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Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin

25 décembre 1831. Syms Covington, 15 ans, vient d’embarquer comme mousse sur le Beagle, au service d’un certain monsieur Darwin. Lequel souffre terriblement du mal de mer… Brésil, Argentine, Tahiti, jusqu’aux Galápagos : le bateau part pour un tour du monde qui changera à jamais notre vision du monde vivant. Giacomo Scarpelli, membre de la Royal Geographical Society de Londres et scénariste, a trouvé le bon angle pour captiver les jeunes lecteurs : le récit est mené par Syms, aussi dévoué à Darwin que curieux et débrouillard. Les illustrations de Maurizio A. C. Quarello sentent bon les embruns et le grand large. Embarquement immédiat !

Dès 8 ans

Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin, illustrations de Maurizio A. C. Quarello, Sarbacane, 2019, 64 p., 15,90 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Didier Lévy, La Dame aux oiseaux

Le jeune Samuel est très impressionné : il a pris le train tout seul pour aller passer quelques jours chez sa tante Eléonore, « l’artiste de la famille », qui « compose de la musique bizarre ». Au petit matin, le voilà dans le jardin, en compagnie de sa tante. Maintenant, il « tend l’oreille. L’oiseau chante, siffle, crie, c’est un vrai feu d’artifice. Puis il s’envole. Tante Eléonore se précipite alors dans la maison. Et là, sur le piano, elle reproduit le chant du Wilson. Samuel la rejoint et la regarde, sans un mot, ébahi ». En savante émule d’Olivier Messiaen, tante Eléonore compose en effet sa musique à partir des chants d’oiseaux. « Mon secret », confie-t-elle avec modestie, « c’est juste de reconnaître les notes. D’avoir fait travailler mon ouïe et ma mémoire. » Une très belle histoire de famille, de nature et de musique, illustrée par Lisa Zordan, qui a su capter les chants d’oiseaux et la complicité qui va relier la tante et son neveu, un beau chemin vers la beauté et la liberté. Et puis, chic, il y a une cabane dans les arbres !

Dès 4 ans

Didier Lévy, La Dame aux oiseaux, illustrations de Lisa Zordan, Sarbacane, 2019, 40 p., 15,90 € — Imprimé en France

James Oliver Curwood, Les Chasseurs de loups

« Soudain, un son étrange, à donner le frisson, déchira le silence. Un habitué de la forêt aurait aussitôt reconnu la plainte sauvage et désespérée d’une bête mortellement blessée.
Lentement, un immense élan mâle apparut dans le clair de lune. Les naseaux dilatés, les yeux brillants de rage, il laissait derrière lui une traînée de sang. Il fuyait […] une meute de loups à ses trousses. » Pour lui, comme pour les loups – mais aussi pour les hommes – survivre est une lutte de tous les instants. Après cette scène inaugurale, le lecteur fait la connaissance de Roderick, jeune citadin qui découvre la rude vie des trappeurs du Grand Nord canadien, avec son ami Wabi et le vieux guide Mukoki. Les éditions Sarbacane rééditent ce roman culte paru en 1908. La nature grandiose et la vie sauvage du Grand Nord ont trouvé leur illustrateur : venu de Biélorussie, Anton Lomaev, membre de la prestigieuse union des peintres russes, brosse à grands traits hommes, bêtes et paysages. On ne sait plus si on est au bord du lac Baïkal ou au bord d’un lac canadien, la neige est profonde et les cabanes, accueillantes. Un ouvrage magnifique, grand format, à offrir à tous ceux qui aiment l’aventure !

Dès 10 ans

James Oliver Curwood, Les Chasseurs de loups, illustrations d’Anton Lomaev, Sarbacane, 2019, 112 p., 25 € — Traduit de l’anglais (américain) par Annie-France Mistral (1908), texte abrégé. Imprimé en France.

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco

« Autour de nous, on ne voyait que champs, longues haies de cyprès, petites cultures et deux ou trois métairies solitaires. Ce paysage m’attristait. Mais au-delà coulait une rivière. » Du ciel d’un bleu cru et des lavandes violettes qui encadrent la métairie familiale de Pascalet, voilà que le paysage, la page tournée, se teinte de vert. « Au-delà coulait une rivière… » Les bleus et les violets demeurent, couleurs nocturnes, accompagnées de beiges et de lilas – les rêves seront d’un orangé de feu couvant. Autant de couleurs chez Henri Bosco ? Ce sont elles, et le trait envoûtant de Xavier Coste, qui entraînent le lecteur à la suite de Pascalet, puis de Gatzo, sur la rivière interdite – et plus loin encore.
Rares sont les bonnes adaptations de textes classiques en bandes dessinées. Celle-ci, excellente, redonne toute sa magie à un roman trop souvent affadi par des pages de dictées, de morceaux choisis et d’explications de texte dans lesquels les petits citadins ne retrouvaient plus ni les parfums, ni les mouvements secrets des rives du Rhône provençal.

Dès 9 ans

Xavier Coste, L’Enfant et la Rivière, d’après Henri Bosco, Sarbacane, 2018, 112 p., 19,50 € — Imprimé en France

Angélique Villeneuve, Paisible

Angélique Villeneuve, Paisible

« Ester aimerait qu’on lui fiche la paix », mais, ce soir, la maison résonne du bruit des invités. « Il y a trop de bruit, ici, de mouvement. Pas assez de silence et pas assez de doux. Ça cogne, ça donne mal à la tête. » La solution ? Monter s’isoler dans sa chambre, puis… grimper « branche après branche », jusqu’à tutoyer les nuages. Que vont lui apprendre les habitants de cet arbre fabuleux, oiseaux, lémuriens, papillons ? Que « la paix, peut-être, n’habite qu’au bord du ciel ».
Ayant retrouvé la paix intérieure, Ester va, tout doucement, revenir chez elle où l’attend son nounours. Les mots tendres et justes d’Angélique Villeneuve vibrent sous le pinceau mutin d’Anna Griot, dont les gouaches illuminent la nuit d’Ester, dans une alternance de tons bleus et orangés.

Dès 5 ans

Angélique Villeneuve, Paisible, illustrations d’Anna Griot, Sarbacane, 2018, 40 p., 15,50 € — Imprimé en France

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier

Sommé de ranger sa chambre, « Sylvain porte Charlemagne dans ses bras. Il est lourd, encombrant. Sylvain manque souvent de tomber avec. Dans le grenier, il lui cherche une place parmi les meubles poussiéreux quand soudain le cheval tourne la tête : “On part une dernière fois à l’aventure, Chevalier Sylvain ?” » Oh que oui ! Et, « d’un seul coup, le cheval décolle, traverse la fenêtre du grenier et file dans le ciel ! » Direction, la Sylvanie, ce royaume secret dont Sylvain est le meilleur des chevaliers. Ennemis farouches, dragons « toutes flammes dehors », terribles chutes d’eau, que d’aventures… La fin du conte est d’une rare poésie : alors que le cheval Charlemagne décide de rester en Sylvanie, Sylvain rencontre un vieil écrivain, qui lui confie un « vélo-scarabée » pour rentrer à la maison… y faire ses devoirs et, qui sait, revenir en Sylvanie ? Le duo auteur-illustratrice a fonctionné à merveille pour nous offrir, comme nous y invite Eloïse Scherrer, une « cure de jouvence en imaginaire ».

Dès 4 ans

Didier Lévy, Sylvain de Sylvanie, chevalier, illustrations d’Eloïse Scherrer, Sarbacane, 2018, 40 p., 17,50 € — Imprimé en France.

William Grill, Le dernier roi des loups

William Grill, Le dernier roi des loups

Ou « l’histoire vraie de Lobo le loup et d’Ernest Seton le chasseur ». « Le vieux Lobo ou, comme disaient les Indiens, le Roi, était le chef d’une fameuse meute de loups gris. Depuis plus de cinq ans, il faisait régner la terreur dans la vallée de Currumpaw. […] Le vieux Lobo était un géant parmi les loups. Il commandait une meute alerte et affutée, dont chaque membre avait sa propre renommée. » Nous sommes en 1893, sur les terres du Nouveau-Mexique. Des terres encore sauvages, mais pas pour longtemps.
Ernest Thompson Seton (1860–1946), jeune naturaliste doublé d’un redoutable chasseur de loups, débarque à Clayton, bien décidé à aider les fermiers à se débarrasser de Lobo. Le duel s’engage, entre le chasseur et ce loup à la redoutable intelligence. À la frontière de ces deux mondes, ce duel changera à jamais la vie du jeune homme… Une histoire vraie, remarquablement illustrée par William Grill lui-même, à qui nous devons Le Voyage extraordinaire de Shackleton.
Après sa rencontre avec Lobo le loup, Ernest Thompson Seton devient un auteur et artiste animalier reconnu. Il a aussi fondé les Boy Scouts of America avec Baden Powell et ses récits ont marqué Tolstoï et Kipling. Cet album est édité en partenariat avec l’association Ferus, qui milite pour la protection de l’ours, du loup et du lynx en France.

Dès 8 ans

William Grill, Le dernier roi des loups, Sarbacane, 2019, 88 p., 19,50 € ‑Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.

Didier Lévy, La Louve et l’Anglais

Didier Lévy, La Louve et l’Anglais

Au XIXe siècle, la bonne éducation de la haute société anglaise se terminait par un voyage à Rome et en Italie. Un voyage dont Richard Deakin rêve « depuis que sa grand-mère lui racontait les mille et une histoires de l’empire Romain ». Mais quelle étrange rencontre va faire ce jeune médecin anglais, qui arrive à Rome en ce printemps 1846 ? Il se frotte les yeux, croit à une hallucination, mais non… c’est bien la Louve qui lui fait les honneurs de la Ville éternelle. Jusqu’au Colisée, encore ensauvagé, et dont la flore exotique étonne le savant. D’où peuvent venir ces fleurs étranges ? Richard Deakin va mener l’enquête, et publier une « Flora of the Colosseum of Rome » en 1855. Didier Lévy propose ici, entre réalité et fiction, un album romantique à souhait, servi par le coup de crayon dynamique de Tiziana Romanin, qui a su capter toute la magie de Rome.

De 6 à 10 ans

Didier Lévy, La Louve et l’Anglais, illustrations de Tiziana Romanin, Sarbacane, 2018, 48 p., 16 €

Christine Davenier et Nadine Brun-Cosme, Prends ma main maman

Christine Davenier et Nadine Brun-Cosme, Prends ma main maman

« Quand je vais à l’école, il y a la grande rue avec plein de voitures qui font beaucoup de bruit. Alors je dis : “Prends ma main maman !” Et je marche sur le trottoir en me serrant un peu contre elle. » Cet album sans prétention, au langage enfantin, nous invite à une belle promenade en ville. Reste, malgré tout, à surmonter tous les obstacles, le bruit, le monde, les voitures – et la porte de l’école. Comment ? En demandant à Maman, page après page, de marcher main dans la main.

Dès 3 ans

Christine Davenier et Nadine Brun-Cosme, Prends ma main maman, Sarbacane, 2017, 32 p., 13,90 €

Herman Melville, Moby Dick

Herman Melville, Moby Dick

« Ce n’est pas comme passager que je navigue. C’est comme simple matelot. Pourquoi ? Parce qu’on se fait un point d’honneur de me payer pour le mal que je me donne à bord, et aussi parce que le métier de la mer est le plus beau, le plus sain que je connaisse. » C’est en ces termes que se présente Ismaël, témoin de la plus célèbre chasse à la baleine de toute la littérature – et qui sera le seul survivant du naufrage du Péquod, baleinier commandé par un certain Achab. Moby Dick, cet immense cachalot blanc qui a eu le tort d’arracher une jambe d’Achab, est devenu, sous la plume de Melville (1819–1891), un véritable mythe.

Les illustrations de Biélorusse Anton Lomaev servent le roman avec une rare énergie, avec des tableaux le plus souvent en pleine page – et vu le format du livre (26 cm x 37,5 cm), on en prend plein les mirettes. Que le lecteur soit perché sur la vigie ou peine sur les avirons d’une baleinière, il est pris autant par l’image que par le texte (intelligemment abrégé) qui emporte, comme une vague, une autre et encore une autre.

Dès 12 ans

Herman Melville, Moby Dick, illustrations d’Anton Lomaev, Editions Sarbacane, 2017, 168 p., 29,90 € ; traduit de l’anglais. Texte abrégé.

Shobhna Patel, Le Casse-Noisette

Shobhna Patel, Le Casse-Noisette

« C’était le soir de Noël, il y a bien longtemps. La neige recouvrait tout et, chez les Stahlbaum, on préparait comme chaque année le copieux réveillon. Il y avait encore beaucoup à faire, mais l’imposante demeure était déjà parée de délicates guirlandes ouvragées, de grandes couronnes de houx et d’épicéa – et les bas, remplis de cadeaux. » Et dans l’un de ces bas, un casse-noisette. Shobhna Patel (voir ici le site du conte) a choisi de revisiter ici, dans une langue fluide, l’argument du célèbre ballet qu’inspira à Tchaïkovsky un conte d’Hoffman.

La magie est partout, y compris pour animer le conte, avec quatre « pop-up » dont les papiers découpés au laser se découvrent en « paperscope ». Un dessin valant mieux qu’un long discours, voici le résultat :

Shobhna Patel, Le Casse-Noisette

Dès 6 ans

Shobhna Patel, Le Casse-Noisette, Sarbacane, 2017, 32 p., 18,90 € — Traduit de l’anglais

Anne Cortey, Au fond des bois

Anne Cortey, Au fond des bois

Deux fillettes profitent du retour du soleil pour partir en promenade « au fond des bois ». Quand soudain… « ma grande sœur a disparu. Il n’y a plus une trace d’elle, à part le paquet de gâteaux. Je l’appelle, je dis son prénom chaque fois un peu plus fort. Personne ne répond, elle va certainement revenir, elle ne peut pas m’avoir abandonnée. C’est impossible. » Et la cadette de gamberger – et nous avec elle. Bien sûr, tout finira bien, la grande sœur était juste derrière le plus proche buisson. Les illustrations douces de Julia Wauters, aux couleurs très seventies, nous rassurent d’emblée : au fond de ces bois-là, rien de grave ne peut arriver !

Dès 4 ans

Anne Cortey, Au fond des bois, illustrations de Julia Wauters, 2017, Sarbacane, 40 p., 15,50 €