Thème

De 7 à 8 ans

Miguel Tanco, Toutes petites histoires

De toutes petites histoires, en effet, et sans autre texte qu’un titre… pour deux ! Dans un généreux format à l’italienne, Miguel Tanco propose, face à face, des planches sans paroles qui se répondent sur le même thème – donné par le double titre. « C’est magique ! » : magique de sortir un lapin de son chapeau – enfin, pas vraiment puisque l’artiste pose juste le lapin sur l’épaule de l’apprenti magicien. Magique aussi, d’emporter avec soi un ruban d’herbes hautes après avoir traversé le pré, une bien jolie trouvaille poétique parmi celles qui traversent cet album. Parfois, le sens de l’histoire saute aux yeux, parfois il faut scruter la suite des planches pour trouver ce qui a changé. Un trésor de délicatesse et d’humour sur le thème de l’enfance, un humour léger, de la fantaisie en bouquet, un émerveillement renouvelé à chaque page… sans oublier un bon zeste d’impertinence. A raconter, à se raconter, ou à se laisser raconter, car les petits sauront faire éclore bien des rêves à la lecture de cet album original.

Dès 4 ans

Miguel Tanco, Toutes petites histoires, textes français de Christian Demilly, Grasset Jeunesse, 2021, 80 p., 15,90 € — Imprimé en Espagne

Béatrice Alemagna, Les choses qui s’en vont

« Dans la vie, beaucoup de choses s’en vont. Elles se transforment, elles passent. » Que ce soit le petit bobo, les poux, les larmes, toutes ces petites misères finissent par passer – et même quand les cheveux tombent comme les feuilles mortes, ce n’est pas si grave – et ça, on le voit bien avec ce jeu de calques qui modifient « juste un peu » les images et retiennent l’attention. Car le plus important vient à la fin : « Une seule chose ne s’en va pas. Et ne s’en ira jamais. Jamais. » mais qui n’est jamais dite non plus – c’est, vous l’avez deviné, immuable, solide et perpétuel, l’amour d’un parent pour son enfant. Ce livre d’artiste plein de trouvailles graphiques a obtenu en 2020 le Prix Sorcières.

Dès 4 ans

Béatrice Alemagna, Les choses qui s’en vont, Hélium, 2019, 70 p., 15,90 € — Imprimé en Belgique

Bruno Gibert, Le ver vert

Un « ver vert aux yeux vairons partit de Nevers pour Versailles afin d’y rencontrer le roi. » Pas très fort en histoire, il appelle le Roi Soleil… Vercingétorix ? Le ver vert sera-t-il mis sous les verrous ? A peine sorti d’affaire, « perdu dans ses rêveries, le ver vert ne vit pas le pivert », et ce qui devait arriver arriva… Une histoire désopilante où les mots sont les matériaux d’un jeu littéraire. Si le premier effet du livre est de nous faire rire aux dépends d’un ver idiot, il incite par ailleurs l’enfant à tenter lui-même des acrobaties sémantiques et lexicales. Et comme presque toutes les occurrences de la syllabe « ver » sont… en vert, les jeunes lecteurs apprendront à la reconnaître, parfois bien cachée dans l’herbe.

Dès 4 ans

Bruno Gibert, Le ver vert, Ed La Partie, 2021, 40 p., 13,90 € — imprimé en Italie

Delphine Perret, Le plus bel été du monde

«  — Les jaunes ?
— Trop petites.
— Et les grandes, celles de Fanette ? Esssaie-les.
— Les vertes, ça va, elles sont un peu trouées mais c’est pas grave. »
Scène de la vie quotidienne dans la grande maison de cette grand-mère quand il s’agit de trouver bottes à son pied ! Du grenier, où à défaut de squelettes on trouve « tous les Mickey », aux escaliers sur lesquels il ne faut pas « laisser traîner tes petites voitures », autant de petits riens croqués d’un pinceau léger, léger…
Et celle-ci encore :
« — Allez jouer, on vous appellera pour le dessert.
— Est-ce que c’est le dessert ?
— Pas encore.
Et sur la page suivante :
« Hé ho ! C’est le dessert ! Vous êtes où ? »
Delphine Perret raconte un été qu’un enfant passe avec sa mère, dans la maison de ses grands-parents. Un été parmi d’autres, qui n’a rien d’exceptionnel mais qui, grâce à cette éternelle capacité d’émerveillement de l’enfance, devient « le plus bel été du monde ».
Mère et fils, complices, partagent des moments fugaces, drôles ou tendres, d’une infinie simplicité et beauté : la découverte des oiseaux et des insectes, la cueillette des mûres, l’araignée dans la salle de bains et bien d’autres encore. Des instants dans lesquels tous les enfants se reconnaîtront — même ceux qui n’ont pas de grands-parents à la campagne. Et puis, « On peut manger une glace même quand il pleut ? Oui on peut. » Chez notre Bonne Maman, oui, nous aussi, on peut ! Idéal pour cultiver les souvenirs des vacances et prolonger l’été dans les cœurs.

Dès 5 ans

Delphine Perret, Le plus bel été du monde, Les Fourmis rouges, 2021, 128 p., 18,50 € — Imprimé au Portugal

David Hawcock, Rome antique – Pop-up

En huit doubles pages animées de superbes pop-up, les enfants voyageront avec émerveillement dans la Rome antique :              après un panorama du forum, une visite du Sénat s’impose, suivie d’un combat de gladiateurs au Colisée. Comment était organisée l’armée romaine ? Quels dieux honoraient les Romains ? Quels spectacles étaient donnés au théâtre de Pompée ? Après un bref repos dans l’atrium d’une villa, filons au Circus Maximus ! Les pop-ups sont accompagnés de textes courts, faciles à lire. Une initiation bienvenue à l’Antiquité romaine.

Dès 7 ans

David Hawcock, Rome antique – Pop-up, Nui-Nui jeunesse, 2021, 12,90 € ‑traduit de l’anglais par Baptiste Levy-Gastaud, Imprimé en Chine

Bernard Villiot, Le souffleur de rêves

« “Quel rêve aimerais-tu faire ?” demanda-t-il.
Giacomo n’avait pas rêvé depuis si longtemps qu’il ne sut répondre.
“Un rêve bleu, comme le fond de tes yeux ?”
L’enfant acquiesça sans savoir ce que cela signifiait.
Zorzi choisit un pain de verre couleur outremer et le déposa dans e foyer ardent. Quand il eut l’aspect d’une pâte rougeoyante, il y planta sa sarbacane et souffla. Une bulle perla, aussi fragile et insaisissable qu’un rêve d’enfant. »
Si vous avez eu la chance de voir des souffleurs de verre, et la plus grande chance d’avoir pu les voir à Murano, vous ne serez pas surpris qu’on puisse ainsi « souffler des rêves extraordinaires ». Ce conte laisse une grande part à l’imaginaire et à la poésie ; les illustrations de Thibault Prugne, parfois douces mais parfois aussi violentes, accompagnent ce texte original et font découvrir quelques secrets que peu de gens savent voir à Venise.

Dès 5 ans

Bernard Villiot, Le souffleur de rêves, illustrations de Thibault Prugne, Gautier-Languereau, 2020, 40 p, 9,95 € — Imprimé en Europe

Les plus belles poésies françaises pour les écoliers

Les plus belles poésies françaises pour les écoliers

Des « Feuilles mortes » de Pernette Chaponnière qui annonce si bien l’automne, à l’« Hymne au soleil » d’Edmond Rostand, cette anthologie de poésies françaises rassemble quelques pépites de notre patrimoine culturel. Charmantes comptines pour les plus jeunes, fables optimistes pour les 7/9 ans, tirades et alexandrins sonnants pour les plus grands – autant de textes que chacun découvrira avec un bonheur sans pareil.
Comme le précise dans sa préface Anne Coffinier, à qui l’on doit cette sélection, « pas d’académisme, mais la défense et l’illustration joyeuses d’un art aux mille vocations, dans une langue simple et restituée dans son originalité la plus pure ». Les illustrations, gaies et lumineuses, ouvrent toutes grandes les portes du rêve. A apprendre avec le cœur !

Dès 5 ans et pour toute la famille

Les plus belles poésies françaises pour les écoliers, illustrations d’A. Bureau, de V. Cognet, C. Cordasco, E. Lapeyre et V. Liang, Editions Critérion et la Fondation pour l’école, 2018, 96 p., 16,90 €. Imprimé en Slovénie.

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon

« Il y a très longtemps, dans une grotte des bords du Rhin, vivaient Mime, un forgeron nain, et Siegfried, un jeune géant.
Un jour, Siegfried dit à Mime :
— Depuis des années, tu promets de me forger un glaive pour combattre les dragons.
— Je sais, s’écrie Mime. Ton glaive est prêt… Vois, jamais je n’ai réussi une aussi belle arme. »
Mais l’épée se brise, ce qui éveille la colère de Siegfried. Mime s’est moqué de lui. Le jeune géant exige de lui de savoir qui il est et d’où il vient. De révélation en révélation, Siegfried, armé de l’épée de son père, va affronter le dragon, se débarrasser de Mime et découvrir la belle Brunehilde qui « dort à jamais dans un cercle de feu ». Pierre Coran s’est inspiré de l’opéra de Wagner et de la Chanson des Niebelungen pour tracer à grands traits le portrait de ce héros, un « jeune géant » auquel les enfants sauront s’identifier. Charlotte Gastaut s’est surpassée pour nous offrir un Siegfried blond comme les blés, un Mime empêtré dans une barbe et des cheveux bleus, un dragon aux anneaux dorés et une Brunehilde en cavalière diaphane mais déterminée. L’éditeur et l’imprimeur ont fait un travail d’une précision remarquable : l’Or du Rhin demandait bien des teintes dorées aussi rutilantes. Une adaptation particulièrement réussie !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Siegfried et le Dragon, illustrations de Charlotte Gastaut, Père Castor Flammarion Jeunesse, 2021, 32 p., 14 € — Imprimé au Portugal

Amélie Javaux, Le jour où je suis devenue plus méchante que le loup

« J’ai toujours eu peur du loup. Il est si impressionnant avec ses grandes dents et ses yeux méchants. » Même si des loups, on n’en voit pas si souvent… En fait, « il y en a un dans mon école. Mon loup s’appelle Agnès, elle se déplace toujours avec sa meute ». Et sa proie favorite n’est autre que notre narratrice… Jusqu’au jour où, nous dit-elle, lasse d’être l’éternelle victime, « je suis devenue plus méchante que le loup », ce qui bien sûr la mène droit à la catastrophe. Car, bien honnête et bien bonne, notre héroïne sera tout autant, si ce n’est encore plus malheureuse que le bambin victime de sa méchanceté… La présence d’un adulte compatissant aidera la fillette à reprendre confiance en elle. Une histoire très morale sur le harcèlement, qui en montre toutes les facettes, de la violence physique à la très insidieuse emprise morale que peut avoir un enfant sur un autre.

Dès 6 ans

Amélie Javaux, Le jour où je suis devenue plus méchante que le loup, illustrations d’Annick Masson, Mijade, 2021, 12 € — Imprimé en Belgique

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron

Le 8 juillet 2021 a vu le 400e anniversaire de Jean de la Fontaine – madame la Chouette aurait-elle choisi le parti du Lièvre, pour arriver un peu tard au but ? Henri Galeron a fait le choix très judicieux de 42 fables, mêlant fables connues, telles Le Lièvre et la Tortue, Le Corbeau et le Renard, ou Le Chêne et le Roseau, et d’autres qu’il serait dommage d’oublier, comme Le Singe ou La Tortue et les deux canards. Ses illustrations sont un régal pour l’œil : ses animaux, peints avec la minutie d’un zoologue, nous ressemblent tellement…

Pour toute la famille

Jean de la Fontaine, Fables choisies et illustrées par Henri Galeron, Editions des Grandes Personnes, 2021, 56 p., 17,50 €

Mon bloc d’activités – L’été

Ramasser des mûres, ou visiter la tour Eiffel ? Aller au cinéma ou choisir des lunettes de soleil ? Observer les singes au zoo ou restaurer une mosaïque romaine ? Avec ce livre attrayant proposant plus de 100 jeux variés, les enfants ne risquent pas de s’ennuyer. Parmi les énigmes visuelles, les jeux de lettres et les jeux de chiffres proposés, ils trouveront des mots mêlés sur le thème de la plage, un labyrinthe menant à une cabane secrète et des poissons jumeaux à repérer dans un aquarium. Toutes les réponses figurent à la fin du livre. Les pages détachables permettent de distribuer les jeux au fur et à mesure, ou de faire jouer plusieurs enfants. Certains jeux nécessitent de savoir lire ; d’autres, de connaître l’alphabet et les chiffres.

Dès 6 ans avec l’aide d’un adulte – Dès 8 ans en autonomie

Collectif, Mon bloc d’activités – L’été, Usborne, 2021, 138 p., 7,95 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Timothée de Fombelle, Esther Andersen

« C’était les vacances. Le premier jour, je prenais le train tout seul avec ma valise. C’était chaque fois le plus beau jour de ma vie. Je regardais les gens. Le contrôleur m’appelait “jeune homme”. » Et depuis quelques pages déjà, nous aussi, nous sommes assis dans ce compartiment, dans ce train qui traverse une campagne gorgée de soleil… Qui arrivera chez l’oncle Angelo ? Qui aura la chance de vivre dans son capharnaüm, de partir sur un vélo trop grand entre les maïs et les pruniers ?
« Avec le temps, le vélo avait fini par devenir presque à ma taille. [….] Les vacances avaient la forme d’un escargot avec la maison au centre, et je faisais des cercles de plus en plus grands pour tenter d’arriver au bord. Et puis un jour, un été, j’y suis arrivé. C’était là et je ne l’avais jamais su. » C’était là… la mer, l’immensité. Et puis, sur la dune, une « petite Anglaise », celle qui donne son nom à l’album. Les dessins et les aquarelles d’Irène Bonacina répondent au texte si épuré de Timothée de Fombelle. Le clin d’œil au Petit Nicolas dessiné par Sempé donne à l’album un léger flou qui enchantera les adultes, de même que le savant emploi de l’imparfait. Quant aux enfants, ils n’auront qu’une envie : aller à la recherche de tous les chiens perdus ; enfin, si peu qu’ils aient été perdus par une charmante fillette…
Le grand format de l’album, la qualité de la fabrication et le talent du duo Fombelle – Bonacina valent bien un petit effort financier. D’autant plus que le livre plaira aussi aux plus grands.

Dès 7 ans

Timothée de Fombelle, Esther Andersen, illustrations d’Irène Bonacina, Gallimard Jeunesse, 2021, 72 p., 24,90 € — Imprimé en Italie