Thème

Moyen-Age

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes

Les « Châteaux de la Loire », ce sont ceux qui ont vu passer Jeanne – « Son âme était récente et sa cotte était neuve ». Suivent deux prières : Jeanne y demande un « chef de guerre » capable de « faucher les Bourguignons », avant de prier monsieur saint Michel, madame Catherine et madame Marguerite. Car « mener la bataille, ô je ne le peux pas », oppose-t-elle à leur « voix inoubliable ». Mais, fille obéissante, elle fait néanmoins ses « adieux à la Meuse » et à la maison de son père. Et vient le coup de tonnerre – quels adolescents apprendront par cœur les terribles « Imprécations de Guillaume Evrard » — « Elle ira dans l’Enfer avec les Morts damnés »… Imprécations auxquelles Jeanne répond, de la Tour où, prisonnière, elle se sent abandonnée, douloureuse à jamais. Avant de marcher au supplice.
Les illustrations de Nathalie Parain sont d’une discrétion exemplaire, très fines, d’une élégance qui allie force et douceur.
Ce petit opuscule, en édition originale et d’une fabrication si soignée, a passé quelques années sur les étagères de la bibliothèque d’un collège de Rueil Malmaison. Si l’on en croit la fiche encore glissée dans le livre, il a été emprunté – pour la dernière fois – en 1983 par un élève de 6e.

Dès 12 ans

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, cinq poèmes, illustrations de Nathalie Parain, typographie Deberny-Peignot, NRF Gallimard, 1952, 62 p. – En brocante ou chez des libraires de livres anciens. 10 € chez Le Facteur Cheval à Versailles.

Véronique Duchâteau, Le Sable et la Croix, tome 1 : Le Krak des chevaliers

« J’ai soif. […] Pourquoi suis-je ici ? Comment moi, fils d’un comte du royaume de France, je me retrouve à des milliers de kilomètres dans la plus grande forteresse de la chrétienté, à l’extrémité de cette Terre Sainte ? » Le récit, qui se déroule en l’an de grâce 1188, est encore un peu incohérent, car Benoît de Saint-Loup, le narrateur, a pris un mauvais coup et se réveille à peine. Dans la nuit, les hommes de Saladin ont réussi à s’introduire, par ruse, dans l’immense forteresse qui se dresse aux avant-postes de la chrétienté : le Krak des chevaliers.
Véronique Duchâteau mène ce roman d’aventure à plein galop. De l’enfance du jeune Benoît à son retour de la croisade, elle dresse un portrait dynamique d’un jeune chevalier que le destin amène à devenir moine hospitalier. Animé d’une forte composante religieuse, le roman s’articule autour d’une immense aventure humaine, celle des Croisades face aux visées expansionnistes de Saladin, « rassembleur des croyants ».

Dès 10 ans

Véronique Duchâteau, Le Sable et la Croix, tome 1 : Le Krak des chevaliers, Plein Vent, 2021, 198 p., 9,90 € — Imprimé en France

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres

Lancelove, monté sur son fier destrier Galopin de Pas-Marrant, n’est pris au sérieux ni par les autres chevaliers ni par la princesse Laudine dont il est secrètement amoureux. Au moment où tous se séparent pour partir à l’aventure, Lancelove annonce qu’il rapportera le Chat-Ours, un animal mi-chat mi-ours (on s’y serait attendu !), que personne n’a jamais trouvé. Le Pays Imaginaire ouvre ses portes à Lancelove (mot de passe : ?Vénéneux1515 !) et c’est parti pour une chevauchée entre monstres, forêts enchantées et dragons – bref, le quotidien de tout chevalier qui se respecte. Une foule de jeux de mots, une once de philosophie (« dans la vie, sans se poser de questions, on n’avance pas ») et hop ! entre une invocation à Saint Chrétien de Troyes et au Chevalier Lorris de Meung, le chat-ours tombe dans l’escarcelle de Lancelove. Il ne reste plus qu’à rentrer et à apprendre quels sont les projets de Laurine. Les illustrations de Juliette Barbanègre sont aussi denses et colorées que l’imagination de Carl Norac, qui se fait un malin plaisir de parodier gentiment les chansons de geste.

Dès 8 ans

Carl Norac, Lancelove, le chevalier aux mille monstres, illustrations de Juliette Barbanègre, L’Ecole des Loisirs, coll. Pastel, 50 p., 13,50 € — Imprimé en Italie.

Odile Haumonté, Le Miroir du Roi

Deux adolescents, dans un royaume imaginaire d’une Europe troublée par la guerre de Cent Ans. L’un, François, dans son pourpoint bleu azur, s’apprête à être couronné. L’autre, Philippe, vêtu d’une simple chemise blanche, l’encourage d’un franc sourire de connivence, comme seuls deux frères peuvent en échanger. Et pourtant… Rien ne peut distinguer les deux frères jumeaux, et c’est là une terrible malédiction (un peu tirée par les cheveux, mais sinon, pas de roman !). Officiellement, il n’existe qu’un seul prince, Philippe-François ! Chaque garçon vivra à tour de rôle sur le devant de la scène, son jumeau restant caché – du mieux possible. Au-delà de toutes les confusions imaginables, cocasses ou plus complexes, Odile Haumonté fait revivre dans ce roman les belles valeurs de la chevalerie : amitié, courage, loyauté, sens des responsabilités, seront mis à rude épreuve dans ce jeu de cache-cache princier. Rassurez-vous, la malédiction initiale sera levée !

Dès 12 ans

Odile Haumonté, Le Miroir du Roi, Pierre Téqui éditeur, 2020 (1ère édition en 2005), 244 p., 14,90 € — Imprimé en France

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes

Vortigern, Pwyll, Gradlon, Cuchulainn : à l’évocation de leurs noms, les auditeurs des bardes savaient qu’ils allaient entendre des histoires aux nombreuses péripéties ! Puis les érudits du renouveau celtique, au XIXe siècle, les firent découvrir à des lecteurs fascinés par un univers aussi riche en héros, chevaliers et magiciennes aux aventures des plus tumultueuses… Bretagne, Pays de Galles, Irlande, Ecosse, Cornouailles : autant de terres de légendes ! Du cycle d’Ulster aux récits arthuriens, cet album propose six légendes issues de la littérature celtique archaïque. Elles sont illustrées par le pinceau onirique de Genkis Genkkis, qui a su recréer autour de ces légendes un contexte plausible, loin de l’imagerie romantique à laquelle nous sommes habitués. Le monde des guerriers celtes n’était pas tendre et les auteurs de cet album n’ont rien édulcoré : il est donc à conseiller à de grands adolescents.

Adolescents

Erwan Chartier Le Flo’ch, Légendes celtes, illustrations de Genkis Genkkis, Ed Yoran Embanner, 2021, 128 p., 19 €

Collectif, Fantastiques chevaliers et châteaux-forts

Collectif, Fantastiques chevaliers et châteaux-forts

Oui, un documentaire peut être fantastique ! Le titre de ce grand album invite à un beau voyage historique : des premières mottes féodales aux châteaux d’apparat, notre Europe compte des milliers de châteaux. Photos, dessins, plans, vues en coupe permettent de comprendre des architectures aussi variées que celles du château de Gisors, de Windsor ou de Neuschwandstein. Sont aussi présentées des forteresses japonaises ou indiennes ainsi que des constructions réalisées par des Européens en Afrique ou en Amérique – on est alors bien loin de la chevalerie. Focus sur la vie médiévale, index et glossaire complètent la présentation des sites. Une mine d’informations.

Dès 10 ans

Collectif, Fantastiques chevaliers et châteaux-forts, Larousse, 2021, 150 p., 19,95 € — Traduit et adapté de l’anglais. Imprimé en Lettonie.

Paul Beaupère, Les Chroniques de Follebreuil – Le jour de l’ours

Paul Beaupère, Les Chroniques de Follebreuil – Le jour de l’ours

Au paisible royaume de Follebreuil, les cuisiniers préparent un festin : la princesse Colysne va fêter ses 13 ans ! Mais la jouvencelle a d’autres projets : aller tranquillement croquer des crevettes sur la plage, accompagnée d’Armoise, son fidèle destrier – enfin sa bonne vieille jument. Tranquillement, c’est vite dit car, vue par les Vikings qui viennent de débarquer, la crevette, c’est plutôt elle, notre Colysne. Bien évidemment, pour qui connaît la malice et les jeux de mots de Paul Beaupère, Colysne ne se laissera pas faire et entraînera le lecteur dans des péripéties garanties farfelues. Et puis, des Vikings, « en 1301, ou 1302, ou 4 ou peut-être 6 », vous y croyez vraiment ?

Dès 9 ans

Paul Beaupère, Les Chroniques de Follebreuil – Le jour de l’ours, Mame, 2021, 224 p., 10,90 € — Imprimé en Italie

Léone Mahler, L’imagier de la Reine

« Être page et nous suivre en Terre sainte. Y songes-tu sérieusement, Jehan Picou ?
— Oh ! Dame oui, j’y songe, autant qu’à me croiser pour battre les Sarrazins. »
Jehan Picou, notre héros, trouve bien long son apprentissage d’enlumineur dans l’atelier paternel, à l’ombre de Notre-Dame de Paris. Or, une croisade se prépare, menée par le bon roi Louis IX et ses vassaux, dont le sire de Joinville, sénéchal de Champagne. Après les rues encombrées du vieux Paris, voilà la Champagne puis une longue route jusqu’à Aigues-Mortes, où il embarque pour Chypre et, enfin, l’Égypte et la Syrie. Nicolas l’escholier, Benoit le contemplatif, Bertrand le chevalier et Tou Mia la petite Égyptienne, sans oublier notre bonne reine Marguerite, accompagnent le jeune adolescent au fil des étapes – puis lors d’émouvantes retrouvailles, car Jehan, au retour de ce voyage initiatique, aura la chance de retrouver ses couleurs et ses pinceaux. Le roman est d’ailleurs plus axé sur les souffrances, maladies, blessures et famines supportées, et sur la nostalgie dont souffre le héros, que sur le récit d’actions belliqueuses tonitruantes.
Dans un très astucieux jeu de miroir, Léone Mahler s’est inspirée de la Vie de Saint Louis de Joinville, et surtout du récit qu’il fit de la septième croisade (1248–1254). Les manuscrits les plus précieux en furent bien sûr enluminés – par de dignes compagnons de notre Jehan Picou. Voyez la couverture du livre ! Le texte de ce roman (publié en 1947) est parfois un peu vieilli mais l’enthousiasme ne faiblit pas à la lecture de tant d’aventures.

Dès 10 ans

Léone Mahler, L’imagier de la Reine, avec une préface de Brigitte Lundi, Editions Bulle d’Or, 2021, 146 p., 11 € — Imprimé en Navarre (Espagne).

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon

« Il y a très longtemps, dans une grotte des bords du Rhin, vivaient Mime, un forgeron nain, et Siegfried, un jeune géant.
Un jour, Siegfried dit à Mime :
— Depuis des années, tu promets de me forger un glaive pour combattre les dragons.
— Je sais, s’écrie Mime. Ton glaive est prêt… Vois, jamais je n’ai réussi une aussi belle arme. »
Mais l’épée se brise, ce qui éveille la colère de Siegfried. Mime s’est moqué de lui. Le jeune géant exige de lui de savoir qui il est et d’où il vient. De révélation en révélation, Siegfried, armé de l’épée de son père, va affronter le dragon, se débarrasser de Mime et découvrir la belle Brunehilde qui « dort à jamais dans un cercle de feu ». Pierre Coran s’est inspiré de l’opéra de Wagner et de la Chanson des Niebelungen pour tracer à grands traits le portrait de ce héros, un « jeune géant » auquel les enfants sauront s’identifier. Charlotte Gastaut s’est surpassée pour nous offrir un Siegfried blond comme les blés, un Mime empêtré dans une barbe et des cheveux bleus, un dragon aux anneaux dorés et une Brunehilde en cavalière diaphane mais déterminée. L’éditeur et l’imprimeur ont fait un travail d’une précision remarquable : l’Or du Rhin demandait bien des teintes dorées aussi rutilantes. Une adaptation particulièrement réussie !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon, illustrations de Charlotte Gastaut, Père Castor Flammarion Jeunesse, 2021, 32 p., 14 € — Imprimé au Portugal

Apolline Dussart, Petit Cyr visite un château fort

Accompagné de son papa, de sa maman, de sa sœur Victoire et du petit Alban, notre Petit Cyr visite un château fort. Il a bien de la chance, car il peut se costumer, participer à la quintaine des chevaliers sur un cheval de bois, soulever la lourde épée d’un chevalier à la croix de Malte, tirer à l’arbalète et assister à un tournoi. Les dessins d’Apolline Dussart sont toujours aussi frais et colorés, les enfants ont de bonnes bouilles et pleins de vie. Artisan au Puy du Fou, Apolline Dussart a su capter toute la magie de cette ambiance médiévale.

Dès 3 ans

Apolline Dussart, Petit Cyr visite un château fort, Editions des Petits Chouans, 2021, 12 p., 4,50 € — Imprimé en France
De nombreux volumes dans la même collection. Le dernier paru : Petit Cyr chez ses grands-parents.

Magazine Mythologie(s), Le dragon, créature de nos croyances

De l’hydre de Lerne à Fafnir, de la tarasque à la vouivre, le dragon occupe une place de choix dans nos imaginaires. Qu’il ressemble à un crocodile ailé ou à un serpent géant, qu’il préfère vivre dans une caverne ou au-dessus des nuages, le dragon appelle le héros qui saura le vaincre. Hercule, Sigurd mais aussi saint Georges, sainte Marguerite ou saint Efflam y gagneront leur célébrité. Ce magazine s’intéresse aussi aux dragons asiatiques, chinois, coréens, vietnamiens ou japonais. Des textes accessibles et des illustrations de qualité, bref, de quoi passer un bon moment lors d’un voyage ou dans son transat.

Adolescents

Magazine Mythologie(s), Les Essentiels n°10, Le dragon, créature de nos croyances, mai-juin-juillet 2021, 132 p., 12,90 € — en kiosque. Imprimé en Espagne

Clotilde Jannin, Bertrand Du Guesclin, hardi chevalier

1332, quelque part en Bretagne. Une petite troupe de garnements se lance dans un grand jeu : prendre d’assaut un fortin bricolé avec de vieilles planches. À sa tête, le jeune Bertrand du Guesclin se sent déjà l’âme d’un chef ! Au fil des années, celui qui n’était qu’un écuyer mal dégrossi s’est révélé un chef de guerre infatigable et un meneur apprécié de ses hommes, que ce soit en Bretagne, en France ou en Espagne. Bertrand du Guesclin (env. 1320 — 1380) remporta de nombreux combats lors de ce que nous appellerons « la guerre de Cent Ans ». Fait prisonnier par les Anglais, il fixa à cent mille écus d’or le prix de sa rançon. Le roi le nomma à la tête de ses armées, avec le titre de connétable de France. Clotilde Jannin, mère de famille passionnée par l’Histoire, conte ici les aventures captivantes d’un jeune garçon courageux et déterminé devenu un chevalier estimé de tous. Les illustrations épurées de Fabien Le Clech font entrer le jeune lecteur de plain-pied dans un Moyen Âge coloré et dynamique.

Dès 5 ans

Clotilde Jannin, Bertrand Du Guesclin, hardi chevalier, illustrations de Fabien Le Clech, Ed de la Nouvelle Librairie Jeunesse, 2021, 24 p., 9,90 € — Imprimé en France.