Thème

Mois : octobre 2016

Charles Perrault, La Barbe bleue, illustrations de Sara

Charles Perrault, La Barbe bleue, illustrations de Sara

« Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la Barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuît de devant lui.
Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en mariage, et lui laissa le choix de celle qu’elle voudrait lui donner. Elles n’en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l’une à l’autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues. »
Ce terrible conte, qui met en garde les petites demoiselles contre certains prédateurs, est illustré ici de papiers découpés aux couleurs si franches qu’elles en deviennent violentes – aussi violentes que le thème du conte. De plus, l’illustratrice a planté un décor des plus contemporains : belle voiture, villa de luxe, silhouettes à la mode – jusqu’aux frères appelés par sœur Anne qui déboulent enfin sur leurs motos. Un choix donc délibéré et assumé – on aime ou on déteste, mais cela ne laisse pas indifférent. Une fois n’est pas coutume, je vous présente donc un album qui me dérange – mais n’est-ce pas la force du conte de Barbe-bleue, ici en version intégrale, de nous faire frémir aujourd’hui encore ?

Dès 8 ans, une lecture à accompagner.

Charles Perrault, La Barbe bleue, illustrations de Sara, Le Genévrier, 2016, 56 p., 18 €

Jeongwan Park, Fais dodo bébé souris

Jeongwan Park, Fais dodo bébé souris

« Quand sur le toit bleu de ma maison, la nuit descend, mon bébé va se coucher, tout doucement. » Bébé d’homme ou bébé souris ? Vrai bébé souris ou doudou ? Mais où donc son papa et maman ? Une histoire sans chichis, comme une berceuse, venue de Corée, aux couleurs douces et aux traits raffinés

Avant 3 ans

Jeongwan Park, Fais dodo bébé souris, Didier Jeunesse, 2016, 40 p., 13,10 €

Elsa Beskow, La fête des fleurs

Elsa Beskow, La fête des fleurs

De la part de Laurence B. : « Coup de foudre d’une grand-mère pour l’histoire, les poèmes, les symboles que l’on retrouve dans les dessins un peu naïfs, aux tons pastels, une petite merveille ; par contre, le livre doit être ancien… “Je suis la fée de la Saint-Jean, dit l’éblouissante apparition. Je t’adresse les compliments de toutes les fleurs et leur invitation à te rendre à la fête qui aura lieu ici, dans le jardin. Chaque année, la nuit de Saint-Jean, les fleurs vont et viennent librement comme toi et moi.” »

Dès 5 ans

Elsa Beskow, La fête des fleurs, éditions Bonnier, 1977, et version française chez Garnier Frères, 1982, 32 p – A rechercher d’occasion.

Loup, y es-tu ? Le Roman de Renart, dans le magazine TétrasLire

Loup, y es-tu ? Le Roman de Renart, dans le magazine TétrasLire

Voulez-vous savoir comment Renart emporta de nuit les jambons d’Ysengrin ? Ou comment il conduisit son compère à la pêche aux anguilles ? A moins que vous ne préfériez apprendre comment Ysengrin voulut se venger de Renart et comment il le regretta amèrement ? Ces aventures du célèbre goupil et bien d’autres encore, illustrées par Nicolas Duffaut, forment le thème central du numéro d’octobre du magazine TétrasLire. Le second texte littéraire raconte l’histoire du loup de Gubbio, illustrée par Eric Puybaret. En bonus, quelques jeux, un dossier sur le loup dans les mythologies et dans la nature, et les adresses des plus beaux parcs animaliers où l’on peut observer des loups. Un numéro pour petits loups, louveteaux et louvettes !

De 8 à 12 ans

Loup, y es-tu ? Le Roman de Renart, dans le magazine TétrasLire, n°12, octobre 2016, 96 p., 9,50 €

Katie Cotton et Stephen Walton, Sauvage

Katie Cotton et Stephen Walton, Sauvage

« Un lion surveille du coin de l’œil sa troupe tumultueuse. Dans l’or de la savane, il se rafraîchit. Un miroitement attire son regard, quelque chose avance dans les hautes herbes : un concurrent à son trône ? » Il est là, en pleine page, et nous observe, les yeux dans les yeux. Ce lion, Stephen Walton (voir ici) a choisi d’en faire le portrait au fusain – avec une dextérité qui laisse pantois. Sous ses crayons, naissent un lion, deux gorilles, trois girafes, quatre tigres, cinq éléphants, six loups d’Ethiopie, sept manchots, huit tortues, neuf aras et dix zèbres – autant d’animaux en danger, comme l’expliquent les notices consacrées à chacun d’eux. Un grand album qui va au-delà de l’aspect écologique et invite à une vision poétique du monde sauvage.

Dès 4 ans

Katie Cotton et Stephen Walton, Sauvage, Gautier Languereau, 2016, 32 p., 18 €

Au cœur de la mythologie, Géo Histoire

Au cœur de la mythologie, Géo Histoire

La vie, sur l’Olympe, s’écoule dans la douceur. Les dieux s’y nourrissent d’ambroisie et boivent du nectar, protégés des atteintes du monde extérieur par de hautes grilles. Les Saisons veillent sur eux, nul vent, nulle pluie, nulle neige ne vient troubler leur paix. Les sons de la lyre d’Apollon animent ce lieu de félicité, qui n’est pas sans écho dans les autres mythologies. Malgré les douceurs et les avantages de la divinité, tout ce petit monde se déchire allègrement. » Bref, « privilégiés mais jamais contents » ! Des dieux de l’Olympe au panthéon romain, des travaux d’Hercule à Romulus et Remus, ce gros album s’appuie sur les récits merveilleux des Anciens pour nous faire revisiter le vaste univers des mythologies grecque et romaine. Le ton, savant et toujours documenté, n’est pas dénué d’ironie ; le style en rend la lecture agréable ; les illustrations rappellent que ces mythologies ont inspiré les artistes européens au fil des siècles. Prisma a eu l’excellente idée de rééditer un choix de textes parus dans l’encyclopédie « Atlas de la Mythologie » des éditions Atlas (2003).

Adolescents, lycéens, étudiants, et pour toute la famille

Au cœur de la mythologie, Géo Histoire, ed. Prisma, 2016, 224 p., 19,99 € — chez tous les marchands de journaux

Le Grand Livre de Beatrix Potter, l’intégrale

Le Grand Livre de Beatrix Potter, l’intégrale

« Il était une fois quatre petits lapins qui s’appelaient Flopsaut, Trotsaut, Queue-de-Coton et Pierre. Ils habitaient avec leur mère sur un banc de sable à l’abri des racines d’un grand sapin. » Qui ne connaît par cœur le début de l’histoire de Pierre Lapin, le seul à porter un prénom « humain », et le plus attachant de la fratrie ? Pour les jeunes parents qui furent enfants dans les années 1980, chaque aventure de Pierre Lapin était racontée dans un charmant petit livre carré. Mais les ciseaux de Dame Mesquinerie étant passés par là, les versions actuelles étaient raccourcies et, partant, aussi décousues que la culotte de Pierre Lapin. Dans ce gros volume, vous retrouverez le texte intégral de 23 contes, avec toutes les illustrations, en noir et blanc comme en couleurs. En retour, le volume pèse son poids et sera plutôt à ranger sur une étagère qu’à être laissé en libre accès aux plus petits. Alors, prêts à aller explorer le jardin de Monsieur Mac Gregor ?

Dès 3 ans et pour la bibliothèque familiale

Le Grand Livre de Beatrix Potter, l’intégrale des 23 contes classiques, Gallimard Jeunesse, 2003, 400 p., 27,50 €

Séverine Vidal et Julien Castanié, Un pas puis mille

Séverine Vidal et Julien Castanié, Un pas puis mille

« Fallait pas dire : “On déménage, on part d’ici pour aller là-bas.” Je veux rester. C’est chez moi. Là où j’ai mes copains. Mon chemin, mes bruits, mes oiseaux, mes arbres, mes feuilles, mes racines. Vous ne m’aurez pas. » Sur ces paroles définitives, le narrateur fait « un pas puis mille » et nous entraîne dans sa cavale : « À moi la grande vie, à moi le rêve et la nature sauvage ! » Qui rencontrera-t-il sur son chemin, ce chenapan ? Séverine Vidal s’est sans doute inspirée pour son récit du Canada, où vit Julien Castanié, l’illustrateur de cet album. Ce qui vaut à notre petit bonhomme cette méditation devant son trou de pêche : « A moi les fesses sur la glace et le poisson qui ne mord pas. » Pas facile d’être un héros solitaire, surtout quand les poissons vous rient au nez…

Dès 6 ans

Séverine Vidal et Julien Castanié, Un pas puis mille, Editions de la Pastèque, 2016, 48 p., 15 €

Sophie Humann, Les Compagnons de la Cigogne, Tome 1 : Le Lac des Damnés

Sophie Humann, Les Compagnons de la Cigogne, Tome 1 : Le Lac des Damnés

« Lorsque j’étais petit, à l’école, j’avais entendu parler de cette histoire de lac souterrain, mais quand j’avais posé la question à mon père, celui-ci avait ri :
— Un lac sous la cathédrale, penses-tu ? C’est une fable que racontent les grands-mères. S’il y en avait un, nous, les compagnons de l’Œuvre Notre-Dame, nous le saurions depuis longtemps.
Et depuis lors, je ne m’en étais plus préoccupé. Mais les propos de Basile m’avaient troublé. »
Basile est le jeune batelier qui a aidé le narrateur, Gaspard Berg, à sauver un cigogneau tombé du nid. Alors, quoi de mieux qu’une aventure pleine de mystères pour souder une amitié ? Celle qui va réunir les deux garçons dans le Strasbourg de 1825 réunit astucieusement tous les éléments du genre : sorties nocturnes, exploration de souterrains, disparition d’une petite sœur délurée, contrebandiers… Rien ne manque à ce roman bien enraciné dans la capitale alsacienne – ni le Baeckeoffe, ni l’horloge astronomique de la cathédrale – sous la plume enlevée et toujours juste de Sophie Humann.

De 9 à 12 ans

Sophie Humann, Les Compagnons de la Cigogne, Tome 1 : Le Lac des Damnés, Gulf Stream, 2016, 224 p., 12,90 €

Delphine Chedru, 1,2,3, Partons ! Suis le chemin avec ton doigt

Delphine Chedru, 1,2,3, Partons ! Suis le chemin avec ton doigt

« Prêt pour l’aventure ? Alors place ton doigt sur le chemin… 1,2,3, partons ! » De l’index, le petit lecteur va aller se promener dans les bois, voler dans les airs, nager avec les poissons, sautiller avec les oiseaux… Un voyage coloré et plein de surprises, le long d’un ruban en relief.

Avant 3 ans

Delphine Chedru, 1,2,3, Partons ! Suis le chemin avec ton doigt, Hélium, 28 pages cartonnées, 2016, 9,90 €

Adèle Tariel et Aurore Pinho e Silva, Un air de violoncelle

Adèle Tariel et Aurore Pinho e Silva, Un air de violoncelle

« Berlin Ouest, 1988. Maman m’a dit qu’avant, il n’existait pas. Moi, je n’y croyais pas. Ce mur avait l’air si vieux, il devait être là depuis les dinosaures. J’habitais dans cette maison face au mur depuis ma naissance. Avec mes copains Sacha et Olga, on jouait parfois au foot contre ce mur, mais maman ne voulait pas trop que je m’en approche. » Le narrateur, en ces années 1988–1989, va vivre l’histoire de bien plus près qu’il ne l’imagine. Dans le grenier, il découvre un violoncelle – un instrument chargé de souvenirs, ceux de l’est, que ses parents ont fui avant sa naissance. Un instrument qui va faire le lien avec les membres de la famille séparés depuis tant d’années. Qui dit violoncelle à Berlin pense bien sûr à Rostropovitch, lequel apparaît à la fin de ce roman historique – car il cherche une chaise pour jouer ! L’évocation de ce « jour ailleurs » (titre de la collection) est pertinente et bien documentée.

Dès 10 ans

Adèle Tariel et Aurore Pinho e Silva, Un air de violoncelle, Ed Kilowatt, 2016, 48 p., 15,80 €