Thème

Mois : mai 2014

Les hauts-faits des éléphants d’Hannibal, franchissant les Alpes sous la neige, ne sont pas près d’être oubliés. Mais les milliers de chevaux qui ont vaillamment traversé les champs de batailles, montés qui par un chevalier, qui par un officier ne sont plus que de lointains souvenirs… Dromadaires, mules, cochons, chiens, pigeons, dauphins, jusqu’aux abeilles et aux scorpions, ont souvent été enrôlés bien malgré eux dans des conflits très humains. Au travers de sept récits, dont le dernier est du domaine de la science-fiction, Alain Grousset dresse un portrait mi-historique mi-romancé de quelques-uns de ces exploits : éléphants d’Hannibal, chevaux à Austerlitz, pigeons voyageurs en 1870, chien allemand dans une tranchée française à Verdun, méhari blanc dans le désert du Niger en 1940, dauphin russe « démilitarisé » devenu convoyeur de drogue – jusqu’à ce conflit de 2071, où s’affrontent de bien curieux insectes robotisés…

Dès 11 ans

Alain Grousset, Bêtes de guerre, Flammarion Jeunesse, 2014, 153 p., 6,10 €

Le Roman de Renart, adaptation de Romain Simon

Le Roman de Renart, adaptation de Romain Simon

« En ce froid jour d’hiver, Renart ne doit pas rentrer bredouille, ses dernières provisions sont épuisées. Avec mille précautions, il se glisse entre les joncs et, couché près d’une haie, attend les événements. Au bout de la route apparaît bientôt une charrette chargée de poisson. » Quelle ruse va donc permettre au goupil de s’emparer de ces harengs et de s’en régaler « tout crus et sans sel » ? Vous retrouverez dans cet album Renart et ses comparses, souvent ses victimes, il faut le dire : Isengrin le loup, Tibert le chat, Brun l’ours, Chantecler le coq, jusqu’à Noble, le lion, le roi des animaux. L’illustrateur animalier Romain Simon (1916- 2007) laisse éclater ici tout son talent : réalisme documentaire, soit, mais quelle fantaisie, quelle joie de vivre dans le moindre mouvement de la forêt et de ses habitants ! Rien de tel pour donner envie de se cacher derrière la haie pour mieux observer le goupil, le loup et la chouette – tiens, en voilà une qui ne se fait pas croquer !

Dès 8 ans

Le Roman de Renart, adaptation et illustrations de Romain Simon, Gautier-Languereau, 1986, 76 p.  D’occasion.

Maurice Carême, Fables

Maurice Carême, Fables

« Le chat a dit
À ses petits :
« Oncle Souris
Est très gentil.
Il est surtout
Bon à croquer
Dans les lauriers
Au pied du houx. »
Marraine Carpe, qui « joue de la harpe /Sur la rivière », n’aura pas meilleur destin. Car, nous dit le fabuliste, le destin des souris et des carpes, c’est bien d’être croqués par les chats qui passent par là.
Maurice Carême (1899- 1978) est l’un des auteurs belges les plus connus et les plus lus – et aussi les plus appris à l’école. Qui n’a pas récité, d’une petite voix timide, l’un ou l’autre de ses poèmes ? Il en écrivit, dit-on, plus de 2600 !
Sa fantaisie et son goût du nonsense, magnifiquement exprimés dans un style des plus concis, mènent à une forme de sagesse très simple : celle qui consiste à savoir regarder autour de soi et à s’émerveiller des mille petits trésors du quotidien.
Qui dit « fable », dit « morale de la fable ». Chez Maurice Carême, celle-ci n’est jamais pesante : pirouette, question en l’air, remarque décalée : au lecteur de réfléchir par lui-même au sens du destin.
Mais ne croyez pas que ce recueil de Fables s’adresse seulement aux enfants. Loin de là. Il s’adresse à tous ceux qu’enchantent l’ombre d’une plume ou la chanson de la pluie.

Dès 10 ans, adolescents et adultes

Maurice Carême, Fables, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2014, 110 p., 15 €
Pour tout savoir sur Maurice Carême : la Fondation Maurice Carême

John Boyne, Mon père est parti à la guerre

John Boyne, Mon père est parti à la guerre

« Chaque soir, avant de s’endormir, Alfie Summerfield s’efforçait se remémorer à quoi ressemblait sa vie avant le début de la guerre. Plus le temps passait et plus il avait de mal à garder ses souvenirs intacts.
Les combats avaient commencé le 28 juillet 1914. Certains pourraient ne pas se rappeler cette date avec autant de précision, mais Alfie, lui, ne l’oublierait jamais. C’était le jour de son anniversaire. Il avait cinq ans. » Avoir cinq ans dans un quartier populaire de Londres, en 1914, cela veut dire recevoir quelques menus cadeaux, mais s’entendre dire que, oui, l’on est encore trop jeune pour aider son papa dans sa tournée de laitier. N’ayant pas les yeux dans sa poche, le petit bonhomme connaît déjà tous ses voisins de Damley Road. Une rue où solidarité et ragots font bon ménage, où l’entraide vient de là où on ne l’attend plus, une rue qui va être au cœur du roman, tout autant que cette longue guerre – dont on ne sait pas à quel Noël elle finira. Et puis Alfie va grandir à la va comme je te pousse, jusqu’à comprendre que son père, loin d’être « en mission secrète » est frappé de « psychose traumatique ». Et notre bonhomme de neuf ans d’organiser, son Robinson Crusoë sous le bras, une expédition pour le sortir de l’hôpital. Plus qu’une simple bienveillance, c’est une complicité de chaque instant qui lie dans ce roman le narrateur à son héros en culottes courtes ; une connivence qui lui permet de surmonter les horreurs vécues par les grandes personnes. Et qui aidera les jeunes lecteurs à tourner la dernière page du roman sur une note optimiste : parce que cette aventure, Alfie s’y est embarqué « pour la meilleure raison du monde, par amour ».

Dès 10 ans

John Boyne, Mon père est parti à la guerre, Gallimard Jeunesse, 2014, 288 p., 12,90 € — En poche, 2016, 256 p., 6,90 €

Sylvie Bagès, Du Guesclin, le chevalier intrépide

Sylvie Bagès, Du Guesclin, le chevalier intrépide

« — Salut, les mauviettes de Pen-an-Hoët ! Petits gardiens de porcs, cochons vous-mêmes, la clairière est encerclée. Rendez-vous ou il vous en cuira !
— Jamais ! ripostèrent les porchers d’une seule voix. Plutôt mourir que nous rendre !
— A moi, Guesclin ! cria Bertrand. A moi, ceux de Broon ! Donnons une raclée à tous ces morveux ! Pas de quartier ! »
Cette bagarre, dans le plus pur style de La Guerre des boutons, oppose des galopins du village de Broon, en Bretagne, dans les années 1329. Parmi les attaquants, le jeune et intrépide Bertrand du Guesclin. Il a beau être d’un physique ingrat, sa force et sa vaillance font déjà de lui un chef de bande apprécié. Ce roman historique bien documenté fait revivre la haute figure de Bertrand du Guesclin (1320–1380) de sa prime enfance jusqu’en 1357. Rien n’y manque : ni ses fugues, ni ses ruses ; derrière le « Dogue noir de Brocéliande », nous volons de tournois en embuscades.
Curieusement,  le style du roman balance, sans trop choisir, entre pastiche de français médiéval (« vous menez laide vie »), récit historique classique (« le 30 avril 1341, la Bretagne apprit la mort de Jean III ») et expressions imagées droit sorties de la cour de récréation (« Total respect ! »). Comme dans de nombreux ouvrages destinés aux collégiens, un dossier documentaire complète le roman : repères chronologiques, guerre de Cent Ans, techniques de combat, biographie complète de Du Guesclin.

A partir de 12 ans

Sylvie Bagès, Du Guesclin, le chevalier intrépide, Belin Jeunesse, coll. « Avant de devenir… », 2014, 200 p., 7,90 €

Christophe Faveau et Isabelle Stoufflet, Recettes pour marmitons de 7 à 10 ans

Christophe Faveau et Isabelle Stoufflet, Recettes pour marmitons de 7 à 10 ans

Le menu de dimanche prochain ? Ce sera guacamole, curry minute et crumble de pommes. Le tout cuisiné par nos chères têtes blondes ! Et s’ils invitent leurs petits amis à goûter ? Prévoyez de ne plus retrouver ni œufs, ni farine ni beurre dans vos réserves et encore moins de sucre… car ils auront préparé croissants de lune et financiers.
Après avoir réuni ingrédients et ustensiles, et vérifié le temps de préparation et le niveau de difficulté, il n’y a plus qu’à suivre les étapes de chaque recette pour réaliser un plat succulent. Les illustrations gaies et colorées sont très informatives et aident à visualiser les gestes à effectuer pour couper, mélanger, verser ou démouler – sous la surveillance d’un adulte. Bon appétit !

Dès 7 ans

Christophe Faveau et Isabelle Stoufflet, Recettes pour marmitons de 7 à 10 ans, Père Castor, Flammarion, 2014, 96 p., 15 €

 

J. R. R. Tolkien, Monsieur Merveille

J. R. R. Tolkien, Monsieur Merveille

Monsieur Merveille « entra dans la boutique et dit : ‘Je veux une automobile !’ ‘De quelle couleur ?’ demanda Monsieur Bling. ‘Jaune vif’, répondit Monsieur Merveille, ‘ à l’intérieur et à l’extérieur.’ […] ‘Seulement, j’ai laissé mon porte-monnaie à la maison.’ ‘Très bien, dans ce cas vous devrez laisser votre bicyclette ici ; et quand vous apporterez les sous, vous pourrez la reprendre.’ […] C’était une magnifique bicyclette tout en argent… mais elle n’avait pas de pédales, parce que Monsieur Merveille ne l’utilisait que dans les descentes. »
Mr Bliss — Monsieur Merveille de ce côté-ci du Channel – et son inénarrable automobile jaune sont entrés dans la vie des enfants Tolkien à la fin des années 1920, et dans celle des lecteurs de Tolkien bien plus tard, en 1982 – au mieux. Cette édition bilingue propose, en « belle page » (à droite pour les béotiens) la reproduction de la page dessinée et légendée par Tolkien, textes et dessins étant inséparables ; et, sur la page de gauche, pour les anglicistes que rebuteraient les pattes de mouche de l’auteur, la traduction en français. Non sense, scénario fait de bouts de ficelle, clins d’œil malicieux aux « bonnes manières » britanniques, du tea-time au potager… Bref, un texte sans façon et des situations croquées avec un humour very, very british.

Dès 8 ans et jusqu’à pas d’âge

J. R. R. Tolkien, Monsieur Merveille, La Mercurie, 2009, 102 p., 16 €

Jean-Vincent Bacquart et Céline Perez, Le Moyen Age en s’amusant

Recoller le vase de Soissons ; aider Perceval à sortir du labyrinthe de la forêt ; colorier le départ de saint Louis en croisade ; écrire, comme les moines, en « caroline » ; nommer les animaux, réels ou magiques, de la tapisserie de la « Dame à la licorne »… : autant de jeux très astucieux proposés dans ce cahier pour partir à la découverte du Moyen Age.  Les textes qui accompagnent ces jeux sont écrits dans une langue claire et concise, les illustrations sont élégantes et de belle facture.

Dès 8 ans

Jean-Vincent Bacquart et Céline Perez, Le Moyen Age en s’amusant, Le Baron perché, 2014, 47 p., 11 €

Pierdomenico Baccalario, Typos, Fragments de vérité

Pierdomenico Baccalario, Typos, Fragments de vérité

« Ce n’est pas facile de savoir quand et pourquoi K‑Lab intervient, continua Arlequin. Nous non plus, nous ne réussissons pas à deviner à quel point ce que nous voyons a été manipulé, et combien c’est désormais éloigné de la vérité.
— Et que pense le gouvernement de ce Laboratoire ?
— Oh, il s’en sert probablement souvent. Tout comme les organisations internationales corrompues, les banques mondiales, les fonctionnaires, les groupes paramilitaires, les compagnies pétrolières, les mafias… Songez à tous ceux qui ont du pouvoir, de l’argent et peu de scrupules, et vous obtiendrez le profil typique d’un client de K‑Lab. » Rassurez-vous, amis lecteurs, Arlequin et ses amis vivent dans un monde futuriste. Sombre, mais futuriste. Ces étudiants en journalisme impriment des samizdats dans les ruines des tours improbables de Maximum City. Simplement pour dire la vérité. Ici, ils vont tout faire pour renverser l’image trop belle pour être vraie d’un chef d’Etat africain invité à un concert géant. Une image fabriquée de toutes pièces par K‑Lab à des fins criminelles. Courses poursuites, rencontres avec des inconnus (amis ? ennemis ?), objets inquiétants, comptes à rebours très tendus : tout est fait pour tenir le lecteur en alerte !
Un roman d’anticipation, un roman d’espionnage au suspense bien mené, certes, mais aussi une réflexion sur la désinformation et la manipulation des esprits. Bref, un salutaire coup de vent venu d’Italie !

Dès 12 ans

Pierdomenico Baccalario, Typos, Fragments de vérité, Flammarion, 2014, 250 p, 13 €

François Place, Angel, l’Indien blanc

François Place, Angel, l’Indien blanc

« Je me précipitai en bas de mon perchoir. Il y avait un attroupement sur le pont. Au centre, le bosco parlait en claquant des dents. Ses paupières tressautaient. De l’endroit où nous étions, il avait vu, en se penchant par-dessus la lisse, apparaître une sorte de spectre. Cela glissait sur l’eau, debout dans une embarcation, en émergeant lentement du brouillard, sans un bruit, pareil à un esprit. Arrivé à sa hauteur, la face énigmatique s’était tournée vers lui en grimaçant un sourire.
Un horrible sourire.
Un sourire à deux bouches. »
Il y a plusieurs semaines que Le Neptune navigue dans les mers australes. Son capitaine a pris possession, au nom du roi Louis XV, des terres découvertes – îles, presqu’îles ? Angel, jeune métis d’un indien et d’une française, passager clandestin puis matelot, est bientôt pris en otage par cette curieuse peuplade à deux bouches. A ce moment du récit, est-on encore dans le monde réel des géographes ou déjà dans un monde imaginaire, né de nos rêves d’explorateurs ? En effet, loin de décrire des Alakalufs comme Jean Raspail, François Place invente un peuple étrange, les Woanoas, dont les coutumes empruntent autant aux chamans du Grand Nord qu’aux peuples du Pacifique. Etrange construction ethnologique et poétique à la fois ! Mais en rien irénique, car, dans ce roman d’aventure, la violence est partout : violence des éléments, violence des baleines tueuses et des grands phoques, violence des hommes, en particulier des « Plumes grises ». Ces adolescents vivant en marge du village se défient à la chasse et, au printemps, partent cueillir de curieuses « fleurs de mer » dont les fumigations « ouvrent les yeux dans la brume » et « donnent forme aux Esprits du Feu et du Froid ». Et honni soit qui mal y pense !

Dès 12 ans, adolescents et adultes

François Place, Angel, l’Indien blanc, Casterman, 2014, 230 p., 15 €

Emma Dodd, J’aime tout en toi

Emma Dodd, J’aime tout en toi

Deux adorables pandas et un peu de « doré », ça aide pour raconter une histoire douce, mais ça ne suffit pas. Il y faut ce « je ne sais quoi » qui fait tout le charme de cet album : des yeux qui pétillent de malice, des éclats de rire, des câlins… Des tas de câlins !

Avant 3 ans

Emma Dodd, J’aime tout en toi, Albin Michel jeunesse, 2014, 24 p., 13 €

Sur Chouette, un livre ! : Emma Dodd, Tout contre toi, Albin Michel jeunesse, 2010, 20 p., 12,90 €

Jean-Michel Billioud et Jérôme Mondoloni, Saint Louis

Jean-Michel Billioud et Jérôme Mondoloni, Saint Louis

« Le 25 avril 1214, un petit prince naît dans le château de Poissy. Il portera le nom de son père », Louis. Sa mère, Blanche de Castille, veille à ce qu’il reçoive une excellente éducation, plus encore quand le jeune Louis, à la mort de son frère aîné, devient l’héritier du royaume de France. « Chaque jour, Louis va à la messe et étudie les textes bibliques et ceux des grands penseurs » sous la houlette de son précepteur. « Mais il garde les préoccupations de son âge. ‘Encore quelques pages et je file chasser les grenouilles avec Petit Luc et Louison’ », lui fait dire le scénariste de cette jolie bande dessinée. Car cet adolescent studieux n’est autre que le futur Louis IX, connu sous le nom de Saint Louis depuis sa canonisation par l’Église catholique romaine en 1297.
Ce récit en images, consacré aux enfances de Louis, s’achève avec l’entrée du jeune roi, tout juste couronné, et de sa mère, dans Paris. L’ouvrage est complété d’un dossier en dix courts chapitres. On retiendra notamment un tableau généalogique de la famille de Louis, et plusieurs pages sur l’histoire de Poissy, sa ville natale. La ville de Poissy commémore en effet avec fastes le 8e centenaire de la naissance de Saint Louis. 2014 verra donc se succéder de nombreuses manifestations, dont, dimanche 11 mai, un salon du livre sur le thème « Saint Louis et son temps ». Mais aussi journée médiévale, son et lumière, spectacles et expositions…

Dès 8 ans

Jean-Michel Billioud et Jérôme Mondoloni, Saint Louis, TerraMare, 2014, 48 p., 13 €