Thème

Mois : octobre 2018

Jan Pienkowski, La Maison hantée

Jan Pienkowski, La Maison hantée

« Entrez, docteur, c’est un drôle de vieil endroit… plutôt frisquet, pas vrai ? » Et comment ! Une araignée descend de la balustrade, la Gioconda louche sur son chat, et mieux vaut ne pas savoir ce qui dégouline de l’escalier… Pieuvre, crapaud géant, gorille et autres monstres ont pris leurs quartiers dans ce manoir so british sorti tout droit de l’imagination de Jan Pienkowski, bien aidé de Tor Lokwig pour les mécanismes en papier. Et tout cela se déplie, grince, surgit de nulle part… Brrr ! Le plus célèbre pop-up du XXe siècle ! Avec une petite différence entre l’édition de 1979 et celle de 2013 : ce n’est plus une griffe qui sort de la boîte à lettres, mais la queue d’un serpent. En avez-vous repéré d’autres ? Un peu cher, mais gageons que les jeunes parents qui s’en sont délectés dans les années ’80 partageront ces abominables horreurs avec leurs enfants.

Dès 6 ans

Jan Pienkowski, La Maison hantée, Nathan, 2013, 12 p., 25,90

Ben Hoare, L’Anthologie illustrée des animaux fascinants

Ben Hoare, L’Anthologie illustrée des animaux fascinants

« Le long bec de l’espadon prolonge sa mâchoire supérieure et se termine en pointe, comme une épée. Tu as bien deviné, il s’en sert pour tuer ses proies, mais peut-être pas de la façon dont tu l’imagines. » Comment fait-il, alors, pour déguster thon et calamar, ses « casse-croûtes préférés » ? L’espadon ne les embroche pas, il les lacère avec les bords tranchants de ce long bec avant de les gober.
Ben Hoare, rédacteur pour le magazine BBC Wildlife UK, présente ici une centaine d’animaux, certains connus comme le lion, le raton laveur ou le sapajou, ou plus étonnants, comme l’ombonie ou la viscache. Illustrations et photos complètent un texte dynamique, qui s’adresse au jeune lecteur avec sérieux et bienveillance.
La couverture brille de tout son or – et même les tranches sont dorées, comme autrefois.

Dès 7 ans

Ben Hoare, L’Anthologie illustrée des animaux fascinants, Auzou, 2018, 224 p., 19,95 € — Traduit de l’anglais par Marie Leymarie. Imprimé en Chine.

Stéphanie Demasse-Pottier, Les Sentiers perdus

Stéphanie Demasse-Pottier, Les Sentiers perdus

« Ce matin, j’ai fait l’école buissonnière. J’ai pris le chemin que tu aimais tant », confie la narratrice au grand-père qui vient de disparaître. Elle a le cœur si lourd… de chagrin et de colère aussi. Ours brun, lynx, renard et loups vont l’accompagner de clairière en rivière, le temps qu’elle retrouve la paix et qu’elle rentre à la maison. « Mon cher grand-père, je ne t’oublierai pas. » Papa et Maman comprendront, « puisqu’ils partagent ma peine ». Un album qui parle de deuil, de souvenir, de transmission. Un album très pudique, pour ne pas oublier les sentiers parcourus avec ceux qui nous ont quittés.

Dès 5 ans

Stéphanie Demasse-Pottier, Les Sentiers perdus, illustrations de Mathilde Poncet, Hélium, 2018, 32 p., 14,90 €. Imprimé au Portugal

Paul Beaupère, La Famille Potofeu, Ils réalisent tous vos vœux

Paul Beaupère, La Famille Potofeu, Ils réalisent tous vos vœux

Vous aimez les romans où les agents secrets se promènent dans Paris avec un sanglier en laisse ? Les énormes choucroutes suivies d’une tarte aux myrtilles ? Vous rédigez des tas de listes sans jamais parvenir à réaliser la moindre des urgences annoncées ? Mais, l’air de rien, vous adorez rendre service et mener à bien les projets les plus inattendus ? Alors ce roman est fait pour vous ! Car rien ne se passe comme prévu quand la famille Potofeu entre en action, que ce soit en cuisine ou dans ses activités top-secrètes… En effet, si vous allez faire un tour dans l’arrière-cuisine, vous serez bien surpris ! « La truffe des Vosges » cache une agence chargée d’aider les gens à réaliser les rêves qu’ils écrivent sur des listes. Paul Beaupère se déchaîne, son imagination galopante ne laisse pas de répit, on vole de page en page – et on se surprend à inventer une liste vraiment farfelue, au cas où elle alerterait cette inénarrable famille Potofeu.

Dès 8 ans

Paul Beaupère, La Famille Potofeu, Ils réalisent tous vos vœux, illustrations de Serge Bloch, Fleurus, 2018, 186 p., 14,90 € — Imprimé en Italie. La suite est annoncée pour mars 2019.

Emma Giuliani, Au jardin

Emma Giuliani, Au jardin

« Dans la haie, au fond du jardin, pousse un roncier. L’odeur de confiture est si délicieuse que l’on brave les épines pour cueillir les mûres sauvages. » Il s’y passe des choses, dans ce jardin, au fil des saisons ! L’automne se termine, avez-vous senti le parfum des confitures ? Madame la Chouette a choisi rhubarbe, mirabelles, mûres et coings – en plus des myrtilles sauvages et en attendant les oranges amères. Cet hiver, il faudra penser à nourrir les oiseaux. Au printemps, ce sera la joie des semis et des premiers radis. En été, les récoltes de fruits et de légumes vont bon train –si l’on a bien pensé à biner et à arroser. Emma Giuliani a choisi de grands à‑plats de couleurs vives pour célébrer les joies du jardinage ; les profils des enfants sont traités en ombres chinoises, ce qui permet à chacun de se projeter dans l’histoire. Le format de l’album, 28 X 40 cm, sera très apprécié des classes de maternelle. Allez, tous dehors !

Dès 3 ans

Emma Giuliani, Au jardin, Editions des Grandes Personnes, 2018, 32 p., 22 € — Imprimé en Chine.

Komako Sakaï et Chihiro Ishizu, Bonne nuit tout le monde !

Komako Sakaï et Chihiro Ishizu, Bonne nuit tout le monde !

« Flap, flap… Le papillon vole. Et maintenant, il se repose sur une fleur. Bonne nuit, le papillon ! »
Le petit chat, les pommes, le train de bois, tous vont se coucher et s’endormir paisiblement. Et la petite Louise ? Avec son nounours, elle aussi va fermer les yeux. Bonne nuit, Louise !
Un album délicieusement illustré par Komako Sakaï, des couleurs toutes douces, sur un récit en forme de comptine.

Dès 18 mois

Komako Sakaï et Chihiro Ishizu, Bonne nuit tout le monde !, L’Ecole des Loisirs, 2018, 22 p. cartonnées, 7 € — Traduit du japonais par Corinne Atlan. Imprimé en Malaisie

Ayano Imai, Songe dans la forêt

Ayano Imai, Songe dans la forêt

« Je vis un lièvre passer en courant. Il semblait porter entre les lèvres un sac dont le contenu me parut bien lourd. […] Je le suivis, très intrigué. Quelque chose tomba de son sac. Je me précipitai pour le ramasser : c’était un gland. Un gland ? Où l’emportait-il, et pourquoi ? »
Pour aller, en compagnie d’une foule d’animaux, le planter dans une lande désolée. Au réveil du narrateur, une forêt aura poussé, redonnant vie au désert. Cette fable écologique n’est pas sans rappeler « L’Homme qui plantait des arbres » de Jean Giono. La présence active des animaux donne au récit un dynamisme qui convaincra les petits. Revenue au Japon après des études aux Etats-Unis, Ayano Imai s’inspire ici avec bonheur des traditions picturales japonaises et européennes : son lièvre est un hommage à Dürer, tandis que de nombreux animaux sortent tout droit d’un paravent nippon.

Dès 4 ans

Ayano Imai, Songe dans la forêt, Minedition, 2018, 14,20 € — Traduit du japonais par Julie Duteil. Imprimé en Chine.

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

« Je suis un soldat en mission. J’espionne l’ennemi. Je prépare mon plan.
Capitaine Rosalie.
Je suis déguisée en petite fille de cinq ans et demi, avec mes chaussures, ma robe et mes cheveux roux.  Je n’ai pas de casque et d’uniforme pour ne pas me faire remarquer. »
Hiver 1917, le Papa de Rosalie se bat sur le front. Faire la guerre, elle ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais elle a décidé d’être à la hauteur. Déposée tôt matin à « l’école des grands » par une maman qui va travailler à l’usine de munitions, elle passe la journée au fond de la classe, avec un cahier sur lequel elle est censée dessiner. Le soir, parfois, Maman reçoit une lettre, avec un dessin pour elle. Et un triste jour, arrive un papier bleu, que Maman ne parvient pas à lui lire. La vérité, Rosalie la découvrira toute seule. « Mort en héros au combat » sont les premiers mots que Rosalie déchiffre, seule, à la lueur d’une bougie. Mission accomplie : Capitaine Rosalie sait lire.
Comme le précise Timothée de Fombelle, pour Rosalie, « l’apprentissage va être un combat intime, une affaire de vie et de mort pour elle », qui lui donne la force d’affronter la vérité. Un album exigeant, aux illustrations sobres, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs. A lire avec quelques mouchoirs à proximité.

Dès 10 ans, sans limite supérieure

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018, 64 p., 12,90 €

Stanislawa Domagalska, Comment j’ai adopté mon grand-père

Stanislawa Domagalska, Comment j’ai adopté mon grand-père

Huit bougies sur le gâteau de Gregory. Une Maman qui retient mal ses larmes. Parce que Papa est juste de passage… Philippe, un petit copain bagarreur et envahissant. Et soudain, « on a entendu un cliquetis dans la serrure et la poignée de la porte s’est agitée.
— Qui cela peut-il être, s’est étonnée Maman. Personne d’autre n’a de clé !
Je me suis aussitôt dit : « Ce doit être un voleur ou un bandit. Papa est à sa conférence, c’est à moi de protéger Maman ! »
Et notre Gregory d’avouer in petto que son « ventre faisait des nœuds à l’intérieur ».
On peut s’attendre à tout dans un immeuble socialiste des années 1970, à Varsovie… y compris au fait que les appartements ont des serrures identiques d’un étage à l’autre. Car le vieil original qui croit entrer chez lui est monsieur Omelan, le voisin du 13e étage, accompagné de son chien Melon, lequel va finir le gâteau d’un coup de langue expert. Une extraordinaire complicité va unir Gregory et ce vieux monsieur, alimentée par une série de gags et d’aventures dont la « vraie réalité » est parfois superbement enjolivée. Ce « grand-père adoptif » va aider Gregory à surmonter la séparation de ses parents – sans toutefois l’éloigner autant qu’il aurait fallu de ce fripon de Philippe avec qui les bêtises vont bon train. Stanislawa Domagalska (1946 – 2007) est une écrivain polonaise, journaliste, scénariste et militante anticommuniste, qui a ici su capter le délicat problème de la solitude des enfants, que peut néanmoins réchauffer l’amour de personnes plus âgées.

Dès 9 ans

Stanislawa Domagalska, Comment j’ai adopté mon grand-père, illustrations de Julie Escoriza, La Joie de lire, 2018, 140 p., 10,90. Traduit du polonais par Lydia Waleryszak. Imprimé en Allemagne.

Cécile Boulaire, Lire et choisir ses albums

Cécile Boulaire, Lire et choisir ses albums

« Comment se faire soi-même son opinion sur un livre, quand les albums sont si nombreux ? » Une question que se posent tous ceux qui recherchent un bel album à offrir ou à acheter pour une bibliothèque. Ce « petit manuel » a choisi, non pas de donner des listes, mais « de fournir à chacun des outils et des démarches qui le rendront autonome dans ses propres choix ». Histoire de l’album, formats, techniques, composition, mise en page, relation avec le texte, temps et rythmes : chacun de ses thèmes est illustré de nombreuses pages en couleurs, ce qui rend la lecture de ce manuel agréable et passionnante. Cécile Boulaire est maître de conférences spécialisée en littérature pour la jeunesse.

Pour les parents et autres grandes personnes

Cécile Boulaire, Lire et choisir ses albums, Petit manuel à l’usage des grandes personnes, Didier Jeunesse, coll. « Passeurs d’histoire », 2018, 224 p., 22,90 €

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Une bergerie isolée « sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Le narrateur rencontre un berger solitaire et bienveillant. Qui, après avoir passé la soirée à trier un cent de glands, va, le lendemain, les semer dans une terre dont il ne se soucie pas de connaître les propriétaires. Un cent de glands ? Ce sont cent mille glands qu’il avait planté, dont dix mille avaient pris. D’année en année, malgré les guerres, chênes, hêtres, bouleaux reconquièrent vallons et collines. Les villages abandonnés reprennent vie où « garçons et filles […] savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ».
Il est rare qu’un des grands textes de notre littérature soit si souvent illustré pour la jeunesse – et de manière si diverse -, signe qu’il est vraiment porteur de sens. Olivier Desvaux a parcouru la Haute Provence, chevalet sur le dos. Ses couleurs vibrent sous le soleil provençal avec une extraordinaire justesse de ton, on entend souffler le vent et le parfum des lavandes n’est pas loin… Jean Giono précisait aussi que c’était le texte dont il était le plus fier. Au-delà du discours écologique, une réflexion profonde et un style incomparable.

Dès 8 ans

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, 2018, 60 p., 14,50 € — Imprimé en Italie.

Katia de Conti, Dans ma tête, il y a…

Katia de Conti, Dans ma tête, il y a…

Il est souvent assez difficile de faire comprendre à un petit enfant qu’il « se cache des choses » dans la tête des autres – même dans celle de Maman ou de Papa. Des idées, des rêves, des émotions, des projets, tout cela est bien abstrait. Mais si on soulève un petit rabat, ou que l’on manipule une tirette, que va-t-on découvrir « dans la tête » du cheval, du chien, de l’oiseau – ou dans celle du petit garçon ? De belles surprises et beaucoup de douceur !

Dès 2 ans

Katia de Conti, Dans ma tête, il y a…, Editions Langue au chat, 2018, 16 p. cartonnées, 12,50 €