Mot-clef

sarbacane

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant

« Gaspard s’était toujours imaginé chevalier. Mais c’était un rêve qu’il gardait enfoui au plus profond de lui. Il n’était qu’un modeste palefrenier, un orphelin sauvé par les bontés du Roi. » Gaspard, 10 ans, a tout de même la chance de vivre dans un Moyen-Age légendaire, auprès de chevaux somptueusement dessinés — portraiturés, disons le mot – par le crayon d’Eloïse Scherrer.
Un matin, le Roi lui-même entra dans les écuries.
« Mon garçon.
Gaspard sursauta. Le Roi ! Le vieux Roi en personne se tenait là, avec ses sourcils en broussaille et son épée plus lourde que la pierre.
— Sire…, murmura l’enfant en posant un genou à terre.
Le monarque lui fit signe de se relever.
— Nous partons en voyage. »
Nous voilà (discrètement ?) montés en croupe derrière Gaspard pour un extraordinaire voyage ! Pourvu qu’Henry, son ami crapaud, et Odile, sa cigogne tutélaire, nous tolèrent tout au long de cette chevauchée initiatique ! Le conte parlera aussi aux plus grands avec ses évocations des paradis perdus et retrouvés, par son approche de la mort et de la transmission des valeurs. Une réussite à saluer, servie par les superbes illustrations d’Eloïse Scherrer – qui, d’un grand sourire, vous dédicace son album d’un délicieux petit cheval ! N’hésitez pas à la rencontrer au gré de ses signatures

Dès 6 ans

Fabrice Colin, Le Roi et l’Enfant, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2021, 48 p., 16,90 € — Imprimé en France

Lionel Tarchala, Là-haut sur la montagne…

Lionel Tarchala, Là-haut sur la montagne…

« Petit Homme Poilu aime se balader dans la montagne, il trouve ça au poil !
Grosse Bête Velue aime le regarder allumer le feu pour se réchauffer, et aussi faire bouillir l’eau pour le thé. Il aimerait bien goûter à cette boisson à l’odeur délicate. » Car Grosse Bête Velue a le nez fin ! Bien cachée, elle observe ce vieil homme dont on devine le bon sourire sous la barbe blanche… et va lui jouer des tours à sa façon, histoire de savoir si nos deux comparses peuvent être « amis pour la vie ». Jouant des bleus, des orangés et d’un trait malicieux, Lionel Tarchala invite le jeune lecteur à partager des aventures dignes d’un western – mais sans pistolet ni « vrais » méchants. Il ne reste qu’à réviser une comptine toute simple et à accepter quelques chatouilles avant de se blottir sous la couette… ou de s’allonger sous les étoiles.

Dès 5 ans

Lionel Tarchala, Là-haut sur la montagne…, Sarbacane, 2021, 40 p., 14,90 € — Imprimé en France

Géraldine Collet, Hirondelle

Qui a eu la chance de voir les bébés hirondelles quitter leur nid et s’essayer à d’audacieux loopings ? Qui saura compter les oiseaux sur les fils électriques, prêts à repartir pour les pays lointains en emportant avec eux nos rêves de soleil ? Comme pour les titres précédents de ce duo créatif, la lecture est ludique et interactive, grâce au jeu des rabats qui ménage un temps d’arrêt dans la narration, et une surprise à chaque double page.

Tout-petits

Géraldine Collet, Hirondelle, illustrations d’Olivia Cosneau, Sarbacane, 2020, 16 p. avec rabats, 12,50 € — imprimé en Malaisie

Alain Serge Dzotap, Capitaine bébé !

Alain Serge Dzotap, Capitaine bébé !

« Capitaine Bébé enfile sa combinaison, met ses bottes et son casque, et il démarre son gros camion de pompiers. C’est l’heure de sa tournée. Il doit s’assurer que tout va bien. » Mais si tout allait bien, il n’y aurait pas d’histoire à raconter ! Justement, « il y a le feu dans la boutique de madame Girafe ! ». Pin-pon, pin-pon… Le camion rouge de Capitaine Bébé traverse la page, toutes sirènes hurlantes ! Oh, oh, comment dire ? Est-ce vraiment la lance à incendie qui a mis de l’eau partout ? Capitaine Bébé aurait-il… fait pipi au lit ? Une approche originale et vraiment amusante de ces petits malheurs, sous la plume d’Alain Serge Dzotap, auteur camerounais. Les dessins de Brice Postma Uzel s’inspirent avec succès des pochoirs de l’école russe – on pense à Natalie Parain ou à Hélène Guertik.

Dès 3 ans

Alain Serge Dzotap, Capitaine bébé !, illustrations de Brice Postma Uzel, Sarbacane, 2021, 32 p., 13,90 € — Imprimé en Italie

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit

Petit Biscuit, Munchy de son prénom, est né dans la célèbre pâtisserie Munch. Il fait partie de l’assortiment royal et a même la chance de posséder deux jambes. Un beau matin, sa décision est prise : « Bon, les voisins, je ne sais pas ce que vous faites, mais moi, je m’en vais ! » Et le voilà filant à l’anglaise en compagnie d’un Saint-Nicolas, qui, la porte juste franchie, se fait écraser – scroutch, plus de Saint-Nicolas ! Elle commence bien mal, cette histoire… Petit Biscuit va vivre de terribles aventures, et même s’il est consolé par une charmante Madeleine, il n’en finira pas moins croqué… et par qui ? Par son créateur, qui le ramasse sur le trottoir — beurk ! Un Carl Norac au mieux de sa forme, croqué, lui aussi, par le crayon de Magali Le Huche. Une terrible histoire, aussi cruelle et décalée que certains contes d’Andersen, à raconter avant ou après le goûter, selon l’appétit de vos jeunes lecteurs. Qui, espérons-le, ne s’en étrangleront pas de rire ! Et vous, lequel auriez-vous croqué ? La Madeleine, un Nullo phosphorescent, le Old Clown, le Biscuit Militaire ou Mademoiselle Choco-Mousse ?

Dès 5 ans

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit, illustrations de Magali Le Huche, Sarbacane, 2020, 36 p., 15,90 €

Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin

25 décembre 1831. Syms Covington, 15 ans, vient d’embarquer comme mousse sur le Beagle, au service d’un certain monsieur Darwin. Lequel souffre terriblement du mal de mer… Brésil, Argentine, Tahiti, jusqu’aux Galápagos : le bateau part pour un tour du monde qui changera à jamais notre vision du monde vivant. Giacomo Scarpelli, membre de la Royal Geographical Society de Londres et scénariste, a trouvé le bon angle pour captiver les jeunes lecteurs : le récit est mené par Syms, aussi dévoué à Darwin que curieux et débrouillard. Les illustrations de Maurizio A. C. Quarello sentent bon les embruns et le grand large. Embarquement immédiat !

Dès 8 ans

Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin, illustrations de Maurizio A. C. Quarello, Sarbacane, 2019, 64 p., 15,90 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Didier Lévy, La Dame aux oiseaux

Le jeune Samuel est très impressionné : il a pris le train tout seul pour aller passer quelques jours chez sa tante Eléonore, « l’artiste de la famille », qui « compose de la musique bizarre ». Au petit matin, le voilà dans le jardin, en compagnie de sa tante. Maintenant, il « tend l’oreille. L’oiseau chante, siffle, crie, c’est un vrai feu d’artifice. Puis il s’envole. Tante Eléonore se précipite alors dans la maison. Et là, sur le piano, elle reproduit le chant du Wilson. Samuel la rejoint et la regarde, sans un mot, ébahi ». En savante émule d’Olivier Messiaen, tante Eléonore compose en effet sa musique à partir des chants d’oiseaux. « Mon secret », confie-t-elle avec modestie, « c’est juste de reconnaître les notes. D’avoir fait travailler mon ouïe et ma mémoire. » Une très belle histoire de famille, de nature et de musique, illustrée par Lisa Zordan, qui a su capter les chants d’oiseaux et la complicité qui va relier la tante et son neveu, un beau chemin vers la beauté et la liberté. Et puis, chic, il y a une cabane dans les arbres !

Dès 4 ans

Didier Lévy, La Dame aux oiseaux, illustrations de Lisa Zordan, Sarbacane, 2019, 40 p., 15,90 € — Imprimé en France

James Oliver Curwood, Les Chasseurs de loups

« Soudain, un son étrange, à donner le frisson, déchira le silence. Un habitué de la forêt aurait aussitôt reconnu la plainte sauvage et désespérée d’une bête mortellement blessée.
Lentement, un immense élan mâle apparut dans le clair de lune. Les naseaux dilatés, les yeux brillants de rage, il laissait derrière lui une traînée de sang. Il fuyait […] une meute de loups à ses trousses. » Pour lui, comme pour les loups – mais aussi pour les hommes – survivre est une lutte de tous les instants. Après cette scène inaugurale, le lecteur fait la connaissance de Roderick, jeune citadin qui découvre la rude vie des trappeurs du Grand Nord canadien, avec son ami Wabi et le vieux guide Mukoki. Les éditions Sarbacane rééditent ce roman culte paru en 1908. La nature grandiose et la vie sauvage du Grand Nord ont trouvé leur illustrateur : venu de Biélorussie, Anton Lomaev, membre de la prestigieuse union des peintres russes, brosse à grands traits hommes, bêtes et paysages. On ne sait plus si on est au bord du lac Baïkal ou au bord d’un lac canadien, la neige est profonde et les cabanes, accueillantes. Un ouvrage magnifique, grand format, à offrir à tous ceux qui aiment l’aventure !

Dès 10 ans

James Oliver Curwood, Les Chasseurs de loups, illustrations d’Anton Lomaev, Sarbacane, 2019, 112 p., 25 € — Traduit de l’anglais (américain) par Annie-France Mistral (1908), texte abrégé. Imprimé en France.

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco

« Autour de nous, on ne voyait que champs, longues haies de cyprès, petites cultures et deux ou trois métairies solitaires. Ce paysage m’attristait. Mais au-delà coulait une rivière. » Du ciel d’un bleu cru et des lavandes violettes qui encadrent la métairie familiale de Pascalet, voilà que le paysage, la page tournée, se teinte de vert. « Au-delà coulait une rivière… » Les bleus et les violets demeurent, couleurs nocturnes, accompagnées de beiges et de lilas – les rêves seront d’un orangé de feu couvant. Autant de couleurs chez Henri Bosco ? Ce sont elles, et le trait envoûtant de Xavier Coste, qui entraînent le lecteur à la suite de Pascalet, puis de Gatzo, sur la rivière interdite – et plus loin encore.
Rares sont les bonnes adaptations de textes classiques en bandes dessinées. Celle-ci, excellente, redonne toute sa magie à un roman trop souvent affadi par des pages de dictées, de morceaux choisis et d’explications de texte dans lesquels les petits citadins ne retrouvaient plus ni les parfums, ni les mouvements secrets des rives du Rhône provençal.

Dès 9 ans

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco, Sarbacane, 2018, 112 p., 19,50 € — Imprimé en France

Angélique Villeneuve, Paisible

Angélique Villeneuve, Paisible

« Ester aimerait qu’on lui fiche la paix », mais, ce soir, la maison résonne du bruit des invités. « Il y a trop de bruit, ici, de mouvement. Pas assez de silence et pas assez de doux. Ça cogne, ça donne mal à la tête. » La solution ? Monter s’isoler dans sa chambre, puis… grimper « branche après branche », jusqu’à tutoyer les nuages. Que vont lui apprendre les habitants de cet arbre fabuleux, oiseaux, lémuriens, papillons ? Que « la paix, peut-être, n’habite qu’au bord du ciel ».
Ayant retrouvé la paix intérieure, Ester va, tout doucement, revenir chez elle où l’attend son nounours. Les mots tendres et justes d’Angélique Villeneuve vibrent sous le pinceau mutin d’Anna Griot, dont les gouaches illuminent la nuit d’Ester, dans une alternance de tons bleus et orangés.

Dès 5 ans

Angélique Villeneuve, Paisible, illustrations d’Anna Griot, Sarbacane, 2018, 40 p., 15,50 € — Imprimé en France

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier

Sommé de ranger sa chambre, « Sylvain porte Charlemagne dans ses bras. Il est lourd, encombrant. Sylvain manque souvent de tomber avec. Dans le grenier, il lui cherche une place parmi les meubles poussiéreux quand soudain le cheval tourne la tête : “On part une dernière fois à l’aventure, Chevalier Sylvain ?” » Oh que oui ! Et, « d’un seul coup, le cheval décolle, traverse la fenêtre du grenier et file dans le ciel ! » Direction, la Sylvanie, ce royaume secret dont Sylvain est le meilleur des chevaliers. Ennemis farouches, dragons « toutes flammes dehors », terribles chutes d’eau, que d’aventures… La fin du conte est d’une rare poésie : alors que le cheval Charlemagne décide de rester en Sylvanie, Sylvain rencontre un vieil écrivain, qui lui confie un « vélo-scarabée » pour rentrer à la maison… y faire ses devoirs et, qui sait, revenir en Sylvanie ? Le duo auteur-illustratrice a fonctionné à merveille pour nous offrir, comme nous y invite Eloïse Scherrer, une « cure de jouvence en imaginaire ».

Dès 4 ans

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2018, 40 p., 17,50 € — Imprimé en France.

William Grill, Le dernier roi des loups

William Grill, Le dernier roi des loups

Ou « l’histoire vraie de Lobo le loup et d’Ernest Seton le chasseur ». « Le vieux Lobo ou, comme disaient les Indiens, le Roi, était le chef d’une fameuse meute de loups gris. Depuis plus de cinq ans, il faisait régner la terreur dans la vallée de Currumpaw. […] Le vieux Lobo était un géant parmi les loups. Il commandait une meute alerte et affutée, dont chaque membre avait sa propre renommée. » Nous sommes en 1893, sur les terres du Nouveau-Mexique. Des terres encore sauvages, mais pas pour longtemps.
Ernest Thompson Seton (1860–1946), jeune naturaliste doublé d’un redoutable chasseur de loups, débarque à Clayton, bien décidé à aider les fermiers à se débarrasser de Lobo. Le duel s’engage, entre le chasseur et ce loup à la redoutable intelligence. À la frontière de ces deux mondes, ce duel changera à jamais la vie du jeune homme… Une histoire vraie, remarquablement illustrée par William Grill lui-même, à qui nous devons Le Voyage extraordinaire de Shackleton.
Après sa rencontre avec Lobo le loup, Ernest Thompson Seton devient un auteur et artiste animalier reconnu. Il a aussi fondé les Boy Scouts of America avec Baden Powell et ses récits ont marqué Tolstoï et Kipling. Cet album est édité en partenariat avec l’association Ferus, qui milite pour la protection de l’ours, du loup et du lynx en France.

Dès 8 ans

William Grill, Le dernier roi des loups, Sarbacane, 2019, 88 p., 19,50 € ‑Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.