Thème

Adolescents

Magazine Mythologie(s), Le dragon, créature de nos croyances

De l’hydre de Lerne à Fafnir, de la tarasque à la vouivre, le dragon occupe une place de choix dans nos imaginaires. Qu’il ressemble à un crocodile ailé ou à un serpent géant, qu’il préfère vivre dans une caverne ou au-dessus des nuages, le dragon appelle le héros qui saura le vaincre. Hercule, Sigurd mais aussi saint Georges, sainte Marguerite ou saint Efflam y gagneront leur célébrité. Ce magazine s’intéresse aussi aux dragons asiatiques, chinois, coréens, vietnamiens ou japonais. Des textes accessibles et des illustrations de qualité, bref, de quoi passer un bon moment lors d’un voyage ou dans son transat.

Adolescents

Magazine Mythologie(s), Les Essentiels n°10, Le dragon, créature de nos croyances, mai-juin-juillet 2021, 132 p., 12,90 € — en kiosque. Imprimé en Espagne

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon

3776 m, telle est l’altitude du mont Fuji, cette silhouette si reconnaissable, symbole du Japon. Marie Lescroart invite à une visite de cette montagne sacrée, en passant en revue tous ses aspects : géologie, histoire, mythologie, flore et faune, alpinisme, spéléo, religions, art… Tout est très clairement expliqué et mis en images. Vous frémirez à l’évocation de la forêt d’Aokigahara, sombre et maléfique, avant d’aller vous plonger dans un onsen, ces bains alimentés par des sources chaudes volcaniques, à moins que vous ne décidiez de gravir le sommet – mais vous n’y serez pas seul, c’est le sommet le plus parcouru au monde !

Dès 12 ans

Marie Lescroart, Le Mont Fuji, volcan sacré du Japon, illustrations de Catherine Cordasco, Editions du Ricochet, 2021, 80 p., 17 € — Imprimé en Espagne

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme

Sur la route, « par une triste journée de novembre », un pauvre compagnon tailleur se demande où il pourra dîner. Mais, très élégant, il portait « son habit noir du dimanche, le seul qu’il possédât, et un manteau très ample, tout d’une pièce, doublé et orné de velours, qui lui donnait un air chevaleresque. » Il suffit d’un malentendu, et, à la porte d’une auberge, Wenzel Strapinski, est pris pour un riche comte polonais. Les péripéties les plus loufoques vont s’enchaîner. Astucieux, sachant se concilier les bonnes volontés tout en bernant les sots, notre tailleur va jusqu’à se fiancer avec Nanette, la fille du président de la ville. Jusqu’où le secret de sa fausse identité sera-t-il gardé ?
La traduction française (1873) de cette nouvelle venue de Suisse a été exhumée pour notre plus grand bonheur. Elle fait partie du cycle « Les gens de Seldwyla », signé de Gottfried Keller (1819–1890) poète et homme politique suisse.

Dès 10 ans

Gottfried Keller, L’habit fait l’homme, Les amis de la culture européenne, 2021, 60 p., 8 € — Traduit de l’allemand — Imprimé en Allemagne

Alain Damasio, Scarlett et Novak

« — Novak, tu viens de battre ton record de fractionné. Veux-tu tweeter la nouvelle à tes amis ? le prévient son appareil.
— Derrière, ils sont à combien ?
Tes concurrents sont à 160 mètres derrière toi. Souhaites-tu définir une ligne d’arrivée virtuelle ? Je te propose le Pont Vinci.
— C’est pas… des concurrents… Scarlett.
Il est 23 h 50. Il est seul. Et il a deux hommes en chasse derrière lui. »
Boris Bershov et Davor Suker. Nationalité inconnue. Leur projet ? Se saisir du brightphone de Novak. Quand ils y parviennent, après un tabassage en règle, Scarlett, l’Intelligence Artificielle qui « anime » son smartphone, ne répond plus qu’à son nouveau propriétaire. Novak sera-t-il définitivement hors-jeu ? Ce très court roman d’Alain Damasio – une nouvelle plutôt – se lit d’une traite et éclaire d’un jour très cru les réalités de demain… presque celles d’aujourd’hui pour ceux qui ne savent déjà plus trouver leur chemin en ville ou écouter chanter les oiseaux. « T’as 50 fenêtres ouvertes mais ton cœur se referme / une vie passée à caresser une vitre / gavé d’images qui ne te prendront jamais dans leurs bras » : en fin d’ouvrage, une postface sous forme de slam met de nouveau en garde contre cette addiction que peut être le smartphone. Quelques termes argotiques ne choqueront pas les adolescents, qui en entendent de bien pires…

Adolescents

Alain Damasio, Scarlett et Novak, Rageot, 2021, 64 p., 4,90 € — Imprimé en Espagne

Brigitte Kernel, Le monde selon Albert Einstein

« J’aimerais bien comprendre pourquoi.
oui, je sais, je ne cesse de prononcer ces deux syllabes : pour-quoi.
Je voudrais bien comprendre… pourquoi… je ne cesse de vouloir savoir pourquoi.
C’est comme une obsession, tous ces points d’interrogation dans ma tête.
Et une obsession, on le sait bien, ça colle au cerveau comme des fils de caramel chaud. »
Ce garçonnet avide de savoir est décidément un enfant « pas comme les autres » : s’il a parlé fort tard, s’il est colérique et maladroit, il est aussi très, très doué en calcul et en géométrie. Brigitte Kernel a choisi de donner la parole au jeune Albert Einstein (1879–1955) qui nous met dans la confidence et nous fait partager ses joies et ses craintes. Joie de jongler avec les chiffres, de se voir offrir une boussole ou d’adopter un chien. Craintes de décevoir ses parents, de se faire rabrouer par des maîtres trop stricts (et parfois bornés !)…
Brigitte Kernel use de termes tels dyslexie ou autisme, qui parleront au jeune lecteur d’aujourd’hui même s’ils n’étaient pas couramment utilisés du temps d’Einstein. De même, elle évoque très rapidement la carrière du savant et ne mentionne donc pas le contexte dans lequel il a élaboré ses théories, qui ont emprunté notamment au mathématicien français Henri Poincaré. Cela dit, le roman se lit avec plaisir : entrer dans l’intimité d’une telle personnalité est une chance qui ne se refuse pas.

Dès 12 ans

Brigitte Kernel, Le monde selon Albert Einstein, Flammarion Jeunesse, 2021, 248 p., 10,90 €. Imprimé en Espagne.

J.-P. Arrou-Vignod et F. Place, Olympe de Roquedor

A peine sortie du couvent pour être mariée contre son gré à un jeune freluquet, Olympe, 17 ans, profite de l’embuscade tendue à sa berline pour prendre la poudre d’escampette. Pas facile de courir les bois en tenue de marquise – car elle est marquise, notre demoiselle de Roquedor, et orphenine. Sa rencontre avec Décembre, un vieux soldat borgne et amnésique, et avec Oost, un jeune marin déserteur, va lui permettre d’échapper à autant de pièges, de félonies, de cavalcades et de mauvais hasards qu’il en faut pour vivre un vrai roman de cape et d’épée. Olympe de Roquedor est évidemment nettement plus féministe que Les Trois Mousquetaires ou Le Capitaine Fracasse, mais voilà, non seulement c’est dans l’air du temps, mais de plus, ce sont bien les lectrices qui font vivre les romanciers. Le jeune promis est vraiment très, très niais, mais il lui sera pardonné car il vit sous la férule d’un père qui se révèle vite être le « grand méchant » de l’intrigue. Et comme mademoiselle de Roquedor ne peut décemment tomber amoureuse d’un marin sans le sou, elle le laissera volontiers à la fille de sa nourrice (sa « meilleure amie » au demeurant). Les principes seront saufs… et sa fortune aussi. A bon entendeur ! Le vrai moteur du roman, c’est donc la belle amitié qui lie Olympe, Décembre et Oost, un trio improbable mais aux relations bien plus fines qu’il y paraît de prime abord.
Osons une comparaison « de cape et d’épée » : si la berline dans laquelle voyage Olympe au début du roman est tirée par quatre chevaux, le roman, lui, est écrit à quatre mains, et cet attelage-là est bien plus performant ! Les rebondissements sont menés de main de maître – ou faut-il dire de mains de maîtres ? En effet, si François Pace a réalisé quelques dessins pour illustrer le roman, il a aussi associé son imaginaire à celui de Jean-Philippe Arrou-Vignod. Prenez votre rapière, et en selle, vite, Roquedor vous attend !

Dès 12 ans

Jean-Philippe Arrou-Vignod et François Place, Olympe de Roquedor, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, 2021, 304 p., 16,50 € — Imprimé en France

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert

« Un soir de nouvel an, un mystérieux chevalier vert lance un étrange défi aux chevaliers de la Table Ronde : quiconque accepte de trancher la tête de ce chevalier vert avec sa hache, devra en retour, subir le même sort dans un an et un jour. » Ayant rappelé au roi Arthur qu’il est son champion, Sire Gauvain relève alors le défi. A la surprise de tous, une fois décapité, le chevalier vert se relève, reprend sa tête et rappelle à Gauvain sa promesse. De nombreuses aventures ponctuent l’année suivante, que ce soit sur le chemin semé d’embûches, au château de Haut-Désert ou, le dernier jour venu, au pied de la Chapelle Verte. Elles mettront à l’épreuve l’honneur de Gauvain, considéré comme le plus parfait des chevaliers de la Table Ronde.
Fondatrice du Centre de l’Imaginaire Arthurien, conférencière, commissaire d’exposition, Claudine Glot a consacré de nombreux ouvrages aux mythes et aux légendes. Elle s’inspire d’un manuscrit médiéval daté de la fin du XIVe siècle, Sire Gauvain et le Chevalier vert (Sir Gawain and the Green Knight), conservé à la British Library à Londres et rappelle, dans la postface que « J. R. R. Tolkien, qui appréciait et aimait particulièrement ce roman, l’a étudié, en a établi le texte et l’a traduit en anglais moderne ». Son texte suit au plus près de la trame médiévale, en livrant les pensées ou les dialogues nécessaires dans une langue précise et poétique — mais sans psychologiser. Les superbes illustrations de David Balade s’inspirent de la symbolique celtique et des tableaux et vitraux préraphaélites. Les originaux seront à admirer à l’Office de Tourisme de Brocéliande dès sa réouverture au public.

Adolescents

Claudine Glot, Sire Gauvain et le Chevalier vert, illustrations de David Balade, Ouest-France, coll. Jeunesse, 96 p., 15 €

Yan Marchand, Thalès et le trône de la sagesse

Thalès, le célèbre philosophe, vécut au VIe siècle avant J.-C. à Milet, sur la côte ionienne. Ce philosophe et géomètre, connu pour sa créativité et la rigueur de sa pensée, était aussi tête en l’air : la légende veut que, tombé dans un puits, il en soit ressorti tout guilleret : le tube du puits était épatant pour observer les étoiles !
Le récit commence par une pêche miraculeuse à Milet : un trône d’or forgé par le dieu Héphaïstos lui-même ! Mais il est écrit qu’il doit revenir au plus sage… Thalès, à l’aide ! Où trouver un vrai sage, dans ce monde déchiré par des tyrans cupides ? Pour connaître la réponse, il faudra résoudre une énigme… pharaonique.
Le lecteur est conduit à rencontrer les grandes thématiques milésiennes : la sagesse, le savoir, la géométrie, le pouvoir, la richesse… Au croisement de combats, de voyages et d’énigmes, des raisonnements mathématiques et géométriques y sont présentés. Familiarisez-vous à la pensée de Thalès, figure foisonnante pour notre imagination, grâce à la limpidité et l’humour de ce conte fabuleux relatant des épisodes fantastiques où se rencontrent pharaons, tyrans, dieux, philosophes et pêcheurs.

Dès 12 ans et pour tous les apprentis philosophes

Yan Marchand, Thalès et le trône de la sagesse, illustrations de Clara Dupré, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 €

Louise Guillemot, Pythagore et la grande évasion des nombres

« C’était un triangle rectangle, dont les côtés étaient représentés par des galets posés à intervalles égaux : trois galets pour un côté, quatre pour un autre, et cinq pour le dernier.
Mais ce triangle avait quelque chose de curieux : chacun de ses côtés était aussi l’un des côtés d’un carré. Il y avait donc un carré dont les côtés mesuraient trois galets, un carré de quatre galets de côté, et cinq galets pour le dernier.
On aurait dit que le triangle avait des ailes. »
Si ma prof de maths avait dessiné au tableau un triangle prêt à s’envoler, j’aurais bien plus vite compris le fameux théorème qu’un certain Pythagore, dans cet album, explique à ses élèves un beau jour du VIe siècle avant J.-C. Juste un épisode dans ce récit dont les nombres sont les héros : Un, Deux, Trois et Quatre. Imaginez qu’ils se sont évadés de la vie quotidienne pour se retrouver à Crotone, en Grande-Grèce. Ils y découvrent qu’ils ne sont pas seulement utiles, mais qu’ils sont beaux et nécessaires à l’harmonie du monde.
Une initiation onirique aux mathématiques, il fallait l’oser – mais ces paris extraordinaires sont la marque de fabrique des éditions de Petits Platons. 1, 2, 3, partez !

Dès 9 ans

Louise Guillemot, Pythagore et la grande évasion des nombres, illustrations d’Anna Griot, Les Petits Platons, 2021, 64 p., 14 € — Imprimé en Europe.

Lauren Wolk, La montagne qui m’a sauvée

La famille d’Ellie, 12 ans, la narratrice de ce roman, a quitté la ville lors de la Grande Dépression qui a contraint nombre d’Américains à repenser leur vie du tout au tout. La voilà donc installée, vaille que vaille, au pied de la montagne aux Echos, à vivre, ou survivre, de chasse, de pêche, d’un potager et de troc avec les familles voisines. Quand son père se retrouve dans le coma, Ellie va tout faire pour le guérir. Jusqu’à se risquer au sommet de la montagne, où vit une femme réputée un peu « sorcière »… Au fil des pages, elle se lie d’une belle amitié avec Larkin, qui a sculpté pour elle de minuscules objets en bois, et s’avère être le petit-fils de Cate, la « sorcière », autrefois infirmière, mais immobilisée par une grave blessure. Cate, qui pourrait aider à guérir son père, si elle-même s’en sort. Il entre un peu de naïveté dans une série de « coïncidences » romanesques mais l’essentiel n’est pas là : il est dans le courage, la patience, l’abnégation, la débrouillardise, l’empathie dont fait preuve Ellie, dans son amour de la nature, pourvoyeuse de trésors à ceux qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Plus qu’un manuel de survie ou qu’une expérience de survivalisme, le roman met en valeur des adolescents positifs, qui ne rechignent ni à couper du bois, ni à récolter du miel sauvage, ni à se priver de nourriture pourvu que la chienne puisse allaiter ses petits. Ellie, libre comme l’air, choisit de faire face, d’être responsable de la santé des autres, et voit s’affirmer sa vocation d’infirmière, ou de médecin. Cate guérit, le père d’Ellie se réveille de son coma, Larkin deviendra luthier, tout est bien qui finit bien. Ecologie, féminisme et valeurs traditionnelles font bon ménage dans ce roman d’apprentissage aux multiples rebondissements.

Dès 11 ans

Lauren Wolk, La montagne qui m’a sauvée, L’Ecole des loisirs, coll. « Medium », 2021, 416 p., 18 € — Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie-Anne de Béru.

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes

Des marionnettes de Paul Klee au mobile en forme de poisson de Calder, des chevaliers de Carl Otto Czeschka à l’Arche de Noé d’André Hellé, Dominique Ehrhard a réussi un par peu ordinaire : redonner vie à ces jouets en créant des pop-ups à leur ressemblance. Car il fut un temps où les parents créaient des jouets pour leurs enfants, avec parfois peu de choses, papier, chiffons, bouts de bois… Quand ces parents étaient de grands artistes, leurs jouets n’ont pas tous disparu et sont maintenant exposés dans les plus grands musées. Trois pages documentaires s’ajoutent à ce déploiement de couleurs et de formes. Un album à laisser ouvert pour rêver, s’évader, raconter…

Dès 4 ans et pour toutes les petites mains soigneuses

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes, Editions des Grandes Personnes, 2018, 24 p., 28,50 € — Imprimé en Chine

Stefan Zweig, Magellan

« Une voile ! Un navire ! Béni sois-tu, ô mon Dieu ! Un des deux bâtiments est sauvé. Mais non ce sont les deux navires, le San Antonio et le Conception, qui reviennent sains et saufs. Mais qu’arrive-t-il ? A peine sont-ils en vue que là-bas, à bâbord, un éclair a lui, une fois, deux fois, trois fois, et l’écho renvoie en grondant le bruit du canon. Que s’est-il passé ? […] Magellan le premier l’a compris : c’est le langage de la victoire ! » Ce 21 octobre 1520, Fernand de Magellan (1480–1521) a gagné : il a réussi à passer de l’océan Atlantique à l’océan qu’il nommera Pacifique en contournant l’Amérique du Sud. Son expédition, après plus de trois ans de navigation, reviendra victorieuse, mais sans lui, en Espagne : il était bien possible de faire le tour de la terre d’est en ouest.
Ce récit historique, paru pour la première fois à Vienne en 1938, retrace la vie de Magellan, un destin héroïque qui fera vibrer les adolescents. Loin de se contenter de chiffres, de dates et de tonnages, Stefan Zweig brosse un portrait psychologique magistral de ce gentilhomme au caractère sévère et à la volonté de fer.

Adolescents

Stefan Zweig, Magellan, Le Livre de Poche, 2012, 288 p., 7,30 € — traduit de l’allemand par Alzir Hella. Imprimé en France