demanda en échange la « première âme » qui franchirait ce pont. Et bien sûr, ce fut un charmant chat noir qui fit les frais de l’inauguration – mais le conte ne dit pas ce qu’il advint de lui. Gageons que ses descendants chassent toujours souris et mulots des bords de Loire. Un album délicieusement illustré par Maria Mikhaylova, jeune artiste russe diplômée de l’école des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, avec moult clins d’yeux au Beaugency médiéval.

Dès 5 ans

James Joyce, Le Chat et le diable, illustrations de Maria Mikhaylova, Est Tastet, 2023, 28 p., 20 € — Traduit de l’anglais par Samuel Tastet. Imprimé en Europe

Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours

« Théoriquement, vous avez raison, Monsieur Fogg, mais dans la pratique…
— Dans la pratique aussi, Monsieur Stuart.
— Je voudrais bien vous y voir.
— Il ne tient qu’à vous. Partons ensemble.
— Le ciel m’en préserve ! s’écria Stuart, mais je parierais bien quatre mille livres (100,000 fr.) qu’un tel voyage, fait dans ces conditions, est impossible.
— Très-possible, au contraire, répondit Mr. Fogg.
— Et bien, faites-le donc !
— Le tour du monde en quatre-vingts jours ?
— Oui.
— Je le veux bien.
— Quand ?
— Tout de suite. »
C’est ainsi qu’au soir du mercredi 2 octobre 1872, Phileas Fogg et son tout nouveau domestique, Jean, dit Passepartout, quittèrent Londres pour Douvres, puis pour Calais. La suite ? Un voyage extraordinaire, ou plus exactement une course de vitesse, à la grande gloire des trains et des paquebots à vapeur – mais aussi des éléphants et des traîneaux à voile. Jules Verne y montre tout son talent de conteur, un conteur très documenté.
Cette édition intégrale est enrichie d’illustrations en couleurs pleines d’humour, dans une mise en page et une fabrication soignées. Un cadeau idéal pour les futurs aventuriers.

Dès 10 ans

Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours, illustrations d’Antonio Javier Caparo, Mame, 2023, 352 p., 21,90 €. Imprimé en Chine

James Fenimore Cooper, Le Corsaire rouge

Mon amie Iseult a eu la main heureuse : elle a déniché en brocante six volumes de cette collection ! Ivanhoé, Robin des Bois, Robinson Crusoé, Les Trois Mousquetaires, un titre moins connu, La Flèche noire, de Stevenson et cet album qui fera rêver corsaires et pirates : Le Corsaire rouge !
Naufrage, mutinerie, sauvetage, bataille navale, rien n’y manque. Sans oublier les traîtres, la reconnaissance d’un enfant perdu, le charme d’une douce demoiselle, jusqu’au jeune mousse qui n’est pas celui que l’on croit. Nous sommes en 1759, un jeune officier de la marine britannique de passage à Newport (Rhode Island) croise le chemin d’un personnage bien étrange, qui se révèle être le célèbre capitaine Heidegger, le Corsaire rouge. Au fil des événements, une étrange fascination va lier le destin des deux hommes… Cette « traduction libre » du roman de James Fenimore Cooper paru en 1827 est sans doute édulcorée, les couleurs des illustrations manquent parfois de nuances, mais peu importe, les jeunes lecteurs se laisseront prendre par la magie de l’aventure maritime.

Dès 12 ans

James Fenimore Cooper, Le Corsaire rouge, illustrations de Neri, Editions Mondiales Del Duca, coll. « Les grands classiques illustrés », 1968, 68 p. Imprimé en Italie. Prix selon la brocante.

Viviane Koenig, Drôles d’histoires de fripons

« Veux-tu commencer ? propose Pampinée à son amie Neiphile. Choisis une histoire triste, drôle, charmante ou effrayante, selon ton bon vouloir. Nous t’écoutons.
— Connaissez-vous les mésaventures de messire Conrad ? demande la jeune fille. Non ? Alors écoutez un peu. »
Imaginez. D’un un saut, vous voilà en Italie, au XIVe siècle. Avec vos amis, vous avez fui la peste qui a envahi Florence et vous vous êtes installés dans une belle propriété au cœur de la Toscane. Pour occuper vos journées, chacun va raconter une histoire, à tour de rôle, et quand le tour sera fini, on recommencera. Des histoires, il y en aura cent ! Dix amis, pendant dix jours, cela donne… cent histoires, inventées par le célèbre poète italien Boccace.
Viviane Koenig a choisi six nouvelles, les plus drôles et les plus émouvantes que compte ce recueil ; amour, mensonge, gourmandise, courage, aventure, finalement, rien n’a vraiment changé au fil des siècles. Elle les a adaptées, avec respect, pour les rendre accessibles aux jeunes lecteurs du XXIe siècle. Francesca Capellini, italienne… comme Boccace et très inspirée par la peinture de la fin du Moyen Age et du début de la Renaissance, a illustré cet album avec brio : cela pétille de couleurs et d’énergie. Les costumes, notamment, rivalisent de créativité, dans des décors de rêve.

Dès 10 ans

Viviane Koenig, Drôles d’histoires de fripons, illustrations de Francesca Capellini, Saltimbanque, 2022, 72 p., 16,90 € — Imprimé en France

Marguerite Souchon, Comment Dostoïevski fut sauvé

« A la vue de l’écrivain égaré, le vacarme cesse et tous les enfants se tournent vers lui, comme une petite armée, attendant un geste de leur maître pour donner l’assaut.
“Je cherchais la sortie du souterrain… Je m’appelle Fiodor…”, bredouille Dostoïevski.
“Et moi, Nikolaï Stavroguine”, répond d’une voix caressante l’ombre sur le trône, qui s’avère être un homme vêtu de noir. »
Cela ne vous fait pas dresser les poils sur les bras ? Un personnage de roman qui s’adresse à son auteur, déjà bien perturbé, brrr… Car avant cet épisode, Marguerite Souchon a conté comment Dostoïevski a subi un simulacre d’exécution, puis a été envoyé au bagne, dont il tente de s’échapper par ce fameux souterrain. Et que Stavroguine ne va-t-il pas demander à son auteur pour lui permettre de recouvrer sa liberté ? Mais il faut bien en passer par cet épisode terrifiant pour, littéralement, revivre quand arrive « un homme de haute taille, aux cheveux flottant sur une sorte de manteau de pèlerin. Nul ne l’a jamais vu, et pourtant tous le reconnaissent ». Un homme qui va opérer un miracle. Le peintre François-Xavier de Boissoudy soutient ce récit à bout de bras – on serait tenté de dire « à bout de pinceaux » : des lavis plus sombres que la nuit alternent avec d’autres, vibrants d’un brasier intérieur dont on se demande jusqu’où on peut l’approcher sans crainte de se brûler… Difficile de pousser plus loin la réflexion sur le bien, le mal, la liberté, la foi et le pardon.

Pour adolescents « solides »

Marguerite Souchon, Comment Dostoïevski fut sauvé, illustrations de François-Xavier de Boissoudy, Les Petits Platons, 2023, 64 p., 16 € — Imprimé en République Tchèque

Hans Christian Andersen, Poucette

Une femme, qui ne pouvait avoir d’enfant, reçut d’une sorcière un grain d’orge magique. De sa tige sortit « une belle fleur semblable à une tulipe », et de la fleur, « une toute petite fille, à peine plus haute qu’un pouce. Aussi l’appela-t-elle Poucette ». Mais un crapaud, énorme et visqueux », enlève Poucette, endormie dans sa coquille de noix. Sera-t-elle contrainte à épouser son fils, de servir de bonne au rat des champs ? Pire encore, d’épouser Monsieur Taupe ? Heureusement, une petite hirondelle qu’elle avait soignée, compatissante, l’emporte d’un coup d’aile dans un pays ensoleillé où règne le prince des fleurs.
D’origine danoise, l’artiste Mette Ivers a donné des couleurs légères et raffinées à ce conte qui serait bien cruel s’il ne se terminait par l’apothéose de Poucette, dotée d’ailes par son prince pour voler avec lui de fleur en fleur.

Dès 7 ans

Hans Christian Andersen, Poucette, illustrations de Mette Ivers, L’Etagère du bas, 2022, 40 p., 15,50 € — Traduit du danois par David Soldi, traduction « légèrement revue par Mette Ivers » dit l’éditeur. Imprimé en Europe.