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Sandra Edinger, La cabane

Construire une cabane dans la forêt, c’est tout un art ! « Il faut trouver le bon terrain. Pas trop mouillé. Avec des arbres. » Après les fondations, quelques pierres pour délimiter les murs, qui seront montés avec des branches, puis une charpente et un toit. Enfin, une grande écorce pour la porte, sans oublier des fleurs pour décorer. Maintenant, regardez bien, les quatre petits pieds de nos amis qui dépassent ! Sous les yeux étonnés des animaux de la forêt ! Les premières pages de l’album montrent les habitants de ces bois, verdier, hermine et blaireau, tandis que les dernières aident à reconnaître plantain, orties et violettes. Des cabanes dans les bois, Sandra Edinger en a sûrement construit avec ses amis avant de dessiner celle-ci, un modèle du genre, toute de guingois mais parfaite pour vivre de belles aventures.

Dès 4 ans

Sandra Edinger, La cabane, L’Ecole des loisirs, coll. « Pastel », 2021, 30 p., 13 €.

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy

« — T’as vu ça, Einar ! dit papa. Buffalo Bill est à Borgisvik.
— Faudrait peut-être lui dire qu’il n’y a pas de bisons dans nos parages.
— Et pas d’Indiens non plus. »
Après quelques joutes oratoires entre le père, l’oncle d’Einar et le « cow-boy », place à la bagarre, puis aux explications autour de boissons d’hommes. On est comme ça, dans le Grand Nord, on fonce d’abord, on picole ensuite ! Mais foin de bisons ou d’Indiens. Ce que Bob Koufax vient chasser, ce n’est rien moins que le troll. Oui, « le troll géant des forêts profondes » ! Comment le jeune Einar va-t-il s’y prendre pour prévenir son ami Borigh-Borigh, « un troll authentique, haut comme une maison » ? D’autant plus que Gulliver, le chien de Bob, a un flair redoutable et que le troll – je ne vous fais pas de dessin – ça pue, ça pue… Ce nouvel épisode des aventures de Tor est aussi désopilant que les précédents, les péripéties s’enchaînent, pas toujours dans une extrême finesse mais dans un français riche en sons, en couleurs et en… parfums !

Dès 7 ans

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy, L’Ecole des Loisirs, coll. « Mouche », 2020, 88 p., 8 €

Lauren Wolk, La montagne qui m’a sauvée

La famille d’Ellie, 12 ans, la narratrice de ce roman, a quitté la ville lors de la Grande Dépression qui a contraint nombre d’Américains à repenser leur vie du tout au tout. La voilà donc installée, vaille que vaille, au pied de la montagne aux Echos, à vivre, ou survivre, de chasse, de pêche, d’un potager et de troc avec les familles voisines. Quand son père se retrouve dans le coma, Ellie va tout faire pour le guérir. Jusqu’à se risquer au sommet de la montagne, où vit une femme réputée un peu « sorcière »… Au fil des pages, elle se lie d’une belle amitié avec Larkin, qui a sculpté pour elle de minuscules objets en bois, et s’avère être le petit-fils de Cate, la « sorcière », autrefois infirmière, mais immobilisée par une grave blessure. Cate, qui pourrait aider à guérir son père, si elle-même s’en sort. Il entre un peu de naïveté dans une série de « coïncidences » romanesques mais l’essentiel n’est pas là : il est dans le courage, la patience, l’abnégation, la débrouillardise, l’empathie dont fait preuve Ellie, dans son amour de la nature, pourvoyeuse de trésors à ceux qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Plus qu’un manuel de survie ou qu’une expérience de survivalisme, le roman met en valeur des adolescents positifs, qui ne rechignent ni à couper du bois, ni à récolter du miel sauvage, ni à se priver de nourriture pourvu que la chienne puisse allaiter ses petits. Ellie, libre comme l’air, choisit de faire face, d’être responsable de la santé des autres, et voit s’affirmer sa vocation d’infirmière, ou de médecin. Cate guérit, le père d’Ellie se réveille de son coma, Larkin deviendra luthier, tout est bien qui finit bien. Ecologie, féminisme et valeurs traditionnelles font bon ménage dans ce roman d’apprentissage aux multiples rebondissements.

Dès 11 ans

Lauren Wolk, La montagne qui m’a sauvée, L’Ecole des loisirs, coll. « Medium », 2021, 416 p., 18 € — Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Anne de Béru.

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Chaque année, les animaux de la forêt se réunissent pour déguster une bonne galette. Celui qui aura la fève sera, pour un an, le roi de la forêt. Toutes les parts sont égales, mais il y en a qui essaient de tricher… Les enfants reconnaîtront quelques « trucs » bien connus et, peut-être, une variante de la fable du Corbeau et du Renard… Les dessins sont très frais, et la recette est donnée à la fin de l’album. Rendez-vous sous le grand chêne !

Dès 3 ans

Schéhérazade, La Galette et le Roi, illustrations de Marianne Barcilon, L’Ecole des Loisirs, coll. « Kaléidoscope », 2020, 13,50 €

Marie Desplechin, Séraphine

Marie Desplechin, Séraphine

Il ne fait pas bon être orpheline sur la Butte en 1885 — mais Séraphine, dite Fifi, ne se plaint pas : elle a un toit, de quoi manger, un tablier et Jeanne, chez qui elle a été placée, lui a fort bien appris à coudre. Le jour de ses 13 ans, l’abbé Sarrault, qui œuvre autour de Saint-Lazare (l’hospice, pas la gare), lui offre une médaille de sainte Rita. Prières à la patronne des causes désespérées, rubans accrochés à l’arbre aux vœux, mais aussi regards affûtés sur son entourage vont aider Séraphine à affronter son destin. Pendant que se construit la basilique (dont la grandiloquence en prend pour son grade !), la Butte frémit encore des souvenirs de la Commune. Or, si la mère de Séraphine est morte en couches, la jeune fille ignore qui est son père. D’autres le savent, et comme dans tout roman bienveillant, père et fille se retrouveront – grâce à une chaîne d’amitiés révolutionnaires.
Ce roman pose sans mièvrerie la question de la pauvreté du Paris laborieux de la fin du XIXe siècle, une pauvreté physique et morale que les institutions peinent à éradiquer, ce qui en fera terreau du socialisme, puis de l’anarchisme. Une touche de féminisme, un va-et-vient entre survivances quasi-païennes et progressisme parfois anticlérical, en font certes un roman à thèses, mais la plume de Marie Desplechin nous invite à parcourir aussi un Paris oublié, des estaminets de Montmartre aux ateliers du faubourg Saint-Antoine, avec un détour par Argenteuil, celui des impressionnistes. L’espoir réside aussi dans le fait que chaque personnage a des côtés positifs, une attention à l’autre qui peut être brouillonne ou maladroite, mais qui ouvre vers des temps meilleurs – le temps des cerises. Un roman qui invite à la réflexion.

Dès 12 ans

Marie Desplechin, Séraphine, L’Ecole des Loisirs, 2020, 256 p., 6,80 €. Réédition du roman paru en 2007.

Anne Brouillard, Pikkeli Mimou

KIlliok, dans sa cabane au fond des bois, voit tomber la première neige – et s’aperçoit que « demain, c’est l’anniversaire de Pikkeli Mimou ». Tout en cuisinant un succulent gâteau, il soliloque : quel meilleur équipement pour glisser sur le lac gelé ? Poète, il « entend chanter les étoiles », et profite de chaque instant au cœur de la forêt enneigée, même s’il n’est pas toujours rassuré. Chez Pikkeli Mimou, quelle joie de partager le gâteau avec Véronica au coin du poêle fumant ! Une histoire qui tombe à pic pour Noël, surtout si vous êtes familiers des Mimoons, auquel Killiok ressemble comme un frère. Les dessins et la mise en page sont un régal ! Pour les gourmands, le livre offre même la recette du gâteau de Killiok. Miam !

Dès 5 ans

Anne Brouillard, Pikkeli Mimou, L’Ecole des Loisirs, coll. Pastel, 2020, 32 p., 12,50 €

Sophie Chérer, Ma petite mésange

« Des guirlandes de cacahuètes et de lardons, des épis de millet, et une grosse boule de saindoux bien gras aux graines de tournesol, accrochés à une branche du pommier » : voilà le menu de Noël que Madame Harmand offre à ses mésanges et à tous les petits oiseaux de son jardin, pinsons, rouges-gorges et roitelets.
Cet album aux touches très seventies raconte, au fil de l’année, la vie d’une mésange, ses amours, la naissance et la croissance de ses petits. Informatif, certes, mais aussi très poétique, il invite à regarder plus souvent par la fenêtre du jardin. Tout comme le fait sûrement Gerda Muller (la maman de Marlaguette !) qui les peint avec autant de délicatesse et d’humour.

Dès 6 ans

Sophie Chérer, Ma petite mésange, illustrations de Gerda Muller, L’Ecole des Loisirs, 2020, 36 p., 12,50 €

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure

De l’aventure, du mystère et de l’action ! Rien de mieux pour faire frémir les lecteurs ! Ajoutez un jeune prince courageux, une sorcière, quelques personnages peu recommandables, un robot de métal et, enfin, un terrible monstre, mi-homme, mi-taureau, enfermé dans un labyrinthe effrayant. Sans oublier le délicieux sourire d’une princesse qui n’a pas froid aux yeux. Et voilà les aventures de Thésée qui prennent un petit air de jeu vidéo. D’Athènes à la Crète, que d’exploits ! Ils sont ici racontés avec brio par un grand écrivain américain, Nathaniel Hawthorne (1804–1864). « Le Minotaure » appartient à un recueil de nouvelles, les Tanglewood Tales ou Contes du Bois Touffu. Seul petit aménagement avec les textes fondateurs : Ariane refusant l’invitation de Thésée à la suivre, celui-ci ne l’abandonne donc pas sur l’île de Naxos – la morale puritaine est sauve !

Dès 12 ans

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 2019, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Du même auteur : La Toison d’or, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 1979, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Clément Roussier, Sullivan

… « Et les ciels de feu des soirs de la savane », précise le sous-titre. Or le roman commence par la rencontre du narrateur avec un vieil homme, aux portes du Sahara. Lequel vieil homme se lance dans un récit étrange : celui des aventures et des rencontres vécues par Sullivan, un renard blanc né dans le Grand Nord, mais dont le rêve est de connaître l’Afrique. Parce que « Il existe quelque part », une petite phrase qui trotte, et trotte, et trotte dans la tête de ce doux rêveur – homme ou renard. Qu’est-ce qui existe ? Où cela existe-t-il ? Sullivan l’ignore et il n’est pas certain que nous soyons parvenus à le savoir : la dernière page tournée, le lecteur sera peut-être plus attentif à la voix de sa conscience, et ce sera à lui de choisir sa route. Dans un autre temps, c’est le Petit Prince de Saint-Exupéry qui dialoguait avec un renard, à l’ombre d’une dune. Dans une veine analogue, Clément Roussier, grand voyageur, propose ici au lecteur un voyage initiatique, teinté de philosophie et de poésie. Certains le liront au premier degré, d’autres chercheront le sens de maximes ou de dialogues parfois énigmatiques. Il y a un côté un peu Peace and Love dans les aventures de ce renard routard qui aurait pu bourlinguer dans un Combi VW multicolore, mais qui a vaillamment tracé sa route sur ses quatre pattes – jusqu’en haut de la dernière colline.

Dès 12 ans

Clément Roussier, Sullivan, illustrations d’Allegra Pedretti, L’Ecole des Loisirs, 2020, 240 p., 12,50 €

Daniel Frost, La mystérieuse baleine

« Loin, très loin dans le Grand Nord, Nils et Anna s’installent autour du feu pour écouter leur père leur raconter une histoire. Celle d’une baleine gigantesque qui errait jadis dans les eaux environnantes… » Et si cette baleine, Nils allait à sa recherche ? Tout seul. Le voilà qui met son kayak à l’eau. Quand soudain, Anna jaillit du kayak comme un diable de sa boîte. Joueuse, bavarde, impatiente, la fillette ne facilite pas la navigation. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve isolée sur un tout petit morceau de banquise… Qui viendra à son secours ? « Un grand cœur généreux, aussi gros qu’un bateau », la fameuse baleine, bien sûr ! Bien emmitouflés, Nils en rouge et Anna en jaune, les enfants naviguent dans une superbe palette de bleus, d’orangés et de blancs qui donneraient presque envie de prolonger l’hiver.

Dès 4 ans

Daniel Frost, La mystérieuse baleine, 2020, L’École des Loisirs, 36 p., 13 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps

« Kazuko Akiyama, élève de troisième, achevait le ménage de la salle de sciences naturelles avec deux garçons de sa classe, Masaru Fukamachi et Goro Asakura. »  Mais au moment d’aller ranger quelques objets dans la salle de travaux pratiques, il lui semble que quelqu’un s’y cache, puis lui échappe. Elle respire alors le parfum d’une éprouvette laissée ouverte, et voilà qu’elle s’évanouit. Les trois jours suivants, rien ne se passe comme d’habitude, jusqu’à ce que la lycéenne s’aperçoive qu’elle vit dans un temps décalé d’une journée. Avant d’en revenir. Puis de repartir. D’où lui vient ce mystérieux pouvoir ? Est-elle devenue folle ? M. Fukushima, le professeur de sciences naturelles, trouvera-t-il une explication logique ? Que pourront ses deux amis, Masaru et Goro ? Le lecteur, lui, plonge dans un espace-temps qui lui est connu par les mangas : celui des lycéens japonais, introvertis, raisonnables et soucieux de ne pas se faire remarquer… ce qui ne marche pas à tous les coups ! Ce roman paru en épisodes en 1965 au Japon, a inspiré le film d’animation japonais La traversée du temps réalisé par Mamoru Hosoda. Romantisme et science-fiction dans les sixties, un grand classique au charme fou.

Dès 12 ans

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps, L’École des Loisirs, 2020 (réédition), 103 p., 8,20 € — Traduit du japonais

Matthieu Sylvander, Encore un orage

« Si Kévin s’est enfui, ce n’est pas de ma faute. Personne ne m’en voudra. Mais si on ne le retrouve pas, là c’est moi qui m’en voudrai. Toute ma vie. Parce que je SAIS où il est. Enfin, je crois. » Aurélien, 6 ans, le frère d’Estelle, la narratrice, 10 ans, a déjà retrouvé la casquette de Kévin, une vieille éponge trempée par l’orage. Les autres indices qui pourraient montrer que Kévin est tombé ? « Une chaussure. Son ours. Sa pipe. Son dentier. » Parce que Kévin est un vieux monsieur, arrivé en vacances avec « un groupe d’adultes déficients ». Un monsieur bizarre, mais si attachant. Très vite, la fillette le prend sous son aile et décide de lui faire découvrir ses montagnes. Un beau jour, elle lui fait découvrir des « trolles », ces superbes fleurs jaunes des alpages – et non des « trolls », comme elle le fait croire à Aurélien. Mais voici l’orage, Kévin a disparu… Et l’orage, Estelle le déteste : il lui a pris son papa, guide de haute montagne. Matthieu Sylvander décrit avec beaucoup de justesse la vie des enfants « du pays », ceux qui se débrouillent pour occuper leur été pendant que les parents travaillent – avec les portraits croustillants de certains ados, vus par les plus jeunes. Il aborde surtout avec un immense tact les relations riches d’une empathie constructive que les enfants peuvent lier avec des adultes « pas comme les autres ». Pas de souci : Kévin sera retrouvé en bonne santé.

Dès 8 ans

Matthieu Sylvander, Encore un orage, illustrations de Pénélope Jossen, L’Ecole des Loisirs, coll. « Neuf », 2020, 120 p.