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Grands auteurs

Herman Melville, Moby Dick

«  — Un cachalot blanc, j’ai dit, reprit Achab en jetant le maillet sur le pont, un cachalot blanc. Arrachez-vous les yeux pour le voir, les gars.
Tashtego, Daggoo et Queequeg avaient assisté à toute la scène avec un intérêt, une surprise plus intense encore que les autres, et l’évocation du front ridé, de la mâchoire torve, les avait fait sursauter, comme s’ils avaient été touchés, chacun, par quelque souvenir personnel.
— Capitaine Achab, dit Tashtego, ce cachalot blanc doit être celui que certains appellent Moby Dick.
— Moby Dick ? hurla Achab ? Tu connais donc le cachalot blanc, Tash ? »
Épopée maritime, roman universel, allégorie biblique, livre culte, Moby Dick résiste, par son immensité, à toutes les définitions. Pourtant, son intrigue même tient en quelques mots : la traque obsessionnelle par un homme du cachalot qui lui a arraché une jambe… Cette version, adaptée, tiendra le lecteur en alerte sur près de 200 pages, grand format.
De ses voyages en Asie, puis au Brésil, à Madagascar, au Chili, Olivier Tallec sait bien que l’océan n’est pas toujours bleu – ici, il prend toutes les nuances du rouge à l’orangé, tandis que les ciels s’agitent de tempêtes lors desquelles les marins se sentent tout petits.

Dès 10 ans

Herman Melville, Moby Dick, illustré par Olivier Tallec, École des Loisirs, coll. « Illustrés classiques », 2020, 14 € — Traduit et abrégé de l’anglais par Marie-Hélène Sabard.

Maurice Genevoix, Ceux de 14

Maurice Genevoix, Ceux de 14

« Debout tout le monde ! Debout ! Allons, debout !
Je secoue le caporal qui dort près de moi. D’un bout à l’autre de la section, c’est un long bruit de paille froissée ; puis des baïonnettes tintent, des culasses cliquettent. » Quelques lignes, prises au hasard dans cet énorme volume. Au jour le jour, le jeune sous-officier Genevoix a tracé le portrait de ses hommes, brossé les paysages environnants, tenté de faire comprendre à « ceux de l’arrière » ce qu’étaient les tranchées, les combats, les attentes, les souffrances, mais aussi les quelques instants de gaîté et l’immense camaraderie qui a permis de tenir… « Sous Verdun », « Nuits de guerre », « La Boue », « Les Éparges » : ces quatre récits sont suivis, dans cette réédition, de notes et de précisions bien utiles.
Un livre monument, non pas par le nombre de pages, mais par la mémoire des morts qu’il honore dans une langue simple et belle.

Adolescents

Maurice Genevoix, Ceux de 14, Flammarion, 2013, 953 p., 25 €.

Jules César, Centurion, un nouveau numéro de la revue TétrasLire

Eduens, Séquanes, Helvètes, Germains, Harudes, Némètes… Que de peuples belliqueux en lutte, de la Gaule à la Germanie ! Alors, quand les Romains s’en mêlent, les choses se compliquent ! Faut-il cependant croire sur paroles les récits de Jules César dans la Guerre des Gaules ? Le numéro de septembre du mensuel TétrasLire a choisi un extrait de ce texte fameux pour conduire ses lecteurs au cœur des combats. Les illustrations de Jacques Guillet collent bien au récit, tandis que celles de Clémence Meynet font merveille pour accompagner « le rêve de Goban », un conte inspiré du monde celte. Entre ces deux textes, jeux, documentaires, recettes accompagnent les 8–12 ans sur les traces de César et de Vercingétorix.

Dès 8 ans

Jules César, Centurion, revue TétrasLire, septembre 2020, 96 p., 9,50 € — abonnements sur le site de l’éditeur, Alba Verba

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver

Gulliver – Lemuel de son prénom – est, l’a‑t-on oublié ? – chirurgien de marine. Jusqu’au jour où son navire fait naufrage. Le voilà recueilli par les Lilliputiens, peuple minuscule mais néanmoins belliqueux. Un des motifs de leur guerre contre l’Empire de Blefuscu ? « Une très vieille querelle autour de la façon de casser les œufs à la coque » : par le gros bout, comme les Gros-Boutistes, ou par le petit bout, comme le défendent les Petits-Boutistes ? Après ce voyage à Lilliput, Gulliver se retrouve à Broddingnag, quelque part entre l’Amérique et le Japon, puis à « Laputa, Balnibarbi et autres contrées », avant de se retrouver chez les Houyhnhnms, ces chevaux aussi beaux qu’intelligents. Ce roman d’aventures du XVIIIe siècle, où la science-fiction et le fantastique permettent de se moquer de nos travers, a été adapté ici pour de jeunes lecteurs sans perdre de sa vivacité ni de son style inimitable.

Dès 9 ans

Jonathan Swift, Voyages de Gulliver, adaptation de Claude Carré, illustrations de Kaa, Auzou, coll. « Recueils universels », 2017, 104 p., 17,50 €

George Orwell, 1984

George Orwell, 1984

« Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston restait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu autant qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. » Police de la Pensée, ministère de la Vérité, ministère de l’Amour, « contrôle de la Réalité »… en 1984, « Big Brother vous regarde ».
Aujourd’hui, la Police de la Pensée et la novlangue sont-elles encore de la science-fiction ? Vient de paraître, chez Gallimard, une nouvelle traduction, qui a subi une réécriture très dégradée et… orwellienne : la « novlangue » devient le « néoparler » et la « police de la pensée », la « Mentopolice ». Il est grand temps de se procurer la traduction de 1950, qui, si elle a quelques défauts, a fait passer dans le langage commun quelques termes critiques bien utiles face à notre société de surveillance médiatique.

Adolescents

George Orwell, 1984 — Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti (1950). Éditions de poche, dont Folio, 1972, 438 p., 8,90 €, toujours disponible.

Arthur Conan Doyle, Flamme d’Argent, dans le mensuel TétrasLire

Un cheval ne disparaît pas aussi facilement qu’un bijou ! C’est pourtant ce qui se passe avec Flamme d’argent, le cheval aux multiples victoires, le grand favori des parieurs, qui se volatilise sans laisser de trace à quelques jours de la fameuse Coupe du Wessex. Heureusement pour son propriétaire, Sherlock Holmes est intrigué par l’affaire… Cette nouvelle signée Arthur Conan Doyle ouvre le 53e numéro du magazine TétrasLire, « le magazine des 8–12 ans qui donne des ailes à la lecture ». Qui aura un esprit de déduction aussi affûté que celui du célébrissime détective ? Les jeux et activités proposés ont bien sûr pour thème enquête policière et vieille Angleterre – miam, il y a même une recette de scones ! Et pour finir, quelques « idioties » légendaires de Nasr Eddin, aux étonnants raisonnements.

Dès 8 ans

Magazine TétrasLire, juin 2020, 96 p. Prix au numéro : 9,50 € — Abonnements et autres numéros sur le site de TétrasLire.

Jules Verne, Michel Strogoff

« Le czar le regarda encore une fois bien en face, les yeux dans les yeux. Puis, d’une voix brève :
“Ton nom ? demanda-t-il.
— Michel Strogoff, Sire.
— Ton grade ?
— Capitaine au corps des courriers du czar.
— Tu connais la Sibérie ?
— Je suis Sibérien. […]
— Voici une lettre, dit-il, que je te charge, toi, Michel Strogoff, de remettre en main propre au grand-duc et à nul autre que lui.
— Je la remettrai, Sire. »
Qui osera dire qu’il y a des longueurs chez Jules Verne, après la lecture d’un dialogue aussi énergique ? Quand il s’agit de longueurs, elles se mesurent ici en verstes qui, converties, donnent, de Moscou à Irkoutsk, 5 523 kilomètres. Orages, marais, incendies, chavirages, loups féroces, trahisons… Que de péripéties pour échapper aux hordes tartares menées par Ivan Ogareff et tenir sa promesse ! En compagnie de la belle Nadia, de l’Anglais Harry Blount et du Français Alcide Jolivet, journalistes en quête de sensationnel, le lecteur suivra Michel Strogoff jusqu’aux rivages du lac Baïkal. Certes, le format de poche ne rend pas justice aux célèbres illustrations de la collection Hetzel, mais cette édition propose le texte intégral pour un prix modique.

Adolescents

Jules Verne, Michel Strogoff, illustrations originales de l’édition Hetzel, Le Livre de Poche, 2018, 446 p., 6,60 € — Texte intégral- Imprimé en France.

Alexandre Dumas (d’après), Romans d’aventures

« Vous êtes jeune, vous êtes gascon, vous êtes mon fils, donc vous êtes brave. Chercher les aventures !  Je vous ai appris à manier l’épée, vous avez une poigne d’acier, alors battez-vous à tout propos ! Battez-vous d’autant plus que les duels sont interdits et que, par conséquent, il y a deux fois plus de courage à se battre ! » Quel père donnerait aujourd’hui semblables conseils à son fils ? Mais celui-ci est l’un des héros de notre roman : il se nomme d’Artagnan ! Après avoir revécu les aventures trépidantes de ce jeune Gascon et des trois mousquetaires, n’hésitez pas à suivre les traces d’Edmond Dantès, alias le Comte de Monte-Cristo. Cette adaptation, illustrée avec humour, respire la joie de vivre ! Il sera temps, plus tard, de se plonger dans les originaux.

Dès 9 ans

Alexandre Dumas (d’après), Romans d’aventures, adaptation de C. Carré, illustrations de N. Lawson, Auzou, 2019, 145 p., 17,50 €

Alexandre Dumas, Les aventures de Lydéric, grand forestier de Flandre

« A l’âge de dix-huit ans, Lydéric, dont la double éducation physique et morale était accomplie, était, quoiqu’il n’eût point quitté sa forêt nourricière, un des hommes les plus forts et les plus savants, non seulement du royaume des Francs, mais encore du monde entier. » Le jeune homme, qui ne se sait pas encore héritier de Salwart, prince de Dijon, enterre le brave ermite qui l’a recueilli tout bébé et part courir l’aventure dans le vaste monde.
Nous sommes au mitan d’un VIIe siècle que l’imagination flamboyante d’Alexandre Dumas (père) peuple non seulement de rois (Dagobert compris), de reines (ô douce Ermengarde !), de guerriers, d’ermites et d’évêques, mais aussi d’êtres surnaturels, dragons, nains et rossignols doués de parole. Car non seulement Dumas s’inspire d’une légende du XVIe siècle, bien vivace en Flandre, mais il emprunte divers événements à d’autres légendes médiévales. En effet, ce Lydéric, premier comte de Flandre, décide un jour, entre autres aventures, de conquérir le trésor des Nibelungen et d’épouser « la princesse Chrimhilde, sœur de Gunther, roi des Higlands ». Et hop ! Nous voici transportés dans un monde légendaire voisin ! Et dans un autre encore, quand Lydéric et Gunther embarquent pour l’Islande, à la conquête du château de Ségard, gardé par une hydre géante. Il y réveille… Brunehilde ! Force, beauté et courage ne manquent pas à notre héros pour voler d’exploit en exploit. La légende veut aussi que Lydéric, après avoir vengé son père en tuant son meurtrier le géant Phinaert, ait fondé la ville de Lille.
Paru en feuilleton entre 1840 et 1842 dans Le Musée des familles, ce récit a connu un succès immédiat. Réédité ici avec les illustrations de l’époque, il entraîne le lecteur dans des contrées aussi étranges que mystérieuses. Il le réconciliera peut-être, au passage, avec les imparfaits du subjonctif, les conditionnels passés et les phrases à rallonge qui naissent comme par magie sous la plume de Dumas.
Pour finir, sachez que les deux géants Lydéric et Phinaert parcourent tous les ans la ville de Lille lors de la célèbre braderie. Mais gare à qui osera leur chercher noise !

Dès 12 ans

Alexandre Dumas, Les aventures de Lydéric, grand forestier de Flandre, Les Amis de la culture européenne, 2006, 144 p., 14,50 € — Texte intégral. Pour commander, c’est ici.

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure

De l’aventure, du mystère et de l’action ! Rien de mieux pour faire frémir les lecteurs ! Ajoutez un jeune prince courageux, une sorcière, quelques personnages peu recommandables, un robot de métal et, enfin, un terrible monstre, mi-homme, mi-taureau, enfermé dans un labyrinthe effrayant. Sans oublier le délicieux sourire d’une princesse qui n’a pas froid aux yeux. Et voilà les aventures de Thésée qui prennent un petit air de jeu vidéo. D’Athènes à la Crète, que d’exploits ! Ils sont ici racontés avec brio par un grand écrivain américain, Nathaniel Hawthorne (1804–1864). « Le Minotaure » appartient à un recueil de nouvelles, les Tanglewood Tales ou Contes du Bois Touffu. Seul petit aménagement avec les textes fondateurs : Ariane refusant l’invitation de Thésée à la suivre, celui-ci ne l’abandonne donc pas sur l’île de Naxos – la morale puritaine est sauve !

Dès 12 ans

Nathaniel Hawthorne, Le Minotaure, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 2019, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Du même auteur : La Toison d’or, illustrations de Régis Loisel, L’Ecole des Loisirs, coll. « Classiques », 1979, 96 p., 5,10 € — texte intégral traduit de l’anglais par Catherine Chaine.

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace

« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines. Tous les dimanches après-midi il allait se promener avec son père dans des chemins bordés de haies. » Mais pour qui marche entre les haies, la question demeure : qu’y a‑t-il donc au-delà ? Et notre garçon de rêver… Grimper aux arbres, aussi haut que les écureuils et les oiseaux… Et puis un jour — ou plutôt une nuit – le voilà au pied d’un escalier merveilleux qui s’enroule autour d’un arbre immense. « Le plus grand étonnement du petit garçon fut de se rendre compte que l’œil pouvait voir si loin. Il comprenait maintenant ce qu’on voulait dire quand on disait “à perte de vue”. C’était très loin. C’était même si loin que peut-être ça n’existait pas. Car sa vue ne se perdait pas, elle s’en allait simplement jusqu’à l’endroit où le tapis de l’espace rejoignait le tapis du ciel. »
Les illustrations de François Place font merveille pour donner plus de vie encore à ce très beau texte, retrouvé dans les archives de Jean Giono et facile d’accès pour les jeunes lecteurs. Une initiation bienvenue à la « grande littérature ».

Dès 8 ans

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Cadet Les Classiques », 2018 (réédition), 48 p., 6,50 € — Imprimé en Espagne

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre

« Le professeur Otto Lidenbrock et son neveu Axel ont trouvé un message secret très ancien caché dans un vieux livre. » Si ancien qu’il est écrit en runes ! Il y aurait un passage menant au centre de la Terre ! Et les voilà partis ! En 20 pages cartonnées, il ne manque ni les ichtyosaures, ni les plésiosaures, ni les champignons géants, ni le troupeau de mammouths ! De l’Islande au Stromboli, que d’aventures ! L’histoire est décomposée pour être accessible aux plus jeunes : des phrases très courtes, des objets simples, le tout en suivant la trame du livre et en respectant l’imaginaire de l’auteur. Mais l’essentiel, ce sera la voix de Papa pour raconter ce voyage extraordinaire.

Avant 3 ans

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre, illustrations de Marjorie Béal, Editions Balivernes, 2019, 20 p. cartonnées, 9 € — Imprimé en Pologne.