Les hauts-faits des éléphants d’Hannibal, franchissant les Alpes sous la neige, ne sont pas près d’être oubliés. Mais les milliers de chevaux qui ont vaillamment traversé les champs de batailles, montés qui par un chevalier, qui par un officier ne sont plus que de lointains souvenirs… Dromadaires, mules, cochons, chiens, pigeons, dauphins, jusqu’aux abeilles et aux scorpions, ont souvent été enrôlés bien malgré eux dans des conflits très humains. Au travers de sept récits, dont le dernier est du domaine de la science-fiction, Alain Grousset dresse un portrait mi-historique mi-romancé de quelques-uns de ces exploits : éléphants d’Hannibal, chevaux à Austerlitz, pigeons voyageurs en 1870, chien allemand dans une tranchée française à Verdun, méhari blanc dans le désert du Niger en 1940, dauphin russe « démilitarisé » devenu convoyeur de drogue – jusqu’à ce conflit de 2071, où s’affrontent de bien curieux insectes robotisés…

Dès 11 ans

Alain Grousset, Bêtes de guerre, Flammarion Jeunesse, 2014, 153 p., 6,10 €

Le Roman de Renart, adaptation de Romain Simon

Le Roman de Renart, adaptation de Romain Simon

« En ce froid jour d’hiver, Renart ne doit pas rentrer bredouille, ses dernières provisions sont épuisées. Avec mille précautions, il se glisse entre les joncs et, couché près d’une haie, attend les événements. Au bout de la route apparaît bientôt une charrette chargée de poisson. » Quelle ruse va donc permettre au goupil de s’emparer de ces harengs et de s’en régaler « tout crus et sans sel » ? Vous retrouverez dans cet album Renart et ses comparses, souvent ses victimes, il faut le dire : Isengrin le loup, Tibert le chat, Brun l’ours, Chantecler le coq, jusqu’à Noble, le lion, le roi des animaux. L’illustrateur animalier Romain Simon (1916- 2007) laisse éclater ici tout son talent : réalisme documentaire, soit, mais quelle fantaisie, quelle joie de vivre dans le moindre mouvement de la forêt et de ses habitants ! Rien de tel pour donner envie de se cacher derrière la haie pour mieux observer le goupil, le loup et la chouette – tiens, en voilà une qui ne se fait pas croquer !

Dès 8 ans

Le Roman de Renart, adaptation et illustrations de Romain Simon, Gautier-Languereau, 1986, 76 p.  D’occasion.

Maurice Carême, Fables

Maurice Carême, Fables

« Le chat a dit
À ses petits :
« Oncle Souris
Est très gentil.
Il est surtout
Bon à croquer
Dans les lauriers
Au pied du houx. »
Marraine Carpe, qui « joue de la harpe /Sur la rivière », n’aura pas meilleur destin. Car, nous dit le fabuliste, le destin des souris et des carpes, c’est bien d’être croqués par les chats qui passent par là.
Maurice Carême (1899- 1978) est l’un des auteurs belges les plus connus et les plus lus – et aussi les plus appris à l’école. Qui n’a pas récité, d’une petite voix timide, l’un ou l’autre de ses poèmes ? Il en écrivit, dit-on, plus de 2600 !
Sa fantaisie et son goût du nonsense, magnifiquement exprimés dans un style des plus concis, mènent à une forme de sagesse très simple : celle qui consiste à savoir regarder autour de soi et à s’émerveiller des mille petits trésors du quotidien.
Qui dit « fable », dit « morale de la fable ». Chez Maurice Carême, celle-ci n’est jamais pesante : pirouette, question en l’air, remarque décalée : au lecteur de réfléchir par lui-même au sens du destin.
Mais ne croyez pas que ce recueil de Fables s’adresse seulement aux enfants. Loin de là. Il s’adresse à tous ceux qu’enchantent l’ombre d’une plume ou la chanson de la pluie.

Dès 10 ans, adolescents et adultes

Maurice Carême, Fables, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2014, 110 p., 15 €
Pour tout savoir sur Maurice Carême : la Fondation Maurice Carême

John Boyne, Mon père est parti à la guerre

John Boyne, Mon père est parti à la guerre

« Chaque soir, avant de s’endormir, Alfie Summerfield s’efforçait se remémorer à quoi ressemblait sa vie avant le début de la guerre. Plus le temps passait et plus il avait de mal à garder ses souvenirs intacts.
Les combats avaient commencé le 28 juillet 1914. Certains pourraient ne pas se rappeler cette date avec autant de précision, mais Alfie, lui, ne l’oublierait jamais. C’était le jour de son anniversaire. Il avait cinq ans. » Avoir cinq ans dans un quartier populaire de Londres, en 1914, cela veut dire recevoir quelques menus cadeaux, mais s’entendre dire que, oui, l’on est encore trop jeune pour aider son papa dans sa tournée de laitier. N’ayant pas les yeux dans sa poche, le petit bonhomme connaît déjà tous ses voisins de Damley Road. Une rue où solidarité et ragots font bon ménage, où l’entraide vient de là où on ne l’attend plus, une rue qui va être au cœur du roman, tout autant que cette longue guerre – dont on ne sait pas à quel Noël elle finira. Et puis Alfie va grandir à la va comme je te pousse, jusqu’à comprendre que son père, loin d’être « en mission secrète » est frappé de « psychose traumatique ». Et notre bonhomme de neuf ans d’organiser, son Robinson Crusoë sous le bras, une expédition pour le sortir de l’hôpital. Plus qu’une simple bienveillance, c’est une complicité de chaque instant qui lie dans ce roman le narrateur à son héros en culottes courtes ; une connivence qui lui permet de surmonter les horreurs vécues par les grandes personnes. Et qui aidera les jeunes lecteurs à tourner la dernière page du roman sur une note optimiste : parce que cette aventure, Alfie s’y est embarqué « pour la meilleure raison du monde, par amour ».

Dès 10 ans

John Boyne, Mon père est parti à la guerre, Gallimard Jeunesse, 2014, 288 p., 12,90 € — En poche, 2016, 256 p., 6,90 €

Sylvie Bagès, Du Guesclin, le chevalier intrépide

Sylvie Bagès, Du Guesclin, le chevalier intrépide

« — Salut, les mauviettes de Pen-an-Hoët ! Petits gardiens de porcs, cochons vous-mêmes, la clairière est encerclée. Rendez-vous ou il vous en cuira !
— Jamais ! ripostèrent les porchers d’une seule voix. Plutôt mourir que nous rendre !
— A moi, Guesclin ! cria Bertrand. A moi, ceux de Broon ! Donnons une raclée à tous ces morveux ! Pas de quartier ! »
Cette bagarre, dans le plus pur style de La Guerre des boutons, oppose des galopins du village de Broon, en Bretagne, dans les années 1329. Parmi les attaquants, le jeune et intrépide Bertrand du Guesclin. Il a beau être d’un physique ingrat, sa force et sa vaillance font déjà de lui un chef de bande apprécié. Ce roman historique bien documenté fait revivre la haute figure de Bertrand du Guesclin (1320–1380) de sa prime enfance jusqu’en 1357. Rien n’y manque : ni ses fugues, ni ses ruses ; derrière le « Dogue noir de Brocéliande », nous volons de tournois en embuscades.
Curieusement,  le style du roman balance, sans trop choisir, entre pastiche de français médiéval (« vous menez laide vie »), récit historique classique (« le 30 avril 1341, la Bretagne apprit la mort de Jean III ») et expressions imagées droit sorties de la cour de récréation (« Total respect ! »). Comme dans de nombreux ouvrages destinés aux collégiens, un dossier documentaire complète le roman : repères chronologiques, guerre de Cent Ans, techniques de combat, biographie complète de Du Guesclin.

A partir de 12 ans

Sylvie Bagès, Du Guesclin, le chevalier intrépide, Belin Jeunesse, coll. « Avant de devenir… », 2014, 200 p., 7,90 €