Dernières mises en ligne

Odile Pruvot, Loréden ou le chemin des étoiles

À la suite d’un cataclysme, le monde a été coupé en deux entre Loréden, une société harmonieuse revenue à la nature, et l’Ostrasie, qui vit dans les ruines de la société actuelle et dans une grande misère. Loréden est dirigé par des Mages et protégée par les étoiles. Une Prophétie annonce que l’Ostrasie et Loréden doivent être réunifiés. Albane, 15 ans, rêve de les réunifier. Elle parvient à pénétrer en Ostrasie et y rejoint Alpin, un jeune Ostrasien, pour partir avec lui en quête du chemin des étoiles. Bien des dangers les attendent mais ils peuvent compter sur leurs amis dans les deux sociétés.
Ce roman dystopique a pour lui d’être assez nuancé pour permettre de nombreux rebondissements et tenir le jeune lecteur en haleine. Au lieu du simple dualisme « bons contre méchants », Odile Pruvot a orienté le roman dans une direction plus positive : alors que l’Ostrasie, dirigée tout de même par un dictateur, a sombré dans le pessimisme, Loréden peut devenir un modèle plus écologique et ouvert. Seule est vraiment dangereuse l’indétermination symbolisée par le Nebeland, vaste étendue de brouillard. Embarquement immédiat, en aérocycle ou à dos de dromadaire ?

Dès 12 ans

Odile Pruvot, Loréden ou le chemin des étoiles, Pierre Téqui éditeur, 2020, 232 p., 14,90 € — Imprimé en France

Jean E. Pendziwol, J’ai trouvé l’espoir dans un cerisier

« Le cerisier, lui,
sait une chose :
que l’espoir
à l’automne
apporte
les fleurs
au printemps. »

Pourquoi les ombres disparaissent-elles parfois ? Comment les flocons de neige, parfois doux et délicats, peuvent-ils être aussi froids et piquants ? Que faire quand le vent hurle comme un loup ? Quand le monde semble imprévisible, confus et épeurant, l’enfant de cette histoire poétique trouve de l’espoir dans les bourgeons d’un cerisier.
« Épeurant » ? Voilà un bien joli mot, un peu désuet ici, qui nous vient, comme cet album, du Québec. Des dessins très sobres, des couleurs toutes douces nées sous le pinceau de Nathalie Dion, voilà une belle manière de fêter le printemps dans les cœurs !

Dès 4 ans

Jean E. Pendziwol, J’ai trouvé l’espoir dans un cerisier, illustrations de Nathalie Dion, Editions d’Eux, 2022, 36 p., 16,50 € — Traduit de l’anglais par Christiane Duchesne. Imprimé en Chine

Romain Pigeaud, Cosquer, la grotte inattendue

Des chevaux, des bisons, des phoques, des bouquetins… ils étaient là depuis plus de 33 000 ans pour certains, environ 19 000 ans pour d’autres, peints sur les murs d’une grotte, quand Henri Cosquer les découvrit lors d’une plongée dans les Calanques marseillaises. Un événement d’une portée (pré)historique aussi importante que la découverte de Lascaux. Devenue inaccessible à pied d’homme depuis plus de 9000 ans à cause des variations du niveau de la mer, les peintures rupestres avaient ainsi été protégées — même si, aujourd’hui, nous savons qu’elles risquent de disparaître. La mer monte de 3 millimètres par an – imaginez, dans 15 000 ans ! La grotte est fermée au public en raison de sa difficulté d’accès (37 mètres de fond et un tunnel de 175 mètres de long précédant l’entrée), ainsi que pour des raisons de sécurité et surtout de préservation de ce patrimoine exceptionnel. Mais pas avant d’avoir été mesurée, étudiée, photographiée dans les moindres recoins.
Ce documentaire réalisé par Romain Pigeaud, archéologue et docteur en préhistoire, présente les travaux des savants qui ont pu étudier la grotte, puis les techniques qui ont permis de créer une grotte « bis » à Marseille. En effet, à partir du 4 juin prochain, tout un chacun pourra aller admirer les copies des plus belles peintures rupestres dans un nouveau musée, Cosquer Méditerranée, en embarquant à bord de « modules d’exploration » sous la mer.

Dès 10 ans

Romain Pigeaud, Cosquer, la grotte inattendue, Ouest-France, 2022, 32 p., 5,90 €

Teresa Bellón, L’abeille

« Je suis une abeille bourdonnante ! J’ai un joli duvet et des rayures noires. J’utilise mes deux antennes pour sentir. Mes rayures avertissent que je pique ! En battant des ailes, j’émets un petit bourdonnement. » En deux pages, que d’informations utiles, de mots nouveaux et précis ! Une petite abeille n’attend plus qu’un petit doigt coquin pour se balancer au gré du vent. Aller de fleur en fleur pour récolter du pollen, visiter la ruche, goûter au miel et savoir comment aider les abeilles : voici les thèmes des 4 doubles pages suivantes. Tout cela vibre de couleurs et les dessins sont drôles, tout en restant documentaires. En actionnant les petits mécanismes, les images s’animent ! Un premier contact avec des insectes qui peuvent faire peur – mais qui ne piquent que si on les ennuie.

Avant 3 ans

Teresa Bellón, L’abeille, Kimane, 2022, 10 p. cartonnées, 9,95 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine avec des encres végétales.

Sandrine Kao, Après les vagues

La mer. L’île. Explorer. Se perdre. Belle étoile. La rencontre. S’attacher. Se découvrir. Chaque page ou double page de cet album, en quelques images et si peu de mots, ne décline pas une simple « aventure », ou une « situation », mais suggère ce qui se passe au fond de nos cœurs quand on part à l’aventure, à la découverte de soi et des autres. Les « héros » en sont de petits animaux au contour très simple dont Sandrine Kao ne sait pas elle-même très bien si ce sont des lapins, des chiens ou des marmottes… J’y verrai plutôt quelques-uns des petits fantômes amicaux que nous a fait connaître le cinéma d’animation japonais (mais je n’y connais rien en fantômes asiatiques). Le titre, « Après les vagues », nous invite à tourner la page des derniers mois, à croire en nos rêves et à aller de l’avant. « Si quelque chose nous déplaît grimacer n’y changera rien. Un peu de recul, un conseil avisé, et l’amer devient sucré. » A déguster en famille, tranquillement…

Dès 4 ans, et pour tous les âges

Sandrine Kao, Après les vagues, Grasset Jeunesse, 2022, 40 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Florence Dutruc-Rosset, Le châle de Nonna

« Il était une fois… » Ainsi débutent les contes, depuis tant et tant d’années… Nonna, cela signifie grand-mère en italien, et Nonna est en effet la grand-mère de Capucine, qu’elle a recueillie et élevée depuis qu’elle est bébé. Autant vous dire que des liens très forts se sont tissés entre elles deux. Nonna a tout appris à Capucine mais surtout « elle lui avait appris à aimer ». Ce temps passé est très important pour placer le conte hors du temps. Car la suite, vous l’attendez déjà : « un matin, Capucine trouva sa Nonna sans vie Elle était morte pendant la nuit. » Même le guérisseur n’avait rien pu pour elle… Capucine va alors décider d’aller déposer le châle de sa Nonna en haut de la Montagne Sacrée. Un long voyage initiatique, qui lui fait traverser une sombre forêt avant de voir le paysage s’éclaircir. Et là, une hirondelle… Ce conte sur le deuil et la perte d’un être aimé met en images le cheminement qui mène du chagrin le plus profond à l’acceptation et à la sublimation des souvenirs, avec parfois des influences un peu païennes, dans la lignée des écrits de Jung, par exemple.
A la fin de l’album Florence Dutruc-Rosset explicite le sens symbolique de chacun des personnages ou lieux rencontrés. Une référence à conserver pour aider les enfants lors d’un deuil familial.

Dès 5 ans

Florence Dutruc-Rosset, Le châle de Nonna, illustrations de Juliette Barbanègre, Bayard Jeunesse, coll. « les contes qui guérissent », 2022, 40 p., 13,90 € — Imprimé en Slovénie

Florence Magnin, Amandine et Caramel

Amandine, « curieuse et gourmande », a osé explorer une vieille bâtisse abandonnée. Dans la cuisine, elle trouve un livre de recettes bien étranges : quel goût peuvent bien avoir ces gâteaux qui se nomment « Vampirella aux groseilles » ou « Mélusine-Frangipaneux » ? La charlotte de Dame Tartine tient toutes ses promesses : elle va grandir, grandir et notre Amandine, suivie de son écureuil Caramel, va pénétrer dans son royaume – celui de la célèbre chanson ! Florence Magnin a glissé d’autres allusions sucrées et littéraires dans ce délicieux album, je vous laisse les découvrir. Son Amandine pourrait être la cousine de Caroline, avec sa salopette, ses taches de rousseur et son air mutin, et ce n’est pas pour déplaire. Les illustrations très colorées, fourmillent de détails amusants– mais gare, la sorcière d’Hansel et Gretel n’est pas loin ! Pour tous les becs sucrés et les amateurs de contes de fées !

Dès 5 ans

Florence Magnin, Amandine et Caramel, Editions Clair de Lune, 2022, 48 p., 19,95 € — Imprimé en France

Connaissance des Arts Jeunesse, Chambord

« Prépare-toi à faire un saut dans l’Histoire. François, Louis, Stanislas, Maurice et Henri t’attendent de pied ferme » pour visiter un des fleurons de notre patrimoine : le château de Chambord ! Impressionnant au cœur de sa forêt, labyrinthique avec ses 83 escaliers et ses 426 pièces (et ses 282 cheminées), magique quand on peut se promener sur ses toits – mais aussi un peu compliqué à appréhender si sa visite n’est pas un peu préparée. C’est le projet de ce premier numéro hors-série de la revue Connaissance des Arts, rédigé et illustré pour les jeunes visiteurs. Architecture, histoire, modes de vie, environnement naturel sont présentés en termes simples et illustrés de nombreuses photos.
Au fait, François, Louis, Stanislas, Maurice et Henri ? Ce sont, par ordre d’apparition, François Ier, Louis XIV, Maurice de Saxe, Stanislas Leszczynski et Henri d’Artois, petit-neveu de Louis XVIII et comte de Chambord.

Dès 9 ans

Connaissance des Arts Jeunesse, Chambord, 2022, 52 p., 10 € — Imprimé en France

Emilie Vast, Je confonds tout !

Vous savez tous que je suis l’actualité d’Emilie Vast avec une grande attention, car ses albums offrent toujours l’occasion de s’émerveiller. Avec Je confonds tout !, elle nous régale autant par le scénario que par son humour et son trait, si simple (en apparence !). Lapin Brun raconte une histoire à son compère : « Alors voilà : un jour Escargot décide de partir en voyage. Il quitte sa maison et devient une limace. » « N’importe quoi ! Ce n’est pas possible », rétorque Lapin beige, qui explique un peu plus loin que « les limaces ne sont pas des escargots sans coquille. Ce sont deux animaux différents mais de la même famille : les gastéropodes ». Et hop ! Un nouveau mot vite appris !
Corbeaux, guêpes et abeilles, chameau et dromadaire, mouette et goéland, serpent et lézard, pingouin et manchot : à chaque fois que Lapin Brun tente de relancer son histoire, à chaque fois, Lapin Beige le renvoie dans ses buts – ou plutôt à la réalité du monde. Mais sans se fâcher, en jouant de finesse et d’humour. C’est drôle, c’est tendre, c’est farfelu et comme toujours chez MeMo, c’est fabriqué avec soin sur un beau papier mat.

Dès 2 ans

Emilie Vast, Je confonds tout !, MeMo, 2022, 48 p., 14 € — Imprimé en Europe

Isabelle Carré, La mer dans son jardin

« Avec émotion, la fillette dit au revoir aux copines qui l’attendent au pied du grand toboggan. Elle va désormais vivre en Bretagne, non loin de l’océan.
Jusqu’à ce jour, ses parents n’avaient jamais quitté leur banlieue parisienne. Marie, qui vient de fêter ses sept ans, n’a donc jamais vu la mer… »
Nouvelle maison, nouvelle école, nouveaux paysages. Et surtout la mer ! Mais voilà que Marie en a un peu peur, de cette immense étendue sauvage. C’est froid, ça remue, ça claque à chaque ressac… Et Maman, avec son gros ventre (oui, elle attend un bébé), va nager si loin. « Comment savoir ce qui se cache sous la surface ? Des poissons certainement, des algues aux formes bizarres, des méduses jaunes et violettes… et d’autres créatures inconnues. »
Après ce premier contact, une bonne nuit s’impose. Marie, tout doucement, sombre dans un rêve étrange : la mer monte, monte, « bientôt on ira en classe en bateau ». Bien sûr, ce rêve peut donner matière à évoquer le risque de montée des eaux lié à un réchauffement climatique – mais il peut aussi être seulement un « mauvais rêve ». Dès le réveil, Marie n’a qu’une hâte : retourner sur la plage. Petit à petit, elle apprivoisera la mer, et goûtera aux joies de la baignade en attendant la naissance du bébé. Une belle histoire qui aidera les enfants à surmonter leurs peurs, sans hâte, entourés de la bienveillance de leurs parents.

Dès 6 ans

Isabelle Carré, La mer dans son jardin, illustrations de Kasya Denisevich, Grasset Jeunesse, 2022, 48 p., 16 €. Imprimé en Espagne.

Alex Nogués, Un million d’huîtres au sommet de la montagne

« Nous voici sur un affleurement au sommet de la montagne, là où apparaissent les roches nues […] Regarde bien. Il y a plein d’huîtres au sol !
Des huîtres ?
Faisons une liste des animaux qui vivent sous terre : des lombrics, des taupes, des courtilières… On pourrait aussi trouver des souris, des blaireaux ou des hérissons dans leurs terriers. Et peut-être même un ours dans sa tanière.
Oui, mais une huître ? Les huîtres vivent dans la mer ! Et pourtant, ici, il y a des centaines, des milliers, des millions d’huîtres ! »
Pas forcément en très bon état de fraîcheur… mais il suffit de randonner en montagne dans du calcaire dit « coquillier » pour trouver d’intéressants fossiles. Cet album, très pédagogique, perce le mystère des fossiles et fait toucher du doigt la magie de la géologie. De plus, ce documentaire laisse un peu de place au rêve, comme une porte ouverte pour éveiller des vocations.
NB : comme précisé en début d’ouvrage, l’artiste s’est autorisé, par fantaisie, à faire cohabiter humains et dinosaures. C’est un peu dommage pour le côté scientifique de l’album mais la précision a l’avantage de l’honnêteté.

Dès 9 ans

Alex Nogués, Un million d’huîtres au sommet de la montagne, illustrations de Miren Asiain Lora, Editions des Eléphants, 2022, 48 p., 15 € — Traduit de l’espagnol par Sébastien Cordin. Imprimé en Espagne

Coline Dupuy et Davide Perconti, Jehanne d’Arc

À l’aube de sa mort, le 30 mai 1431, Jehanne d’Arc reçoit la visite d’un dominicain, Frère Martin Ladvenu, et lui confesse sa vie. Vers l’âge de 13 ans, tandis que le royaume de France est sous la domination des Anglais alliés aux Bourguignons, cette jeune fille de Lorraine est missionnée par des « voix », celles de l’archange saint Michel, de sainte Catherine d’Alexandrie et de sainte Marguerite d’Antioche. Celles-ci lui annoncent qu’elle devra délivrer Orléans et faire sacrer le dauphin Charles VII. Ayant obtenu quatre ans plus tard une petite troupe du capitaine de Vaucouleurs, Jehanne commence alors sa célèbre épopée…
Bravant le secret de la confession pour que nous puissions entendre la voix de Jeanne, l’artifice littéraire plutôt convenu est vite oublié au bénéfice d’un rythme toujours soutenu. Le lecteur passe sans à‑coup  — mais non sans nostalgie — des souvenirs de Jeanne aux dialogues des personnages mis en scène par Davide Perconti. Il donne à Jehanne une silhouette et un visage où la fraîcheur, la volonté, le courage et la foi s’expriment sans mièvrerie aucune. Les dessins et la mise en page sont sobres, d’une grande clarté, jusque dans le choix de la typographie, ce qui rend l’ouvrage aisément lisible par des enfants. Le scénario, dû à Coline Dupuy, transpose en BD Le Roman de Jeanne d’Arc de Philippe de Villiers, en gardant une langue soutenue et parfois imagée : « Nous serons une chevalerie, pas une crapaudaille », explique ainsi la Pucelle à « messieurs les capitaines », sous les murs de Blois. Les pages de garde présentent une carte du royaume de France en 1430, avec le parcours de Jehanne.

Dès 10 ans

Coline Dupuy et Davide Perconti, Jehanne d’Arc, Plein Vent, 2022, 48 p., 14,90 € — Imprimé en Lettonie