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Kallie George, Le petit faon

« Ce matin, maman a aperçu une biche.
Papa et Sara l’ont vue aussi. »
Là, tout près, juste derrière les draps un peu transparents, sur le fil à linge, dans le jardin.
« Pas moi. Je m’habillais toute seule, dans ma chambre. Je rate toujours tout. »
Voilà notre pit’choune bien décidée à la voir, cette biche… Suivons-la au jardin, un grand jardin, avec des sapins, des pommiers, un étang. Mais sommes-nous toujours dans le jardin, ou un peu plus loin, dans cette nature accueillante et douce ? Et là, dans les buissons, qui est-ce qui se fait à peine entendre ?
Les illustrations d’Ellie MacKay, doucement aquarellées et parfois japonisantes, donnent un charme fou à cet album. Un joli conte promenade, idéal en ces jours printaniers où certaines ont la chance de mettre leurs draps à sécher au vent…

Dès 3 ans

Kallie George, Le petit faon, illustrations d’Elly MacKay, L’Ecole des Loisirs, 2022, 13 € — Traduit de l’anglais par Rosalind Elland-Goldsmith

Satomi Ichikawa, Accroche-toi à Maman !

Hier, Rimba a vu « un bébé orang-outan sur le dos de sa maman » — car la fillette vit sur l’île de Bornéo, à la lisière de la plus ancienne forêt tropicale du monde, où se cachent les derniers membres de cette espèce menacée. Le lendemain, quand sa maman lui demande d’aller chercher quelques bananes, elle lève le nez, et aperçoit un « nid » bien étrange… Et voilà le début d’une drôle d’aventure : Rimba va rejoindre Pongo et sa maman. Elle nous fait ainsi découvrir la vie quotidienne de ces grands singes, lors d’une promenade assez mouvementée dans la canopée. Satomi Ichikawa illustre avec humour et finesse cette histoire pleine d’imprévus. Notamment à l’heure du repas : une bouchée de durian, passe encore, mais des fourmis, non merci !

Dès 5 ans

Satomi Ichikawa, Accroche-toi à Maman !, L’Ecole des Loisirs, 2022, 28 p., 13 €

Alain Broutin, Calinours se réveille

« Ohé ! C’est moi, Calinours !
Je suis déjà réveillé.
En attendant le printemps
Je me promène en chantant :
Vive la neige ! Vive le vent ! »
Et c’est parti pour une belle partie de luge, ou plutôt de toboggan sur son « petit derrière ».
Mais qu’en pensent le lièvre, le castor ou l’écureuil ? Le sanglier et la tourterelle ?
Un conte-randonnée très classique (il y a près de 20 ans que Calinours nous régale !), idéal pour passer de l’hiver au printemps. Chez moi, les perce-neige ont déjà laissé la place aux primevères. Alors, vite, aidons Calinours à se réveiller pour de bon.

Dès 3 ans

Alain Broutin, Calinours se réveille, illustrations de Frédéric Stehr, L’Ecole des Loisirs, coll. « Les Lutins », 1992, réédition 2020, 32 p., 5 € — Imprimé en France

Jörg Mühle, On joue, Petit Lapin !

« Où est Petit Lapin ?  — Ici ! » Bien caché derrière son doudou ! Un tour de balançoire, un Splatch ! dans sa petite baignoire, à quoi va encore jouer Petit Lapin ? Ce Petit Lapin est tout aussi facétieux que ses cousins dessinés par Dick Bruna. Libéré du trait années ’60 du ‘papa de Miffy’, et, donc un peu plus coquin mais voué aussi à une belle existence, cet album étant le quatrième d’une série plébiscitée par les bébés.

Tout-petits

Jörg Mühle, On joue, Petit Lapin !, L’Ecole des Loisirs, coll. Pastel, 2022, 20 p., 9 € — Traduit de l’allemand par Svea Winkler-Irigoin

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres

Lancelove, monté sur son fier destrier Galopin de Pas-Marrant, n’est pris au sérieux ni par les autres chevaliers ni par la princesse Laudine dont il est secrètement amoureux. Au moment où tous se séparent pour partir à l’aventure, Lancelove annonce qu’il rapportera le Chat-Ours, un animal mi-chat mi-ours (on s’y serait attendu !), que personne n’a jamais trouvé. Le Pays Imaginaire ouvre ses portes à Lancelove (mot de passe : ?Vénéneux1515 !) et c’est parti pour une chevauchée entre monstres, forêts enchantées et dragons – bref, le quotidien de tout chevalier qui se respecte. Une foule de jeux de mots, une once de philosophie (« dans la vie, sans se poser de questions, on n’avance pas ») et hop ! entre une invocation à Saint Chrétien de Troyes et au Chevalier Lorris de Meung, le chat-ours tombe dans l’escarcelle de Lancelove. Il ne reste plus qu’à rentrer et à apprendre quels sont les projets de Laurine. Les illustrations de Juliette Barbanègre sont aussi denses et colorées que l’imagination de Carl Norac, qui se fait un malin plaisir de parodier gentiment les chansons de geste.

Dès 8 ans

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres, illustrations de Juliette Barbanègre, L’Ecole des Loisirs, coll. Pastel, 50 p., 13,50 € — Imprimé en Italie.

Inga Moore, Le bibliobus

Inga Moore, Le bibliobus

Quand Elan eut raconté toutes les histoires qu’il connaissait, il alla emprunter des livres à la bibliothèque. Son talent de conteur fit si vite le tour de la forêt que les animaux vinrent de plus en plus nombreux écouter ses lectures. Nouvelle idée de génie : notre Elan trouva, à la casse, un vieux bus (rouge à deux étages, of course) qu’il bricola pour le transformer en bibliobus et distribuer des livres à toute la forêt. Mais voilà…  « On ne sait pas lire, s’exclama Ourse. Alors, Elan lui apprit à lire. Et elle apprit à Blairelle. Qui apprit à Renard. » Et chacun de découvrir le plaisir de lire, chez soi ou entre amis. Quant à Elan, il continua de lire des contes à ses amis, grands et petits, car son talent était inimitable. Cet album est une ode à la lecture, aux livres, à l’amitié, au partage, dans une ambiance douce et feutrée, canapés confortables, scones et mugs fumants, avec cette inimitable touche d’humour 100 % british qui ravira toute la famille à l’heure d’aller au lit – ou au bibliobus.

Dès 4 ans

Inga Moore, Le bibliobus, L’Ecole des Loisirs, coll. « Pastel », 2021, 56 p., 14,50 € — Traduit de l’anglais par Aude Gwendoline.

Marie Chartres, Un caillou dans la poche

Sur cette île, 216 habitants, 6 élèves dont Tino, beaucoup de vieux… et soudain, 24 enfants qui déboulent du bateau en classe verte. Parmi eux, une fillette en salopette violette, Antonia, « une fille super-énervante et super-mystérieuse, qui connaît presque tout à l’exception des crottes de lapin », explique Tino, 10 ans, le héros de cette belle histoire d’amitié. Un petit garçon aventureux, qui connaît son île comme sa poche, et qui se pose aussi beaucoup de questions sur le monde. Selon lui, même si « les mots sont trop petits ou trop grands pour raconter ce que l’on ressent vraiment » « le monde est minuscule et la nature grandiose ». Et puis, Sein, malgré les tempêtes, la pêche aux bigorneaux et les cache-cache dans les fougères, c’est bien petit, et « la question de l’infini l’inquiète ». Enfin, pas tant que la marée haute, que les enfants n’ont pas vu venir et qui les isole sur une « île dans l’île ». Une aventure qui se terminera autour de piles de crêpes ! L’écriture de Marie Chartres est pleine de surprises, joyeuse et profonde à la fois, gourmande et drôle. Quel plaisir de lire des romans écrits dans un français généreux et pétri d’humour, et non pas conçus industriellement avec 200 mots pour être traduits dans le monde entier. Les aquarelles de Jean-Luc Englebert, lumineuses et sobres, font un clin d’œil au style d’un Sempé d’aujourd’hui. Un roman bien sympathique pour garder sur la peau le goût des embruns !

Dès 9 ans

Marie Chartres, Un caillou dans la poche, illustrations de Jean-Luc Englebert, L’Ecole des Loisirs, 2021, 128 p., 12,50 €

Sandra Edinger, La cabane

Construire une cabane dans la forêt, c’est tout un art ! « Il faut trouver le bon terrain. Pas trop mouillé. Avec des arbres. » Après les fondations, quelques pierres pour délimiter les murs, qui seront montés avec des branches, puis une charpente et un toit. Enfin, une grande écorce pour la porte, sans oublier des fleurs pour décorer. Maintenant, regardez bien, les quatre petits pieds de nos amis qui dépassent ! Sous les yeux étonnés des animaux de la forêt ! Les premières pages de l’album montrent les habitants de ces bois, verdier, hermine et blaireau, tandis que les dernières aident à reconnaître plantain, orties et violettes. Des cabanes dans les bois, Sandra Edinger en a sûrement construit avec ses amis avant de dessiner celle-ci, un modèle du genre, toute de guingois mais parfaite pour vivre de belles aventures.

Dès 4 ans

Sandra Edinger, La cabane, L’Ecole des loisirs, coll. « Pastel », 2021, 30 p., 13 €.

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy

« — T’as vu ça, Einar ! dit papa. Buffalo Bill est à Borgisvik.
— Faudrait peut-être lui dire qu’il n’y a pas de bisons dans nos parages.
— Et pas d’Indiens non plus. »
Après quelques joutes oratoires entre le père, l’oncle d’Einar et le « cow-boy », place à la bagarre, puis aux explications autour de boissons d’hommes. On est comme ça, dans le Grand Nord, on fonce d’abord, on picole ensuite ! Mais foin de bisons ou d’Indiens. Ce que Bob Koufax vient chasser, ce n’est rien moins que le troll. Oui, « le troll géant des forêts profondes » ! Comment le jeune Einar va-t-il s’y prendre pour prévenir son ami Borigh-Borigh, « un troll authentique, haut comme une maison » ? D’autant plus que Gulliver, le chien de Bob, a un flair redoutable et que le troll – je ne vous fais pas de dessin – ça pue, ça pue… Ce nouvel épisode des aventures de Tor est aussi désopilant que les précédents, les péripéties s’enchaînent, pas toujours dans une extrême finesse mais dans un français riche en sons, en couleurs et en… parfums !

Dès 7 ans

Thomas Lavachery, Tor et le cow-boy, L’Ecole des Loisirs, coll. « Mouche », 2020, 88 p., 8 €

Lauren Wolk, La montagne qui m’a sauvée

La famille d’Ellie, 12 ans, la narratrice de ce roman, a quitté la ville lors de la Grande Dépression qui a contraint nombre d’Américains à repenser leur vie du tout au tout. La voilà donc installée, vaille que vaille, au pied de la montagne aux Echos, à vivre, ou survivre, de chasse, de pêche, d’un potager et de troc avec les familles voisines. Quand son père se retrouve dans le coma, Ellie va tout faire pour le guérir. Jusqu’à se risquer au sommet de la montagne, où vit une femme réputée un peu « sorcière »… Au fil des pages, elle se lie d’une belle amitié avec Larkin, qui a sculpté pour elle de minuscules objets en bois, et s’avère être le petit-fils de Cate, la « sorcière », autrefois infirmière, mais immobilisée par une grave blessure. Cate, qui pourrait aider à guérir son père, si elle-même s’en sort. Il entre un peu de naïveté dans une série de « coïncidences » romanesques mais l’essentiel n’est pas là : il est dans le courage, la patience, l’abnégation, la débrouillardise, l’empathie dont fait preuve Ellie, dans son amour de la nature, pourvoyeuse de trésors à ceux qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Plus qu’un manuel de survie ou qu’une expérience de survivalisme, le roman met en valeur des adolescents positifs, qui ne rechignent ni à couper du bois, ni à récolter du miel sauvage, ni à se priver de nourriture pourvu que la chienne puisse allaiter ses petits. Ellie, libre comme l’air, choisit de faire face, d’être responsable de la santé des autres, et voit s’affirmer sa vocation d’infirmière, ou de médecin. Cate guérit, le père d’Ellie se réveille de son coma, Larkin deviendra luthier, tout est bien qui finit bien. Ecologie, féminisme et valeurs traditionnelles font bon ménage dans ce roman d’apprentissage aux multiples rebondissements.

Dès 11 ans

Lauren Wolk, La montagne qui m’a sauvée, L’Ecole des loisirs, coll. « Medium », 2021, 416 p., 18 € — Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Anne de Béru.

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Schéhérazade, La Galette et le Roi

Chaque année, les animaux de la forêt se réunissent pour déguster une bonne galette. Celui qui aura la fève sera, pour un an, le roi de la forêt. Toutes les parts sont égales, mais il y en a qui essaient de tricher… Les enfants reconnaîtront quelques « trucs » bien connus et, peut-être, une variante de la fable du Corbeau et du Renard… Les dessins sont très frais, et la recette est donnée à la fin de l’album. Rendez-vous sous le grand chêne !

Dès 3 ans

Schéhérazade, La Galette et le Roi, illustrations de Marianne Barcilon, L’Ecole des Loisirs, coll. « Kaléidoscope », 2020, 13,50 €

Marie Desplechin, Séraphine

Marie Desplechin, Séraphine

Il ne fait pas bon être orpheline sur la Butte en 1885 — mais Séraphine, dite Fifi, ne se plaint pas : elle a un toit, de quoi manger, un tablier et Jeanne, chez qui elle a été placée, lui a fort bien appris à coudre. Le jour de ses 13 ans, l’abbé Sarrault, qui œuvre autour de Saint-Lazare (l’hospice, pas la gare), lui offre une médaille de sainte Rita. Prières à la patronne des causes désespérées, rubans accrochés à l’arbre aux vœux, mais aussi regards affûtés sur son entourage vont aider Séraphine à affronter son destin. Pendant que se construit la basilique (dont la grandiloquence en prend pour son grade !), la Butte frémit encore des souvenirs de la Commune. Or, si la mère de Séraphine est morte en couches, la jeune fille ignore qui est son père. D’autres le savent, et comme dans tout roman bienveillant, père et fille se retrouveront – grâce à une chaîne d’amitiés révolutionnaires.
Ce roman pose sans mièvrerie la question de la pauvreté du Paris laborieux de la fin du XIXe siècle, une pauvreté physique et morale que les institutions peinent à éradiquer, ce qui en fera terreau du socialisme, puis de l’anarchisme. Une touche de féminisme, un va-et-vient entre survivances quasi-païennes et progressisme parfois anticlérical, en font certes un roman à thèses, mais la plume de Marie Desplechin nous invite à parcourir aussi un Paris oublié, des estaminets de Montmartre aux ateliers du faubourg Saint-Antoine, avec un détour par Argenteuil, celui des impressionnistes. L’espoir réside aussi dans le fait que chaque personnage a des côtés positifs, une attention à l’autre qui peut être brouillonne ou maladroite, mais qui ouvre vers des temps meilleurs – le temps des cerises. Un roman qui invite à la réflexion.

Dès 12 ans

Marie Desplechin, Séraphine, L’Ecole des Loisirs, 2020, 256 p., 6,80 €. Réédition du roman paru en 2007.