Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Dernières mises en ligne

David Almond, La Chanson d’Orphée

David Almond, La Chanson d’Orphée

« Le Nord ! gémissions-nous. Pourquoi faut-il vivre dans ce Nord glacial ? Pourquoi pas en Italie ? Ou en Grèce ? Nous éclations de rire. […]Tant pis, avions-nous dit. Nous inventerions notre propre Italie. Nous inventerions notre foutue Grèce à nous. Où ça ? Dans le Northumberland, bien sûr. »

Quelques grands lycéens. Du camping sauvage dans les dunes au nord de Newcastle. Des haricots tièdes dans des gamelles de fer blanc – mais aussi de la musique, des idéaux un peu flous, de très sérieuses amourettes. Et Orphée. Orphée qui passe, sa lyre en bandoulière, fascinant, envoûtant. Qui dompte les dauphins. Qui choisit Ella Grey, la meilleure amie de Claire, la narratrice. Ella mordue par une vipère, Ella descendue aux enfers. Une variation menée de main de maître sur le thème d’Orphée et d’Eurydice : romantisme, mystère, lyrisme sont au rendez-vous, sans compromis ni dans le tragique, ni dans la peinture de ces adolescents, « poètes disparus », capables de se soûler sur la plage comme de rêver aux grands mystères de la vie et de la mort.

Grands adolescents, jeunes adultes

David Almond, La Chanson d’Orphée, Gallimard Jeunesse, 2018, 288 p., 15 € — Traduit de l’anglais

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre

« Descends dans le cratère du Yocul de Sneffels que l’ombre du Scartaris vient caresser avant les calendes de juillet, voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de la Terre. Ce que j’ai fait. Arne Saknussemm. » Quand le jeune Axel dévoile à son oncle le contenu d’un message « runique », le vieux savant, l’estimable Professeur Lidenbrock, fait illico ses malles – et nous entraîne dans un voyage extraordinaire. Entre science et fiction, bien malin celui qui fera d’emblée la différence ! En 1864, date de la première publication du roman, nos connaissances sur le centre de la Terre n’étaient pas aussi avancées, ce qui permettait mille fantaisies au romancier. Les illustrations d’Isabelle Simler traduisent à merveille les visions (pseudo-)scientifiques et l’humour de Jules Verne : réalistes ou oniriques, délicates et intrigantes, elles prolongent avec élégance le rêve et le voyage. Le recueil est de plus très bien réalisé : beaux papiers (bouffant et cristal), encre bleu noir, signet, reliure bradel cartonnée : un très beau cadeau.

Dès 12 ans

Jules Verne, Voyage au centre de la Terre, Illustrations d’Isabelle Simler, Editions Courtes et Longues, 2016, 205 p., 29,90 €

Emmanuelle Grundmann, Cap sur les îles ! L’endémisme

« Si les îles dessinent de minuscules confettis éparpillés sur les mers et les océans, elles abritent pourtant une multitude d’espèces, parfois petites ou inversement géantes et qui, souvent, ne vivent qu’ici et nulle part ailleurs. » Car une île est rarement vraiment déserte ! Quelques graines venues avec le vent, des oiseaux migrateurs, et hop ! la vie s’installe.
« Etrange, étrange… Les plantes et animaux vivant sur les îles ne ressemblent aucunement à leurs cousins des continents. Isolés, sans moyen de communiquer avec les lointaines terres voisines, ils ont évolué jusqu’à devenir uniques. » Imaginez la surprise de ce petit bonhomme à la barbe blanche et en redingote dont nous suivons les voyages de page en page ! Il s’appelle Charles Darwin et a notamment étudié les tortues géantes des Galápagos pour formuler sa célèbre théorie de l’évolution.
Cet album éclatant de couleurs nous offre un merveilleux voyage parmi la flore et la faune d’îles aussi étonnantes que Madagascar, la Nouvelle-Calédonie ou Komodo. Les aquarelles de Céline Manillier sont aussi réalistes que poétiques. Idéal pour partir à la recherche du Brookesia micra, du kiwi ou du « dragon » de Komodo, ce gigantesque varan.

Dès 8 ans

Emmanuelle Grundmann, Cap sur les îles ! L’endémisme, illustrations de Céline Manillier, Editions du Ricochet, coll. « Ohé la science ! », 2019, 32 p., 13,50 €

Anne-Claire Bondon, Idunn

Les dieux en Asgard, les géants en Jötunheim, certes, mais croyez-vous que le calme puisse durer à l’ombre d’Yggdrasil ? Il arriva qu’un beau jour Odin, Hoenir et Loki, parcourant le monde, se laissèrent entraîner par un beau cerf… jusqu’aux portes de Jötunheim. Colère de Thjazi, qui se métamorphose en aigle, et obtient de Loki qu’il lui livre la belle, la lumineuse Idunn, la déesse de la jeunesse éternelle. Celle dont les pommes magiques garantissent aux dieux leur immortalité. Ah, ce Loki, quel empêcheur de tourner en rond ! Anne-Claire Bondon narre ici cet épisode inspiré de l’Edda, dans une langue simple, pleine de vivacité et d’humour. Quant aux illustrations pleine page de Tristan Gion, elles nous transportent avec talent dans ces mondes nordiques où les dieux portent des casques à cornes et des peaux d’ours – les a‑t‑il visités sur les ailes d’un aigle ?

Dès 8 ans

Anne-Claire Bondon, Idunn, illustrations de Tristan Gion, Aleph éditions, 2019, 48 p., 16,90 € — Imprimé en Belgique

Davide Cali et Sébastien Mourrain, Top Car

Davide Cali et Sébastien Mourrain, Top Car

« Depuis longtemps, Jacques a toujours la même auto. C’est une petite voiture pas belle, pas rapide, mais pas mal quand même, non ? Elle est facile à garer et elle le conduit où il veut. […]
Mais la numéro 1 des voitures, la voici : la Vénus. C’est la plus belle, la plus rapide, la préférée des jolies filles. »
Oui, mais… mais comment l’obtenir quand on n’en a pas les moyens ? Notre ami Jacques, après avoir fait le tour de solutions plus ou moins avouables, va se résoudre à une activité stupide et peu rémunératrice qui va dévorer non seulement tout son temps libre mais aussi son libre arbitre. Les 99 999 pez enfin en poche, bien vite dépensés, il repart au volant de la Vénus —  et découvre illico la publicité de l’Aphrodite, qui « plaît encore plus aux jolies filles ». 199 998 pez. Et de reprendre le montage de ses modèles réduits… Les dessins de Sébastien Mourrain sont d’une redoutable efficacité : un simple trait et son petit bonhomme passe de la joie à l’inquiétude, puis à l’épuisement.
Cette fable sur l’aliénation est à la portée des enfants dès qu’ils pressentent le pouvoir de l’argent : surconsommation, travail mécanique, publicité, tout y passe. Alors, on la garde, cette petite voiture qui se gare partout et on conseille à l’ami Jacques de trouver autres moyens de drague, il y a urgence !

Dès 5 ans

Davide Cali, Top Car, illustrations de Sébastien Mourrain, Les Editions des Eléphants, 2018, 32 p., 14 €. Imprimé au Portugal.

Claire Bertholet, Disparition mystérieuse au refuge !

« Oh là là, les enfants, il est presque midi, il faut rentrer. Luigi m’a dit que son plat n’attendait pas. Puis il se met à nous compter.
— Il en manque un !
[…] Samuel recompte son troupeau. Même constat. C’est Paul qui manque à l’appel. »
Panique à bord ! Ce « troupeau », ce sont les enfants d’un centre aéré venus passer quelques jours au refuge des Campanules. Clara, la fille de la gardienne, se lance alors à la recherche de Paul, accompagnée de son meilleur ami Walter et de son loup Kanala. Les heures passent, le danger croît, chaque indice compte ! Une intrigue « policière » entre 1000 et 2500 m d’altitude qui donnera sans doute aux plus téméraires l’envie d’aller dormir dans un refuge – avec ou sans « brave » loup dans les environs. Claire Bertholet habite en Chartreuse, et elle a bien de la chance de pouvoir s’inspirer de ses belles montagnes – un amour qu’elle fait partager aux plus jeunes.

Dès 7 ans

Claire Bertholet, Disparition mystérieuse au refuge !, illustrations de Maud Riemann, Bayard Jeunesse, coll. « Enquêtes à la montagne », 2019, 64 p., 6,50 € — Imprimé en France

Daniel Salmieri, Ourse et Loup

Daniel Salmieri, Ourse et Loup

« C’était une nuit sans vent et des flocons de neige scintillants tombaient à travers les arbres de l’épaisse forêt. Ourse se promenait, quand soudain elle aperçut quelque chose se détacher sur le blanc éclatant. Au même moment, Loup se promenait… » Ils marchent l’un vers l’autre. Que va-t-il se passer ? D’un accord tacite, ils vont repartir, côte à côte, pour découvrir la beauté du monde : la neige, un harfang, une clairière, des poissons pris sous la glace du lac… Jusqu’au moment où l’ourse repart vers sa tanière et e loup vers sa meute. Une belle histoire servie par des illustrations superbes, à voir ici (version anglaise), dans des tonalités hivernales réveillées parfois par une touche de jaune ou de rouge, avant que le printemps n’éclate de mille couleurs.

Dès 4 ans

Daniel Salmieri, Ourse et Loup, Hélium, 2018, 40 p., 14,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé au Portugal.

Marie Dorléans, Nous avons rendez-vous

« Cette nuit, maman a ouvert la porte de notre chambre : “Les enfants, chuchote-t-elle, nous avons rendez-vous…” Dehors les grillons chantent dans l’ombre du jardin. » Et au-delà du jardin ? Une route, un chemin, le silence… Juste une lampe torche pour éclairer la nuit ! Avec des dessins très fins, des nuances de bleus et une touche d’orangé, Marie Dorléans nous invite à suivre cette petite famille dans une excursion nocturne de toute beauté. Et si la lecture de ce livre vous donnait des idées ?

Dès 6 ans

Marie Dorléans, Nous avons rendez-vous, Seuil Jeunesse, 2018, 40 p., 14,50 € — Imprimé en Italie

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes

« Louise n’a pas fermé l’œil de la nuit, obnubilée par l’image de la femelle gorille se trouvant à l’écart du groupe. Elle sait ce que c’est de se sentir à part et cela l’a donc énormément touchée. » Louise, 15 ans, en vacances dans les Hautes-Pyrénées, vient de faire la connaissance de Jérôme. Le père du jeune homme a recueilli, dans un parc, quelques gorilles qui ont échappé aux braconniers africains. Dont Kiko, une jeune femelle rejetée par le groupe.
Louise, malentendante, communique soit par signes, soit en écrivant sur une ardoise blanche, soit en articulant quelques mots. A force de ténacité, bravant interdits et menaces, soutenue par Jérôme, la jeune fille parvient à enseigner la langue des signes à sa protégée. Une manière comme une autre aussi de dépasser les angoisses et les difficultés liées à sa quasi-surdité.
Mais une famille de chasseurs n’admet pas que ce parc empiète sur leur territoire. Et c’est le drame…
Ce sympathique roman de formation, sans mièvrerie aucune, met en perspective le handicap, les différences, les premiers sentiments amoureux, sur fond d’une aventure hors du commun. Les cabrioles d’un petit frère farceur viennent, ici et là, alléger les pages plus sérieuses du récit.

Dès 13 ans

Benoît Grelaud, La jeune fille qui parlait aux singes, Fleurus, coll. « Lire en grand », 2018, 286 p., 15,90 €

Karina Yan Glaser, Les Vanderbeeker, On reste ici ! (tome 1)

Harlem, 141e Rue, vendredi 20 décembre. Les Vanderbeeker — soit les parents, 5 enfants, un chien, un chat et un lapin nain — devraient préparer Noël dans la joie et l’insouciance. Devraient. Devraient. Si leur propriétaire, M Beiderman, ne leur avait donné leur congé pour la fin du mois. Ce même M Beiderman qui habite au 3e étage et que personne ne voit jamais. Branle-bas de combat ! Quand les parents font les cartons, les enfants, eux, font des plans. Les jumelles Isa et Jessie, Oliver, Jacinthe et Laney la petite dernière, vont tout tenter, absolument tout, pour rester dans cette maison qu’ils aiment tant, au cœur d’un quartier où tout le monde se connaît. Karina Yan Glaser multiplie les gags, invente les situations les plus bancales, et y ajoute tant de bonne humeur et de gentillesse que le vieux M Beiderman… Ne comptez pas sur moi pour vous donner la clé de l’énigme mais sachez que le roman n’est pas sans développer les mêmes valeurs que le conte du « Géant égoïste » d’Oscar Wilde. Car l’optimisme veut que les « méchants » ne le soient pas par hasard et qu’il reste toujours possible de modifier le cours des choses.

Dès 9 ans

Karina Yan Glaser, Les Vanderbeeker, On reste ici ! (tome 1), Casterman, 2018, 300 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais (américain). Imprimé en Espagne

Marie Lescroart, Je jardine les pieds sur terre

« Comment les plantes fabriquent leur parfum ? », « Les plantes sont-elles amies ? », « Pourquoi les plantes ont besoin d’eau ? ». Autant de questions qui se posent à l’apprenti jardinier. Oui, « la nature nous inspire » ‑en page gauche, donc, voici des explications claires et des schémas. Mais après la théorie, il s’agit de passer à la pratique – en page droite, avec de bons conseils de jardinage : installer des plantes aromatiques ; semer du cerfeuil à côté des courgettes car il en éloigne les limaces ; savoir comment et quand arroser. A chaque saison, il y a quelque chose à faire au jardin — cet album propose 16 activités ! On regrettera le ton parfois un peu trop familier des sous-titres – mais ce n’est qu’un détail. Sans en remonter aux illustres créateurs du Potager du Roi, pourquoi le jardinier ne saurait-il pas s’exprimer dans un français châtié ? Autre « point de détail » : oui, le purin d’ortie, « beurk, ça sent mauvais ! », très, très mauvais !

Dès 6 ans

Marie Lescroart, Je jardine les pieds sur terre, illustrations de Nicolas Gouny, Editions du Ricochet, 2019, 40 p., 13,50 €

Régis Penet, Antigone, d’après l’œuvre de Sophocle

Régis Penet, Antigone, d’après l’œuvre de Sophocle

« Antigone, fille d’Œdipe. Antigone la Labdacide, race orgueilleuse qui règne sur Thèbes… Antigone se recueille. Elle se recueille et se souvient… » En se recueillant, Antigone la brune et Sophocle nous invitent, nous qui la contemplons des siècles plus tard, au recueillement : celui qui, le temps d’une tragédie, nous détache du tohu-bohu de la cité pour mieux nous ramener à l’essentiel. Comment admettre, ailleurs que dans l’espace de la tragédie, que se heurtent ainsi la loi de Créon et la tradition immémoriale défendue par Antigone ? Régis Penet propose ici une version d’une sobriété et d’un fini exemplaire. Ses planches, peintes à l’huile sur des panneaux de bois, déploient toute la gamme des ocres, des gris, des rouges carmin, des blancs cassés. Son trait, sobre et classique, donne vie aux acteurs de la tragédie de Sophocle, parfois porteurs de masques… Le texte est dû à la plume du romancier Erik L’Homme. Enfin, un dossier rédigé par Jean-François Gautier, docteur en philosophie ancienne, rappelle en quoi la tragédie « est l’un des plus précieux parmi tous les héritages helléniques ».

Adolescents et adultes

Régis Penet, Antigone, d’après l’œuvre de Sophocle, textes d’Erik L’Homme, dossier réalisé par Jean-François Gautier, Glénat, 2017, 88 p., 19,50 €