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Grasset Jeunesse

Sandrine Kao, Après les vagues

La mer. L’île. Explorer. Se perdre. Belle étoile. La rencontre. S’attacher. Se découvrir. Chaque page ou double page de cet album, en quelques images et si peu de mots, ne décline pas une simple « aventure », ou une « situation », mais suggère ce qui se passe au fond de nos cœurs quand on part à l’aventure, à la découverte de soi et des autres. Les « héros » en sont de petits animaux au contour très simple dont Sandrine Kao ne sait pas elle-même très bien si ce sont des lapins, des chiens ou des marmottes… J’y verrai plutôt quelques-uns des petits fantômes amicaux que nous a fait connaître le cinéma d’animation japonais (mais je n’y connais rien en fantômes asiatiques). Le titre, « Après les vagues », nous invite à tourner la page des derniers mois, à croire en nos rêves et à aller de l’avant. « Si quelque chose nous déplaît grimacer n’y changera rien. Un peu de recul, un conseil avisé, et l’amer devient sucré. » A déguster en famille, tranquillement…

Dès 4 ans, et pour tous les âges

Sandrine Kao, Après les vagues, Grasset Jeunesse, 2022, 40 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Isabelle Carré, La mer dans son jardin

« Avec émotion, la fillette dit au revoir aux copines qui l’attendent au pied du grand toboggan. Elle va désormais vivre en Bretagne, non loin de l’océan.
Jusqu’à ce jour, ses parents n’avaient jamais quitté leur banlieue parisienne. Marie, qui vient de fêter ses sept ans, n’a donc jamais vu la mer… »
Nouvelle maison, nouvelle école, nouveaux paysages. Et surtout la mer ! Mais voilà que Marie en a un peu peur, de cette immense étendue sauvage. C’est froid, ça remue, ça claque à chaque ressac… Et Maman, avec son gros ventre (oui, elle attend un bébé), va nager si loin. « Comment savoir ce qui se cache sous la surface ? Des poissons certainement, des algues aux formes bizarres, des méduses jaunes et violettes… et d’autres créatures inconnues. »
Après ce premier contact, une bonne nuit s’impose. Marie, tout doucement, sombre dans un rêve étrange : la mer monte, monte, « bientôt on ira en classe en bateau ». Bien sûr, ce rêve peut donner matière à évoquer le risque de montée des eaux lié à un réchauffement climatique – mais il peut aussi être seulement un « mauvais rêve ». Dès le réveil, Marie n’a qu’une hâte : retourner sur la plage. Petit à petit, elle apprivoisera la mer, et goûtera aux joies de la baignade en attendant la naissance du bébé. Une belle histoire qui aidera les enfants à surmonter leurs peurs, sans hâte, entourés de la bienveillance de leurs parents.

Dès 6 ans

Isabelle Carré, La mer dans son jardin, illustrations de Kasya Denisevich, Grasset Jeunesse, 2022, 48 p., 16 €. Imprimé en Espagne.

Aurora Cacciapuoti, La petite fille qui avait peur de tout

De gros nuages noirs stagnent en permanence au-dessus d’Amélie. Tout moches, tout gribouillés… Jouer à la balançoire, faire un tour au parc, adopter un chien… Non merci, car « on ne sait jamais ce qui peut arriver ! » Sur son canapé favori, s’assied un jour « un petit machin gris et qui semblait tout triste ». Triste, parce qu’Amélie l’empêche de réaliser ses rêves… Cette créature saura, page après page, redonner de l’assurance et de la joie de vivre à la fillette. Courage, courage, petite Amélie !
Cet album aurait pu s’appeler « la petite fille à qui on a fait peur de tout », notamment par une surexposition à l’actualité, mais il pose tout de même de bonnes questions. Combien d’adultes brisent-ils les rêves des enfants en leur transmettant leurs inquiétudes – ou celles qui sont véhiculées par les médias ? Quand un enfant développe angoisses ou phobies, un album comme celui-ci sera bienvenu, mais pas suffisant tout de même… Comment faire pour redonner confiance aux enfants ? Inviter cette drôle de créature à aller jouer au square, quelle bonne idée ! Et ça marche mieux que de grignoter des cookies à la cuisine !

Dès 3 ans

Aurora Cacciapuoti, La petite fille qui avait peur de tout, Grasset Jeunesse, 2022, 40 p., 15 € — Traduit de l’anglais par Christian Demilly. Imprimé en Espagne

Chloé Mesny-Deschamps et Salomée Vidal, Et toi, qu’est-ce que tu manges ?

« Dans le pays de mes ancêtres », explique chaque enfant, les paysages sont magnifiques, mais ce qui est inimitable, ce sont les bons petits plats mitonnés par les mamans, les grands-mères, les oncles et les cousins. Guacamole mexicain, naans indiens, sushis japonais, gnocchis italiens, kanelbullar suédois, tout cela nous met l’eau à la bouche. Il suffira de bien suivre les 13 recettes expliquées en termes clairs pour se régaler et faire un tour du monde culinaire, loin des fast-foods et de la malbouffe. Les illustrations de Lucia Calfapietra nous offrent un extraordinaire bain de couleurs, débordant d’énergie : rien de tel pour ouvrir l’appétit !

Dès 8 ans

Chloé Mesny-Deschamps et Salomée Vidal, Et toi, qu’est-ce que tu manges ?, illustrations de Lucia Calfapietra, Grasset Jeunesse, 2021, 64 p., 16,50 € — Imprimé en Espagne

Miguel Tanco, Toutes petites histoires

De toutes petites histoires, en effet, et sans autre texte qu’un titre… pour deux ! Dans un généreux format à l’italienne, Miguel Tanco propose, face à face, des planches sans paroles qui se répondent sur le même thème – donné par le double titre. « C’est magique ! » : magique de sortir un lapin de son chapeau – enfin, pas vraiment puisque l’artiste pose juste le lapin sur l’épaule de l’apprenti magicien. Magique aussi, d’emporter avec soi un ruban d’herbes hautes après avoir traversé le pré, une bien jolie trouvaille poétique parmi celles qui traversent cet album. Parfois, le sens de l’histoire saute aux yeux, parfois il faut scruter la suite des planches pour trouver ce qui a changé. Un trésor de délicatesse et d’humour sur le thème de l’enfance, un humour léger, de la fantaisie en bouquet, un émerveillement renouvelé à chaque page… sans oublier un bon zeste d’impertinence. A raconter, à se raconter, ou à se laisser raconter, car les petits sauront faire éclore bien des rêves à la lecture de cet album original.

Dès 4 ans

Miguel Tanco, Toutes petites histoires, textes français de Christian Demilly, Grasset Jeunesse, 2021, 80 p., 15,90 € — Imprimé en Espagne

Emma Lidia Squillari, La Baignade

Si Charlot, le chat, n’a pas envie de se mouiller, Odile, d’un coup de fil, convainc ses amies Coco et Pattie d’aller se baigner. Mais si l’oie aime nager, ce n’est le cas ni de la petite truie, ni de la pie… La journée n’est donc pas aussi « parfaite » qu’Odile l’avait imaginée. Jusqu’à ce qu’elle découvre, au fond de l’étang, « une bête horrible et effrayant qui la dévisage de ses yeux maléfiques »… Brr ! Les trois amies vont braver leur peur et résoudre ce mystère — je ne vous raconte pas la fin !
Italo-américaine, Emma Lidia Squillari a grandi dans la campagne piémontaise, entourée d’une grande fratrie et de nombreux animaux, dont elle croque les menues aventures avec un humour bienveillant.

Dès 3 ans

Emma Lidia Squillari, La Baignade, Grasset Jeunesse, 2021, 40 p., 15 € — Texte français de Christian Demilly. Imprimé en Espagne

Anne Cortey, La très grande aventure

« Le soleil se lève à peine. Marcello le petit pois et Nanni le haricot sont fatigués de leur longue marche et entrent dans la cour d’une ferme pour se reposer.
Mais… « Cocorico ! » Dans cette ferme, il y a un poulailler ! Et les volailles adorent les légumes verts (surtout les petits pois et les haricots) ! » Nos deux compères de se trouver croqués séance tenante… Fin de l’histoire ? Bien sûr que non ! Ce n’est que le début d’un road movie assez original. Car, à peine sortis du ventre du coq (non, non, pas de celui de la baleine de Pinocchio !), Marcello (le petit pois) et Nanni (le haricot), en parfaits Italiens, vont enfourcher une Vespa et continuer leur voyage… Cet album frais, coloré, fourmillant de détails et de bonne humeur, est un grand bol d’air qui nous montre que l’endroit où l’on va est aussi important que les personnes qui nous accompagnent.

Dès 3 ans

Anne Cortey, La très grande aventure, illustrations d’Olivier Latyk, Grasset Jeunesse, 2021, 32 p., 14,50 €

Alice de Nussy et Janik Coat, La Malédiction des flamants roses

A côté d’Alice, qui écrit, et de Janik, qui dessine, il y a aussi Valéria, « celle qui chapeaute » et qui va, l’air de rien, tenter d’organiser le joyeux bazar qui s’annonce. Plein de grâce, en tutu rose, debout sur une jambe ? C’est une danseuse. Mais sur une patte ? Alors, c’est un flamant rose, « le héros de notre histoire ». Mais avez-vous déjà vu un flamant rose tout seul ? En Camargue, ils vivent en groupes serrés. Tiens, Janik a caché (enfin, on ne voit que lui !) un corbeau dans la page. A la suivante, entrent en scène un éléphant et un (ou une) hippopotame. Ensuite, ça se déchaîne ! Valéria ne peut plus rien face à l’imagination d’Alice et de Janik : une forêt, un loup, un renard, un chaperon rouge, un écureuil… De page en page les personnages se révoltent contre les choix d’Alice et de Janik – est-ce vraiment comme cela que se fabrique un album ? Les dernières pages proposent aux enfants de découper les personnages et de les coller sur les paysages – un code permet de les télécharger pour ne pas abimer le livre. Le très grand format de l’album permet de le raconter à un groupe d’enfants, qui pourront prolonger ce moment un peu farfelu en créant leur propre version de l’histoire. Ils peuvent aussi parrainer un flamant rose, à la Tour du Valat.

Dès 3 ans

Alice de Nussy, La Malédiction des flamants roses, illustrations de Janik Coat, Grasset Jeunesse, 2021, 48 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Est-ce le clapotis de la pluie sur les carreaux ? Le parfum des frites ? Ou bien encore la soucoupe volante de l’affreux Blast Ador ? Toujours est-il que Madame la Chouette a été secouée dans son sommeil et entraînée dans le Nord par un ourson fort téméraire, quelque part entre champs de betteraves et terrils abandonnés. Et soudain, Les Harley-Davidson ont hurlé encore plus fort que les basses des rockeurs années 1970… Autant dire que Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute sortent un peu des chroniques habituelles du blog. Mais que ne ferait-on pour un petit Kévin, qui, de ducasse en piquet de grève, s’imagine, par ourson interposé, une vie pleine d’aventures et de voyages dans l’espace ? Ce roman rock, trépidant et déjanté, est servi par une écriture très rythmée, entre expressions ch’tis (glossaire à la fin) et interjections de comics. Madame la Chouette a moins aimé certains dessins – ainsi que la fin : que fait donc cette péronnelle de Greta à la braderie de Lille ? On aurait préféré que Biloute aille consoler Fiorina – mais ceci est une autre histoire. Le livre réunit les tomes parus séparément (et en couleurs). À part ça, votre sauce préférée, avec les frites ? Samouraï, Piccalilli ou Ketchup ? Moi, c’est la mayo de ma maman ! Tous unis contre l’infâme sauce Z, Blast Ador et le docteur Veggaline !

Dès 8 ans et pour tous ceux qui aiment le rock, les grosses motos et les frites

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale, illustrations de Reno Delmaire, Grasset Jeunesse, 2021, 240 p., 14,90 € — Imprimé en Italie

Stéphane Kiehl, Les amis de mon amie Carla

Vos enfants (et vous) aimez les bassets, les bergers suisses, les shih tzu, les labradors, les jacks russels ? Alors cet album est pour votre famille ! Ces toutous sont les grands (ou les petits) amis de Carla – et Carla, l’avez-vous deviné ? — est une boule d’énergie sur pattes, affectueuse et aventureuse, qui tient la première place dans le cœur d’une petite fille assez délurée. Stéphane Kiehl s’est pris au jeu et propose une galerie de portraits canins pleins d’humour. Alors que le texte est vif, plein d’astuces et de trouvailles, on regrettera ici ou là quelque laisser aller (« ses vrais amis la kiffent »), mais rien n’interdit de couper à lecture. Ouaf, ouaf !

Dès 4 ans

Stéphane Kiehl, Les amis de mon amie Carla, Grasset Jeunesse, 2020, 64 p., 16 € — Imprimé en Espagne

Agnès Domergue et Cécile Hudrisier, L’Herbier philosophe

« La pensée – Si je te demande de ne penser à rien, à quoi penses-tu ? » — «  L’amour en cage – L’amour est un oiseau. Si tu enfermes l’amour en cage, chantera-t-il encore demain ? » Ces courtes phrases, anecdotes ou énigmes, sont une forme poétique japonaise ancestrale : le koan. Jouant avec les immortelles et le cosmos, le bouton d’or et le perce-neige, Agnès Domergue nous invite à méditer et à nous émerveiller. Cette musicienne – elle est altiste dans une autre vie – a demandé à Cécile Hudrisier de « faire le portrait » non d’un oiseau, mais de ces fleurs aux noms évocateurs. Ses aquarelles, légères, légères, tracent sur le blanc de la feuille, telles des calligraphies, juste ce qu’il faut pour nous emporter sur un petit nuage de poésie. Et parce que ces fleurs existent en vrai – et c’est justement pour cela qu’elles sont admirables – leur nom savant, en latin, et leur silhouette accompagnent leur nom courant en pied de page. Une typographie, une mise en page et une fabrication des plus soignées font de cet album une rare réussite.

Dès 8 ans, pour toute la famille

Agnès Domergue, L’Herbier philosophe, illustrations de Cécile Hudrisier, Grasset Jeunesse, 2020, 64 p., 18,50 € — Imprimé en Espagne
Des mêmes auteurs : La balade de Koïshi, Grasset Jeunesse, 2019, 68 p., 20 €

Heng Swee Lim, Apolline et la vallée de l’espoir

Apolline, fillette au prénom solaire prédestiné, cultive des tournesols, des tournesols, des milliers de tournesols. Et « lorsqu’elle les voyait fleurir, son cœur s’emplissait de joie. Mais un jour un immense nuage noir vint assombrir la vallée ». Qui va cacher le soleil, et faire faner les tournesols. Comment Apolline va-t-elle protéger ses plantations ? En apprivoisant le nuage. En lui offrant un tournesol, elle l’autorise à… craquer, et à pleuvoir, ce qui est son rôle de nuage, après tout ! Le graphiste malaisien Heng Swee Lim, connu sur Instagram sous le pseudonyme de ilovedoodle, raconte avec une grande économie de moyens – du jaune, du noir, un dessin au trait – une histoire qui sera comprise à plusieurs niveaux. Il s’est en effet inspiré d’une Vallée de l’Espoir bien réelle qui accueille et soigne des lépreux. Mais le soleil, le nuage et la pluie peuvent avoir aussi bien d’autres symboliques.

Dès 5 ans

Heng Swee Lim, Apolline et la vallée de l’espoir, Grasset jeunesse, 2020, 48 p., 15,50 € — Texte français de Christian Demilly. Imprimé en Espagne.