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Grands auteurs

Jean de La Fontaine, Fables à colorier

Entre deux fables très classiques, « Le Corbeau et le Renard » ou « Le Lièvre et la Tortue », voici pour renouveler notre plaisir « Le Coq et la Perle » ou « Le Renard et les Raisins ».  Ce petit fascicule découvert lors d’un salon du livre en Sologne regroupe six fables, illustrées au trait en noir et blanc, tout exprès pour inviter petits et grands au coloriage. C’est frais, léger, sympathique !

Dès 6 ans

Jean de La Fontaine, Fables à colorier, illustrations d’Hermeline, Editions Violette and Lulu, 2021, 16 p., 4 € — Imprimé en France

Marie de France, Fables

« Voyant un cerf plein de beauté / un lièvre se mit à envier / les cornes qui ornaient sa tête. / […] Dès lors le lièvre n’eut de cesse / de s’adresser à la déesse / et de lui demander pourquoi / il n’était pas doté de bois. » Son vœu exaucé, le voilà bien encombré : il ne peut plus se déplacer.
Morale de la fable : « Les cupides et les envieux / croient pouvoir tout réinventer / tant ils n’en ont jamais assez / et montrent tant de démesure / qu’ils courent à leur perte à coup sûr. »
Le Lièvre qui voulait des bois, Le Renard et le Coq, Le Loup et le Hérisson, Le Cerf en son miroir : ces quatre fables ne sont ni d’Esope, ni de La Fontaine, mais d’une poétesse du XIIe siècle, Marie de France. Si ses lais inspirés de la matière de Bretagne sont connus des amateurs de récits chevaleresques, ses fables le sont beaucoup moins. Parmi la centaine de fables qui lui sont attribuées, Christian Demilly en a choisi 24, les plus adaptées à de jeunes lecteurs. De cette poétesse, on ne sait rien de très précis, et l’on ne sait même pas dans quelle langue elle écrivit : les textes qui nous sont parvenus sont des copies en anglonormand, en picard et en francien. Toujours est-il qu’elle connaissait parfaitement les fables d’Esope ainsi que les œuvres de nombreux auteurs grecs et latins, mais aussi la littérature arabe (d’où la fable La Puce et le Chameau) et à la mythologie celtique.
La préface de l’éditrice aurait bien mérité une fable, avec son petit couplet « qui va bien » pour défendre le « matrimoine » et fustiger ses confrères (du XXe siècle !) oublieux des talents féminins : rien ni personne ne m’ont jamais empêchée de lire Christine de Pisan ou Marguerite de Valois.
Les enfants se régaleront des illustrations de Fred L., fraîches, drôles et inventives.

Dès 10 ans

2022, 58 p., 18,50 € — Traduction en Marie de France, Fables, illustrations de Fred L., Talents hauts, français moderne de Christian Demilly. Imprimé en Espagne.

Jacques Prévert, En sortant de l’école

« En sortant de l’école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré… »
En ce début septembre, qui n’aurait pas envie de monter dans ce wagon doré, ou de faire le tour du monde, « de la lune et des étoiles, à pied à cheval en voiture et en bateau à voiles » ? Gallimard Jeunesse nous offre la réédition d’un superbe album illustré par Jacqueline Duhême. Née en 1927, cette grande artiste a fait ses débuts dans l’atelier de Matisse, puis a su convaincre les grands poètes de son temps d’écrire pour les enfants, tout en étant dessinatrice de presse. Sa connivence avec Jacques Prévert (1900–1977) est devenue une vraie amitié, sur laquelle reviennent deux belles pages documentaires. Les musiciens trouveront aussi en fin d’album la partition de ce poème devenu chanson : « Paroles de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma », savaient si bien dire les Frères Jacques avant de nous entraîner « tout autour de la terre ».

Dès 4 ans

Jacques Prévert, En sortant de l’école, illustrations de Jacqueline Duhême, Gallimard Jeunesse, 2022, 32 p., 15,50 € — Imprimé en Italie — Une réédition bienvenue de l’album paru en 1981.

Robert Louis Stevenson, L’Ile au Trésor

Robert Louis Stevenson, L’Ile au Trésor

« “Grand arbre, contrefort de la Longue-Vue ; point de direction N‑N.-E. quart N.
Ile du Squelette, E‑S. ‑E. quart E.
Dix pieds.
Les lingots d’argent sont dans la cache nord. Elle se trouve dans la direction du mamelon est, à dix brasses au sud du rocher noir qui lui fait face.
on trouvera sans peine les armes, dans la dune de sable, à l’extrémité N. du cap de la baie nord, direction E. quart N.
J. E. ”
Rien d’autre ; mais tout laconique qu’il était, et pour moi incompréhensible, ce document remplit de joie le chevalier et le docteur Livesey. »
Et vous ? Seriez-vous prêt à tout quitter pour tenter de retrouver ces lingots ?
L’Ile au Trésor n’a pas fini d’enthousiasmer ni les lecteurs ni les illustrateurs ! Eloïse Ogier en offre une interprétation colorée et dynamique qui réjouira tous les apprentis coureurs des mers. Ce texte classique en grand format (36 X 25 cm), fera un superbe cadeau.

Dès 12 ans

Robert Louis Stevenson, L’Ile au Trésor, illustrations d’Eloïse Oger, Marmaille et Cie Editions, 20 € — Traduit de l’anglais par Théo Varlet.

Jacques Prévert, Le petit lion

« La grande lionne montre les dents et personne parmi les grandes personnes de la Grande Ménagerie, personne parmi les gros et petits hommes qui payent pour voir les animaux captifs, personne n’oserait passer le bout du doigt entre les barreaux de la cage.
Enfermer une lionne dans une misérable boîte de bois avec de tristes barreaux de fer, il n’y a pas de quoi être fier. »
Et puis, tapi à ses côtés, voici « un petit lion bien gentil avec de grosses pattes et une douce petite tête bien ronde et dans cette petite tête, il n’y a rien d’autre que les très simples rêves d’un brave petit lion ». Qui va se sauver, pour tenter de rejoindre la forêt vierge… et qui va nous entraîner à sa suite dans les rêves et les jeux d’un petit lion.
Un article très intéressant signé de Laurence Perrigault (La revue des livres pour enfants, 258, sur le site du CNLJ) revient sur la genèse de cet album. Jacques Prévert s’est en effet pris au jeu d’inventer ce conte animalier à partir de photos prises par Ylla, célèbre artiste photographe.
Laurence Perrigault nous rappelle que « le goût de Prévert pour l’enfance était alors notoire : André Breton avait salué dès 1940 dans son Anthologie de l’humour noir la faculté de Prévert de “disposer souverainement du raccourci susceptible de nous rendre en un éclair toute la démarche sensible, rayonnante de l’enfance” », lui qui disait aussi : « Que voulez-vous, cela peut sembler de l’enfantillage, mais j’attache autant d’importance, et même beaucoup plus, aux petites choses sans importance écrites pour les enfants qu’aux grandes choses définitives écrites pour d’importants adultes. »
De son vrai nom Kamilla Koffler, Ylla née en 1911 dans la capitale autrichienne, après une solide formation, s’était spécialisée dès 1933 dans la photographie animalière. Même si le texte fut caviardé par l’éditeur, au grand dam de Prévert, l’album reste un beau moment de littérature et les photos gardent tout le charme de l’argentique, et du travail sur le noir et blanc.

Dès 6 ans

Jacques Prévert, Le petit lion, photographies par Ylla, Arts et Métiers graphiques, 1958 (1ère édition en 1947). Brocantes, etc. Imprimé en France

Erri De Luca, Le poids du papillon

« Sa mère avait été abattue par un chasseur. Dans ses narines de petit animal se grava l’odeur de l’homme et de la poudre à fusil.
Orphelin avec sa sœur, sans un troupeau voisin, il apprit tout seul. Adulte, il faisait une taille de plus que les mâles de son espèce. »
Lui, c’est un chamois, et s’il domine encore sa harde, il sait que bientôt, un dernier combat sera gagné par un jeune mâle plus fort que lui. Mais en face de lui se dresse un autre danger : un vieux braconnier, ses silences et se secrets…
Ce magnifique récit de l’Italien Erri de Luca, devenu un grand classique, est ici illustré par Andrea Serio, dont on ressent tout de suite la proximité avec les montagnes, leurs teintes et leurs saisons. Il serait bien dommage de lire ce texte en poche maintenant qu’il en existe cette superbe édition (qui n’est pas une bande dessinée, et qui garde le texte intégral). Les adolescents seront sensibles à la rigueur et à la simplicité du récit, et trouveront peut-être dans la figure du vieux chasseur une bonne entrée en matière pour parler avec leurs grands-parents des utopies, des idéaux et des révolutions des années 1970. Quant au papillon…

Adolescents

Erri De Luca, Le poids du papillon, illustrations d’Andrea Serio, Futuropolis, 2022, 80 p., 13,90 € — Traduit de l’italien par Danièle Valin.

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Les « Châteaux de la Loire », ce sont ceux qui ont vu passer Jeanne – « Son âme était récente et sa cotte était neuve ». Suivent deux prières : Jeanne y demande un « chef de guerre » capable de « faucher les Bourguignons », avant de prier monsieur saint Michel, madame Catherine et madame Marguerite. Car « mener la bataille, ô je ne le peux pas », oppose-t-elle à leur « voix inoubliable ». Mais, fille obéissante, elle fait néanmoins ses « adieux à la Meuse » et à la maison de son père. Et vient le coup de tonnerre – quels adolescents apprendront par cœur les terribles « Imprécations de Guillaume Evrard » — « Elle ira dans l’Enfer avec les Morts damnés »… Imprécations auxquelles Jeanne répond, de la Tour où, prisonnière, elle se sent abandonnée, douloureuse à jamais. Avant de marcher au supplice.
Les illustrations de Nathalie Parain sont d’une discrétion exemplaire, très fines, d’une élégance qui allie force et douceur.
Ce petit opuscule, en édition originale et d’une fabrication si soignée, a passé quelques années sur les étagères de la bibliothèque d’un collège de Rueil Malmaison. Si l’on en croit la fiche encore glissée dans le livre, il a été emprunté – pour la dernière fois – en 1983 par un élève de 6e.

Dès 12 ans

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes, illustrations de Nathalie Parain, typographie Deberny-Peignot, NRF Gallimard, 1952, 62 p. – En brocante ou chez des libraires de livres anciens. 10 € chez Le Facteur Cheval à Versailles.

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle (adaptation)

« “Un petit d’homme ! jappa-t-il. Il y a un petit d’homme !”
presque sous son museau se trouvait un bébé à la peau sombre, tout juste en âge de marcher. Le bébé leva la tête vers Rama et éclata de rire.
“C’est donc ça, un petit d’homme ? dit Raksha. Amène-le par ici !”
Alors, de la même façon qu’il aurait porté un de ses quatre louveteaux, Rama prit délicatement Mowgli dans sa gueule et le déposa parmi les petits loups. Aussitôt, l’enfant se mit à boire le lait de Raksha. La louve leva ses deux yeux vers et dit à Rama :
“Il est aussi frêle qu’une grenouille. Nous l’appellerons Mowgli. ” »
Que d’aventures suivront, avec l’ours Baloo et la panthère Bagheera, face au peuple des singes et aux griffes de Shere Khan !
Le charme de cet album vient en grande partie des illustrations, à cent lieues de celles des dessins animés : des tons bleutés, roses, orangés, violines, un trait fin et délicat, des compositions à l’équilibre subtil : la jungle de Florian Pigé est une jungle de rêve, une jungle de papier peint, et qui pourtant n’entre pas en conflit avec le texte. Celui-ci est une adaptation respectueuse à la fois de l’auteur et des jeunes lecteurs, dans une langue fluide et bien rythmée.

Dès 6 ans

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle, illustrations de Florian Pigé, traduction et adaptation de Thibault Vermot, Sarbacane, 2022, 64 p., 16,90 € — Imprimé en France

Hans Christian Andersen, Quatre contes

Si les deux contes « Poucette » et « La Princesse et le petit pois » sont encore connus, les deux autres contes de ce recueil le sont moins : « Le Briquet » et « Grand-Claus et Petit-Claus », qui font aussi partie des tout premiers contes publiés par Andersen. Tout n’est pas rose, loin de là, dans ces contes ! Avarice, vengeances, ruses… l’astuce est récompensée, la bêtise lourdement sanctionnée, le goût de l’argent et du luxe peut faire perdre la tête, les rois et les reines ne sont pas tous des modèles.
Seul le monde imaginaire de Poucette mène à une conclusion vraiment optimiste : après moult aventures et un long voyage sur les ailes d’une hirondelle, Poucette devient la reine d’un pays chaud, où chaque fleur est habitée par un petit personnage ailé. Les trois autres contes vont entrer le merveilleux dans un Danemark où la vie est rude, où chaque sou compte et où les assiettes ne se remplissent pas seules, le Danemark de l’enfance d’Andersen.
Paru en 1942, à Anvers, ce recueil est merveilleusement illustré en quatre couleurs par Elisabeth Ivanovsky, au plus haut de son art. La traduction, réalisée dans la première moitié du 20e siècle par Étienne Avenard, enlevée et sonnante, rend à ces contes toute leur verve. Je n’ai pas comparé ligne à ligne avec d’autres traductions mais il me semble que le texte est complet, sans coupes ni adaptations, ce qui redonne toute leur vigueur à ces contes.

Dès 8 ans

Quatre contes d’Andersen, illustrations d’Elisabeth Ivanovsky, MeMo, 2021, 64 p., 18 € — Traduit du danois par Etienne Avernard.

Mark Twain, Tom Sawyer détective

« Voilà, c’était le premier printemps depuis que moi et Tom, on avait libéré notre vieux nègre Jim. Ils l’avaient mis aux fers, pour le punir de s’être sauvé, là-bas chez l’oncle de Tom, Silas, qui a une ferme dans l’Arkansas. » Et l’Arkansas, ce n’est pas tout à fait voisin du Mississippi, que le narrateur, le jeune Huck, regarde au loin en rêvant. Et pourtant, Tom et lui vont y retourner. Ils vont voler au secours de leur oncle, le pasteur Silas, persécuté par son voisin Brace Dunlap et son frère Jubiter. Lors de leur descente du Mississipi en bateau à aube, ils croisent un étrange passager, qui n’est autre que le jumeau de Jubiter – lui-même poursuivi par deux complices auxquels il a dérobé une paire de diamants… Une double enquête commence pour nos héros inséparables : retrouver les diamants et élucider le meurtre de Jubiter, commis la nuit même de leur arrivée chez l’oncle Silas.
Ce court roman, paru en 1897, et dont la dernière traduction datait de 1902, est l’un des trois qui a suivi le succès des « Aventures de Tom Sawyer » puis des « Aventures de Huckleberry Finn ». Cette nouvelle traduction dans une belle langue sonore et créative, savoureuse et drôle, rapproche le jeune lecteur de cette Amérique si étrange du XIXe siècle. Christel Espié a réalisé de vrais tableaux vibrant de lumière, comme il est de coutume dans cette belle collection littéraire.

Dès 10 ans

Mark Twain, Tom Sawyer détective, illustrations de Christel Espié, Sarbacane, 2020, 96 p., 19,90 € — Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Sylvie Homassel. Imprimé en France

Hermann Löns, Périllou et Périllette

Ce conte venu d’Allemagne est une variation sur le thème bien connu des Poucets et des Poucettes, ces lutins qui vivent en grande amitié avec les petits animaux des prés et des bois. Le lutin Périllou est parvenu à l’âge de raison, celui où l’on porte barbe, où l’on sait tirer à l’arc et où l’on ne pleure plus quand on quitte sa petite maman. Le voilà donc parti à la recherche d’une épouse « mince à la taille, bleue des yeux et blonde sur la tête ». Laquelle est prisonnière de la Souffleuse, une affreuse sorcière. Que d’aventures en perspective ! Ce conte initiatique est aussi un magnifique support pour les enfants qui jouent avec des coquilles de noix, des brindilles, des fleurs et des plumes – bref, avec les trésors de la nature. Périllou et Périllette, en allemand Lüttjemann et Püttjerinchen, vivent dans un monde imaginé par Blanche Holtz, monde naïf et coloré qui évolue au gré des saisons. Beau papier et couverture cartonnée font de cet album un joli cadeau appelé à durer.

Dès 4 ans

Hermann Löns, Périllou et Périllette, illustrations de Blanche Holtz, Ed des Mondes et des Livres, 26 p., 15 € — Traduit de l’allemand. Imprimé en Allemagne.

George Orwell, La Ferme des animaux

« Quelle est donc, camarades, la nature de notre existence ? Regardons les choses en face : nous avons une vie de labeur, une vie de misère, une vie trop brève ! […] tout le produit de notre travail, ou presque, est volé par les humains. Camarades, là se trouve la réponse à nos problèmes. Tout tient en un mot : l’Homme. » La révolte gronde à la ferme. La révolte ? Non, la révolution ! Les cochons chassent le fermier, mais les ennuis vont vite commencer… Ce court roman, tenant de l’apologue, de la fable et de la dystopie, est paru en 1945, à une époque où régnait en Angleterre une sorte d’autocensure à l’égard de tout discours un tant soit peu antisoviétique. Il ne s’agit donc pas là d’un roman antispéciste ou vegan mais bel et bien d’une critique acerbe du stalinisme et des régimes totalitaires. Démodé ? Que non !
Si le roman existe en de nombreuses éditions de poche, cet album illustré par Quentin Gréban donne encore plus de vigueur à ce texte lucide et toujours actuel.

Dès 10 ans

George Orwell, La Ferme des animaux, illustrations de Quentin Gréban, Mijade, 2021, 30 € — Traduit de l’anglais par Jean Quéval. Imprimé en Belgique