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Grasset Jeunesse

Anne Cortey, La très grande aventure

« Le soleil se lève à peine. Marcello le petit pois et Nanni le haricot sont fatigués de leur longue marche et entrent dans la cour d’une ferme pour se reposer.
Mais… « Cocorico ! » Dans cette ferme, il y a un poulailler ! Et les volailles adorent les légumes verts (surtout les petits pois et les haricots) ! » Nos deux compères de se trouver croqués séance tenante… Fin de l’histoire ? Bien sûr que non ! Ce n’est que le début d’un road movie assez original. Car, à peine sortis du ventre du coq (non, non, pas de celui de la baleine de Pinocchio !), Marcello (le petit pois) et Nanni (le haricot), en parfaits Italiens, vont enfourcher une Vespa et continuer leur voyage… Cet album frais, coloré, fourmillant de détails et de bonne humeur, est un grand bol d’air qui nous montre que l’endroit où l’on va est aussi important que les personnes qui nous accompagnent.

Dès 3 ans

Anne Cortey, La très grande aventure, illustrations d’Olivier Latyk, Grasset Jeunesse, 2021, 32 p., 14,50 €

Alice de Nussy et Janik Coat, La Malédiction des flamants roses

A côté d’Alice, qui écrit, et de Janik, qui dessine, il y a aussi Valéria, « celle qui chapeaute » et qui va, l’air de rien, tenter d’organiser le joyeux bazar qui s’annonce. Plein de grâce, en tutu rose, debout sur une jambe ? C’est une danseuse. Mais sur une patte ? Alors, c’est un flamant rose, « le héros de notre histoire ». Mais avez-vous déjà vu un flamant rose tout seul ? En Camargue, ils vivent en groupes serrés. Tiens, Janik a caché (enfin, on ne voit que lui !) un corbeau dans la page. A la suivante, entrent en scène un éléphant et un (ou une) hippopotame. Ensuite, ça se déchaîne ! Valéria ne peut plus rien face à l’imagination d’Alice et de Janik : une forêt, un loup, un renard, un chaperon rouge, un écureuil… De page en page les personnages se révoltent contre les choix d’Alice et de Janik – est-ce vraiment comme cela que se fabrique un album ? Les dernières pages proposent aux enfants de découper les personnages et de les coller sur les paysages – un code permet de les télécharger pour ne pas abimer le livre. Le très grand format de l’album permet de le raconter à un groupe d’enfants, qui pourront prolonger ce moment un peu farfelu en créant leur propre version de l’histoire. Ils peuvent aussi parrainer un flamant rose, à la Tour du Valat.

Dès 3 ans

Alice de Nussy, La Malédiction des flamants roses, illustrations de Janik Coat, Grasset Jeunesse, 2021, 48 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale

Est-ce le clapotis de la pluie sur les carreaux ? Le parfum des frites ? Ou bien encore la soucoupe volante de l’affreux Blast Ador ? Toujours est-il que Madame la Chouette a été secouée dans son sommeil et entraînée dans le Nord par un ourson fort téméraire, quelque part entre champs de betteraves et terrils abandonnés. Et soudain, Les Harley-Davidson ont hurlé encore plus fort que les basses des rockeurs années 1970… Autant dire que Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute sortent un peu des chroniques habituelles du blog. Mais que ne ferait-on pour un petit Kévin, qui, de ducasse en piquet de grève, s’imagine, par ourson interposé, une vie pleine d’aventures et de voyages dans l’espace ? Ce roman rock, trépidant et déjanté, est servi par une écriture très rythmée, entre expressions ch’tis (glossaire à la fin) et interjections de comics. Madame la Chouette a moins aimé certains dessins – ainsi que la fin : que fait donc cette péronnelle de Greta à la braderie de Lille ? On aurait préféré que Biloute aille consoler Fiorina – mais ceci est une autre histoire. Le livre réunit les tomes parus séparément (et en couleurs). À part ça, votre sauce préférée, avec les frites ? Samouraï, Piccalilli ou Ketchup ? Moi, c’est la mayo de ma maman ! Tous unis contre l’infâme sauce Z, Blast Ador et le docteur Veggaline !

Dès 8 ans et pour tous ceux qui aiment le rock, les grosses motos et les frites

Julien Delmaire, Les aventures inter-sidérantes de l’ourson Biloute, l’intégrale, illustrations de Reno Delmaire, Grasset Jeunesse, 2021, 240 p., 14,90 € — Imprimé en Italie

Stéphane Kiehl, Les amis de mon amie Carla

Vos enfants (et vous) aimez les bassets, les bergers suisses, les shih tzu, les labradors, les jacks russels ? Alors cet album est pour votre famille ! Ces toutous sont les grands (ou les petits) amis de Carla – et Carla, l’avez-vous deviné ? — est une boule d’énergie sur pattes, affectueuse et aventureuse, qui tient la première place dans le cœur d’une petite fille assez délurée. Stéphane Kiehl s’est pris au jeu et propose une galerie de portraits canins pleins d’humour. Alors que le texte est vif, plein d’astuces et de trouvailles, on regrettera ici ou là quelque laisser aller (« ses vrais amis la kiffent »), mais rien n’interdit de couper à lecture. Ouaf, ouaf !

Dès 4 ans

Stéphane Kiehl, Les amis de mon amie Carla, Grasset Jeunesse, 2020, 64 p., 16 € — Imprimé en Espagne

Agnès Domergue et Cécile Hudrisier, L’Herbier philosophe

« La pensée – Si je te demande de ne penser à rien, à quoi penses-tu ? » — «  L’amour en cage – L’amour est un oiseau. Si tu enfermes l’amour en cage, chantera-t-il encore demain ? » Ces courtes phrases, anecdotes ou énigmes, sont une forme poétique japonaise ancestrale : le koan. Jouant avec les immortelles et le cosmos, le bouton d’or et le perce-neige, Agnès Domergue nous invite à méditer et à nous émerveiller. Cette musicienne – elle est altiste dans une autre vie – a demandé à Cécile Hudrisier de « faire le portrait » non d’un oiseau, mais de ces fleurs aux noms évocateurs. Ses aquarelles, légères, légères, tracent sur le blanc de la feuille, telles des calligraphies, juste ce qu’il faut pour nous emporter sur un petit nuage de poésie. Et parce que ces fleurs existent en vrai – et c’est justement pour cela qu’elles sont admirables – leur nom savant, en latin, et leur silhouette accompagnent leur nom courant en pied de page. Une typographie, une mise en page et une fabrication des plus soignées font de cet album une rare réussite.

Dès 8 ans, pour toute la famille

Agnès Domergue, L’Herbier philosophe, illustrations de Cécile Hudrisier, Grasset Jeunesse, 2020, 64 p., 18,50 € — Imprimé en Espagne
Des mêmes auteurs : La balade de Koïshi, Grasset Jeunesse, 2019, 68 p., 20 €

Heng Swee Lim, Apolline et la vallée de l’espoir

Apolline, fillette au prénom solaire prédestiné, cultive des tournesols, des tournesols, des milliers de tournesols. Et « lorsqu’elle les voyait fleurir, son cœur s’emplissait de joie. Mais un jour un immense nuage noir vint assombrir la vallée ». Qui va cacher le soleil, et faire faner les tournesols. Comment Apolline va-t-elle protéger ses plantations ? En apprivoisant le nuage. En lui offrant un tournesol, elle l’autorise à… craquer, et à pleuvoir, ce qui est son rôle de nuage, après tout ! Le graphiste malaisien Heng Swee Lim, connu sur Instagram sous le pseudonyme de ilovedoodle, raconte avec une grande économie de moyens – du jaune, du noir, un dessin au trait – une histoire qui sera comprise à plusieurs niveaux. Il s’est en effet inspiré d’une Vallée de l’Espoir bien réelle qui accueille et soigne des lépreux. Mais le soleil, le nuage et la pluie peuvent avoir aussi bien d’autres symboliques.

Dès 5 ans

Heng Swee Lim, Apolline et la vallée de l’espoir, Grasset jeunesse, 2020, 48 p., 15,50 € — Texte français de Christian Demilly. Imprimé en Espagne.

Eleonora Marton, Monstres de maison

Connaissez-vous le crissgrif ? le sluuurp ? le cuisinosaure ? Ce sont quelques-uns des monstres qui se réveillent la nuit dans la maison de Lola. Ongles pointus, tentacules crochus, langue baveuse, bras extensibles… Brrr ! « Mais le matin, lorsque le soleil se lève, qu’est-ce que je vois ? » Ici un panier à linge, ailleurs une louche dans la soupière ou les bottes de grand-père… Jouant sur des ombres chinoises et des fonds sombres, Eleonora Marton a créé de terribles monstres, qu’elle démonte littéralement dans les pages suivantes, saturées de couleurs joyeuses. Heureusement, confie Lola, « il n’y a aucun monstre dans ma chambre, ni le jour ni la nuit. Ouf ! ». A lire en y mettant le ton, en alternant grosse voix et étonnement – fous rires assurés !

Dès 4 ans

Eleonora Marton, Monstres de maison, Grasset Jeunesse, 2020, 48 p., 15,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Espagne

Brunetto Latini, Le Livre du trésor

Avez-vous déjà rencontré une lucrote ? C’est « une bête originaire de l’Inde qui, en rapidité, surpasse tous les autres animaux. Elle est grande comme un âne, a la croupe d’un cerf, la poitrine et les pattes du lion, une tête de cheval, les pieds d’un bœuf, une bouche fendue jusqu’aux oreilles, et les dents qui sont formées d’un seul os. » Elle surgit de la page dans une envolée de feuilles mortes, cette bien curieuse bestiole ! Notre lucrote partage ce bestiaire avec le loup, la licorne, le dragon et la fourmi – non pas une « fourmi de 18 mètres », mais la fourmi géante des Histoires d’Hérodote. Brunetto Latini (v. 1220 – 1294), un temps chancelier de Florence, a compilé mythes et sources diverses, et les a mêlés à sa propre expérience. Dans ces extraits de son Livre du Trésor, on savoure la façon dont les bestiaires médiévaux mettaient sur le même plan animaux fabuleux et animaux réels. Rébecca Dautremer s’est régalée à illustrer ces figures étranges et farfelues, insérant même un clin d’œil contemporain, avec cette cigogne nichant sur un poteau téléphonique. Une collection originale, toujours aussi surprenante que raffinée.

Dès 5 ans

Brunetto Latini, Le Livre du trésor, illustrations de Rébecca Dautremer, traduit du français médiéval par Gabriel Bianciotto, Grasset Jeunesse, coll. « Ma grande bibliothèque idéale », 2020, 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois

« Humpty Dumpty sur un mur en pierre
Humpty Dumpty est tombé par terre
Ni les chevaux ni les valets du roi
Ne purent jamais remettre Humpty droit »
Partons en voyage au pays du non-sense ! Humpty Dumpty y croise Tweedledum et Tweedledee, un moineau, un corbeau, un lion, une licorne – mais tout cela ne nous dit pas « qui a tué le rouge-gorge »… Gérard DuBois a accepté les contraintes de la collection : une semaine et quatre couleurs, pour illustrer ces comptines venues d’outre-Manche. Il a choisi du bleu, du jaune, de l’orangé et un gris-brun terre d’ombre, ce qui donne un petit côté suranné à ces Nursery Rhymes parfois cocasses, parfois cruelles, toujours incongrues.

Dès 5 ans

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois, traduites et adaptées de l’anglais par Christian Demilly, Grasset Jeunesse, « La Collection », 2019, 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Christian Demilly, Le Grand Voyage en Abécédaire

« Dehors l’air est glacial, mais dans l’âtre brûle un feu qui réchauffe les corps et les âmes. » Au menu du petit-déjeuner ? « Amandes, ananas, abricots, plongés dans un sirop aux arômes de vanille. » En voilà une belle page consacrée à la lettre « A » ! Deux petits personnages enfilent leurs anoraks, car l’aventure les attend ! Chaque page est consacrée à un épisode de leur expédition « en Abécédaire » : après un voyage en barque et un pique-nique sur une île, embarquement sur un extraordinaire vieux gréement et retour en train. Pas le temps de s’ennuyer ! Une ou deux lettres de l’alphabet donnent le « la » de chaque page et rythment la narration. Le grand format de l’album, la police en écriture cursive et les dessins inspirés des coloriages des années 1930–1950 feront la joie des classes, des bibliothèques et des familles nombreuses. A vous de réviser les règles du whist et du yam !

Dès 4 ans

Christian Demilly, Le Grand Voyage en Abécédaire, illustrations d’Alain Pilon, Grasset Jeunesse, coll. « Lecteurs en herbe », 2019, 48 p., 18,50 € — Imprimé en Espagne

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva

« Maintenant, Kitty, si tu veux bien m’écouter, au lieu de jacasser sans arrêt, je vais te dire tout ce que j’imagine à propos de la Maison du Miroir. D’abord, il y a la pièce que tu peux voir dans la glace… Elle est exactement semblable à notre salon, mais les objets y sont inversés », explique Alice à Kitty, la minette noire. Mais était-ce vraiment de la faute de la minette si Alice a décidé de passer de l’autre côté de ce miroir ? Un autre côté intrigant, magique, déstabilisant… Elle va y croiser la route de Fleurs qui parlent, d’un Scarabée et d’un Bouc voyageant en train, de Twideuldeume et Twideldie, d’un Lion, d’une Licorne, d’Hempty Deumty et de tant d’autres ! Autant d’épisodes qui se jouent sur un échiquier dont les Rois et les Reines, tant blancs que rouges, sont prêts à tout pour faire perdre Alice !
Dans ce roman paru en 1871, Lewis Carroll joue en maître avec les mots : non-sens et humour anglais sont au rendez-vous ! N’oublions pas qu’il était mathématicien et professeur de… logique, une logique dont il prend ici le contrepied avec un talent des plus surréalistes. Ce texte étonnant sera d’autant plus apprécié des enfants qu’il leur sera lu par un adulte, qui saura prendre le temps de commenter les épisodes les plus complexes. Les joueurs d’échecs seront ravis de lire la préface de Noël 1896, avec l’explication de la partie imaginée par Lewis Carroll ! La qualité des illustrations et de la fabrication justifie le prix de cet album, grand classique s’il en est de la littérature de jeunesse anglo-saxonne.

Dès 7 ans en lecture accompagnée – Dès 10 ans en lecture indépendante

Lewis Carroll, De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice y trouva, illustrations de Nicole Claveloux, Grasset Jeunesse, 2019, 98 p., 25 € — Traduit de l’anglais par Henri Parisot. Couverture reliée. Imprimé en Espagne. Réédition du texte paru en 1969 chez Flammarion.

Peter Sís, Robinson

Peter Sís, Robinson

« Mes amis et moi, on adore l’aventure. Nous jouons tout le temps aux pirates : de vrais rois des hautes mers ! Pour Mardi-Gras, c’est en pirates, évidemment, que nous irons à l’école. » Hélas, la maman de notre héros en a décidé autrement et lui fabrique un « superbe » costume de Robinson. Seulement voilà… Personne ne connaît Robinson et chacun se moque, non point de la fausse fourrure décatie, mais par simple ignorance du roman éponyme. Au point de rendre malade notre bonhomme, qui se retrouve au lit, délirant de honte et de fièvre. Une fièvre qui le mène droit sur une île déserte, où son imagination prend la relève. Les illustrations de Peter Sís, faussement naïves, sont somptueuses ; multipliant les angles de vue, elles nous entraînent, une fois quittée cette chambre gris-bleu où la tête nous tourne, dans un monde onirique, chatoyant et coloré, plein de vie et de mystères. Jusqu’au dénouement, où les pirates rendent visite au narrateur, tous déguisés en Robinson, pour se faire pardonner. Un souvenir de Peter Sís, né en 1949 à Brno, dont on imagine ainsi un peu mieux l’enfance derrière le rideau de fer, quand sa maman cousait son déguisement dans des chutes de moquette.

Dès 5 ans

Peter Sís, Robinson, Grasset Jeunesse, 2018, 56 p., 18,90 € — Traduit de l’anglais (Peter Sís vit et publie aux Etats-Unis)