Thème

A partir de 12 ans

Louise Guillemot, Parménide et la fille du Soleil

« Il était une fois…
Il était une fois quoi ?
Il était une fois un roi qui mangeait des petits pois sur un sofa de soie. »
Rien de tel qu’une comptine absurde pour captiver son auditoire ! Louise Guillemot, jeune normalienne agrégée de lettres classiques, a sorti de son sac à malices tous les ingrédients nécessaires pour faire entrer ses lecteurs à pas menus dans un univers franchement complexe : celui du philosophe grec Parménide d’Elée, qui vécut au tournant du VIe et du Ve siècle avant notre ère. La fille du Soleil, c’est la jeune Phoebé, Phoebé la Lumineuse, qui va nous conduire à la recherche de la Justice et de la Vérité, en passant par la fiction et le réel, sans oublier le principe de non-contradiction. Quel chemin emprunter ? Celui qui s’appelle « EST », ou celui qui s’appelle « N’EST PAS » ? Celui qui va très loin, ou celui qui est d’emblée impraticable ? Fidèles à leur ligne éditoriale, les Petits Platons font rimer poésie et philosophie, dans un conte finement illustré. Les papiers de soie découpés, tout légers de Lauranne Quentric nous font retrouver toute la luminosité grecque – et il en faut pour ne pas se perdre dans la nuit !

De 9 à 99 ans (selon l’éditeur !)

Louise Guillemot, Parménide et la fille du Soleil, illustrations de Lauranne Quentric, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 € — Imprimé en Union Européenne.

Jules Verne, Deux ans de vacances

Jules Verne, Deux ans de vacances

« Un peu avant minuit, un tel paquet de mer s’abattit sur le flanc du yacht que ce fut miracle s’il ne fut pas démonté de son gouvernail.
Les enfants, qui avaient été renversés du coup, purent se relever presque aussitôt.
« Gouverne-t-il, Briant ? demanda l’un d’eux.
— Oui, Gordon, » répondit Briant. […]
À ce moment, la porte du capot d’escalier fut vivement ouverte. Deux petites têtes apparurent en même temps que la bonne face d’un chien.
« Briant ?… Briant ?… s’écria un enfant de neuf ans. Qu’est-ce qu’il y a donc ?
— Rien, Iverson, rien ! répliqua Briant. Veux-tu bien redescendre avec Dole,… et plus vite que ça !
— C’est que nous avons grand-peur ! ajouta le second enfant, qui était un peu plus jeune.
— Et les autres ?… demanda Doniphan.
— Les autres aussi ! répliqua Dole.
— Voyons, rentrez tous ! répondit Briant. Enfermez-vous, cachez-vous sous vos draps, fermez les yeux, et vous n’aurez plus peur ! Il n’y a pas de danger !
— Attention !… Encore une lame ! » s’écria Moko.

Malgré leur courage et leur énergie, les 14 jeunes pensionnaires anglais, américains et français, ainsi que le mousse Moko vont faire naufrage sur une île déserte du Pacifique. Comment vont-ils s’organiser pour survivre ? Cette célèbre robinsonnade a inspiré bien des grands jeux scouts et fait rêver des générations de galopins. Deux ans de vacances, qui n’en aurait pas rêvé ?

« Ni adaptation ni résumé, ce livre propose une version abrégée du texte original : les coupures y sont effectuées de manière à laisser intacts le ton et le style de l’auteur », précise un avertissement de l’éditeur.

Dès 10 ans

Jules Verne, Deux ans de vacances, Hachette Romans, 2018, 192 p., 10 €

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle

Mowgli « se fatiguait beaucoup d’avoir à répéter cent fois la même chose. Mais, comme Baloo le disait à Bagheera, un jour que Mowgli avait reçu la correction d’un coup de patte et s’en était allé bouder :
— Un petit d’homme est un petit d’homme, et il doit apprendre toute… tu entends bien, toute la Loi de la Jungle.
— Oui, mais il est tout petit, songes‑y, dit la panthère noire, qui aurait gâté Mowgli si elle avait fait à sa guise. Comment sa petite tête peut-elle garder tous tes longs discours ?
— Y a‑t-il quelque chose dans la Jungle de trop petit pour être tué ? Non. C’est pourquoi je lui enseigne tout cela, et c’est pourquoi je le corrige, oh ! très doucement, lorsqu’il oublie.
— Doucement ! Tu t’y connais, en douceur, vieux Pied de Fer, grogna Bagheera. Elle lui a joliment meurtri le visage, aujourd’hui, ta… douceur. Fi !
— J’aime mieux le voir meurtri de la tête aux pieds par moi qui l’aime, que de lui voir arriver du mal à cause de son ignorance, répondit Baloo avec beaucoup de chaleur. Je suis en train de lui apprendre les Maîtres Mots de la jungle appelés à le protéger auprès des oiseaux, du Peuple Serpent, et de tout ce qui chasse sur quatre pieds, sauf de son propre clan. Il peut maintenant, s’il veut seulement se rappeler les mots, réclamer protection à toute la jungle. »
Une nouvelle édition du célèbre Livre de la Jungle est toujours un pari – celui-ci est réussi, grâce aux illustrations, frises et divers objets animés interactifs créés par le studio MinaLima, connu pour avoir créé l’univers graphique de la série Harry Potter. Des illustrations qui viendront bien à propos au fil du texte, avec leurs couleurs chaudes et leur inspiration indienne. Dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières (1899).

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle, illustrations et animations de MinaLima, Flammarion Jeunesse, 2020, 320 p., 28,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

René Goscinny, Le petit Nicolas

René Goscinny, Le petit Nicolas

De la part de Sixtine R. — Depuis plus de soixante ans, le Petit Nicolas est bien connu de tous les écoliers pour ses multiples talents, allant de ses pires bêtises à des choses « drôlement chouettes ». Il mérite d’être à nouveau mis à l’honneur.
Avec ce jeune garçon turbulent, le lecteur apprend l’amitié, l’amour des parents même quand on ne les comprend pas, la joie d’aller à l’école malgré le surveillant, la force de la bande de copains et surtout, le bonheur de jouer. A tout cela se joint ce regard de l’enfant sur le monde des adultes, qui permet aux jeunes lecteurs de porter un autre regard sur le monde. La vie est plus facile quand on rit de bon cœur !
En plus de tout cela, les aventures du Petit Nicolas, ce sont aussi de belles illustrations, et une langue française délicieuse portée par ce ton humoristique qui signe la série. Un régal à partager entre générations : les grands-parents expliqueront en effet à leurs petits-enfants certains détails venus des années 1960 et aujourd’hui un peu bien oubliés. Et les parents se souviendront du temps béni où ils bénéficiaient d’une grande liberté – dont il ne fallait pas abuser non plus.

A partir de 12 ans

René Goscinny, Le Petit Nicolas, illustrations de Jean-Jacques Sempé, Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior – dernière édition disponible : 2007, 176 p., 7 € — Ce premier tome est suivi de nombreux autres, tout aussi drôles.

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K

Laila a douze ans. Bientôt, elle aura des amis, et un walkman. Elle fera un très long voyage, semé d’embûches, de nuits à la belle étoile, de navigations sur l’Amazone. Mais elle ne le sait pas encore. Elle ne sait pas non plus qu’elle présente tous les symptômes d’une maladie incurable, la maladie de Batten. Et que même la fleur perdue du chaman ne pourra rien pour elle. Pour le moment, elle va subir des examens de la vue dans un hôpital de Lima, où son père est diplomate. Et nous tremblons avec elle parce que le chauffeur a verrouillé les portières, que le quartier n’est pas sûr, mais surtout parce que ces examens vont l’obliger à passer plusieurs jours dans un service de pédiatrie. A moins… à moins qu’elle ne décide de prendre son destin en main. A la fin de ce roman de formation, mené tambour (de chaman) battant, Laila aura ces mots extraordinaires : « Je vais mourir. Mais ça va aller. Parce que j’ai vécu. » Après Le célèbre catalogue Walker & Dawn, Davide Morosinotto embarque ses lecteurs à la recherche non seulement de la fameuse fleur mais à ce qui fait le sel de la vie : des aventures partagées avec des amis, de vrais amis.

Dès 12 ans

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K, Illustrations de Paolo Domeniconi, Ecole des Loisirs, coll. Médium, 2021, 486 p., 18 € — Traduit de l’italien

Jean Diwo, La Calèche

De la part de Marjorie – la 4e de couverture de ce roman apprécié par son fils Gustave.
« Le petit écoutait avec ferveur et n’oubliait pas le jour où il avait réussi à coudre lui-même une bonne longueur de trait et en avait été félicité par ces paroles du maître : “Tu seras un homme du cuir, mon fils !” » Un talentueux sellier s’installe à Paris au début du XIXe siècle. À une époque où tout s’accélère, le nombre croissant de calèches, de voitures et de cavaliers provoque des embouteillages dans la capitale ! C’est une aubaine pour le jeune Thierry, bien décidé à produire des selles de qualité et à se faire un nom : Hermès, la célèbre marque devenue le symbole du luxe à la française. C’est le grand roman d’une dynastie du savoir-faire qui traverse les tourments et les progrès d’une époque où tout s’accélère, tout en gardant à l’esprit son rêve d’excellence. Des campagnes de Napoléon jusqu’à l’aube du XXe siècle en passant par les Trois Glorieuses et la Commune, voici l’histoire d’une dynastie du savoir-faire, d’une famille de chair et de cuir.

Dès 12 ans

Jean Diwo, La Calèche, J’ai lu Roman historique, 2021, 288 p., 7,20 € — Chez Flammarion, en grand format, 2010, 280 p., 21,40 €

Hors-série TétrasLire n°1 – Été 2021

Ceux qui ont toujours le nez sur la pelouse, à regarder courir les petites bêtes, satisferont leur curiosité en découvrant le monde fascinant du ver à soie avec un texte de Jean-Henri Fabre. Pour mener l’enquête, direction Venise, avec Un vol de diamant de Georges Rouvray. La nuit, tous les chats sont gris ? Pas forcément, si vous aimez avoir peur, La Tour des hiboux, de Gustave Aimard, se passe dans une Espagne infestée de brigands – mais que cela ne vous empêche pas de regarder les étoiles ! Quant au Moulin qui ne tourne plus de René Bazin, il évoque un monde rural disparu, mais pour ce qui est des caractères, ont-ils vraiment beaucoup changé ?
Chacun de ces textes ouvrent sur des jeux, des recettes, de bricolages… Autant d’occasion de rire, de grandir et de créer, une brassée généreuse d’activités pour prendre conscience de ses talents ! Jour après jour, votre enfant complètera le journal de bord d’un été fabuleux. Invitations à l’écriture créative, jeux d’observation, tests et quiz, bricolages et recettes font pétiller la créativité
Un cahier de vacances pas comme les autres pour donner à la lecture le bon goût de l’été, et faire pousser des graines de lecteurs sous le soleil des vacances. 100% conçu & fabriqué en France.

Dès 10 ans

Hors-série TétrasLire n°1 – Été 2021, illustrations d’Elly MacKay, de Nicolas Duffaut, Quitterie de Castelbajac, Sylvie Pélissier et Cyril Farudja, 2021, 128 p., 15 € — à commander ici.

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron

Le 8 juillet 2021 a vu le 400e anniversaire de Jean de la Fontaine – madame la Chouette aurait-elle choisi le parti du Lièvre, pour arriver un peu tard au but ? Henri Galeron a fait le choix très judicieux de 42 fables, mêlant fables connues, telles Le Lièvre et la Tortue, Le Corbeau et le Renard, ou Le Chêne et le Roseau, et d’autres qu’il serait dommage d’oublier, comme Le Singe ou La Tortue et les deux canards. Ses illustrations sont un régal pour l’œil : ses animaux, peints avec la minutie d’un zoologue, nous ressemblent tellement…

Pour toute la famille

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron, Editions des Grandes Personnes, 2021, 56 p., 17,50 €

Françoise Rachmuhl, Les Femmes de la mythologie

La mythologie grecque nous a transmis des portraits de femmes exceptionnelles. Leurs destins, si souvent liés à ceux des hommes, ne les ont pas empêchées d’avoir de fortes personnalités. Qui ne se souvient d’Hélène et d’Andromaque sur les remparts de Troie ? de Pénélope à son métier ? d’Antigone, défiant le pouvoir royal ? d’Ariane aux portes du labyrinthe ? Rusées, protectrices ou vengeresses, puissantes magiciennes ou simples mortelles, les femmes jouent un rôle majeur dans la mythologie grecque. Dix passionnants portraits de femmes, contés par Françoise Rachmuhl, qui cite aussi quelques œuvres modernes ou contemporaines inspirées par ces destins hors-normes : les récits mythologiques n’ont jamais cessé de surprendre !

Dès 10 ans

Françoise Rachmuhl, Les Femmes de la mythologie, Flammarion Jeunesse, coll « Castor Romans », 2021, 128 p., 4,70 € — Imprimé en Espagne

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon

3776 m, telle est l’altitude du mont Fuji, cette silhouette si reconnaissable, symbole du Japon. Marie Lescroart invite à une visite de cette montagne sacrée, en passant en revue tous ses aspects : géologie, histoire, mythologie, flore et faune, alpinisme, spéléo, religions, art… Tout est très clairement expliqué et mis en images. Vous frémirez à l’évocation de la forêt d’Aokigahara, sombre et maléfique, avant d’aller vous plonger dans un onsen, ces bains alimentés par des sources chaudes volcaniques, à moins que vous ne décidiez de gravir le sommet – mais vous n’y serez pas seul, c’est le sommet le plus parcouru au monde !

Dès 12 ans

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon, illustrations de Catherine Cordasco, Editions du Ricochet, 2021, 80 p., 17 € — Imprimé en Espagne

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme

Sur la route, « par une triste journée de novembre », un pauvre compagnon tailleur se demande où il pourra dîner. Mais, très élégant, il portait « son habit noir du dimanche, le seul qu’il possédât, et un manteau très ample, tout d’une pièce, doublé et orné de velours, qui lui donnait un air chevaleresque. » Il suffit d’un malentendu, et, à la porte d’une auberge, Wenzel Strapinski, est pris pour un riche comte polonais. Les péripéties les plus loufoques vont s’enchaîner. Astucieux, sachant se concilier les bonnes volontés tout en bernant les sots, notre tailleur va jusqu’à se fiancer avec Nanette, la fille du président de la ville. Jusqu’où le secret de sa fausse identité sera-t-il gardé ?
La traduction française (1873) de cette nouvelle venue de Suisse a été exhumée pour notre plus grand bonheur. Elle fait partie du cycle « Les gens de Seldwyla », signé de Gottfried Keller (1819–1890) poète et homme politique suisse.

Dès 10 ans

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme, Les amis de la culture européenne, 2021, 60 p., 8 € — Traduit de l’allemand — Imprimé en Allemagne

Brigitte Kernel, Le monde selon Albert Einstein

« J’aimerais bien comprendre pourquoi.
oui, je sais, je ne cesse de prononcer ces deux syllabes : pour-quoi.
Je voudrais bien comprendre… pourquoi… je ne cesse de vouloir savoir pourquoi.
C’est comme une obsession, tous ces points d’interrogation dans ma tête.
Et une obsession, on le sait bien, ça colle au cerveau comme des fils de caramel chaud. »
Ce garçonnet avide de savoir est décidément un enfant « pas comme les autres » : s’il a parlé fort tard, s’il est colérique et maladroit, il est aussi très, très doué en calcul et en géométrie. Brigitte Kernel a choisi de donner la parole au jeune Albert Einstein (1879–1955) qui nous met dans la confidence et nous fait partager ses joies et ses craintes. Joie de jongler avec les chiffres, de se voir offrir une boussole ou d’adopter un chien. Craintes de décevoir ses parents, de se faire rabrouer par des maîtres trop stricts (et parfois bornés !)…
Brigitte Kernel use de termes tels dyslexie ou autisme, qui parleront au jeune lecteur d’aujourd’hui même s’ils n’étaient pas couramment utilisés du temps d’Einstein. De même, elle évoque très rapidement la carrière du savant et ne mentionne donc pas le contexte dans lequel il a élaboré ses théories, qui ont emprunté notamment au mathématicien français Henri Poincaré. Cela dit, le roman se lit avec plaisir : entrer dans l’intimité d’une telle personnalité est une chance qui ne se refuse pas.

Dès 12 ans

Brigitte Kernel, Le monde selon Albert Einstein, Flammarion Jeunesse, 2021, 248 p., 10,90 €. Imprimé en Espagne.