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l’ecole des loisirs

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy

« — T’as vu ça, Einar ! dit papa. Buffalo Bill est à Borgisvik.
— Faudrait peut-être lui dire qu’il n’y a pas de bisons dans nos parages.
— Et pas d’Indiens non plus. »
Après quelques joutes oratoires entre le père, l’oncle d’Einar et le « cow-boy », place à la bagarre, puis aux explications autour de boissons d’hommes. On est comme ça, dans le Grand Nord, on fonce d’abord, on picole ensuite ! Mais foin de bisons ou d’Indiens. Ce que Bob Koufax vient chasser, ce n’est rien moins que le troll. Oui, « le troll géant des forêts profondes » ! Comment le jeune Einar va-t-il s’y prendre pour prévenir son ami Borigh-Borigh, « un troll authentique, haut comme une maison » ? D’autant plus que Gulliver, le chien de Bob, a un flair redoutable et que le troll – je ne vous fais pas de dessin – ça pue, ça pue… Ce nouvel épisode des aventures de Tor est aussi désopilant que les précédents, les péripéties s’enchaînent, pas toujours dans une extrême finesse mais dans un français riche en sons, en couleurs et en… parfums !

Dès 7 ans

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy, L’Ecole des Loisirs, coll. « Mouche », 2020, 88 p., 8 €

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure

De l’aventure, du mystère et de l’action ! Rien de mieux pour faire frémir les lecteurs ! Ajoutez un jeune prince courageux, une sorcière, quelques personnages peu recommandables, un robot de métal et, enfin, un terrible monstre, mi-homme, mi-taureau, enfermé dans un labyrinthe effrayant. Sans oublier le délicieux sourire d’une princesse qui n’a pas froid aux yeux. Et voilà les aventures de Thésée qui prennent un petit air de jeu vidéo. D’Athènes à la Crète, que d’exploits ! Ils sont ici racontés avec brio par un grand écrivain américain, Nathaniel Hawthorne (1804–1864). « Le Minotaure » appartient à un recueil de nouvelles, les Tanglewood Tales ou Contes du Bois Touffu. Seul petit aménagement avec les textes fondateurs : Ariane refusant l’invitation de Thésée à la suivre, celui-ci ne l’abandonne donc pas sur l’île de Naxos – la morale puritaine est sauve !

Dès 12 ans

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 2019, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Du même auteur : La Toison d’or, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 1979, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Clément Roussier, Sullivan

… « Et les ciels de feu des soirs de la savane », précise le sous-titre. Or le roman commence par la rencontre du narrateur avec un vieil homme, aux portes du Sahara. Lequel vieil homme se lance dans un récit étrange : celui des aventures et des rencontres vécues par Sullivan, un renard blanc né dans le Grand Nord, mais dont le rêve est de connaître l’Afrique. Parce que « Il existe quelque part », une petite phrase qui trotte, et trotte, et trotte dans la tête de ce doux rêveur – homme ou renard. Qu’est-ce qui existe ? Où cela existe-t-il ? Sullivan l’ignore et il n’est pas certain que nous soyons parvenus à le savoir : la dernière page tournée, le lecteur sera peut-être plus attentif à la voix de sa conscience, et ce sera à lui de choisir sa route. Dans un autre temps, c’est le Petit Prince de Saint-Exupéry qui dialoguait avec un renard, à l’ombre d’une dune. Dans une veine analogue, Clément Roussier, grand voyageur, propose ici au lecteur un voyage initiatique, teinté de philosophie et de poésie. Certains le liront au premier degré, d’autres chercheront le sens de maximes ou de dialogues parfois énigmatiques. Il y a un côté un peu Peace and Love dans les aventures de ce renard routard qui aurait pu bourlinguer dans un Combi VW multicolore, mais qui a vaillamment tracé sa route sur ses quatre pattes – jusqu’en haut de la dernière colline.

Dès 12 ans

Clément Roussier, Sullivan, illustrations d’Allegra Pedretti, L’Ecole des Loisirs, 2020, 240 p., 12,50 €

Daniel Frost, La mystérieuse baleine

« Loin, très loin dans le Grand Nord, Nils et Anna s’installent autour du feu pour écouter leur père leur raconter une histoire. Celle d’une baleine gigantesque qui errait jadis dans les eaux environnantes… » Et si cette baleine, Nils allait à sa recherche ? Tout seul. Le voilà qui met son kayak à l’eau. Quand soudain, Anna jaillit du kayak comme un diable de sa boîte. Joueuse, bavarde, impatiente, la fillette ne facilite pas la navigation. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve isolée sur un tout petit morceau de banquise… Qui viendra à son secours ? « Un grand cœur généreux, aussi gros qu’un bateau », la fameuse baleine, bien sûr ! Bien emmitouflés, Nils en rouge et Anna en jaune, les enfants naviguent dans une superbe palette de bleus, d’orangés et de blancs qui donneraient presque envie de prolonger l’hiver.

Dès 4 ans

Daniel Frost, La mystérieuse baleine, 2020, L’École des Loisirs, 36 p., 13 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps

« Kazuko Akiyama, élève de troisième, achevait le ménage de la salle de sciences naturelles avec deux garçons de sa classe, Masaru Fukamachi et Goro Asakura. »  Mais au moment d’aller ranger quelques objets dans la salle de travaux pratiques, il lui semble que quelqu’un s’y cache, puis lui échappe. Elle respire alors le parfum d’une éprouvette laissée ouverte, et voilà qu’elle s’évanouit. Les trois jours suivants, rien ne se passe comme d’habitude, jusqu’à ce que la lycéenne s’aperçoive qu’elle vit dans un temps décalé d’une journée. Avant d’en revenir. Puis de repartir. D’où lui vient ce mystérieux pouvoir ? Est-elle devenue folle ? M. Fukushima, le professeur de sciences naturelles, trouvera-t-il une explication logique ? Que pourront ses deux amis, Masaru et Goro ? Le lecteur, lui, plonge dans un espace-temps qui lui est connu par les mangas : celui des lycéens japonais, introvertis, raisonnables et soucieux de ne pas se faire remarquer… ce qui ne marche pas à tous les coups ! Ce roman paru en épisodes en 1965 au Japon, a inspiré le film d’animation japonais La traversée du temps réalisé par Mamoru Hosoda. Romantisme et science-fiction dans les sixties, un grand classique au charme fou.

Dès 12 ans

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps, L’École des Loisirs, 2020 (réédition), 103 p., 8,20 € — Traduit du japonais

Matthieu Sylvander, Encore un orage

« Si Kévin s’est enfui, ce n’est pas de ma faute. Personne ne m’en voudra. Mais si on ne le retrouve pas, là c’est moi qui m’en voudrai. Toute ma vie. Parce que je SAIS où il est. Enfin, je crois. » Aurélien, 6 ans, le frère d’Estelle, la narratrice, 10 ans, a déjà retrouvé la casquette de Kévin, une vieille éponge trempée par l’orage. Les autres indices qui pourraient montrer que Kévin est tombé ? « Une chaussure. Son ours. Sa pipe. Son dentier. » Parce que Kévin est un vieux monsieur, arrivé en vacances avec « un groupe d’adultes déficients ». Un monsieur bizarre, mais si attachant. Très vite, la fillette le prend sous son aile et décide de lui faire découvrir ses montagnes. Un beau jour, elle lui fait découvrir des « trolles », ces superbes fleurs jaunes des alpages – et non des « trolls », comme elle le fait croire à Aurélien. Mais voici l’orage, Kévin a disparu… Et l’orage, Estelle le déteste : il lui a pris son papa, guide de haute montagne. Matthieu Sylvander décrit avec beaucoup de justesse la vie des enfants « du pays », ceux qui se débrouillent pour occuper leur été pendant que les parents travaillent – avec les portraits croustillants de certains ados, vus par les plus jeunes. Il aborde surtout avec un immense tact les relations riches d’une empathie constructive que les enfants peuvent lier avec des adultes « pas comme les autres ». Pas de souci : Kévin sera retrouvé en bonne santé.

Dès 8 ans

Matthieu Sylvander, Encore un orage, illustrations de Pénélope Jossen, L’Ecole des Loisirs, coll. « Neuf », 2020, 120 p.

Davide Morosinotto, Le célèbre catalogue Walker & Dawn

Peter, dit P’Tit Trois, Eddie, dit Eddie Zyeuxbigleux, Julie, dite Jolie Julie ou Joju, et enfin Min, pour Minuscule : nos quatre héros sont avant tout des enfants du bayou, cette Louisiane des marais, où les familles pauvres subsistent vaille que vaille. Impécunieux, certes, mais libres et débrouillards. Alors, quand une pêche miraculeuse leur offre trois dollars au fond d’une boîte de conserve, les imaginations prennent leur envol. Trois dollars de 1904, et un catalogue de vente par correspondance, qui fourmille d’objets les plus tentants les uns que les autres. Leur choix ? Un pistolet, un vrai ! Mais quand le colis arrive enfin, il contient une montre gousset détraquée… « Remboursement garanti » ? Sans un sou en poche, les quatre amis décident alors d’aller rendre la montre… à Chicago ! Davide Morosinotto entraîne les lecteurs dans un voyage déjanté, en canoë, en train, en bateau, agrémenté de poursuites et d’arnaques – voire de meurtres. Dernière embûche : en Louisiane, on parle encore français ! Mais la fortune sourit aux audacieux. Le roman est illustré de reproductions d’un catalogue du genre « Manufacture de Saint-Etienne » et de vieux plans de ville pour mettre dans l’ambiance de cette Amérique disparue. Le traducteur précise que des « éléments scandaleux » (tabac, alcool et allusions « à caractère sexuel ou racial ») peuvent « heurter un enfant moderne et responsable », lequel lira donc ce livre… à l’abri des regards de ses parents. Rassurez-vous, c’est juste pour rire !

Adolescents

Davide Morosinotto, Le célèbre catalogue Walker & Dawn, L’École des loisirs, coll. « Médium », 2018, 336 p., 18 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Beatrix Potter, Le Petit Chaperon rouge

« Il était une fois, dans un village, la plus adorable des petites filles. […] Sa mère avait cousu pour elle un joli petit chaperon de flanelle rouge. Avec ses boucles brunes au milieu de tout ce rouge, l’enfant ressemblait à un coquelicot. […] tout le monde l’appelait par ce nom : le Petit Chaperon rouge. » Et bien sûr, elle alla porter à sa Grand-Mère un petit pot de beurre… Beatrix Potter reste fidèle au conte de Perrault, tout en brodant quelques détails very british. Suspens et horreur sont au-rendez-vous, dans la verte campagne anglaise si joliment dessinée par Helen Oxenbury. Potagers, prairies fleuries, tea time… oui mais, il y a aussi un loup, « peu recommandable », selon l’illustratrice qui s’est prise au jeu de dessiner un loup « famélique et fourbe au début » et la panse bien remplie à la fin. Car c’est bien « ainsi [que] finit le Petit Chaperon rouge ». Croquée, tout comme sa grand-mère.

Dès 4 ans

Beatrix Potter, Le Petit Chaperon rouge, illustrations d’Helen Oxenbury, L’École des Loisirs, coll. « Kaleidoscope », 2019, 46 p., 13,50 € — Imprimé en Chine. Traduit de l’anglais.

Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent

« — Allez-vous faire l’thé ? demanda l’homme à l’habit râpé, détournant de moi son farouche regard pour le diriger sur la jeune femme.
— Faut-il en faire pour lui ? demanda-t-elle en s’adressant à Heathcliff.
— Préparez-le, voulez-vous ? fut la réponse, faite d’une façon si brutale que je tressaillis.
Le ton dont ces mots furent prononcés révélait une nature foncièrement mauvaise. Je n’avais plus envie d’appeler Heathcliff un homme admirable. »
Mauvaiseté, cruauté, vengeance, alcool, violence… tout est bon pour créer cette noirceur sur laquelle vont, vaille que vaille, fleurir toutes les nuances de l’amour – un amour qui ne saura pas éviter les désastres. Tout cela dans l’ambiance brouillardeuse de l’Angleterre rurale… Brrr ! Un chef‑d’œuvre de la littérature romantique, abrégé ici, et illustré avec grand talent par Charlotte Gastaut.

Adolescentes

Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent, illustrations de Charlotte Gastaut, L’Ecole des Loisirs, coll. « Illustres classiques », 2019, 240 p., 14 € — Traduit de l’anglais par F. Delebecque, abrégé par B. Moissard. Imprimé en France

Celia Godkin, L’île du loup, fable écologique

« Il était une fois une île. C’était une île avec des arbres et de l’herbe, et toutes sortes d’animaux. […] Certains mangeaient de l’herbe et des plantes ; certains mangeaient des insectes ; certains mangeaient d’autres animaux. » Et tout allait bien pour tout le monde, y compris pour une famille de loups. Mais voilà que les louveteaux, curieux et joueurs, montent sur un radeau, appellent leurs parents à l’aide, bref, s’échappent de l’île. Plus de loups sur l’île. Plus de prédateurs. La chaîne alimentaire est rompue et tout va de mal en pis, pour les souris comme pour les renards, pour les lapins comme pour les arbres, écorcés par les cervidés… Dans le monde réel, il faut plus d’un an pour que les déséquilibres deviennent fatals à un écosystème, d’où le terme de « fable ». Une fable dont les humains sont absents, alors que le loup, dans nos contrées, se rapproche des troupeaux, au grand dam des bergers. Professeur, zoologue et illustratrice botanique, Celia Godkin s’est inspirée d’une histoire vraie, qui a vu les élans ravager l’île Royale du lac Supérieur, aux États-Unis, avant le retour d’une meute de loups. Les illustrations de cet album sont aussi poétiques que documentaires, avec de superbes crayonnés aux couleurs naturelles.

Dès 8 ans

Celia Godkin, L’île du loup, fable écologique, L’Ecole des Loisirs, col l. « Archimède », 2012, 45 p., 12,70 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en France.

Michaël Escoffier, Maman, c’est toi ?

« Piou Piou Piou », « Bêêêê », « Coin Coin »… Avec son grand chapeau de paille qui lui tombe sur les yeux, notre petit personnage a bien du mal à trouver sa maman, et se heurte à divers animaux – qui n’aiment pas trop ça. Et quand enfin il trouve Maman… Je ne vous raconte pas la chute ! Un album cartonné apprécié par Edouard.

Avant 3 ans

Michaël Escoffier, Maman, c’est toi ?, illustrations de Matthieu Maudet, L’Ecole des loisirs, coll. « Loulou et Cie », 2019, 28 p., 10 € — Imprimé en Pologne

Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella

Mirella, « des pieds à la tête de guenilles accoutrée », est porteuse d’eau dans la bonne ville d’Hamelin, sur les rives de la Weser. A une date incertaine de la fin du XIIIe siècle, sous le règne de Rodolphe de Habsbourg. Primesautière, insolente, généreuse, la jouvencelle de 15 ans ne s’en laisse pas conter, ni par les échevins, ni par les mendiants, ni par tous ceux qui se situent entre les deux. Hamelin ? N’est-ce pas cette ville envahie par les rats, dont un joueur de flûte, grugé par les autorités, emporte les enfants ? Et si les frères Grimm n’avaient pas dit toute la vérité ? Ces rats, au Moyen Age, quel mal annoncent-ils de ville en ville ? La peste, la peste, la terrifique peste… Mirella affronte moult périls : De qui est-elle réellement la fille ? Pourquoi la dit-on sorcière ? Qui est cet intrigant homme en noir ? N’est-ce pas bien dangereux de s’en éprendre ? Quant à danser avec lui… Est-ce valse ou danse macabre ? Mirella, ce sont aussi des chansons naïves – Mi, Ré, La – pour la plus grande joie des petits enfants et le réconfort de ses amis les lépreux.
Flore Vesco réinvente le conte – et joue des mots avec son talent habituel. Bien malin celui qui, sans s’aider du lexique en fin de volume, saura discerner d’un coup d’œil les termes empruntés au Moyen-Age et les créations farfelues et oh combien ! réjouissantes de Flore Vesco.

Adolescents

Flore Vesco, L’Estrange Malaventure de Mirella, L’Ecole des Loisirs, coll. « Médium + », 2019, 215 p., 15,50 € — Imprimé en France