Thème

Poésie, théâtre et chansons

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron

Le 8 juillet 2021 a vu le 400e anniversaire de Jean de la Fontaine – madame la Chouette aurait-elle choisi le parti du Lièvre, pour arriver un peu tard au but ? Henri Galeron a fait le choix très judicieux de 42 fables, mêlant fables connues, telles Le Lièvre et la Tortue, Le Corbeau et le Renard, ou Le Chêne et le Roseau, et d’autres qu’il serait dommage d’oublier, comme Le Singe ou La Tortue et les deux canards. Ses illustrations sont un régal pour l’œil : ses animaux, peints avec la minutie d’un zoologue, nous ressemblent tellement…

Pour toute la famille

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron, Editions des Grandes Personnes, 2021, 56 p., 17,50 €

Paul Arène, Gourmandise, le n°59 du magazine TétrasLire

Paul Arène, Gourmandise, le n°59 du magazine TétrasLire

Une bouillabaisse sans poisson, un civet sans lièvre, du miel et des pâtisseries pour quatre sous, voilà les gourmandises toutes simples que Paul Arène (1843–1896) nous propose de partager avec lui, dans quatre nouvelles qui mettent l’eau à la bouche. Le tout assaisonné bien sûr de grands discours à l’accent chantant, d’un paysage de collines et de calanques, d’un grand ciel lumineux balayé de mistral. Estelle Meyrand est aux pinceaux et vous attend aux fourneaux !
En plus, dans ce délicieux et roboratif numéro 59 du magazine TétrasLire : un dossier pour tout savoir sur l’histoire du goût à travers les siècles, des recettes pour organiser un anniversaire très gourmand, ainsi que la fable de La Fontaine, « le Héron », illustrée par Arnaud Madelénat.

Dès 8 ans

TétrasLire, le magazine des 8–12 ans qui donne des ailes à la lecture. 9,50 € le numéro. Pour s’abonner : https://www.tetraslire.fr/

Fiona Watt, Le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns

« Le soleil chauffe la savane africaine. Des oiseaux volent haut dans le ciel… et des zèbres passent près d’un baobab. Roar ! Une famille de lions royaux avance posément dans les hautes herbes. » L’entendez-vous rugir, ce lion ? Costumé, comme toute sa petite famille, il ne fait pas vraiment peur ! Après lui viennent les éléphants, les fossiles qui « tintent et cliquettent », les poissons puis les cygnes. Comme le veut la collection, une puce musicale se cache dans le dessin – une puce dont les tout-petits connaissent très vite la place pour écouter encore et encore leurs airs préférés.
Au dos de l’album, un code à scanner permet d’écouter la version complète, sous-titrée en anglais et illustrée de quelques photos animalières.

Dès 3 ans

Fiona Watt, Le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, illustrations de Katie Melrose, Usborne, Livre musical, 2020, 10 p. cartonnées, puces et piles (et bouton on-off), 13,50 €. Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.

Agnès Domergue et Cécile Hudrisier, L’Herbier philosophe

« La pensée – Si je te demande de ne penser à rien, à quoi penses-tu ? » — «  L’amour en cage – L’amour est un oiseau. Si tu enfermes l’amour en cage, chantera-t-il encore demain ? » Ces courtes phrases, anecdotes ou énigmes, sont une forme poétique japonaise ancestrale : le koan. Jouant avec les immortelles et le cosmos, le bouton d’or et le perce-neige, Agnès Domergue nous invite à méditer et à nous émerveiller. Cette musicienne – elle est altiste dans une autre vie – a demandé à Cécile Hudrisier de « faire le portrait » non d’un oiseau, mais de ces fleurs aux noms évocateurs. Ses aquarelles, légères, légères, tracent sur le blanc de la feuille, telles des calligraphies, juste ce qu’il faut pour nous emporter sur un petit nuage de poésie. Et parce que ces fleurs existent en vrai – et c’est justement pour cela qu’elles sont admirables – leur nom savant, en latin, et leur silhouette accompagnent leur nom courant en pied de page. Une typographie, une mise en page et une fabrication des plus soignées font de cet album une rare réussite.

Dès 8 ans, pour toute la famille

Agnès Domergue, L’Herbier philosophe, illustrations de Cécile Hudrisier, Grasset Jeunesse, 2020, 64 p., 18,50 € — Imprimé en Espagne
Des mêmes auteurs : La balade de Koïshi, Grasset Jeunesse, 2019, 68 p., 20 €

Françoise Morvan, La berceuse du marchand de sable et autres chansons douces

« Le ciel est plein de paysages,
On voudrait partir en voyage,
Sans élan, sans bruit, lentement,
Sur le dos d’un grand oiseau blanc. »
Des ondines et des gnomes, un renard et des pies, Cendrillon et Merlin, un canard sauvage, Jean-de‑l’Ours et Niels… Toutes ces figures passent sous nos yeux ébahis, en attendant que passe le Marchand de sable dont la berceuse, si douce, nous invite au rêve plus qu’au sommeil.
Ou comment la poésie est le meilleur chemin pour transmettre les traditions populaires, cette « source vive, à préserver comme précieuse et fragile entre toutes » comme le précise Françoise Morvan. Les subtiles illustrations de Pierre Favreau sont aussi légères qu’un nuage ou qu’un vieil oreiller de plumes. A apprendre avec le cœur.

Dès 6 ans et pour toute la famille

Françoise Morvan, La berceuse du marchand de sable et autres chansons douces, illustrations de Pierre Favreau, MeMo, 2020, 36 p., 13 € — Imprimé en Europe

Kota Taniuchi, Qui m’appelle ?

« Hou Hou ! Quelqu’un m’appelle.  Est-ce toi, lune ? demande l’enfant. Moi ? dit la lune, non, ce n’est pas moi ! » Ce n’est ni la lune, ni le vent, ni « l’homme à la charrette », ni la colline. Ce ne sont pas non plus les enfants des bois… Mais qui appelle donc cet enfant en pyjama qui s’endort, fatigué, au pied de la colline ? Après une symphonie de bleus très doux, éclate une page orange vif. Et voilà l’enfant guéri. Quelle sourde inquiétude dans cette poussée de fièvre à laquelle l’enfant s’abandonne dans la solitude de sa chambre, et quelle pudeur joyeuse dans ce retour au monde !

Il est rare de citer l’illustrateur avant l’auteur, mais cela est dû à l’histoire de cet album. Le texte français, minimaliste, est dû à Auguste-Maurice Cocagnac (1924–2006), directeur charismatique des Éditions du Cerf, qui avait fait connaître Kota Taniuchi (1947–2019) en France. Cet artiste japonais avait commencé sa carrière en peignant des kimonos dans l’atelier de batik paternel. Comme le précise Janine Kotwica dans une postface destinée aux adultes, « Kota Taniuchi, qui avait accueilli “avec grande joie” la nouvelle de sa prochaine reparution, a choisi, cette fois, de garder le texte écrit et édité par Cocagnac, qu’il trouvait “très réussi” »

Dès 5 ans et pour tous les rêveurs

Kota Taniuchi, Qui m’appelle ?, texte français d’Auguste-Maurice Cocagnac, Editions MeMo, 2019,24 p., 15 € — Postface de Janine Kotwica. Réédition d’un album paru en 1971 aux éditions du Cerf. Imprimé en Europe.

Mes premières chansons de France

Espiègles et joyeuses, certaines chansons enfantines sont devenues des trésors de notre patrimoine. Nombreuses sont celles qui ont un double sens – car elles étaient d’abord chantées par les nourrices ou les soldats, dans les cabarets ou sur les grands chemins, avant de réjouir les enfants. Savez-vous que l’on chante « Il était une bergère » depuis le XVIe siècle et « La Mère Michel » depuis le XVIIe siècle ? Quant à « Cadet Rousselle », avec ses trois maisons, ses trois garçons et ses trois chiens, il nous vient du XVIIIe siècle. La chanson se moque des excentricités d’un certain Guillaume Roussel, huissier de justice de son état. Colportée par les jeunes Auxerrois, elle est devenue un chant de l’armée du Nord. Qui saura m’en dire plus sur « Mon âne, mon âne » ou sur « Dame Tartine » ? Elles complètent ce petit livre à puces musicales qui en donne les premiers couplets. Si vous souhaitez connaître les couplets suivants, vous les trouverez notamment dans Le Livre des chansons de Claudine et Roland Sabatier.

Tout-petits, avant 3 ans

Mes premières chansons de France, illustrations de Lucile Ahrweiller, Gründ, 2017, 12 p. cartonnées, 9,95 €. Imprimé en Chine

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…

« Mon enfant,
Mon ange,
Ma mésange,
Mon petit,
Souris, tends les bras, ouvre tes yeux, tes doigts, tes mains et ton cœur à la vie, et tu verras, tu vivras des lendemains  aux joies infinies… »
Cet album délicieusement illustré – sans mièvrerie aucune – joue sur l’alternance entre bons et mauvais jours, tristesses et joies : « Il y aura un boucan du tonnerre, des orages, des éclairs et leurs lots de frissons… mais aussi des anniversaires et leurs lots de surprises dans de jolis cartons, papiers froissés, cadeaux cadeaux, des ah ! des Oh !, et des gâteaux tout en illuminations. » La typographie se fait grondante en capitales, sautillante ou douce en lettres colorées.
Écrit en souvenir d’une mère et illustré par une jeune maman, cette déclaration d’amour est d’une simplicité désarmante, parce que cela fait tant de bien d’entendre dire « je t’aime ». Une création originale, portée par une conviction forte car, précise Lena Nikcevic, « dès qu’on touche à la création en général, on touche à l’enfance ».

Dès 3 ans – et pour toute la vie

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…, illustrations de Lena Nikcevic, L’Elan Vert éditions, 2019, 52 p., 16 €

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes

Quand les enfants français chantent « La petite bête qui monte », leurs cousins allemands entonnent « Kommt eine Maus ». « Petit escargot » ? C’est « Die kleine Schnecke Max ». Et le grand cerf dans la forêt ? Il accueille aussi « ein Häslein », un petit lièvre apeuré. Ces comptines, jeux de doigts, rondes et berceuses ont été choisis pour leurs correspondances et leurs airs faciles à mémoriser. Ils sont chantés par des voix enfantines sur le CD qui accompagne le livre. L’album présente aussi les jeux possibles, les traductions et de nombreux conseils bienvenus pour les familles qui ne baignent pas dans un univers bilingue. Les illustrations sont fraîches et colorées, avec une touche d’humour et de fantaisie qui donne déjà le tempo.

Dès 4 ans

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes, illustrations de Cécile Hudrisier, Rémi Saillard et Olivier Latik, Didier Jeunesse, coll. « Les petits cousins », 2019 (nouvelle édition), 60 p. + CD de 45 min, 17,70 € — Disponible en streaming sur diverses plateformes. Imprimé en France

 

Bernadette Gervais, En 4 temps

Que se passe-t-il en 4 temps ? Un œuf devient poussin, puis poulet, puis poule. Un pissenlit en bouton, fleurit, se fane et ses graines s’envolent. Et l’escargot ? Le premier a besoin de 4 cases pour arriver et un autre, de 4 cases pour simplement passer ! Voilà le coquelicot, le hérisson, la neige et les saisons… Ces quatre temps sont très élastiques : de la lenteur extrême à la vitesse grand V, tout est possible en quatre cases. Une grande sobriété de traits pour une compréhension immédiate, des couleurs contrastées et une touche d’humour : les petits seront comblés.

Dès 3 ans

Bernadette Gervais, En 4 temps, Albin Michel Jeunesse, coll. Trapèze, 2020, 64 p., 18 € — Imprimé en Italie.

Élodie Brondoni, Grandir

« Ce matin, tout te semble grand et terrifiant. Ça tremble dans ton cœur. » Heureusement, ton ami ours, ce fidèle ami de toujours, te prend au creux de sa main. Il va t’aider à franchir la porte de ta chambre. Et, comme Alice peut-être, tu vas grandir, grandir en t’aidant des branches de ce grand arbre. Et lui, ton cher ours, va rapetisser, (re)devenir peluche. Pour de vrai ? Comme me l’a gentiment confié l’auteur, « grand et réel au début de l’histoire, l’ours en peluche prend vie et devient le guide qui permet la transition. Il accompagne l’enfant dans son évolution pour son premier jour d’école et l’aide à quitter en douceur sa petite enfance jusqu’à son arrivée à l’école. L’ours redevient alors peluche, lorsque l’enfant est prêt à s’en séparer ». Élodie Brondoni et les éditions Møtus ont créé un livre objet qui se déplie, faisant grandir la petite héroïne, autant que l’arbre de sa vie. Une belle réussite.

Dès 5 ans

Élodie Brondoni, Grandir, Éditions Møtus, 2020, 16 p., 13 € — Imprimé en France

Antoine Dole, Les jours heureux

Ce matin, d’un seul coup, les cerisiers du Japon de ma rue ont explosé en milliers de fleurs roses. Je n’aurai pas la chance cette année, d’aller m’étendre sur les pelouses japonisantes du parc de Sceaux au cœur d’un océan de pétales roses et blancs. Mais si nous partions sur les traces de Yuko et de Sora ? En ce matin d’avril, le frère et la sœur célèbrent Hanami, célébration japonaise de la floraison des cerisiers. Comme tous les ans, ils suivent le même rituel, pique-niquent et admirent les fleurs tout en gardant le souvenir d’une disparition – car ils sont seuls, ces deux enfants, orphelins de bien bonne heure. « Ici est une fête / La musique des souvenirs / Fait danser les cœurs. » Irez-vous, comme Yuko et de Sora, accrocher dans les arbres de petits messages porteurs de vos rêves ?  Peinte sur bois par la talentueuse Seng Soun Ratanavanh, « chaque illustration recèle un élément manquant, laissant apparaître le bois brut, telle la blessure empreinte d’une nostalgie heureuse, laissée par la perte d’un proche et avec laquelle il faut vivre, coûte que coûte et revivre des jours heureux », explique le site de l’éditeur. Laissons la parole à Antoine Dole : Hanami, « c’est un moment où l’on célèbre la vie et sa capacité à nous surprendre, nous relever, nous ramener dans le mouvement. C’est un temps où les souvenirs nous réchauffent et nous poussent vers une réconciliation intérieure et où, de ces drames de la vie qui nous ont mis à terre, il ne reste plus que l’amour et l’empreinte des jours heureux qui les ont précédés ». La magie d’avril est là, fêtons nous aussi Hanami !

Dès 8 ans

Antoine Dole, Les jours heureux, illustrations de Seng Soun Ratanavanh, Nobi-Nobi, 2019, 48 p., 13,50 €