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Le Livre de Poche

Jules Verne, Michel Strogoff

« Le czar le regarda encore une fois bien en face, les yeux dans les yeux. Puis, d’une voix brève :
“Ton nom ? demanda-t-il.
— Michel Strogoff, Sire.
— Ton grade ?
— Capitaine au corps des courriers du czar.
— Tu connais la Sibérie ?
— Je suis Sibérien. […]
— Voici une lettre, dit-il, que je te charge, toi, Michel Strogoff, de remettre en main propre au grand-duc et à nul autre que lui.
— Je la remettrai, Sire. »
Qui osera dire qu’il y a des longueurs chez Jules Verne, après la lecture d’un dialogue aussi énergique ? Quand il s’agit de longueurs, elles se mesurent ici en verstes qui, converties, donnent, de Moscou à Irkoutsk, 5 523 kilomètres. Orages, marais, incendies, chavirages, loups féroces, trahisons… Que de péripéties pour échapper aux hordes tartares menées par Ivan Ogareff et tenir sa promesse ! En compagnie de la belle Nadia, de l’Anglais Harry Blount et du Français Alcide Jolivet, journalistes en quête de sensationnel, le lecteur suivra Michel Strogoff jusqu’aux rivages du lac Baïkal. Certes, le format de poche ne rend pas justice aux célèbres illustrations de la collection Hetzel, mais cette édition propose le texte intégral pour un prix modique.

Adolescents

Jules Verne, Michel Strogoff, illustrations originales de l’édition Hetzel, Le Livre de Poche, 2018, 446 p., 6,60 € — Texte intégral- Imprimé en France.

Gwenaële Barussaud, Les Demoiselles de l’Empire, t. 1 : Héloïse, pensionnaire à la Légion d’honneur

Gwenaële Barussaud, Les Demoiselles de l’Empire, t. 1 : Héloïse, pensionnaire à la Légion d’honneur

Ce premier tome de la saga des Demoiselles de l’Empire vient se sortir en livre de poche. Une belle occasion de republier ma chronique !
Février 1811. En ce jour d’hiver, la jeune Héloïse Boisseau, 15 ans, franchit la porte de la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, fondée en 1805 par Napoléon. Curieuse date pour entrer à l’école ? A la Maison impériale de Saint-Denis, les jeunes élèves entrent et partent alors au gré de leurs familles. Très intimidée, notre Héloïse, et on le serait à moins ! Mais aussi curieuse de l’enseignement qu’elle va y recevoir et des compagnes qu’elle va y rencontrer. Un peu de littérature, de géographie, de musique, autant de catéchisme et beaucoup (trop) de travaux d’aiguille : tel est le programme pour ces jeunes filles en robe blanche, puis en uniforme noir sanglé de la fameuse ceinture – Héloïse est très fière d’entrer directement en classe « nacarat ». Les sorties sont rares, mais prestigieuses : baptême du Roi de Rome, bal à Saint-Cloud… Un roman historique bourré de références à la vie quotidienne d’une jeune fille sous l’Empire et la Restauration, émaillé d’anecdotes très crédibles sur la vie de l’école – avec, en filigrane, peut-être quelques souvenirs de l’auteur, ancienne élève de cette prestigieuse institution.

Dès 10 ans

Gwenaële Barussaud, Les Demoiselles de l’Empire, t. 1 : Héloïse, pensionnaire à la Légion d’honneur, Mame, 2013, 221 p., 13,90 € — Le Livre de poche, 2019, 240 p., 6,90 €

Ernst Jünger, Orages d’acier

Ernst Jünger, Orages d’acier

« Sur le coup de midi, notre artillerie ouvrit une violente canonnade qui se répercuta dans les gorges forestières. C’est là que, pour la première fois, nous entendîmes cette expression chargée de sens : feu roulant. Nous restions assis sur nos sacs, agités et oisifs. Un homme de liaison s’élança vers le chef de compagnie. Paroles essoufflées : ‘‘Les trois premières tranchées sont entre nos mains, nous avons capturé six pièces !’’ Un hourra jaillit comme une flamme. La passion du risque-tout s’éveillait. […] Cette fois, ça y était ! » Ce témoignage d’Ernst Jünger reste irremplaçable : le héros se double ici d’un écrivain pour témoigner de la Grande Guerre, vue du front allemand. Dans sa préface de 1960, Ernst Jünger dédie « les Orages d’acier aux combattants français de la première guerre mondiale » ; plus encore, il leur demande d’y « voir plus qu’un geste – l’accomplissement d’un vœu profond […] l’espoir d’une amitié étroite et toujours croissante entre nos deux patries ; s’élevant au-dessus des sacrifices anciens, elle est l’un des piliers qui soutiennent le monde nouveau. » Une leçon à méditer.

Adolescents

Ernst Jünger, Orages d’acier, Le Livre de Poche, 2002, 379 p., 6,60 €

Annie Collognat, 25 Métamorphoses d’Ovide

Annie Collognat, 25 Métamorphoses d’Ovide

Quelques vers latins pour commencer chaque chapitre, un papier tristounet, une mise en page austère, pas une image… et pourtant, la magie opère ! « Persée prend ses sandales ailées, les attache à ses pieds et suspend à sa ceinture son épée recourbée. Dans une besace qu’il porte à l’épaule, il a soigneusement rangé son précieux trophée : la tête de Méduse. » Non, pas une tête de méduse gluante, la tête de Méduse, cette gorgone aux cheveux de serpents. Horreur, aventure, batailles, surprises, humour… et métamorphoses.
Dernière précision : les vers latins sont traduits, pas besoin de dictionnaire dans votre besace, enfilez plutôt vos sandales pour suivre Persée.

Dès 12 ans, pour bons lecteurs

Annie Collognat, 25 Métamorphoses d’Ovide, Le Livre de poche, 2009, 4,50 € — Il existe d’autres sélections pour la jeunesse, toutes en poche.