Thème

Fantastique

Katerina Gorelik, Regarde par la fenêtre

Katerina Gorelik, Regarde par la fenêtre

« Quelle jolie maison avec un jardin ! Et quelle adorable vieille dame à la fenêtre. » Mais la page tournée, voilà qu’elle apparaît sous son vrai visage : « une affreuse sorcière qui concocte des potions pour transformer ses invités en souris et cafards ». Brr… La maison brûle-t-elle ? Le loup a‑t-il déjà avalé le Petit Chaperon rouge ? Les œufs sont-ils à l’abri dans le poulailler ? Y a‑t-il vraiment un dinosaure dans la maison ? La réponse se trouve derrière chaque fenêtre ouverte… à l’imagination !
Dans cet album, en effet, il ne s’agit pas de regarder au dehors depuis sa fenêtre, mais d’essayer de savoir ce qui se passe derrière la fenêtre de certaines maisons… et de jouer à se faire peur, entre fantômes, sorcières et bestioles peu ragoûtantes souvent sortis des contes les plus connus des enfants… Au passage, on se souviendra aussi que les apparences sont parfois trompeuses, et cela aussi dans la vraie vie.

Dès 5 ans

Katerina Gorelik, Regarde par la fenêtre, Saltimbanque Editions, 2021, 60 p., 15,90

Eric Senabre, Megumi et le fantôme

Eric Senabre, Megumi et le fantôme

A l’occasion de la sortie en poche de ce délicieux roman, voici une réédition de ma chronique. Quel monument de Dublin va donc visiter Megumi Fujita, en ce mois de mai 1985 ? Rien de moins que la maison où vécut son arrière-arrière-arrière-grand-père, un médecin irlandais. Une maison pas comme les autres… en effet, elle est hantée ! Mais, en bonne écolière japonaise habituée aux esprits, kami, yurei et autres yôkai, Megumi ne s’enfuit pas aux premiers grincements de porte. Et voilà qu’elle va tout faire pour ramener le fantôme de son ancêtre à Tokyo. Commence alors une enquête riche en rebondissements. Megumi saura-t-elle délivrer Horatio Hearn de l’injuste malédiction qui l’a frappée ? Le roman débute donc sur les traces du Fantôme de Canterville pour continuer dans le voisinage de Mon voisin Totoro. Le tout sous la plume inspirée d’Eric Senabre qui, entre deux canulars hilarants (avis aux écoliers : un squelette peut aider à tricher), offre une belle réflexion sur l’identité, la transmission et l’amitié. Les adultes reliront en parallèle les Lettres japonaises et les Fantômes japonais de Lafcadio Hearn (1850 – 1904) à qui Eric Senabre rend ici un bel hommage.

Dès 9 ans

Eric Senabre, Megumi et le fantôme, illustrations de Gloria Pizzilli, Didier Jeunesse, 2017, 224 p., 12 € — et en poche, Le Livre de Poche, 2021, 224 p., 5,90 €

Bernard Villiot, Le souffleur de rêves

« “Quel rêve aimerais-tu faire ?” demanda-t-il.
Giacomo n’avait pas rêvé depuis si longtemps qu’il ne sut répondre.
“Un rêve bleu, comme le fond de tes yeux ?”
L’enfant acquiesça sans savoir ce que cela signifiait.
Zorzi choisit un pain de verre couleur outremer et le déposa dans e foyer ardent. Quand il eut l’aspect d’une pâte rougeoyante, il y planta sa sarbacane et souffla. Une bulle perla, aussi fragile et insaisissable qu’un rêve d’enfant. »
Si vous avez eu la chance de voir des souffleurs de verre, et la plus grande chance d’avoir pu les voir à Murano, vous ne serez pas surpris qu’on puisse ainsi « souffler des rêves extraordinaires ». Ce conte laisse une grande part à l’imaginaire et à la poésie ; les illustrations de Thibault Prugne, parfois douces mais parfois aussi violentes, accompagnent ce texte original et font découvrir quelques secrets que peu de gens savent voir à Venise.

Dès 5 ans

Bernard Villiot, Le souffleur de rêves, illustrations de Thibault Prugne, Gautier-Languereau, 2020, 40 p, 9,95 € — Imprimé en Europe

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle

Mowgli « se fatiguait beaucoup d’avoir à répéter cent fois la même chose. Mais, comme Baloo le disait à Bagheera, un jour que Mowgli avait reçu la correction d’un coup de patte et s’en était allé bouder :
— Un petit d’homme est un petit d’homme, et il doit apprendre toute… tu entends bien, toute la Loi de la Jungle.
— Oui, mais il est tout petit, songes‑y, dit la panthère noire, qui aurait gâté Mowgli si elle avait fait à sa guise. Comment sa petite tête peut-elle garder tous tes longs discours ?
— Y a‑t-il quelque chose dans la Jungle de trop petit pour être tué ? Non. C’est pourquoi je lui enseigne tout cela, et c’est pourquoi je le corrige, oh ! très doucement, lorsqu’il oublie.
— Doucement ! Tu t’y connais, en douceur, vieux Pied de Fer, grogna Bagheera. Elle lui a joliment meurtri le visage, aujourd’hui, ta… douceur. Fi !
— J’aime mieux le voir meurtri de la tête aux pieds par moi qui l’aime, que de lui voir arriver du mal à cause de son ignorance, répondit Baloo avec beaucoup de chaleur. Je suis en train de lui apprendre les Maîtres Mots de la jungle appelés à le protéger auprès des oiseaux, du Peuple Serpent, et de tout ce qui chasse sur quatre pieds, sauf de son propre clan. Il peut maintenant, s’il veut seulement se rappeler les mots, réclamer protection à toute la jungle. »
Une nouvelle édition du célèbre Livre de la Jungle est toujours un pari – celui-ci est réussi, grâce aux illustrations, frises et divers objets animés interactifs créés par le studio MinaLima, connu pour avoir créé l’univers graphique de la série Harry Potter. Des illustrations qui viendront bien à propos au fil du texte, avec leurs couleurs chaudes et leur inspiration indienne. Dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières (1899).

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Livre de la jungle, illustrations et animations de MinaLima, Flammarion Jeunesse, 2020, 320 p., 28,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K

Laila a douze ans. Bientôt, elle aura des amis, et un walkman. Elle fera un très long voyage, semé d’embûches, de nuits à la belle étoile, de navigations sur l’Amazone. Mais elle ne le sait pas encore. Elle ne sait pas non plus qu’elle présente tous les symptômes d’une maladie incurable, la maladie de Batten. Et que même la fleur perdue du chaman ne pourra rien pour elle. Pour le moment, elle va subir des examens de la vue dans un hôpital de Lima, où son père est diplomate. Et nous tremblons avec elle parce que le chauffeur a verrouillé les portières, que le quartier n’est pas sûr, mais surtout parce que ces examens vont l’obliger à passer plusieurs jours dans un service de pédiatrie. A moins… à moins qu’elle ne décide de prendre son destin en main. A la fin de ce roman de formation, mené tambour (de chaman) battant, Laila aura ces mots extraordinaires : « Je vais mourir. Mais ça va aller. Parce que j’ai vécu. » Après Le célèbre catalogue Walker & Dawn, Davide Morosinotto embarque ses lecteurs à la recherche non seulement de la fameuse fleur mais à ce qui fait le sel de la vie : des aventures partagées avec des amis, de vrais amis.

Dès 12 ans

Davide Morosinotto, La fleur perdue du chaman de K, Illustrations de Paolo Domeniconi, Ecole des Loisirs, coll. Médium, 2021, 486 p., 18 € — Traduit de l’italien

Hors-série TétrasLire n°1 – Été 2021

Ceux qui ont toujours le nez sur la pelouse, à regarder courir les petites bêtes, satisferont leur curiosité en découvrant le monde fascinant du ver à soie avec un texte de Jean-Henri Fabre. Pour mener l’enquête, direction Venise, avec Un vol de diamant de Georges Rouvray. La nuit, tous les chats sont gris ? Pas forcément, si vous aimez avoir peur, La Tour des hiboux, de Gustave Aimard, se passe dans une Espagne infestée de brigands – mais que cela ne vous empêche pas de regarder les étoiles ! Quant au Moulin qui ne tourne plus de René Bazin, il évoque un monde rural disparu, mais pour ce qui est des caractères, ont-ils vraiment beaucoup changé ?
Chacun de ces textes ouvrent sur des jeux, des recettes, de bricolages… Autant d’occasion de rire, de grandir et de créer, une brassée généreuse d’activités pour prendre conscience de ses talents ! Jour après jour, votre enfant complètera le journal de bord d’un été fabuleux. Invitations à l’écriture créative, jeux d’observation, tests et quiz, bricolages et recettes font pétiller la créativité
Un cahier de vacances pas comme les autres pour donner à la lecture le bon goût de l’été, et faire pousser des graines de lecteurs sous le soleil des vacances. 100% conçu & fabriqué en France.

Dès 10 ans

Hors-série TétrasLire n°1 – Été 2021, illustrations d’Elly MacKay, de Nicolas Duffaut, Quitterie de Castelbajac, Sylvie Pélissier et Cyril Farudja, 2021, 128 p., 15 € — à commander ici.

Lydéric Landry, Le poney d’Ollie

Ollie est invitée à passer les vacances en Pologne, chez les grands-parents de Vikkie, sa meilleure amie. Elle y fait la connaissance de Podouschka, un charmant poney qu’elle apprend à monter. Mais la fin des vacances approche… Ollie est au désespoir de quitter Podouschka. Tentant le tout pour le tout, les fillettes décident d’utiliser la magie de Baggy pour ramener le poney chez elles… Baggy, c’est le cartable magique qu’Ollie avait reçu de sa marraine dans le récit précédent. Magique, oui, mais aussi un peu étourdi ! C’est ainsi que Podouschka se retrouve non seulement rapetissé à la dimension d’un Playmobil mais affublé d’une paire d’ailes qui n’ont rien à envier à Pégase lui-même… Reverra-t-il son box en Pologne ? Un délicieux petit roman pour lecteurs débutants.

Dès 7 ans

Lydéric Landry, Le poney d’Ollie, Liber Invictus, 2021, 48 p., 4

Tomm Moore et Ross Stewart, Le Peuple loup

En Irlande, « au temps des légendes », des superstitions et de la magie, les Wolfwalkers sont-ils hommes ou loups ? Peuple étrange, proche de nos loups-garous, qui peut communiquer avec les vrais loups et prendre leur apparence quand il se sent menacé. Un peuple qui avait le pouvoir de guérir et qui refusa d’être converti par saint Patrick, Naomh Padraig, car il y avait « une plus ancienne sagesse dans les bois ». Un peuple qui tentait de « maintenir la paix entre les hommes et le monde sauvage ». Au début de l’histoire, restent de ce peuple une mère et sa fille, lorsque les Anglais décident de dompter l’Irlande. Et donc d’anéantir loups et forêts. Parmi ces Anglais, un chasseur et sa fille, Robyn, 11 ans. Les deux filles, fille sauvage et fille de la ville, après une querelle, se lient d’amitié. Parviendront-elles à renverser le cours des événements ? Cette bande dessinée reprend le film d’animation Le Peuple loup produit par le studio Cartoon Saloon, qui se dit « le Ghibli irlandais ». Les auteurs se disent influencés plus par les films d’animation hongrois ou tchèques que par les anime japonais, mais aussi par l’art celtique et les peintres de la Sécession viennoise. Un film à voir quand les cinémas ouvriront leurs portes !

Dès 8 ans

Tomm Moore et Ross Stewart, Le Peuple loup, adaptation de Sam Sattin, Nobi Nobi !, 2021, 272 p., 25 € — Traduit et adapté de l’anglais. Imprimé en Espagne

Sandra Le Guen, Tortue Express

D’abord, récupérer le petit James à la crèche. Puis Juno, qui joue dans la cour de l’école. Enfin, Majé, le grand, qui commence à s’impatienter. Sans oublier de passer au marché, pour acheter groseilles et myrtilles. Tortue-express a bien du chemin à faire entre quatre heures moins le quart et l’heure du goûter dans le jardin ! Tortue-express porte des lunettes d’écailles, un joli foulard rouge autour du cou, écoute les petits secrets de chacun et garde l’œil alerte quand il faut traverses la rue… Bref, Tortue-express est le plus génial des grands-pères, un grand-père qui sait aussi préparer limonade et carrot cake ! Des dessins craquants de bonne humeur et de connivence, dans un univers coloré à l’énergie communicative – eh oui, car Tortue-express, même sans trop se presser, a besoin de beaucoup d’énergie pour accomplir sa mission ! Un régal !

Dès 4 ans

Sandra Le Guen, Tortue Express, illustrations de Maurèen Poignonec, Editions Little Urban, 2021, 32p., 13,50 € — Imprimé en Belgique

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit

Petit Biscuit, Munchy de son prénom, est né dans la célèbre pâtisserie Munch. Il fait partie de l’assortiment royal et a même la chance de posséder deux jambes. Un beau matin, sa décision est prise : « Bon, les voisins, je ne sais pas ce que vous faites, mais moi, je m’en vais ! » Et le voilà filant à l’anglaise en compagnie d’un Saint-Nicolas, qui, la porte juste franchie, se fait écraser – scroutch, plus de Saint-Nicolas ! Elle commence bien mal, cette histoire… Petit Biscuit va vivre de terribles aventures, et même s’il est consolé par une charmante Madeleine, il n’en finira pas moins croqué… et par qui ? Par son créateur, qui le ramasse sur le trottoir — beurk ! Un Carl Norac au mieux de sa forme, croqué, lui aussi, par le crayon de Magali Le Huche. Une terrible histoire, aussi cruelle et décalée que certains contes d’Andersen, à raconter avant ou après le goûter, selon l’appétit de vos jeunes lecteurs. Qui, espérons-le, ne s’en étrangleront pas de rire ! Et vous, lequel auriez-vous croqué ? La Madeleine, un Nullo phosphorescent, le Old Clown, le Biscuit Militaire ou Mademoiselle Choco-Mousse ?

Dès 5 ans

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit, illustrations de Magali Le Huche, Sarbacane, 2020, 36 p., 15,90 €

Nancy Guilbert, Archives Détective

« Le cœur plein d’attente », oui le cœur et pas le cerveau, un enfant entre dans un bien curieux bâtiment : celui des archives ! Et le voilà qui cherche, ou plutôt qui essaie de chercher. Premier indice : une porte s’ouvre dans un arbre immense. Vite, gravissons cet escalier du temps passé. Entre rêve et réalité, voici notre jeune héros qui vole, navigue et grimpe, aidé de l’archiviste, de la restauratrice, du magasinier… Parchemins et grimoires prennent vie, et l’on se réjouit de voir une petite archive blessée si bien réparée dans l’atelier aux mille papiers. Au bout de sa quête, notre jeune personnage trouve enfin l’objet de sa recherche : son arbre généalogique, fleuri de blasons et d’armoiries. Jeanne, Marie, Paul, Hector… « Mes ancêtres, ils sont tous là ! » Le plus impressionnant, dans cette histoire, est la dynamique insufflée par les illustrations colorées et dansantes signées de la jeune Anna Griot. Quel pari en effet de faire entrer un enfant de plain-pied dans le monde des archivistes ! Un partenariat 100% réussi avec Archives départementales de Haute-Savoie. Une magnifique chasse au trésor, entre histoire et mémoire, rêve et réalité.

Dès 7 ans

Nancy Guilbert, Archives Détective, Enquête dans le mystère des archives, illustrations d’Anna Griot, Editions Courtes et Longues, 2021, 48 p., 22 € — Imprimé en France

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Est-ce le clapotis de la pluie sur les carreaux ? Le parfum des frites ? Ou bien encore la soucoupe volante de l’affreux Blast Ador ? Toujours est-il que Madame la Chouette a été secouée dans son sommeil et entraînée dans le Nord par un ourson fort téméraire, quelque part entre champs de betteraves et terrils abandonnés. Et soudain, Les Harley-Davidson ont hurlé encore plus fort que les basses des rockeurs années 1970… Autant dire que Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute sortent un peu des chroniques habituelles du blog. Mais que ne ferait-on pour un petit Kévin, qui, de ducasse en piquet de grève, s’imagine, par ourson interposé, une vie pleine d’aventures et de voyages dans l’espace ? Ce roman rock, trépidant et déjanté, est servi par une écriture très rythmée, entre expressions ch’tis (glossaire à la fin) et interjections de comics. Madame la Chouette a moins aimé certains dessins – ainsi que la fin : que fait donc cette péronnelle de Greta à la braderie de Lille ? On aurait préféré que Biloute aille consoler Fiorina – mais ceci est une autre histoire. Le livre réunit les tomes parus séparément (et en couleurs). À part ça, votre sauce préférée, avec les frites ? Samouraï, Piccalilli ou Ketchup ? Moi, c’est la mayo de ma maman ! Tous unis contre l’infâme sauce Z, Blast Ador et le docteur Veggaline !

Dès 8 ans et pour tous ceux qui aiment le rock, les grosses motos et les frites

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale, illustrations de Reno Delmaire, Grasset Jeunesse, 2021, 240 p., 14,90 € — Imprimé en Italie