Thème

Adolescents

Jean-Marc Rochette, Le Loup

Une haute vallée des Écrins. Un berger. Son troupeau. Une louve et son petit. Une nuit de pleine lune. Soudain, un coup de feu. Quelques jours plus tard, au village, Gaspard avoue. Cette louve, cette bête magnifique, « reine ou pas, je lui ai mis une cartouche ». Parce que voir « des brebis et des agneaux les tripes à l’air. Du sang de partout », entendre des hurlements, supporter la puanteur des charognes, il n’en peut plus. De mois en mois, d’hivers en étés, le louveteau va devenir un superbe loup blanc. Une étrange relation se noue alors entre l’animal sauvage et l’homme – ensauvagé, mais armé. Les estives, les vallons, la haute montagne, les bergers comme les gardes du parc, Jean-Marc Rochette, qui vit dans la vallée du Vénéon, les connaît, les aime et les dépeint avec une rare justesse. Mais il connaît aussi le conflit qui empoisonne la vie locale : peut-on, ou non, vivre avec le loup ? « Un problème métaphysique », qui justifie la fiction par laquelle se termine son récit en images. Quelle forme doivent prendre nos relations avec le monde sauvage ? C’est le thème d’une longue postface signée Baptiste Morizot, auteur de l’ouvrage Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, où le philosophe explore la possibilité de relations pacifiées entre les hommes et les autres vivants.

Adolescents

Jean-Marc Rochette, Le Loup, Casterman, 2019, 112 p., 18 € — Mise en couleur par Isabelle Merlet. Postface de Baptiste Morizot

Carol Drinkwater, Pendant la famine en Irlande, Journal de Phyllis McCormack, 1845–1847

Au printemps 1845, la jeune Irlandaise Phyllis, 14 ans, se confie à son journal : elle se fait bien un peu de mauvais sang pour son frère Patrick, lequel tient des discours révolutionnaires indépendantistes, mais elle mène la vie de toutes les jeunes campagnardes irlandaises, courageuses et travailleuses. A l’automne, une catastrophe s’abat sur le pays : « Une mystérieuse maladie s’attaque à la récolte de pommes de terre », annonce la presse. Le journal de Phyllis prend un tournant dramatique : les lecteurs vont suivre, presque au jour le jour, cet épisode dramatique de l’histoire irlandaise que fut la Grande Famine. Non seulement les pommes de terre sont pourries, mais le gouvernement ne fait pas grand-chose pour tenter de juguler la famine qui s’abat sur l’île. La jeune fille, confrontée à la faim, à la maladie, au deuil et à l’extrême pauvreté, garde la tête haute. Et le miracle, comme pour tant d’Irlandais, aura pour nom l’Amérique. Le texte français a su conserver toute la saveur de l’anglais populaire, avec ses approximations et ses raccourcis : si Carol Drinkwater se définit comme « anglo-irlandaise », elle écrit en anglais. Clin d’œil à son ascendance irlandaise : Phyllis McCormack est le nom de sa mère.

Dès 10 ans

Carol Drinkwater, Pendant la famine en Irlande, Journal de Phyllis McCormack, 1845–1847, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2006, 224 p., 9,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.

Delphine Pessin, Deux fleurs en hiver

Capucine, stagiaire à l’ EHPAD du Bel-Air : « Alors, contrairement à la plupart des autres lycéens, je ne redoutais pas de travailler avec les « seniors ». Ça, c’est le terme politiquement correct pour désigner les personnes âgées. Je trouve ça crétin. On dit aussi les « anciens », les « pensionnaires », moi je préfère les « vieux ». Il n’y a rien de dégradant à dire qu’ils sont vieux, c’est un fait, voilà tout. C’est même plutôt beau, quand on y pense, d’avoir déroulé le fi l d’une vie et de se tenir tout au bout.
Violette Florent, 87 ans, nouvelle arrivée à Bel-Air : « Je n’étais plus Mamette, épouse et mère, ni Mme Florent, institutrice à la retraite, ni même Violette, bénévole à la bibliothèque du village. J’étais une résidente parmi d’autres, une vieille femme rabougrie qui ne pouvait se déplacer qu’à l’aide d’un déambulateur. Une femme qui ne pouvait plus vivre chez elle, pour sa propre sécurité. »
Entre ces deux « fleurs », le courant passe au premier regard. Chacune d’entre elles a un secret, un lourd secret de famille. Une belle amitié va naître.
Quand un défilé de carnaval se transforme en manifestation pacifique, le voile se lève sur la vie quotidienne des résidents et sur les conditions de travail du personnel hospitalier – rien n’est rose à Bel-Air. Passent aussi une galerie de pensionnaires attachants, des aides-soignantes épuisées, un chat noir, Crampon, une copine, Margaux, et un nouvel aide-soignant, Romain. Mais pourquoi Capucine porte-t-elle des perruques flashy ?
Dans un « français de tous les jours », celui de ses collégiens, Delphine Pessin signe un roman qui parle de sujets profonds, d’accidents, de vocations, de fin de vie, bref, d’humanité, sans moraline ni faux-semblants.

Dès 12 ans

Delphine Pessin, Deux fleurs en hiver, Didier Jeunesse, 2020, 192 p., 15,90 €

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps

« Kazuko Akiyama, élève de troisième, achevait le ménage de la salle de sciences naturelles avec deux garçons de sa classe, Masaru Fukamachi et Goro Asakura. »  Mais au moment d’aller ranger quelques objets dans la salle de travaux pratiques, il lui semble que quelqu’un s’y cache, puis lui échappe. Elle respire alors le parfum d’une éprouvette laissée ouverte, et voilà qu’elle s’évanouit. Les trois jours suivants, rien ne se passe comme d’habitude, jusqu’à ce que la lycéenne s’aperçoive qu’elle vit dans un temps décalé d’une journée. Avant d’en revenir. Puis de repartir. D’où lui vient ce mystérieux pouvoir ? Est-elle devenue folle ? M. Fukushima, le professeur de sciences naturelles, trouvera-t-il une explication logique ? Que pourront ses deux amis, Masaru et Goro ? Le lecteur, lui, plonge dans un espace-temps qui lui est connu par les mangas : celui des lycéens japonais, introvertis, raisonnables et soucieux de ne pas se faire remarquer… ce qui ne marche pas à tous les coups ! Ce roman paru en épisodes en 1965 au Japon, a inspiré le film d’animation japonais La traversée du temps réalisé par Mamoru Hosoda. Romantisme et science-fiction dans les sixties, un grand classique au charme fou.

Dès 12 ans

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps, L’École des Loisirs, 2020 (réédition), 103 p., 8,20 € — Traduit du japonais

Elmodie, Icebergs – livre pop-up

Comment naissent les icebergs ? Sur les rivages des océans arctique et antarctique, les immenses glaciers ne sont pas immobiles. Ils « glissent de plusieurs centimètres par jour vers l’océan. Soudain, un grondement perturbe le silence. Le front du glacier est arrivé sur l’eau. Il se brise puis s’effondre e,n donnant naissance à des icebergs qui tombent dans la mer. Ce phénomène s’appelle un vêlage. » Oui, c’est le même mot qui désigne la naissance d’un petit veau ! Ces icebergs, véritables montagnes de glace, vont ensuite naviguer sur les océans, et gare à ceux qui les percutent. En 7 pop-up spectaculaires, Elmodie, de son vrai nom Elodie Laîné, réalise un documentaire poétique et écologique à la fois : les données scientifiques sont mises en valeur par le jeu de ses trouvailles graphiques.

Dès 9 ans

Elmodie, Icebergs – livre pop-up, Saltimbanques Editions, 2019, 16 p. et 7 pop-up, 22 € — Imprimé en Chine
Du même auteur : Matelot à l’eau, De La Martinière Jeunesse, 2016, 16 p. et 8 pop-up, 19,90 €

Bertrand Puard, Clepsydre sur Saône

Comment et pourquoi Alicia et Ewan, jeunes aventuriers d’un futur orwellien, parcourent-ils le temps et l’espace, de la Gaule romaine à la Judée, de la Grèce de Pythagore au Yucatan ? Leur mission ? « Remettre le temps en ordre ». Tout a commencé en Normandie – voir Clepsydre sur Seine. Maintenant, Ewan doit solliciter Chronos, le dieu du temps, mais surtout sa jugeotte et son énergie, pour éviter le pire : la main mise sur le monde de Mickey Vermogen, ex majordome de la famille d’Alicia devenu président des Etats-Unis. A chacune de ses étapes (sauf chez les dinosaures du Yucatan !), il trouvera pour l’aider une mystérieuse communauté, celle de la Clepsydre, cet instrument à eau qui permet de compter le temps. Un temps distordu, hallucinant, où les heures valent des minutes, ou inversement… « Heureusement, les Compagnons de la Clepsydre, gardiens millénaires des cristaux du temps, veillent. » Et conservent l’espoir que la mission d’Alicia et d’Ewan réussira.

Dès 12 ans

Bertrand Puard, Clepsydre sur Saône, Editions du Rocher, 2020, 260 p., 12,90 € — Imprimé en France

Ruta Sepetys, Le sel de nos larmes

Ruta Sepetys, Le sel de nos larmes

Hiver 1945. Quatre personnages, quatre destins, une obsession : fuir la guerre. Marcher vers l’ouest. Ne pas mourir. Ni de faim, ni de froid, ni de ses blessures. Survivre. Avancer. Joana, une jeune infirmière, a fui la Lituanie – mais porte un lourd secret. Florian, le Prussien, semble utiliser ses talents de faussaire pour échapper au pire. Emilia, la Polonaise, n’a pas échappé au pire – et porte un enfant d’un soldat russe. Quant à Alfred, personne ne le prend au sérieux, surtout quand il se veut un parfait Hitlerjugend, car sa prétention n’a d’égale que sa frousse. Autour d’eux gravitent des personnages aussi étranges qu’un vieux cordonnier, un Petit Garçon Perdu, une Géante, une aveugle. Au fil des kilomètres, seuls ou en convoi, ils s’approchent de la Baltique. Le bruit court qu’un immense paquebot les conduira vers la liberté. Le Wilhelm Gustloff. Quand ils embarquent enfin, le 30 janvier 1945, ils ne savent pas encore que trois torpilles russes vont couler le navire. Fait de guerre, ou crime de guerre ? Des 10 050 passagers, dont 4000 enfants et adolescents, seuls 996 seront sauvés – et personne ne s’accorde sur les chiffres exacts de cette catastrophe. Pour narrer ce long cheminement vers un si terrible destin, Ruta Sepetys a choisi de ne rien édulcorer et s’est appuyée sur une énorme documentation. Je conseille donc aux parents de lire ce superbe roman avant de le confier à leurs grands adolescents, et d’en parler avec eux.
Il y a 75 ans cette année. N’oublions jamais.

Grands adolescents et adultes

Ruta Sepetys, Le sel de nos larmes, Gallimard Jeunesse, 2016, 496 p., 16,50 € — en Coll “Pôle fiction”, 8,65 €.

Nathalie Somers, Le Code Vivaldi, t. 1

Une jeune et jolie héroïne élevée dans une pension suisse ultra-chic, un papa mondain en mission pour l’Unesco, un assistant trop beau pour être honnête – et Venise en novembre. Ajoutez que la damoiselle a l’ouïe fine (ciel, un cambriolage en vue !) et le caractère bien trempé (chic, courrons après les cambrioleurs) et voilà un petit roman bien ficelé. Amourettes, tourisme, aventures, espionnage, le cocktail fonctionne à plein. L’intrigue étant cousue de fil blanc, les lectrices découvriront aussi Venise et Vivaldi, les vrais héros de l’histoire. Cela les changera des bellâtres et des minettes des séries américaines.

Dès 12 ans

Nathalie Somers, Le Code Vivaldi – tome 1, Didier Jeunesse, 2020, 256 p., 16,90 € — Imprimé en France

Sandra Lebrun, Papeterie créations

Préférez-vous dessiner la silhouette d’un château, conserver des photos « en papier » ou noter la dernière recette de gâteau au chocolat de Mamie ? A moins que vous ne préfériez offrir un « carnet de rêves » ? Ce guide de bricolage permet de réaliser dix modèles de carnet avec des techniques différentes – à la japonaise, avec des anneaux ou des élastiques, une couverture souple ou rigide… Ce n’est pas tout à fait de la reliure, mais une bonne initiation aux créations de papeterie. Photos et explications sont très claires, étape par étape dans le moindre détail. Le plus ? Un assortiment de 192 feuilles de papier imprimées dans des teintes contemporaines, qui donneront leur chic à chacune des réalisations proposées.

A partir de 12 ans

Sandra Lebrun, Papeterie créations, stylisme de Sonia Roy, photographies de Fabrice Besse, Mango Editions, 2019, 128 p., 22,50 €

Davide Morosinotto, Le célèbre catalogue Walker & Dawn

Peter, dit P’Tit Trois, Eddie, dit Eddie Zyeuxbigleux, Julie, dite Jolie Julie ou Joju, et enfin Min, pour Minuscule : nos quatre héros sont avant tout des enfants du bayou, cette Louisiane des marais, où les familles pauvres subsistent vaille que vaille. Impécunieux, certes, mais libres et débrouillards. Alors, quand une pêche miraculeuse leur offre trois dollars au fond d’une boîte de conserve, les imaginations prennent leur envol. Trois dollars de 1904, et un catalogue de vente par correspondance, qui fourmille d’objets les plus tentants les uns que les autres. Leur choix ? Un pistolet, un vrai ! Mais quand le colis arrive enfin, il contient une montre gousset détraquée… « Remboursement garanti » ? Sans un sou en poche, les quatre amis décident alors d’aller rendre la montre… à Chicago ! Davide Morosinotto entraîne les lecteurs dans un voyage déjanté, en canoë, en train, en bateau, agrémenté de poursuites et d’arnaques – voire de meurtres. Dernière embûche : en Louisiane, on parle encore français ! Mais la fortune sourit aux audacieux. Le roman est illustré de reproductions d’un catalogue du genre « Manufacture de Saint-Etienne » et de vieux plans de ville pour mettre dans l’ambiance de cette Amérique disparue. Le traducteur précise que des « éléments scandaleux » (tabac, alcool et allusions « à caractère sexuel ou racial ») peuvent « heurter un enfant moderne et responsable », lequel lira donc ce livre… à l’abri des regards de ses parents. Rassurez-vous, c’est juste pour rire !

Adolescents

Davide Morosinotto, Le célèbre catalogue Walker & Dawn, L’École des loisirs, coll. « Médium », 2018, 336 p., 18 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Bernard Rio, Histoire secrète des druides

Sous un titre accrocheur et une piètre couverture de style « faux-vieux » se cache un document fort intéressant et très accessible sur ces étranges personnages de l’Antiquité. Qui étaient les druides ? Quelle était leur formation ? Médecins, philosophes, conseillers des rois, ils n’ont guère laissé de traces ailleurs que dans les textes grecs ou romains – et pour cause, ils ne se servaient guère de l’écriture et préféraient mémoriser tout ce qui avait trait à la religion ou à la philosophie. Bernard Rio évoque les lieux sacrés de la religion celte, ainsi que les rites et pratiques magiques, dont la célèbre cueillette du gui dans les chênes. Il termine par l’évocation de ces farfelus qui, ayant ou non étudié le monde celtique, ont tenté de remettre à l’honneur des « cérémonies druidiques », dès le XVIIIe siècle. Sachez que si vous trouvez un oursin fossile, rien ne vous interdit d’y voir un œuf de serpent, qui servait de talisman aux Gaulois. Les illustrations mêlent reproductions d’œuvres d’art celtes, photos de lieux célèbres et gravures du XIXe siècle. Idéal pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur les émules de Panoramix.

Dès 12 ans

Bernard Rio, Histoire secrète des druides, Editions Ouest-France, 2019, 144 p., 14 € — Imprimé en France

James Houston, Akavak

« Akavak était couché dans l’igloo de son père, au milieu de toute sa famille, sur le grand lit de neige recouvert de peaux. La lampe à huile de phoque qui éclairait et chauffait la maison était presque éteinte. Akavak regarda son souffle s’élever lentement en buée vers le dôme du plafond. » Bientôt, comme il le regrettera le doux confort de l’igloo ! Car il va accompagner son grand-père dans un périlleux voyage dans ce Grand Nord canadien hostile, lui qui n’a pas quatorze ans. Un voyage initiatique qui fera vite grandir. James Houston, né à Toronto en 1921, a partagé des années durant la vie des Inuits et aidé à faire connaître leur art et leurs traditions. Cet album donne une belle place aux images de Ronan Badel qui nous entraîne dans des paysages féériques. Qui trouvera assez de neige pour construire un igloo confortable ?

Dès 11 ans

James Houston, Akavak, illustrations de Ronan Badel, Flammarion Jeunesse, 2019, 89 p., 17,90 € — Traduit de l’anglais par Anne-Marie Chapouton. Texte intégral. Existe aussi en livre de poche