Thème

A partir de 12 ans

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron

Le 8 juillet 2021 a vu le 400e anniversaire de Jean de la Fontaine – madame la Chouette aurait-elle choisi le parti du Lièvre, pour arriver un peu tard au but ? Henri Galeron a fait le choix très judicieux de 42 fables, mêlant fables connues, telles Le Lièvre et la Tortue, Le Corbeau et le Renard, ou Le Chêne et le Roseau, et d’autres qu’il serait dommage d’oublier, comme Le Singe ou La Tortue et les deux canards. Ses illustrations sont un régal pour l’œil : ses animaux, peints avec la minutie d’un zoologue, nous ressemblent tellement…

Pour toute la famille

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron, Editions des Grandes Personnes, 2021, 56 p., 17,50 €

Françoise Rachmuhl, Les Femmes de la mythologie

La mythologie grecque nous a transmis des portraits de femmes exceptionnelles. Leurs destins, si souvent liés à ceux des hommes, ne les ont pas empêchées d’avoir de fortes personnalités. Qui ne se souvient d’Hélène et d’Andromaque sur les remparts de Troie ? de Pénélope à son métier ? d’Antigone, défiant le pouvoir royal ? d’Ariane aux portes du labyrinthe ? Rusées, protectrices ou vengeresses, puissantes magiciennes ou simples mortelles, les femmes jouent un rôle majeur dans la mythologie grecque. Dix passionnants portraits de femmes, contés par Françoise Rachmuhl, qui cite aussi quelques œuvres modernes ou contemporaines inspirées par ces destins hors-normes : les récits mythologiques n’ont jamais cessé de surprendre !

Dès 10 ans

Françoise Rachmuhl, Les Femmes de la mythologie, Flammarion Jeunesse, coll « Castor Romans », 2021, 128 p., 4,70 € — Imprimé en Espagne

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon

3776 m, telle est l’altitude du mont Fuji, cette silhouette si reconnaissable, symbole du Japon. Marie Lescroart invite à une visite de cette montagne sacrée, en passant en revue tous ses aspects : géologie, histoire, mythologie, flore et faune, alpinisme, spéléo, religions, art… Tout est très clairement expliqué et mis en images. Vous frémirez à l’évocation de la forêt d’Aokigahara, sombre et maléfique, avant d’aller vous plonger dans un onsen, ces bains alimentés par des sources chaudes volcaniques, à moins que vous ne décidiez de gravir le sommet – mais vous n’y serez pas seul, c’est le sommet le plus parcouru au monde !

Dès 12 ans

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon, illustrations de Catherine Cordasco, Editions du Ricochet, 2021, 80 p., 17 € — Imprimé en Espagne

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme

Sur la route, « par une triste journée de novembre », un pauvre compagnon tailleur se demande où il pourra dîner. Mais, très élégant, il portait « son habit noir du dimanche, le seul qu’il possédât, et un manteau très ample, tout d’une pièce, doublé et orné de velours, qui lui donnait un air chevaleresque. » Il suffit d’un malentendu, et, à la porte d’une auberge, Wenzel Strapinski, est pris pour un riche comte polonais. Les péripéties les plus loufoques vont s’enchaîner. Astucieux, sachant se concilier les bonnes volontés tout en bernant les sots, notre tailleur va jusqu’à se fiancer avec Nanette, la fille du président de la ville. Jusqu’où le secret de sa fausse identité sera-t-il gardé ?
La traduction française (1873) de cette nouvelle venue de Suisse a été exhumée pour notre plus grand bonheur. Elle fait partie du cycle « Les gens de Seldwyla », signé de Gottfried Keller (1819–1890) poète et homme politique suisse.

Dès 10 ans

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme, Les amis de la culture européenne, 2021, 60 p., 8 € — Traduit de l’allemand — Imprimé en Allemagne

Brigitte Kernel, Le monde selon Albert Einstein

« J’aimerais bien comprendre pourquoi.
oui, je sais, je ne cesse de prononcer ces deux syllabes : pour-quoi.
Je voudrais bien comprendre… pourquoi… je ne cesse de vouloir savoir pourquoi.
C’est comme une obsession, tous ces points d’interrogation dans ma tête.
Et une obsession, on le sait bien, ça colle au cerveau comme des fils de caramel chaud. »
Ce garçonnet avide de savoir est décidément un enfant « pas comme les autres » : s’il a parlé fort tard, s’il est colérique et maladroit, il est aussi très, très doué en calcul et en géométrie. Brigitte Kernel a choisi de donner la parole au jeune Albert Einstein (1879–1955) qui nous met dans la confidence et nous fait partager ses joies et ses craintes. Joie de jongler avec les chiffres, de se voir offrir une boussole ou d’adopter un chien. Craintes de décevoir ses parents, de se faire rabrouer par des maîtres trop stricts (et parfois bornés !)…
Brigitte Kernel use de termes tels dyslexie ou autisme, qui parleront au jeune lecteur d’aujourd’hui même s’ils n’étaient pas couramment utilisés du temps d’Einstein. De même, elle évoque très rapidement la carrière du savant et ne mentionne donc pas le contexte dans lequel il a élaboré ses théories, qui ont emprunté notamment au mathématicien français Henri Poincaré. Cela dit, le roman se lit avec plaisir : entrer dans l’intimité d’une telle personnalité est une chance qui ne se refuse pas.

Dès 12 ans

Brigitte Kernel, Le monde selon Albert Einstein, Flammarion Jeunesse, 2021, 248 p., 10,90 €. Imprimé en Espagne.

J.-P. Arrou-Vignod et F. Place, Olympe de Roquedor

A peine sortie du couvent pour être mariée contre son gré à un jeune freluquet, Olympe, 17 ans, profite de l’embuscade tendue à sa berline pour prendre la poudre d’escampette. Pas facile de courir les bois en tenue de marquise – car elle est marquise, notre demoiselle de Roquedor, et orphenine. Sa rencontre avec Décembre, un vieux soldat borgne et amnésique, et avec Oost, un jeune marin déserteur, va lui permettre d’échapper à autant de pièges, de félonies, de cavalcades et de mauvais hasards qu’il en faut pour vivre un vrai roman de cape et d’épée. Olympe de Roquedor est évidemment nettement plus féministe que Les Trois Mousquetaires ou Le Capitaine Fracasse, mais voilà, non seulement c’est dans l’air du temps, mais de plus, ce sont bien les lectrices qui font vivre les romanciers. Le jeune promis est vraiment très, très niais, mais il lui sera pardonné car il vit sous la férule d’un père qui se révèle vite être le « grand méchant » de l’intrigue. Et comme mademoiselle de Roquedor ne peut décemment tomber amoureuse d’un marin sans le sou, elle le laissera volontiers à la fille de sa nourrice (sa « meilleure amie » au demeurant). Les principes seront saufs… et sa fortune aussi. A bon entendeur ! Le vrai moteur du roman, c’est donc la belle amitié qui lie Olympe, Décembre et Oost, un trio improbable mais aux relations bien plus fines qu’il y paraît de prime abord.
Osons une comparaison « de cape et d’épée » : si la berline dans laquelle voyage Olympe au début du roman est tirée par quatre chevaux, le roman, lui, est écrit à quatre mains, et cet attelage-là est bien plus performant ! Les rebondissements sont menés de main de maître – ou faut-il dire de mains de maîtres ? En effet, si François Pace a réalisé quelques dessins pour illustrer le roman, il a aussi associé son imaginaire à celui de Jean-Philippe Arrou-Vignod. Prenez votre rapière, et en selle, vite, Roquedor vous attend !

Dès 12 ans

Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place, Olympe de Roquedor, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, 2021, 304 p., 16,50 € — Imprimé en France

Isabelle Stock, Hermine part en camp

« – Koala… On y va !
– Mouette unie dans la… tempête !
– Toujours un oeil de… Lynx !
– Guides toujours… appela la cheftaine.
– Prêtes ! répondirent toutes les guides d’une voix claire.
Hermine observa la scène bouche bée. Tout s’était passé très vite et les filles étaient maintenant immobiles, détaillant la nouvelle venue.
– Je vous présente Hermine, déclara Sophie dans un grand silence. Je vous avais annoncé son arrivée dans notre compagnie, elle va découvrir le scoutisme avec nous toutes. Je compte sur vous pour bien l’accueillir et l’entourer pour son premier camp. »
Suivons donc Hermine pendant ces deux semaines riches en découvertes et en aventures ! Isabelle Stock présente avec talent la réalité d’un camp scout et, grâce au thème du Grand Jeu, retrace la création du scoutisme par Baden-Powell. Pas d’aventures « magiques », pas d’énigmes abracadabrantes, juste les petits soucis – entorse, lessive croquée par les vaches, pluies diluviennes, agaceries entre filles – que connaissent tous les scouts et qui sont narrés ici avec un humour bienveillant. La présence religieuse est très discrète mais conclut en beauté le roman, avec la cérémonie de la promesse de deux guides. Si, selon la formule de Baden–Powell « le bonheur ne vient pas à ceux qui l’attendent assis », après avoir lu ce roman, gageons qu’il y aura des inscriptions dans les nombreuses troupes scoutes de France et de Navarre.

Dès 8 ans

Isabelle Stock, Hermine part en camp, illustrations de Juliette Vizzaccaro, BOD, 2021, 220 p., 10,90 € — Disponible notamment chez Livres en famille.

Clotilde Jannin, Napoléon, l’enfant corse qui devint empereur

1782, au collège de Brienne. « Après quatre ans au collège, Napoléon a gagné la sympathie des autres élèves. En ce jour d’hiver, la cloche sonne la fin du cours de géographie. Les garçons se bousculent bruyamment en direction de la porte. Le maître les interpelle.
– Il a neigé toute la matinée, restez donc à l’intérieur !
– Non, j’ai une meilleure idée ! s’exclame Napoléon. Construisons un fort en neige !
– Bonne idée ! approuvent les élèves. Vite, des pelles, des pioches !
Après un travail acharné, le fortin s’élève dans la cour. Divisés en deux camps, les garçons ont formé de belles boules de neige.
– À l’assaut ! crie Napoléon. Visez bien ! »
Dans cet album, Clotilde Jannin fait revivre ici quelques épisodes fameux de la légende napoléonienne. Elle s’est attachée à l’enfance et à la jeunesse de cet « enfant corse » que rien ne prédestinait à devenir empereur, avant de mettre en scène quelques grandes heures de sa carrière militaire, sans oublier le couronnement, la campagne de Russie et l’exil à Sainte-Hélène. Les illustrations de Cyril Flautat, énergiques et tout en mouvement, très documentées, font découvrir l’univers napoléonien. Texte et images se répondent pour offrir un portrait dynamique d’une grande figure de l’histoire de France, dans un format agréable qui facilite la lecture. Un album tonique, pour donner le goût de l’histoire !

Dès 6 ans

Clotilde Jannin, Napoléon, l’enfant corse qui devint empereur, illustrations de Cyril Flautat, La Nouvelle Librairie Jeunesse, 2021, 32 p., 9,90 € — Imprimé en France

Michael Morpurgo, Le phare aux oiseaux

Benjamin Postlethwaite, un nom que le jeune Allen n’oubliera jamais. Mais si vous avez, comme moi, un peu de mal à le lire, dites Ben, cela lui va aussi. Ben était gardien du phare de l’île aux Macareux, Puffin Island, une des îles Scilly (que Normands et Bretons appellent Sorlingues). Un phare, un gardien, une nuit de tempête… La suite logique, c’est un naufrage et un sauvetage, bien sûr. Mais aussi le début d’une incroyable aventure, comme seul sait les raconter Michael Morpurgo. Des années après le naufrage, Allen, qui a grandi, retourne sur le phare. Pourquoi Ben n’a‑t-il jamais répondu à ses lettres ? Quel « invité » cache-t-il dans une boîte en carton ? Le roman est superbement illustré par Benji Davies, avec des scènes parfois grandioses, parfois intimistes, qui respirent le grand large. Michael Morpurgo a un lien bien fort avec ces îles de l’extrême ouest européen : elles servaient déjà de cadre à un roman étonnant, Le mystère de Lucy Lost. Comme les macareux, nous y revenons avec un plaisir non dissimulé ! Michael Morpurgo nous offre aussi une lecture à plusieurs niveaux : le héros du roman, qui va apprendre à lire à Ben, porte le nom d’Allen Lane, le fondateur des éditions Penguin en 1935, puis en 1940, de la maison Puffin, dédiée aux livres de jeunesse. Penguin, le pingouin ; Puffin, le macareux.

Dès 8 ans

Michael Morpurgo, Le phare aux oiseaux, illustrations de Benji Davies, Gallimard Jeunesse, 2021, 104 p., 16,50 € — Traduit de l’anglais par Diane Ménard. Imprimé en Italie

Sir Chrysostome, Le bricolage est un jeu d’enfants

Bricoler, c’est à la fois savoir réparer et créer de nouveaux objets. Dans ce livre grand format, il s’agit en effet autant de savoir planter un clou que de fabriquer un sous-verre, de graisser une serrure que monter un cerf-volant géant. Alors, bien sûr, vous n’aurez plus besoin de savoir changer des plombs ou équiper une douille. Fabriquer un pot à tabac pour la fête des pères, c’est un tantinet obsolète aussi… Mais c’est ce qui fait tout le charme de ce livre, moins connu que « La cuisine est un jeu d’enfants » ou « La pâtisserie est un jeu d’enfants », mais construit sur le même principe : être sérieux sans se prendre au sérieux. Les dessins et les explications sont d’une simplicité désopilante (« Clouez ! Clouez ! Clouez ! ») Qui sait s’il ne sera pas utile dans une maison de campagne, cet album daté de 1966 ? Tout cela pour vous dire aussi que les bouquinistes des quais de Seine continuent à vous proposer leurs ouvrages pendant cette période où même le marché Brassens et les Puces de Vanves ont dû fermer. Qui saura m’en dire plus sur Sir Chrysostome ?

Dès 6 ans

Sir Chrysostome, Le bricolage est un jeu d’enfants, illustrations de Michel Oliver, Plon, 1966, 96 p., reliure spirale. D’occasion. Trouvé pour 10 € chez un bouquiniste des quais de Seine.

Yan Marchand, Thalès et le trône de la sagesse

Thalès, le célèbre philosophe, vécut au VIe siècle avant J.-C. à Milet, sur la côte ionienne. Ce philosophe et géomètre, connu pour sa créativité et la rigueur de sa pensée, était aussi tête en l’air : la légende veut que, tombé dans un puits, il en soit ressorti tout guilleret : le tube du puits était épatant pour observer les étoiles !
Le récit commence par une pêche miraculeuse à Milet : un trône d’or forgé par le dieu Héphaïstos lui-même ! Mais il est écrit qu’il doit revenir au plus sage… Thalès, à l’aide ! Où trouver un vrai sage, dans ce monde déchiré par des tyrans cupides ? Pour connaître la réponse, il faudra résoudre une énigme… pharaonique.
Le lecteur est conduit à rencontrer les grandes thématiques milésiennes : la sagesse, le savoir, la géométrie, le pouvoir, la richesse… Au croisement de combats, de voyages et d’énigmes, des raisonnements mathématiques et géométriques y sont présentés. Familiarisez-vous à la pensée de Thalès, figure foisonnante pour notre imagination, grâce à la limpidité et l’humour de ce conte fabuleux relatant des épisodes fantastiques où se rencontrent pharaons, tyrans, dieux, philosophes et pêcheurs.

Dès 12 ans et pour tous les apprentis philosophes

Yan Marchand, Thalès et le trône de la sagesse, illustrations de Clara Dupré, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 €

Fleur Daugey, Mystères et toiles d’araignée !

« Les araignées étaient déjà sur Terre il y a 240 millions d’années, quand sont nés les dinosaures. » Et pourtant, qui a vraiment envie de jouer avec des araignées… en plastique ? « Elles vivent partout, dans les champs, sur les falaises et même dans nos maisons », rendent beaucoup de services sont néanmoins malaimées. Cet album fait le pari d’apprendre aux enfants et aux adultes à adopter un regard curieux et bienveillant sur ces créatures passionnantes. Saviez-vous que l’argyronète vivait sous l’eau ? Que la misumène changeait de couleur pour se fondre dans le décor et ainsi chasser tranquillement ? Que la femelle Toxeus magnus allaite ses petits avec un liquide qu’elle produit ? À la maison, elles nous évitent bien des piqûres avec leurs toiles qui emprisonnent moustiques et mouches ! Alors, promis, on ne les écrase plus, on ne les aspire plus, on ne grimpe pas sur une chaise en hurlant… et on regarde avec émerveillement les superbes araignées dessinées par Emilie Vanvolsen !

Dès 8 ans

Fleur Daugey, Mystères et toiles d’araignée !, illustrations d’Emilie Vanvolsen, Ricochet, coll. « Ohé la science », 2021, 40 p.,  13,50 € — Imprimé en Pologne