Thème

Poésie, théâtre et chansons

Jean de La Fontaine, Fables à colorier

Entre deux fables très classiques, « Le Corbeau et le Renard » ou « Le Lièvre et la Tortue », voici pour renouveler notre plaisir « Le Coq et la Perle » ou « Le Renard et les Raisins ».  Ce petit fascicule découvert lors d’un salon du livre en Sologne regroupe six fables, illustrées au trait en noir et blanc, tout exprès pour inviter petits et grands au coloriage. C’est frais, léger, sympathique !

Dès 6 ans

Jean de La Fontaine, Fables à colorier, illustrations d’Hermeline, Editions Violette and Lulu, 2021, 16 p., 4 € — Imprimé en France

Louis-Maurice Boutet de Monvel, Les plus belles chansons de notre enfance

Quand vous chantonnez en vous souvenant de votre Grand-Mère, entonnez-vous « Il était une dame Tartine / dans un beau palais de beurre frais »… ou bien « Cadet Rousselle [qui] a trois maisons / qui n’ont ni poutres ni chevrons », à moins que ce ne soit « Malbrough s’en va-t-en guerre, miroton miroton mirontaine… » ?
Les 27 comptines et rondes traditionnelles de cet album font partie de notre patrimoine le plus précieux, celui de notre enfance — et de l’enfance de combien de générations avant nous ? La première édition de Vieilles chansons et danses pour les petits enfants a paru en 1883 et Chansons de France pour les petits Français, l’année suivante : deux albums illustrés par Louis-Maurice Boutet de Monvel (1850 – 1913) dont les premiers tirages se collectionnent à prix d’or, et qui ont été maintes fois réédités, parfois avec des variantes.
Les éditeurs ont choisi de reprendre ici quelques chansons assorties des charmantes frises et illustrations de Boutet de Monvel, mais redécoupées : enfants sages en costumes fin de siècle (le XIXe !), ou déguisés à la mode Grand Siècle, soldats qui pourraient être de plomb, rossignols, papillons et coquelicots. La typographie, très joyeuse, aidera les apprentis lecteurs à distinguer couplets et refrains.
Le CD et le QR code associé aideront à se remettre ces airs anciens en mémoire. Mais où est passée « la tabatière qui n’est pas pour ton vilain nez » ?

Dès 3 ans

Les plus belles chansons de notre enfance, illustrations de Louis-Maurice Boutet de Monvel, Mame, 2022, 56 p, avec un CD et QR code, 16,90 € — Imprimé en Pologne

Christian Demilly, Bulle dans sa bulle

Bulle a enfilé son costume de lapin bleu, celui qui a des oreilles et un pompon pour la queue. Et dans ce costume, il lui en arrive des aventures- enfin, de toutes petites aventures : manger du saucisson et des éclairs au chocolat, mais pas en même temps, ça, il a essayé et ce n’est pas bon du tout ; collectionner les objets les plus bizarres, quitte à ne plus savoir dans quelle boîte de boîte de boîte il les a rangées ; rêver aussi, Bulle aime beaucoup ça, surtout quand son rêve le conduit dans un monde tout doux (mais pas tout mou, ne confondons pas) … Voilà un album 100 % poétique, donc forcément un peu rebelle ! Sans aucune violence, ni colère, ni jalousie, ni rien de tout cela, bien au contraire, Bulle a choisi : il s’est construit un petit monde bien à lui, avec la complicité d’Audrey Calleja dont le crayon est doux et acidulé comme un bonbon. A déguster sans modération, idéal pour aider un enfant un peu angoissé ou remuant à construire aussi ce petit monde dont il rêve.

Dès 4 ans

Christian Demilly, Bulle dans sa bulle, illustrations d’Audrey Calleja, Grasset Jeunesse, 2022, 40 p., 17 € — Imprimé en Espagne

Jacques Prévert, En sortant de l’école

« En sortant de l’école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré… »
En ce début septembre, qui n’aurait pas envie de monter dans ce wagon doré, ou de faire le tour du monde, « de la lune et des étoiles, à pied à cheval en voiture et en bateau à voiles » ? Gallimard Jeunesse nous offre la réédition d’un superbe album illustré par Jacqueline Duhême. Née en 1927, cette grande artiste a fait ses débuts dans l’atelier de Matisse, puis a su convaincre les grands poètes de son temps d’écrire pour les enfants, tout en étant dessinatrice de presse. Sa connivence avec Jacques Prévert (1900–1977) est devenue une vraie amitié, sur laquelle reviennent deux belles pages documentaires. Les musiciens trouveront aussi en fin d’album la partition de ce poème devenu chanson : « Paroles de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma », savaient si bien dire les Frères Jacques avant de nous entraîner « tout autour de la terre ».

Dès 4 ans

Jacques Prévert, En sortant de l’école, illustrations de Jacqueline Duhême, Gallimard Jeunesse, 2022, 32 p., 15,50 € — Imprimé en Italie — Une réédition bienvenue de l’album paru en 1981.

Jean E. Pendziwol, J’ai trouvé l’espoir dans un cerisier

« Le cerisier, lui,
sait une chose :
que l’espoir
à l’automne
apporte
les fleurs
au printemps. »

Pourquoi les ombres disparaissent-elles parfois ? Comment les flocons de neige, parfois doux et délicats, peuvent-ils être aussi froids et piquants ? Que faire quand le vent hurle comme un loup ? Quand le monde semble imprévisible, confus et épeurant, l’enfant de cette histoire poétique trouve de l’espoir dans les bourgeons d’un cerisier.
« Épeurant » ? Voilà un bien joli mot, un peu désuet ici, qui nous vient, comme cet album, du Québec. Des dessins très sobres, des couleurs toutes douces nées sous le pinceau de Nathalie Dion, voilà une belle manière de fêter le printemps dans les cœurs !

Dès 4 ans

Jean E. Pendziwol, J’ai trouvé l’espoir dans un cerisier, illustrations de Nathalie Dion, Editions d’Eux, 2022, 36 p., 16,50 € — Traduit de l’anglais par Christiane Duchesne. Imprimé en Chine

Sandrine Kao, Après les vagues

La mer. L’île. Explorer. Se perdre. Belle étoile. La rencontre. S’attacher. Se découvrir. Chaque page ou double page de cet album, en quelques images et si peu de mots, ne décline pas une simple « aventure », ou une « situation », mais suggère ce qui se passe au fond de nos cœurs quand on part à l’aventure, à la découverte de soi et des autres. Les « héros » en sont de petits animaux au contour très simple dont Sandrine Kao ne sait pas elle-même très bien si ce sont des lapins, des chiens ou des marmottes… J’y verrai plutôt quelques-uns des petits fantômes amicaux que nous a fait connaître le cinéma d’animation japonais (mais je n’y connais rien en fantômes asiatiques). Le titre, « Après les vagues », nous invite à tourner la page des derniers mois, à croire en nos rêves et à aller de l’avant. « Si quelque chose nous déplaît grimacer n’y changera rien. Un peu de recul, un conseil avisé, et l’amer devient sucré. » A déguster en famille, tranquillement…

Dès 4 ans, et pour tous les âges

Sandrine Kao, Après les vagues, Grasset Jeunesse, 2022, 40 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Les « Châteaux de la Loire », ce sont ceux qui ont vu passer Jeanne – « Son âme était récente et sa cotte était neuve ». Suivent deux prières : Jeanne y demande un « chef de guerre » capable de « faucher les Bourguignons », avant de prier monsieur saint Michel, madame Catherine et madame Marguerite. Car « mener la bataille, ô je ne le peux pas », oppose-t-elle à leur « voix inoubliable ». Mais, fille obéissante, elle fait néanmoins ses « adieux à la Meuse » et à la maison de son père. Et vient le coup de tonnerre – quels adolescents apprendront par cœur les terribles « Imprécations de Guillaume Evrard » — « Elle ira dans l’Enfer avec les Morts damnés »… Imprécations auxquelles Jeanne répond, de la Tour où, prisonnière, elle se sent abandonnée, douloureuse à jamais. Avant de marcher au supplice.
Les illustrations de Nathalie Parain sont d’une discrétion exemplaire, très fines, d’une élégance qui allie force et douceur.
Ce petit opuscule, en édition originale et d’une fabrication si soignée, a passé quelques années sur les étagères de la bibliothèque d’un collège de Rueil Malmaison. Si l’on en croit la fiche encore glissée dans le livre, il a été emprunté – pour la dernière fois – en 1983 par un élève de 6e.

Dès 12 ans

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes, illustrations de Nathalie Parain, typographie Deberny-Peignot, NRF Gallimard, 1952, 62 p. – En brocante ou chez des libraires de livres anciens. 10 € chez Le Facteur Cheval à Versailles.

Béatrice Sonnerat, La petite fille qui ne voulait pas qu’on l’appelle

Il m’arrive parfois de bien sympathiques surprises, comme ce « conte en vers », plein de fantaisie.
« Il était une fois dans une jolie chaumière,
Une petite fille qui était en colère. »
De dépit, la voilà qui part loin de chez elle, mais sa colère ne passe pas si vite… La raison profonde ? « je n’veux pas qu’on m’appelle » répond-elle à qui lui demande son nom, car son nom ne lui plaît pas du tout, il ne raconte pas d’histoire, comme Aurore, Colombe ou Ulysse…
En marchant à travers la forêt, elle rencontre Colin, Chanterelle, Romarin et un vieil homme des bois. Leur dira-t-elle pourquoi elle est fâchée ? Trouvera-t-elle les trésors qu’elle est allée chercher ?
« Pourquoi la valse rythmée des mots et des alexandrins ne serait-elle dévolue qu’aux contes anciens ? » se demande Béatrice Sonnerat. Educatrice spécialisée, enseignante, chanteuse et musicienne, elle a vraiment le rythme dans la peau. Ces nouvelles rimes et ces vers contemporains enchanteront nos bambins à qui ils seront lus à haute voix. La mise en page est soignée, les illustrations discrètes : une manière se sortir des sentiers battus en offrant une chance à l’auteur.

Dès 4 ans

Béatrice Sonnerat, La petite fille qui ne voulait pas qu’on l’appelle, autoédition, sur le site de l’auteur, 2021, 32 p., 6,50

Louise Guillemot, Les Véritables Aventures d’Homère, premier des poètes

« C’est un symbole.
— Un quoi ? demanda le marin.
Homère sourit.
— C’est “comme si”, dit-il.
Artémis le lui avait appris. “Comme si”, c’est la formule magique pour jouer, imaginer, raconter, chanter. On croit, mais on ne croit pas, les deux à la fois. Les filles et les femmes de Samos ne croient pas vraiment qu’elles partagent un banquet avec la déesse. Elles font “comme si”. Elles comprennent l’importance de ce moment, de leurs gestes, des nœuds dans leurs cheveux. […] si elles en oubliaient le sens, alors Samos ne serait plus Samos. » Et l’Hymne à Artémis ne nous serait pas parvenu, défiant les siècles… Un hymne dit « homérique », car sa beauté est telle que les Grecs pensaient qu’il avait été composé par Homère lui-même.
Homère ? Vous avez dit Homère ? Et vous en savez beaucoup, vous, sur Homère ? Sûrement pas autant que sa Muse, qui, par la plume de Louise Guillemot, raconte ici l’enfance et l’adolescence du « premier des poètes ». Après 3000 ans de mystère, Louise Guillemot vous révèle avec autant d’humour que d’érudition, les « véritables aventures » d’Homère.
Chaque épisode de cette « biographie » 100 % poétique s’appuie en effet, par un somptueux jeu de miroirs, sur un des hymnes aux grandes divinités : Artémis, Athéna, Apollon, Hermès, Déméter, Zeus lui-même… Au fil des pages, les grands mythes fondateurs de la religion grecque font entrer le lecteur dans un monde à la fois très proche et très lointain. Avec le jeune Homère, on rit (oh, la belle bataille d’oranges !), on s’inquiète (hum… quelles curieuses brigandes dans la forêt), on a aussi faim de galettes dorées que soif d’aventures !
Quand on lit une traduction aussi fine et inventive des Hymnes homériques, on se demande quelle folie pousse nos ministres à limiter l’enseignement des langues anciennes à quelques heures de découverte superficielle… Voilà une toute jeune normalienne agrégée dont tous les hellénistes en herbe rêveront de suivre les cours ! En attendant, d’Olympie à Epidaure, de la Crète à Athènes, lacez vos sandales et suivez la Muse !

Dès 12 ans

Louise Guillemot, Les Véritables Aventures d’Homère, premier des poètes, illustrations de Clara Dupré, Les Petits Platons, 2021, 272 p., 19 €

Petits portraits de chats, anthologie

Baudelaire, Apollinaire, La Fontaine, Rostand… Autant d’écrivains inspirés par les chats ! Cet album met en correspondance onze poèmes et onze portraits de chats dessinés par des illustrateurs contemporains. Malice, mystère, complicité et magie sont au rendez-vous ! Si vous habitez chez un chat, vous trouverez le poème qui lui convient le mieux. Si vous rêvez de chat, n’hésitez pas à vous demander lequel d’entre eux vous tiendriez sur vos genoux… Celui que je préfère ? Le poème de Jacques Roubaud illustré par Gérard DuBois – mais j’ai bien failli donner ma langue au chat ! Et si vous faisiez le portrait littéraire de votre chat, assorti d’un dessin ?

Dès 8 ans

Petits portraits de chats, anthologie, Grasset Jeunesse, coll. « Ma grande bibliothèque idéale », 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Miguel Tanco, Toutes petites histoires

De toutes petites histoires, en effet, et sans autre texte qu’un titre… pour deux ! Dans un généreux format à l’italienne, Miguel Tanco propose, face à face, des planches sans paroles qui se répondent sur le même thème – donné par le double titre. « C’est magique ! » : magique de sortir un lapin de son chapeau – enfin, pas vraiment puisque l’artiste pose juste le lapin sur l’épaule de l’apprenti magicien. Magique aussi, d’emporter avec soi un ruban d’herbes hautes après avoir traversé le pré, une bien jolie trouvaille poétique parmi celles qui traversent cet album. Parfois, le sens de l’histoire saute aux yeux, parfois il faut scruter la suite des planches pour trouver ce qui a changé. Un trésor de délicatesse et d’humour sur le thème de l’enfance, un humour léger, de la fantaisie en bouquet, un émerveillement renouvelé à chaque page… sans oublier un bon zeste d’impertinence. A raconter, à se raconter, ou à se laisser raconter, car les petits sauront faire éclore bien des rêves à la lecture de cet album original.

Dès 4 ans

Miguel Tanco, Toutes petites histoires, textes français de Christian Demilly, Grasset Jeunesse, 2021, 80 p., 15,90 € — Imprimé en Espagne

Béatrice Alemagna, Les choses qui s’en vont

« Dans la vie, beaucoup de choses s’en vont. Elles se transforment, elles passent. » Que ce soit le petit bobo, les poux, les larmes, toutes ces petites misères finissent par passer – et même quand les cheveux tombent comme les feuilles mortes, ce n’est pas si grave – et ça, on le voit bien avec ce jeu de calques qui modifient « juste un peu » les images et retiennent l’attention. Car le plus important vient à la fin : « Une seule chose ne s’en va pas. Et ne s’en ira jamais. Jamais. » mais qui n’est jamais dite non plus – c’est, vous l’avez deviné, immuable, solide et perpétuel, l’amour d’un parent pour son enfant. Ce livre d’artiste plein de trouvailles graphiques a obtenu en 2020 le Prix Sorcières.

Dès 4 ans

Béatrice Alemagna, Les choses qui s’en vont, Hélium, 2019, 70 p., 15,90 € — Imprimé en Belgique