Thème

Aventures et découvertes

Clément Roussier, Sullivan

… « Et les ciels de feu des soirs de la savane », précise le sous-titre. Or le roman commence par la rencontre du narrateur avec un vieil homme, aux portes du Sahara. Lequel vieil homme se lance dans un récit étrange : celui des aventures et des rencontres vécues par Sullivan, un renard blanc né dans le Grand Nord, mais dont le rêve est de connaître l’Afrique. Parce que « Il existe quelque part », une petite phrase qui trotte, et trotte, et trotte dans la tête de ce doux rêveur – homme ou renard. Qu’est-ce qui existe ? Où cela existe-t-il ? Sullivan l’ignore et il n’est pas certain que nous soyons parvenus à le savoir : la dernière page tournée, le lecteur sera peut-être plus attentif à la voix de sa conscience, et ce sera à lui de choisir sa route. Dans un autre temps, c’est le Petit Prince de Saint-Exupéry qui dialoguait avec un renard, à l’ombre d’une dune. Dans une veine analogue, Clément Roussier, grand voyageur, propose ici au lecteur un voyage initiatique, teinté de philosophie et de poésie. Certains le liront au premier degré, d’autres chercheront le sens de maximes ou de dialogues parfois énigmatiques. Il y a un côté un peu Peace and Love dans les aventures de ce renard routard qui aurait pu bourlinguer dans un Combi VW multicolore, mais qui a vaillamment tracé sa route sur ses quatre pattes – jusqu’en haut de la dernière colline.

Dès 12 ans

Clément Roussier, Sullivan, illustrations d’Allegra Pedretti, L’Ecole des Loisirs, 2020, 240 p., 12,50 €

Cécile Quiniou, Bienvenue à Calcutta

« — Nous avons les locaux, Debjani ! Nous avons les locaux à Pilkhâna, c’est oui ! je m’écrie en raccrochant avec sister Mercy-Jane.
Je me jette sur le dos de mon amie, manquant de le lui casser et nous tombons l’une sur l’autre au sol, ravies.
— Tu les as convaincues, bravo, bravo ! C’est fou !
‑Ah, je suis trop contente ! […] Elles ont aimé notre position sur le statut des femmes ici et trouvent que la création d’une micro-entreprise au sein du bidonville est une initiative intelligente. »
Après Manille et Buenos Aires, Jade débarque à Calcutta pour le troisième (et dernier) volet de ses aventures. Elle et son amie Debjani ont pour lourde tâche de créer une fondation au cœur d’un bidonville. Aidées par de généreux donateurs et sous la houlette des sœurs de Mère Teresa, leur projet prend forme mais que de dangers planent autour d’elles…
Condition des femmes et des jeunes filles en Inde, pauvreté et maladie, gangs et racket, engagements humanitaires et foi chevillée au cœur, voilà pour le versant sérieux du roman. Pour le côté girly, des étoffes chatoyantes, un Gaspard amoureux (et bientôt médecin) fidèle à lui-même – et une aventure sentimentale made in Bollywood que je ne dévoilerai pas. Sans oublier des très méchants et des poursuites dignes d’un James Bond des meilleures années.

Adolescentes

Cécile Quiniou, Bienvenue à Calcutta, Mame, coll. « Le monde à cœur battant », 2020, 296 p, 15,90 € — Imprimé en Italie.

Cécile Quiniou, Manille, Embarquement immédiat

« — Papa ? Tu connais Navotas ?
— Navotas ? Oui, c’est un quartier très pauvre de Manille. Il y a d’importants bidonvilles là-bas. Nous y avons un programme de soins d’ailleurs. Pourquoi ?
— Juste comme ça, j’ai lu un truc au sujet de cet endroit. Tu pourras m’y emmener un jour ?
— Je ne pense pas, ma chérie. Ce sont des lieux de misère terrible, tu sais, ça ne se visite pas, et je ne sais pas ce qu’une jeune fille comme toi pourrait bien y faire.
— Eh bien, je pourrais t’aider si tu y vas.
— M’aider ? Non, Jade, ce n’est pas ta place. »
Bien sûr, Jade, « presque 18 ans », ne va pas se le tenir pour dit et rester bronzer au bord de la piscine. Elle pourrait se contenter de suivre les cours du lycée français, de parfaire son anglais avec son amie Debjani, d’assister avec elle à des défilés de mode, bref, de mener la vie d’une adolescente « expat’ », mais cela ne ferait pas un roman. Alors, accrochez-vous et embarquez avec Jade dans la camionnette du feeding program, au cœur d’un bidonville. Elle vous conduira plus loin encore que vous ne l’auriez imaginé !
Cécile Quiniou s’est inspirée, pour ce premier roman, de son expérience au sein de l’association Enfants du Mékong et de l’année qu’elle a vécu dans l’un des bidonvilles de Manille. Elle mêle avec talent aventures sentimentales, découvertes d’autres cultures, enquête policière, engagement humanitaire – décidément, les romans de formation catholiques ont su prendre le virage d’une modernité joyeuse et décomplexée !

Adolescentes

Cécile Quiniou, Manille, Embarquement immédiat, Mame, coll. « Le monde à cœur battant », 2020, 240 p, 15,90 € — Imprimé en Italie.

Bernadette Gervais, En 4 temps

Que se passe-t-il en 4 temps ? Un œuf devient poussin, puis poulet, puis poule. Un pissenlit en bouton, fleurit, se fane et ses graines s’envolent. Et l’escargot ? Le premier a besoin de 4 cases pour arriver et un autre, de 4 cases pour simplement passer ! Voilà le coquelicot, le hérisson, la neige et les saisons… Ces quatre temps sont très élastiques : de la lenteur extrême à la vitesse grand V, tout est possible en quatre cases. Une grande sobriété de traits pour une compréhension immédiate, des couleurs contrastées et une touche d’humour : les petits seront comblés.

Dès 3 ans

Bernadette Gervais, En 4 temps, Albin Michel Jeunesse, coll. Trapèze, 2020, 64 p., 18 € — Imprimé en Italie.

Sophie Vissière, Le Potager d’Alena

Sophie Vissière, Le Potager d’Alena

« Ce matin, comme tous les matins, pour aller à l’école, je passe avec maman devant un champ en friche. » « En friche », en voilà un mot savant ! Ce champ, au fil des jours, se transforme en un beau potager jusqu’au jour où, bien sûr, tous les légumes sont récoltés. Où ont-ils pu disparaître ? Tout simplement sur l’étal de la maraîchère, pour le régal des petits et des grands. Des dessins naïfs, parfois au ras de terre, parfois en vue aérienne, ce qui permet de suivre du doigt les chemins qui mènent au village.

Dès 5 ans

Sophie Vissière, Le Potager d’Alena, Hélium, 2017, 56 p., 13,90 €

 

Domitille et Guillaume de Pressensé, Tricheur !

« C’est la grande course sur le circuit des cousins.
— Vroom ! Je passe sous le tunnel ! s’exclame Stéphane. »
Mais voilà que Nicolas est à la traîne. Il va perdre. Et si… et s’il lui prenait l’idée de tricher ? Juste un peu… Que va dire Émilie ?
La célèbre petite fille en rouge, née en 1975, connaît un succès bien mérité. Dans cette collection, elle et ses nombreux amis – sans oublier Arthur, lé hérisson – vivent de nombreuses aventures faciles à lire dès le milieu du CP. Un univers rassurant, celui de la vie quotidienne, avec une touche de poésie et de bonne humeur. Et un passage tout en douceur de la grande section à la « grande école ».

Dès 6 ans

Domitille et Guillaume de Pressensé, Tricheur !, coll. « je commence à lire avec Émilie », Casterman Jeunesse, 2020, 37 p., 5,95 €

Élodie Brondoni, Grandir

« Ce matin, tout te semble grand et terrifiant. Ça tremble dans ton cœur. » Heureusement, ton ami ours, ce fidèle ami de toujours, te prend au creux de sa main. Il va t’aider à franchir la porte de ta chambre. Et, comme Alice peut-être, tu vas grandir, grandir en t’aidant des branches de ce grand arbre. Et lui, ton cher ours, va rapetisser, (re)devenir peluche. Pour de vrai ? Comme me l’a gentiment confié l’auteur, « grand et réel au début de l’histoire, l’ours en peluche prend vie et devient le guide qui permet la transition. Il accompagne l’enfant dans son évolution pour son premier jour d’école et l’aide à quitter en douceur sa petite enfance jusqu’à son arrivée à l’école. L’ours redevient alors peluche, lorsque l’enfant est prêt à s’en séparer ». Élodie Brondoni et les éditions Møtus ont créé un livre objet qui se déplie, faisant grandir la petite héroïne, autant que l’arbre de sa vie. Une belle réussite.

Dès 5 ans

Élodie Brondoni, Grandir, Éditions Møtus, 2020, 16 p., 13 € — Imprimé en France

Antoine Dole, Les jours heureux

Ce matin, d’un seul coup, les cerisiers du Japon de ma rue ont explosé en milliers de fleurs roses. Je n’aurai pas la chance cette année, d’aller m’étendre sur les pelouses japonisantes du parc de Sceaux au cœur d’un océan de pétales roses et blancs. Mais si nous partions sur les traces de Yuko et de Sora ? En ce matin d’avril, le frère et la sœur célèbrent Hanami, célébration japonaise de la floraison des cerisiers. Comme tous les ans, ils suivent le même rituel, pique-niquent et admirent les fleurs tout en gardant le souvenir d’une disparition – car ils sont seuls, ces deux enfants, orphelins de bien bonne heure. « Ici est une fête / La musique des souvenirs / Fait danser les cœurs. » Irez-vous, comme Yuko et de Sora, accrocher dans les arbres de petits messages porteurs de vos rêves ?  Peinte sur bois par la talentueuse Seng Soun Ratanavanh, « chaque illustration recèle un élément manquant, laissant apparaître le bois brut, telle la blessure empreinte d’une nostalgie heureuse, laissée par la perte d’un proche et avec laquelle il faut vivre, coûte que coûte et revivre des jours heureux », explique le site de l’éditeur. Laissons la parole à Antoine Dole : Hanami, « c’est un moment où l’on célèbre la vie et sa capacité à nous surprendre, nous relever, nous ramener dans le mouvement. C’est un temps où les souvenirs nous réchauffent et nous poussent vers une réconciliation intérieure et où, de ces drames de la vie qui nous ont mis à terre, il ne reste plus que l’amour et l’empreinte des jours heureux qui les ont précédés ». La magie d’avril est là, fêtons nous aussi Hanami !

Dès 8 ans

Antoine Dole, Les jours heureux, illustrations de Seng Soun Ratanavanh, Nobi-Nobi, 2019, 48 p., 13,50 €

Christophe Lambert, Yakari, Les pierres qui parlent (t 10)

Graine-de-Bison, le camarade de Yakari, fait de mauvais rêves : son grand-père lui demande de retrouver un mystérieux objet. Or, « pour les Sioux, les rêves sont à prendre très au sérieux. Yakari a écouté sans rien dire, mais, lorsque le récit est terminé, il se lance :
— Je crois que la corne du bison se trouve dans les parages de la grande barrière, au pied de laquelle les troupeaux se regroupent chaque année avant la migration.
— La grande barrière ? De quoi s’agit-il ?
— Ce sont les parois très raides qui surplombent une petite vallée.
— Eh bien, allons‑y ! propose Graine-de-Bison. »
L’aventure peut commencer ! Les jeunes lecteurs se régaleront de ce nouvel épisode – le 10e ! – des exploits du petit Indien et de ses amis. Le texte romancé, facile à déchiffrer, est illustré par des images de la série télévisée dont est issu le scénario, lui-même inspiré par la bande dessinée originale.

Dès 6 ans

Christophe Lambert, Yakari, Les pierres qui parlent (t 10), Bayard Jeunesse, coll. « Yakari », 2020, 64 p., 5,90 € — Imprimé en France

Daniel Frost, La mystérieuse baleine

« Loin, très loin dans le Grand Nord, Nils et Anna s’installent autour du feu pour écouter leur père leur raconter une histoire. Celle d’une baleine gigantesque qui errait jadis dans les eaux environnantes… » Et si cette baleine, Nils allait à sa recherche ? Tout seul. Le voilà qui met son kayak à l’eau. Quand soudain, Anna jaillit du kayak comme un diable de sa boîte. Joueuse, bavarde, impatiente, la fillette ne facilite pas la navigation. Jusqu’à ce qu’elle se retrouve isolée sur un tout petit morceau de banquise… Qui viendra à son secours ? « Un grand cœur généreux, aussi gros qu’un bateau », la fameuse baleine, bien sûr ! Bien emmitouflés, Nils en rouge et Anna en jaune, les enfants naviguent dans une superbe palette de bleus, d’orangés et de blancs qui donneraient presque envie de prolonger l’hiver.

Dès 4 ans

Daniel Frost, La mystérieuse baleine, 2020, L’École des Loisirs, 36 p., 13 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.

Jean-Marc Rochette, Le Loup

Une haute vallée des Écrins. Un berger. Son troupeau. Une louve et son petit. Une nuit de pleine lune. Soudain, un coup de feu. Quelques jours plus tard, au village, Gaspard avoue. Cette louve, cette bête magnifique, « reine ou pas, je lui ai mis une cartouche ». Parce que voir « des brebis et des agneaux les tripes à l’air. Du sang de partout », entendre des hurlements, supporter la puanteur des charognes, il n’en peut plus. De mois en mois, d’hivers en étés, le louveteau va devenir un superbe loup blanc. Une étrange relation se noue alors entre l’animal sauvage et l’homme – ensauvagé, mais armé. Les estives, les vallons, la haute montagne, les bergers comme les gardes du parc, Jean-Marc Rochette, qui vit dans la vallée du Vénéon, les connaît, les aime et les dépeint avec une rare justesse. Mais il connaît aussi le conflit qui empoisonne la vie locale : peut-on, ou non, vivre avec le loup ? « Un problème métaphysique », qui justifie la fiction par laquelle se termine son récit en images. Quelle forme doivent prendre nos relations avec le monde sauvage ? C’est le thème d’une longue postface signée Baptiste Morizot, auteur de l’ouvrage Les diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant, où le philosophe explore la possibilité de relations pacifiées entre les hommes et les autres vivants.

Adolescents

Jean-Marc Rochette, Le Loup, Casterman, 2019, 112 p., 18 € — Mise en couleur par Isabelle Merlet. Postface de Baptiste Morizot

Roald Dahl, Danny, champion du monde

Danny, le narrateur, 9 ans, partage avec son père une vie assez originale : ils habitent une roulotte, et gagnent leur vie en réparant les tacots du village et en tenant une modeste station-service, dans une Angleterre rurale qui voit encore s’opposer petites gens et gros propriétaire terrien. Une nuit, Danny se réveille, seul… Quand son père émerge de l’obscurité, il se confie :
«  — J’ai décidé quelque chose, m’a‑t-il dit. Je vais te révéler le plus grand secret et le plus sombre secret de toute ma vie […] La vérité, c’est que j’étais dans les bois de Hazell. […] Tu sais ce que veux dire braconner ? […] Ça veut dire aller dans les bois en pleine nuit et revenir avec quelque chose à mettre dans la marmite. »
Est-ce du vol ? s’inquiète le bambin. Non, « c’est un art », lui révèle son père. Et voilà que Danny va pouvoir accompagner son père dans ce « sport si fabuleux, si palpitant » du braconnage. Vont en effet s’enchaîner les trouvailles les plus farfelues pour attraper ces faisans que Monsieur Hazell élève pour frimer lors de chasses mondaines. Mais comment échapper aux gardes-chasses ? Roald Dahl multiplie les astuces et nous suivons avec entrain (mais en silence !) les silhouettes dessinées par Quentin Blake. Une belle histoire de connivence et d’amour entre un père et son fils. Un régal.

Dès 9 ans

Roald Dahl, Danny, champion du monde, illustré par Quentin Blake, Gallimard Jeunesse, 2020, 272 p., 14,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie. Nouvelle édition