Thème

Mois : septembre 2015

Gabriele Rebagliati et Susumu Fujimoto, Le panier à pique-nique

Gabriele Rebagliati et Susumu Fujimoto, Le panier à pique-nique

« C’est en me promenant que je l’ai vu pour la première fois : c’était un pré comme un autre, plutôt banal, un peu à l’abandon. L’herbe y poussait, folle, nulle fleur à l’horizon. » Comme la fillette en robe jaune explique cela à un merle très attentif, on se doute vite que la promenade va nous conduire sur de drôles de sentiers. Arrive un jardinier, à qui la fillette dérobe son panier de pique-nique : à la gourmandise, se joint bientôt un peu de culpabilité. Comment réparer ? Mais voilà que le jardinier bâtit une maison… Qui va venir l’habiter ? Les illustrations débordent de soleil et d’énergie, même si le rouge des visages manque un peu de tendresse.
Gabriele Rebagliati enseigne l’italien à l’Institut culturel italien de Tokyo et Susumu Fujimoto, lui, habite Kyoto – mais si ce grand album est japonisant, c’est plus par sa philosophie que par ses illustrations.

Dès 4 ans

Gabriele Rebagliati et Susumu Fujimoto, Le panier à pique-nique, Grasset Jeunesse, 2015, 40 p., 15,90 € — Adaptation française de Christian Demilly.

Alain Surget, Dieux grecs, dieux romains, comment s’y retrouver ?

Alain Surget, Dieux grecs, dieux romains, comment s’y retrouver ?

« Fils de Zeus et d’Héra, Arès était un fou de guerre, ivre de violence et collectionneur de casques et de glaives », explique Alain Surget. « A Rome, poursuit-il, Mars était beaucoup plus populaire que Arès en Grèce ». Dieu guerrier, fondateur de Rome, père de Romulus et de Remus, Mars, le printanier, était aussi invoqué « pour assurer la bonne santé des troupeaux et des récoltes […] parce qu’il repoussait les ennemis qui dévastaient les champs et volaient ou massacraient le bétail ». Cronos et Saturne, Zeus et Jupiter, Athéna et Minerve, Hélios et Sol Invictus sont quelques-uns des 35 « binômes » présentés dans cet ouvrage. Loin de se cantonner aux exploits mythologiques des dieux et des déesses, Alain Surget explique comment les Romains ont adopté le panthéon grec, en quoi les légendes romaines diffèrent des mythes grecs, quelle était la fonction des divinités dans la cité et dans la famille, et présente les cultes qui leur étaient rendus.

Dès 11 ans

Alain Surget, Dieux grecs, dieux romains, comment s’y retrouver ?, Flammarion, coll. « Castor Doc », 2015, 127 p., 8,90 €

Emma Chichester Clark, Les ours ne lisent pas

Emma Chichester Clark, Les ours ne lisent pas

« La vie est charmante », susurre George l’ours brun. « Youpi tralala et tout ça. Mais quoi d’autre ? » Pêcher, jouer… Certes… jusqu’au jour où « George trouve dans la forêt un livre abandonné au pied d’un arbre ». A qui peut bien être ce livre ? Que racontent ces petits signes noirs ? Et notre George de partir à la ville – où il sème une panique mémorable (ah, la séquence où George se trouve entouré de policiers casqués bottés !), avant de retrouver Clémentine, la délicieuse propriétaire du livre. Vous vous en doutez, il apprendra à lire l’histoire d’un ours qui « trouve dans la forêt un livre abandonné au pied d’un arbre ».

Dès 4 ans

Emma Chichester Clark, Les ours ne lisent pas, Albin Michel Jeunesse, 2015, 32 p., 13,50 €

Robert de Boron, Le Roman de Merlin

Robert de Boron, Le Roman de Merlin

« Par l’effet de ses pouvoirs magiques, il fit transporter les pierres jusqu’au cimetière de Salisbury. Il alla ensuite en informer Uterpandragon et son peuple qui s’étonnèrent de ce prodige. Il leur demanda alors de les dresser car elles seraient ainsi plus belles que couchées. Mais aucun humain n’était assez fort pour en déplacer une seule. […]
– Eloignez-vous, repartit Merlin. Je vais les dresser, ces pierres. Ainsi j’aurai tenu la promesse faite à Pandragon. Je vais accomplir pour lui ce que personne d’autre ne pourrait faire.
Et Merlin érigea les pierres qu’on peut encore voir au cimetière de Salisbury et qui y resteront aussi longtemps que durera la chrétienté. »
Un « cimetière de Salisbury » qui n’est autre que Stonehenge. Ce Merlin de Robert de Boron nous vient du tout début du XIIIe siècle. Le mythe arthurien tel que le racontaient Chrétien de Troyes et Wace est ici fortement christianisé. Cela dit, « l’authentique Merlin a bien peu de rapports avec l’hurluberlu à chapeau pointu du dessin animé » précise d’emblée Jean-Pierre Tusseau. Pour lui, Merlin est un « prophète, [un] stratège politique et militaire, [un] homme d’action qui a parfois besoin de se ressourcer dans le calme de la forêt, personnage à la fois sage et facétieux, raisonnable et amoureux ».
Médiéviste, Jean-Pierre Tusseau a déjà transcrit et adapté de nombreux textes de notre patrimoine littéraire.

Dès 12 ans

Robert de Boron, Le Roman de Merlin, Ecole des Loisirs, coll. « Classiques abrégés », 2015, 196 p., 5,60 € — Traduction nouvelle abrégée de Jean-Pierre Tusseau

Brigitte Weninger et Eve Tharlet, Apprendre ? Quel plaisir !

Brigitte Weninger et Eve Tharlet, Apprendre ? Quel plaisir !

« Apprendre, apprendre… oui, mais où ? Il n’y a pas d’école ici dans la forêt », se désole Henri, le petit hérisson. Sim, la souris, est la seule à savoir lire, un plaisir que lui envient tous ses amis. Ni une, ni deux, souris, hérisson, lérot, taupe, grenouille et corbeau décident de créer leur école. Pour commencer, chacun apprendra aux autres le peu qu’il sait. Mais voilà Henri qui se plaint… il croit ne rien savoir… jusqu’au moment où le renard pointe son museau. Une école de la forêt très alternative, dont les méthodes devraient plaire à certains petits rebelles.

Dès 4 ans

Brigitte Weninger et Eve Tharlet, Apprendre ? Quel plaisir !, traduction de Julie Duteil, Minedition, 2015, 26 p., 14,20 €

Brigitte Heller, Petites histoires des mots venus du grec

Brigitte Heller, Petites histoires des mots venus du grec

« Sais-tu qu’il y a plus de deux mille cinq cents ans, les garçons et les filles de ton âge employaient déjà le mot barbare ? Dans leur bouche, cela donnait bar-bar, terme qualifiant tous ceux qui ne s’exprimaient pas correctement en grec, qui le ‘baragouinaient’ ».
Lycée, bio, écologie, éolienne, cinéma, mégalopole, polycopier, téléphérique… tous ces mots ont en commun d’avoir des racines grecques. Ces mots si justes, si précis, nous ont été légués comme des trésors.
Brigitte Heller n’a pas son pareil pour prendre le jeune lecteur par la main ? De clin d’œil en encouragements, elle sait transmettre une foule d’informations qui, sous une plume moins joyeuse, auraient pu passer pour fastidieuses.
L’ordre alphabétique n’est qu’un fil… d’Ariane pour passer d’une histoire à l’autre, des mésaventures de Dédale à celles de Sosie. Car avant de devenir des noms communs, un dédale et un sosie, Dédale et Sosie furent des personnages chantés par les poètes.

Dès 11 ans

Brigitte Heller, Petites histoires des mots venus du grec, Flammarion Jeunesse, 2015, 120 p., 5,20 €

Fleur Daugey et Emilie Vanvolsem, Pas bêtes les bêtes

Fleur Daugey et Emilie Vanvolsem, Pas bêtes les bêtes

«  Futé le chimpanzé ! Malin le dauphin ! Finaud le corbeau ! Qui pense encore que les bêtes sont bêbêtes ? Se débrouiller dans le monde sauvage demande de la mémoire, de l’astuce, la capacité d’inventer et de communiquer », explique Fleur Daugey qui, à ses compétences d’éthologue ajoute un réel talent narratif. Chaque double page de cet album explore un territoire, la vie d’un animal ou une « technique ». Saviez-vous que les corneilles du Japon ont compris que les voitures savaient casser les noix en roulant dessus ? Et qu’elles attendent le feu rouge pour aller chercher leur pitance ? Les illustrations d’Emilie Vanvolsem sont aussi savantes que poétiques.

Dès 6 ans

Fleur Daugey, Pas bêtes les bêtes, illustrations d’Emilie Vanvolsem, Ricochet, coll. « Ohé la science ! », 2015, 40 p., 12,50 €

Alice Brière-Haquet et Amélie Videlo, Le Meunier amoureux

Alice Brière-Haquet et Amélie Videlo, Le Meunier amoureux

« Au moulin, tout allait bien. Le meunier semait, récoltait, moulinait, pétrissait, mangeait et retournait semer. » Saison après saison… jusqu’au jour « où il vit des fleurs de chardon dans son beau champ blond ». Des chardons — et bientôt des fleurs de toutes les couleurs – et voilà notre meunier tourner… fleur bleue ! Une fable rustique sur la nécessité de cultiver quelques grains de folie dans son champ nourricier. Un grand format plein de couleur et de vitalité.

Dès 5 ans

Alice Brière-Haquet et Amélie Videlo, Le Meunier amoureux, Sarbacane, 2015, 32 p., 15,50 €

Daniel Roode, Un grand cerf

Daniel Roode, Un grand cerf

« Dans sa maison un grand cerf
regardait par la fenêtre
un lapin venir à lui
et frapper à l’huis… »
Pour une fois et c’est tant mieux, c’est la comptine dans sa version traditionnelle qui a été retenue, avec cet « huis » un peu mystérieux. Le livre-jouet aux pages cartonnées est découpé en forme de cerf ; les dessins sont gais et colorés – gageons que la chansonnette va vous coller à la peau plusieurs soirs de suite !

Tout-petits, avant 3 ans

Daniel Roode, Un grand cerf, Ed Milan, coll. “Comptines en formes”, 2015, cartonné, 5,90 €

Laurent Bègue et Mélie Mika, La fleur et les saisons

Laurent Bègue et Mélie Mika, La fleur et les saisons

« Une petite graine virevoltait au vent. Elle qui n’avait jamais quitté son pâturage vit cet été-là de jolis paysages, survolant prairies, forêts et jardins. » Ladite petite graine va, faute de vent, atterrir dans un parc, au pied d’un grand arbre et s’enfoncer doucement dans le sol. Qui s’est déjà rendu compte de la patience qu’il faut pour attendre tant de mois sous la terre avant de germer ? Qui a conscience des mille dangers qui menacent une petite graine de rien du tout ? Un oiseau gourmand, un lapin blanc, un escargot, deux galopins qui tapent dans leur ballon… Quelle chance donc de fleurir ! Les illustrations sont aussi poétiques et lumineuses que le texte. Bravo pour avoir représenté, en filigrane, les habitants de l’arbre ainsi que tous les âges de la vie humaine, de la future maman à l’aïeule.

Dès 4 ans

Laurent Bègue et Mélie Mika, La fleur et les saisons, Belize, 2015, 32 p., 12,90 €

Pierre Gripari, Jean-Yves à qui rien n’arrive

Pierre Gripari, Jean-Yves à qui rien n’arrive

« Jean-Yves qui ? Je n’en savais rien. Personne ne l’appelait jamais par son nom de famille. Pour tout le monde, c’était Jean-Yves. Si par hasard nous ajoutions quelque chose, alors nous disions : Jean-Yves à qui rien n’arrive. » Il ne lui arrive peut-être rien dans le monde de tous les jours – mais pour raconter des histoires, là, on peut faire confiance à ce Jean-Yves. C’est lui qui, jour après jour, va raconter au petit Jean des contes extraordinaires : des histoires de monstres, le conte des Trois pains noirs, la légende de Saint Satan, tout en faisant basculer dans un univers bien à lui des événements a priori aussi anodins que des élections ou un concours de pêche. Délectable !

Dès 8 ans

Pierre Gripari, Jean-Yves à qui rien n’arrive, illustrations de Till Charrier, Grasset Jeunesse, 176 p. format poche, 9 € — Ou d’occasion avec les illustrations de Claude Lapointe, en format album, 1985, Grasset Jeunesse.

Antoon Krings, Lou P’tit Loup à l’école des louveteaux

Antoon Krings, Lou P’tit Loup à l’école des louveteaux

Jeux de piste, chasse au trésor, feux de camp, nuits à la belle étoile… Qui ne rêverait de devenir un vrai louveteau ? Mais Lou P’tit Loup n’est pas convaincu. Un vrai loup solitaire ne va pas à l’école, et encore moins vêtu d’un uniforme et coiffé d’un béret ridicule. C’est sans compter avec Marie Lou, une adorable louvette, malicieuse et joueuse ! Un album pour rassurer avant la rentrée, que les grands recycleront avec plaisir quand il s’agira de vrai scoutisme.

Dès 4 ans

Antoon Krings, Lou P’tit Loup à l’école des louveteaux, Gallimard Jeunesse, coll. « Giboulées », 2015, 28 p., 6,20 €