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Charles Perrault

Charles Perrault (d’après), Cendrillon

Charles Perrault (d’après), Cendrillon

« Elle dormait au grenier, sur une simple paillasse, tandis que ses sœurs étaient dans des chambres luxueuses et se prélassaient dans des lits moelleux. La pauvre fille souffrait tout avec patience et n’osait se plaindre à son père.
Lorsqu’elle avait fini son travail, elle allait se mettre au coin de la cheminée et s’asseyait dans les cendres, c’est pourquoi on s’était mis à l’appeler Cendrillon. »
Cette adaptation du conte de Perrault se présente sous la forme d’un livret (dont est extrait le passage cité), d’un carrousel de décors et de figurines en carton dessinés et conçus par Lucia Calfapietra : Cendrillon, le prince, la bonne fée – mais aussi le carrosse et les décors du château. Des ciseaux et un peu de colle suffiront donc à rejouer les plus belles scènes de la féerie.

Dès 5 ans

Charles Perrault (d’après), Cendrillon, illustré par Lucia Calfapietra, Seuil Jeunesse, 2018, 15,50 € — Carrousel, livret et personnages en carton.

Charles Perrault, Rois et reines au sommaire du Tétras Lire d’avril 2017

Charles Perrault, Rois et reines au sommaire du Tétras Lire d’avril 2017

« Sachez que la même fée qui, au jour de ma naissance, me fit le don de pouvoir rendre spirituelle la personne qu’il me plairait, vous a aussi fait le don de pouvoir rendre beau celui à qui vous voudrez bien faire cette faveur », confie Riquet à la Houppe à la jolie princesse – jolie, mais hier encore si sotte et si maladroite. Riquet à la Houppe est un conte assez rarement publié ; il est illustré ici par Marie-Alice Harel qui, ayant de la tendresse pour ses héros, ne les a pas dépeints si laids que cela.
Le second conte de la revue est Peau d’Âne – dans le texte original, lui aussi.
«  — Est-ce vous, lui dit-il [c’est le jeune prince qui parle], qui logez au fond de cette allée obscure, dans la troisième basse-cour de la métairie ?
— Oui, seigneur, répondit-elle.
— Montrez-moi votre main, dit-il en tremblant et poussant un profond soupir…
Dame ! qui fut bien surpris ? Ce furent le roi et la reine, ainsi que tous les chambellans et les grands de la cour, lorsque de dessous cette peau noire et crasseuse sortit une petite main délicate, blanche et couleur de rose, où la bague s’ajusta sans peine au plus joli petit doigt du monde. »
Qui dit roi et reine pense châteaux. Après un long entretien avec Lionel Arsac, conservateur au château de Versailles, le magazine présente les emblèmes royaux, une sélection de nos plus célèbres châteaux et donne même la recette des « macarons du mariage de Louis XIV » !

De 8 à 12 ans

Charles Perrault, Rois et reines, Tétras Lire, avril 2017, 94 p., 9,50 € et par abonnement sur le site des Editions Alba Verba.
Pour feuilleter le magazine, c’est ici.

Charles Perrault, La Barbe bleue, illustrations de Sara

Charles Perrault, La Barbe bleue, illustrations de Sara

« Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderie, et des carrosses tout dorés ; mais par malheur cet homme avait la Barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était ni femme ni fille qui ne s’enfuît de devant lui.
Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles parfaitement belles. Il lui en demanda une en mariage, et lui laissa le choix de celle qu’elle voudrait lui donner. Elles n’en voulaient point toutes deux, et se le renvoyaient l’une à l’autre, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues. »
Ce terrible conte, qui met en garde les petites demoiselles contre certains prédateurs, est illustré ici de papiers découpés aux couleurs si franches qu’elles en deviennent violentes – aussi violentes que le thème du conte. De plus, l’illustratrice a planté un décor des plus contemporains : belle voiture, villa de luxe, silhouettes à la mode – jusqu’aux frères appelés par sœur Anne qui déboulent enfin sur leurs motos. Un choix donc délibéré et assumé – on aime ou on déteste, mais cela ne laisse pas indifférent. Une fois n’est pas coutume, je vous présente donc un album qui me dérange – mais n’est-ce pas la force du conte de Barbe-bleue, ici en version intégrale, de nous faire frémir aujourd’hui encore ?

Dès 8 ans, une lecture à accompagner.

Charles Perrault, La Barbe bleue, illustrations de Sara, Le Genévrier, 2016, 56 p., 18 €

Charles Perrault, Le Petit Poucet, illustré par Emmanuel Fornage

Charles Perrault, Le Petit Poucet, illustré par Emmanuel Fornage

Le Petit Poucet et ses frères « heurtèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu’ils voulaient. Le petit Poucet lui dit qu’ils étaient de pauvres enfants qui s’étaient perdus dans la forêt, et qui demandaient à coucher par charité. Cette femme, les voyant tous si jolis, se mit à pleurer, et leur dit :
” Hélas ! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus ? Savez-vous bien que c’est ici la maison d’un Ogre qui mange les petits enfants ?
— Hélas ! madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force, aussi bien que ses frères, que ferons-nous ? Il est bien sûr que les loups de la forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit si vous ne voulez pas nous retirer chez vous, et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange ; peut-être qu’il aura pitié de nous si vous voulez bien l’en prier. » Comme cela est élégamment demandé…
Les découpages d’Emmanuel Fornage, inspiré des techniques ancestrales des découpeurs du Pays d’En Haut, conviennent parfaitement au conte. Décidemment, le Petit Poucet inspire les créateurs de papiers découpés, puisque octobre 2015 avait aussi vu paraître chez Hélium Le très grand Petit Poucet, avec des décors et des découpes de Clémentine Sourdais.

Dès 5 ans

Charles Perrault, Le Petit Poucet, illustré par Emmanuel Fornage, Circonflexe, 2015, 64 p., 22 €

Charles Perrault, Le très grand Petit Poucet

Charles Perrault, Le très grand Petit Poucet

« Il était une fois un Bûcheron et une Bûcheronne qui avaient sept enfants tous Garçons. L’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le Bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps ; mais c’est que sa femme allait vite en besogne, et n’en faisait pas moins que deux à la fois. Ils étaient fort pauvres, et leur sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c’est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. » Ainsi en effet va le conte que c’est au plus jeune que revient le soin de sauver sa fratrie. Ce « très grand » Petit Poucet reprend le texte de Perrault, dans un décor onirique fait de découpes laser superposées à des illustrations naïves, le tout jouant de l’ombre et de la lumière…

Dès 5 ans

Charles Perrault, Le très grand Petit Poucet, décors et découpes de Clémentine Sourdais, Hélium, 2015, 32 p., 21,90 €

Charles Perrault, Peau d’Âne

Charles Perrault, Peau d’Âne

« Il était une fois un Roi,
Le plus grand qui fût sur la Terre,
Aimable en Paix, terrible en Guerre »
La rime est simple, mais ô combien efficace ! Car ce Roi magnifique, éperdu de chagrin après la mort de sa chère épouse, sombre dans une bien funeste folie : il souhaite épouser la princesse sa fille.
« De mille chagrins l’âme pleine,
Elle alla trouver sa Marraine,
Loin, dans une grotte à l’écart
De Nacre et de Corail richement étoffée.
C’était une admirable Fée »
Robe couleur du temps, robe couleur de Lune, robe solaire – jusqu’à la peau de l’âne aux crottins d’or, rien n’y fait. La suite est connue : cachée sous la peau, la princesse se fait souillon ; un Prince charmant la découvre et, par divers stratagèmes, dont celui de l’anneau caché dans un « friand morceau », finit par l’épouser, sous le regard attendri du Roi Papa, « purifié [des] feux / Dont son âme était embrasée ».
Voici un album qui déroutera quelque peu, mais qui est d’une rare intelligence : l’éditeur a fait le pari de reprendre le texte intégral de Peau d’Âne, celui de 1694, juste remis en français moderne – du XIXe siècle. Une manière de prendre des distances avec ce conte fondateur, venu du fond des âges. Car, comme le rappelle Perrault,
« il est des temps et des lieux
Où le grave et le sérieux
Ne valent pas d’agréables sornettes ».

Dès 10 ans

Charles Perrault, Peau d’Âne, illustrations de Jean Claverie, Albin Michel Jeunesse, 2012, 48 p., 11,99 €

Charles Perrault, Les Contes de ma mère l’Oie

Charles Perrault, Les Contes de ma mère l’Oie

Un livre de contes de plus ? Toujours les mêmes ? « Peau d’Âne », « La belle au bois dormant », « Le Petit Chaperon rouge », vous allez me dire que cela se trouve à tous les coins de rue pour trois francs six sous… Bien sûr, mais souvent remaniés, simplifiés, voire pervertis…Alors, pourquoi ne pas revenir au texte originel ? Pourquoi ne pas offrir une belle édition, qui restera dans la bibliothèque familiale ?
Les contes merveilleux réunis par Charles Perrault « peuvent nous apparaître durs et violents, […]. Mais, le bénéfice éducatif de ces histoires courtes ou longues n’a d’égal que la beauté du style, sa précision et son efficacité, son pouvoir évocateur et son rêve », rappelle l’éditeur dans la préface de ce volume.
Derrière une couverture « bleu de France » dorée à point, vous découvrirez un très bel ouvrage : du papier ivoire épais, une typographie élégante, et même un petit ruban pour ne pas perdre sa page. Quant aux illustrations, elles sont dues à l’artiste irlandais Harry Clarke (1889–1931), qui sut faire la jonction entre le mouvement Arts and Crafts, l’Art Nouveau et le renouveau celtique. Qui mieux qu’un Irlandais pouvait converser avec le mystérieux monde de féerie ?

Dès 6 ans

Charles Perrault, Les Contes de ma mère l’Oie, illustrations de Harry Clarke, Editions Courtes et Longues, 2012, 160 p., 29,90 €

Charles Perrault, Cendrillon

Charles Perrault, Cendrillon

« On envoya chercher la bonne coiffeuse, pour dresser les cornettes à deux rangs, et on fit acheter des mouches de la bonne faiseuse : elles appelèrent Cendrillon pour lui demander son avis, car elle avait bon goût. Cendrillon les conseilla le mieux du monde, et s’offrit même à les coiffer ; ce qu’elles voulurent bien. En les coiffant, elles lui disaient :
-“Cendrillon, serais-tu bien aise d’aller au bal ?”
-“Hélas, mesdemoiselles, vous vous moquez de moi, ce n’est pas là ce qu’il me faut.”
-“Tu as raison, on rirait bien si on voyait un cucendron aller au bal.”
Une autre que Cendrillon les aurait coiffées de travers ; mais elle était bonne, et elle les coiffa parfaitement bien. »
Cet album reprend, il faut le souligner, le texte intégral du conte de Perrault : il n’y manque ni manchettes godronnées, ni« barrière de diamants », ni même les « mouches » qui donnaient un air mutin aux demoiselles. Les illustrations, très fines, privilégient le rose, le parme, le lilas, le mauve et le prune – bref, les couleurs préférées de nos petites princesses !

Dès 6 ans

Charles Perrault, Cendrillon, illustrations d’Annette Marnat, Milan, 2012, 42 p., 16,90 €

Charles Perrault,  Le Chat botté

Charles Perrault, Le Chat botté

« Il était une fois un vieux meunier qui avait trois garçons. Quand il mourut, il laissa un moulin, un âne et un chat. On donna le moulin au plus grand de ses fils, l’âne au second et le chat au dernier. » Qui, on le devine déjà, ne fit pas une si mauvaise affaire que cela, Maître Chat étant magicien.
L’adaptation de ce conte est de belle facture, ainsi que les illustrations, gaies et colorées.
Quant à la morale du conte, elle a fait couler beaucoup d’encre. Certes, le boniment n’est pas une manière très honnête de parvenir à ses fins. Mais l’humour des situations déclenche un rire bienfaisant qui permet de prendre ses distances avec cette lointaine époque « où les bêtes parlaient ».

Dès 4 ans

Charles Perrault, revisité par Marie-France Floury, Le Chat botté, illustrations de Charlotte Roederer, Nathan, coll. Les Petits Cailloux, 2006, 29 p., 5,50 €