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Emmanuelle Kecir-Lepetit, Oiseaux à reconnaître

Le merle noir, le pic vert, la mésange bleue, et tout aussi colorés, le martin pêcheur, le geai des chênes ou le bouvreuil pivoine, autant d’oiseaux que vous apprendrez à reconnaître – ils sont 37, réunis dans cet album tout en hauteur. Timide et discret ou à l’inverse véritable maître du jardin, roucoulant sur les toits ou volant sur de longues distances… chaque oiseau a sa particularité ! Apprenez à les reconnaître à leurs pattes, bec ou plumage, et découvrez leur cadre de vie, leur alimentation, et même leur personnalité. Il paraît qu’ils sont faciles à observer, alors, sait-on jamais, peut-être nichent-ils tout près de chez vous ?

Dès 9 ans

Emmanuelle Kecir-Lepetit, Oiseaux à reconnaître, illustrations de Léa Lepetit, Gallimard Jeunesse, 2022, 96 p., 16 € — Imprimé en Italie

Paule du Bouchet, J’ai rencontré l’enfant sauvage

« 21 juin 1800
Ce matin, dès mon arrivée, la comtesse m’a reparlé de l’enfant sauvage. On voyait bien qu’elle n’avait pas cessé d’y penser Elle m’a dit : “Vois-tu, Julie, cet enfant, c’est peut-être une occasion unique de faire avancer la science. A‑t-on affaire à un humain qui ressemble à un animal ou à un animal qui ressemble à un humain ? Personne ne peut le dire, mai si vraiment c’est là un enfant d’homme, on ne peut évidemment pas l’abandonner aux bêtes sauvages !” »
A Paris, on ne parle en effet que de la capture de cet enfant sale et nu, qui pousse des grognements, mange des racines, grimpe aux arbres et ne cherche qu’à s’échapper des mains de ceux qui lui veulent du bien. Confié aux bons soins du docteur Itard, il est d’abord hébergé dans l’Institution des sourds-muets dirigée par l’abbé Sicard. « L’enfant sauvage », prénommé Victor, ne réussira jamais ni à parler ni à comprendre la plupart des codes sociaux – il supportera à peine ses vêtements et réagira de manière très souvent impulsive aux contraintes des adultes. Victor de l’Aveyron sera, bien malgré lui, au centre non seulement de la vie des salons parisiens, mais surtout de nombreuses controverses philosophiques depuis le siècle des Lumières jusqu’à aujourd’hui.
Présenté comme le journal (fictif) de la jeune Julie, fille de Madame Guérin, qui a réellement veillé sur Victor, ce roman historique pose des questions fondamentales sur la « nature humaine », sur les conceptions philosophiques de ce début du XIXe siècle, entre rousseauisme et scientisme. Il le fait avec une finesse qu’il convient de saluer : si elle sait se montrer enthousiaste, Julie, en grandissant, se trouve parfois désemparée, voire troublée, par les réactions de Victor – elle finira, romance oblige, par épouser le beau Raoul de Miossens, le fils de la comtesse dont elle est la lectrice.
En appendice, on trouvera les dernières thèses évoquées à la lumière de la psychiatrie et de la pédagogie contemporaines.

Dès 10 ans

Paule du Bouchet, J’ai rencontré l’enfant sauvage, Gallimard Jeunesse, 2022, 160 p., 10,90 € — Imprimé en Italie

Jacques Prévert, En sortant de l’école

« En sortant de l’école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré… »
En ce début septembre, qui n’aurait pas envie de monter dans ce wagon doré, ou de faire le tour du monde, « de la lune et des étoiles, à pied à cheval en voiture et en bateau à voiles » ? Gallimard Jeunesse nous offre la réédition d’un superbe album illustré par Jacqueline Duhême. Née en 1927, cette grande artiste a fait ses débuts dans l’atelier de Matisse, puis a su convaincre les grands poètes de son temps d’écrire pour les enfants, tout en étant dessinatrice de presse. Sa connivence avec Jacques Prévert (1900–1977) est devenue une vraie amitié, sur laquelle reviennent deux belles pages documentaires. Les musiciens trouveront aussi en fin d’album la partition de ce poème devenu chanson : « Paroles de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma », savaient si bien dire les Frères Jacques avant de nous entraîner « tout autour de la terre ».

Dès 4 ans

Jacques Prévert, En sortant de l’école, illustrations de Jacqueline Duhême, Gallimard Jeunesse, 2022, 32 p., 15,50 € — Imprimé en Italie — Une réédition bienvenue de l’album paru en 1981.

Catherine de Lasa, Peintre de Marie-Antoinette – Journal d’Elisabeth Vigée Le Brun – 1766–1770

Issue de la petite bourgeoisie parisienne, Elisabeth, après avoir été en nourrice, passe quelques années au couvent – c’est là qu’elle commence ce « journal », ou plutôt, c’est à cette époque, en 1766, que Catherine de Lasa lui prête sa plume pour débuter un journal apocryphe, qui nous mène jusqu’en 1770, date à laquelle Elisabeth a ses entrées à Versailles. Cette enfant prodige, encouragée par son père, lui-même peintre, et par ses amis, va en effet devenir la peintre officielle de Marie-Antoinette. Mais cela n’ira pas sans embûches, ni sans larmes. Quand son père meurt subitement, Elisabeth n’a que douze ans… Et c’est la peinture qui l’aide à reprendre pied, d’autant plus que les ressources de la famille sont des plus minces.
S’inspirant des Souvenirs de la célèbre portraitiste, Catherine de Lasa fait entrer la jeune lectrice de plain-pied dans le XVIIIe siècle. Si Elisabeth prend part avec piété aux processions, si elle défend la reine face aux idées prérévolutionnaires de son frère, elle sait aussi que le mari de la jeune duchesse de Chartres fréquente les prostituées et qu’elle-même doit de méfier des messieurs trop entreprenants… Un dossier historique rédigé par Sophie Humann permet d’« aller plus loin » en complétant la biographie d’Elisabeth Vigée Le Brun. Ayant survécu à la Révolution, elle s’éteint en 1842, après une longue vie d’artiste et de nombreux voyages dans l’Europe entière.

Dès 12 ans

Catherine de Lasa, Peintre de Marie-Antoinette – Journal d’Elisabeth Vigée Le Brun – 1766–1770, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2022, 144 p., 12,50 € — Imprimé en Italie.

Sophie Bordet-Pétillon, Château fort

« Le château fort a d’épaisses murailles qui protègent des attaques. Des gardes font le guet sur le chemin de ronde, en haut des remparts. D’autres se cachent derrière les murs… » À quoi servaient les créneaux des remparts ? Qu’appelait-on la basse-cour ? Comment vivaient les chevaliers ? Comment se déroule un tournoi ? Nous voici plongés dans la vie d’un superbe château fort ! De belles images aux couleurs vives, des textes simples (mais pas simplistes), des volets à soulever, des questions-réponses : ce livre animé stimulera l’imagination des enfants et leur donnera envie de visiter un « vrai » château fort ou de se costumer — en chevalier, bien sûr.

Dès 4 ans

Sophie Bordet-Pétillon, Château fort, illustrations de Sébastien Pelon, Gallimard Jeunesse, coll. « Mes premières découvertes », 2021, 16 p. cartonnées avec volets, 9,90 € — Imprimé en Chine

Jean-Philippe Arrou-Vignod, Les recettes du chef

Vous vous attendiez à un livre de cuisine ? Celui qu’attendent les mamans de familles nombreuses – comme celle de Jean‑A, Jean‑B, Jean‑C, Jean‑D et Jean‑E ? Car ces charmants garçons vous sont bien connus, le premier tome de leurs aventures ayant plus de vingt ans. Eh bien non, il ne s’agit ni de spaghettis bolognaise ni de caramels mous, mais de recettes d’écrivain. « Le chef », ici, c’est Jean-Philippe Arrou-Vignod et le marmiton, c’est toi, le jeune lecteur – qui aura pour ustensiles « un stylo, des feuilles de brouillon, des crayons de couleur et une pincée d’imagination ».
Après chaque épisode (inédit, bien sûr !), des conseils de pro et des pages « A toi de raconter ». Raconter, oui, mais quoi ? Une anecdote familiale rigolote, un « exploit » (enfin, une bêtise…), une visite chez le dentiste, la construction d’un bonhomme de neige géant… Bref, pas vraiment des sujets de rédactions scolaires. Toujours aussi savoureuse, l’écriture de Jean-Philippe Arrou-Vignod régalera les apprentis écrivains, et les autres aussi.

Dès 9 ans

Jean-Philippe Arrou-Vignod, Les recettes du chef, illustrations de François Avril, Gallimard Jeunesse, 2022, 160 p, 14,50 € — Imprimé en Italie. Également disponible en CD (18,50 €), en livre audio (9,99 €) ou en e‑book (10,99 €).

Jimmy Blin, Le Livre des étoiles, tome 4 : La Boussole des trois mondes

Parmi les 750 000 lecteurs de la saga du Livre des étoiles, un admirateur de la série a eu le courage, un beau jour de 2019, de déposer un curieux paquet dans les mains d’Erik L’Homme : rien d’autre que le 4e tome des aventures de Guillemot de Troïl et de ses amis. Et voilà que la magie a opéré – la magie des écrivains, qui font surgir des univers fantastiques de simples suites de mots.
Le scénario ? Guillemot de Troïl, qui a sacrifié ses pouvoirs magiques pour vaincre la créature maléfique, a disparu. Seul le Vieux Compas, une boussole légendaire, permettra de retrouver la trace du jeune Apprenti. Une poignée d’irréductibles, accompagnés de Maître Qadehar, se lancent à sa recherche pour retrouver et sauver leur ami.
Pour fêter ce 4e tome, Gallimard Jeunesse organise un concours de fanfictions. Une occasion rêvée de relire les 3 tomes signés par Erik L’Homme.

Dès 10 ans

Jimmy Blin, Le Livre des étoiles, tome 4 : La Boussole des trois mondes, Gallimard Jeunesse, 2022, 304 p., 13 € — Imprimé en France

Beatrix Potter, Pierre Lapin, ma première petite bibliothèque

Mots, chiffres, couleurs et formes : soit quatre tout petits livres en carton glissés dans leur étui. On y retrouve nos amis lapins, un hérisson, des rouges-gorges, quelques carottes, un arrosoir, une veste bleue et un béret vert… Les petits personnages so british de Beatrix Potter ne se démodent pas ! C’est tout frais et cela ravira les parents autant que les bébés à qui ces quatre mini-livres sont destinés.

Tout-petits

Beatrix Potter, Pierre Lapin, ma première petite bibliothèque, Gallimard Jeunesse, 2011, 8 €

Anne Pietri, Enlèvement à la ménagerie — Scoop à Versailles (tome 2)

« Cette petite chose blottie dans la paille, là-bas ? J’aperçois un pelage sombre, un museau à la truffe foncée et de minuscules oreilles arrondies… Qu’est-ce que ça peut être ?
— Un félin, répondit la jeune duchesse en se rapprochant elle aussi.
— Un chat, sans doute. Tu auras confondu.
— […] il s’agit d’une panthère noire. Regarde-la, elle dort roulée en boule. »
Elle dort en effet, bien abritée dans un enclos de la Ménagerie royale du château de Versailles.
Une nouvelle aventure commence pour Louise-Françoise, la fille du Roi-Soleil, et celui qui est devenu son ami, le jeune Gaspard, envoyé spécial du Mercure Curieux, la gazette de ses parents. Car la petite boule de poils, vite nommée Maïa, est en danger : sa mère a disparu ! Qui a bien pu la subtiliser ? A quelles fins ? Où la retrouver ?
Une lecture idéale pour préparer ou compléter l’exposition « Les animaux du Roi », qui se tient au château de Versailles jusqu’au 13 février et qui présente notamment les plus célèbres pensionnaires de la Ménagerie royale.

Dès 9 ans

Anne Pietri, Enlèvement à la ménagerie — Scoop à Versailles (tome 2), illustrations de Mégane Lepage, Gallimard Jeunesse, 2021, 128 p., 9,90 €. Imprimé en Italie.

Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914–1918

Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914–1918

« Mercredi 25 novembre 1914 – Maman m’apprend à tricoter. J’ai commencé un cache-nez pour André. Le froid arrive : il faut penser à équiper nos soldats. Les journaux disent qu’ils ont creusé des tranchées et s’enterrent pour se protéger de l’ennemi. » Il y a déjà plusieurs mois que la jeune Geneviève se confie à son journal intime, commencé un jour d’ennui de juillet 1914. Elle vient d’avoir quatorze ans et va vivre son adolescence au rythme de la Grande Guerre. Papa, chirurgien, se dépense sans compter ; de ses trois frères, André est officier, Henri brancardier, le plus jeune, Jules, encore collégien. Henri meurt d’une balle perdue en juin 1915 ; André, gazé, s’éteint au printemps 1919.
Avec sa mère, Geneviève s’efforce d’aider les soldats, puis obtient la permission de devenir infirmière. Dignité, compassion, engagement, discrétion, abnégation, vocation : il en fallait pour vivre « à l’arrière » quand chaque journée apportait son lot de deuils et de chagrins.
Enfin, un beau « lundi 11 novembre 1918 – Les cloches de Paris se sont envolées. Les habitants se sont embrassés. La guerre est terminée. Aujourd’hui, j’ai dix-huit ans. »
Un roman dans lequel chaque détail révèle ce qu’était la vie quotidienne d’une adolescente au début du XIXe siècle – de la chaise longue en rotin au porte-plume, et jusqu’à la « petite croix rouge » brodée sur la première blouse blanche.

Dès 12 ans

Sophie Humann, Infirmière pendant la Première Guerre mondiale, journal de Geneviève Darfeuil, Houlgate-Paris, 1914–1918, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2012, 160 p., 9,95 € — au format Kindle : 7,49 €

Erik L’Homme, Nouvelle Sparte

Nouvelle Sparte sort en format poche ! L’occasion de republier ma chronique sur ce roman fascinant ! « Alexia prononça les paroles rituelles qu’elle n’avait pas le droit de prononcer – il n’y avait aucun serment et aucun vol avant la troisième année académienne. “Belle squaline… Je te confie ma vie… Emporte-moi dans le ciel…“La porte devant elle s’ouvrit automatiquement quand le caisson fut plein. Alexia enclencha l’aqua-mode, actionna le levier de commande. La squaline se faufila-glissa dans l’obscurité froide des profondeurs du Baïkal. Le cœur d’Alexia vibrait d’une excitance totale. » Car la jeune fille a enfreint les lois de la Nouvelle-Sparte, cette cité recréée sur les rives du Baïkal après les Grands Bouleversements qui avaient, deux siècles plus tôt, « renversé les pays du Monde‑d’avant ». Aux commandes de son engin, Alexia n’a qu’un seul but : aller sauver son ami Valère, aux prises avec de dangereux personnages qui perturbent sa mission dans la sombre Occidie.
Avec leurs jeunes compagnons, Valère et Alexia sont parvenus, quelques semaines auparavant, au terme de leur formation et ont vécu les épreuves de la terrible kryptie. Ils ont entendu le discours de la grande-prêtresse d’Hestia : « La force de la Fédération ne réside ni dans ses satellites-tueurs ni dans ses féroces squalines, mais dans le caractère de ses citoyens ! Leurs vertus – courage, ruse, tempérance – sont le vent qui nous porte vers tous les rivages ! La clef de tous les trésors, le marteau qui forge les patries vivantes, le bouclier sans lequel aucune civilisation ne saurait durer ! » Il était donc temps de passer à l’action !
Erik L’Homme signe ici un roman ambitieux, où la science-fiction se nourrit de l’héritage homérique, que ce soit dans le rythme du récit, dans la création de néologismes (« ils se sourire-lumière ») ou dans les discours du philosophe Goas. Empruntant à la fois à l’Iliade – comment réagir aux attentats qui sèment le chaos dans la cité ? – et à l’Odyssée – Valère est prisonnier en Occidie des charmes d’une sulfureuse Circé -, ce trépidant roman d’aventures futuristes est aussi une belle leçon de vie pour ceux qui ont « l’âge-de-toutes-les-folies ». Rassurez-vous, inutile d’avoir planché son grec ancien au lycée pour entrer dans la Nouvelle-Sparte – mais les hellénistes y trouveront un charme supplémentaire. Les lecteurs de Sylvain Tesson ne seront pas déçus non plus, pour des raisons plus… baïkaliennes.

Adolescents, jeunes adultes

Erik L’Homme, Nouvelle Sparte, Gallimard Jeunesse, coll. « Pôle fiction », 2020, 320 p., 6,90 €

René Goscinny, Le petit Nicolas

René Goscinny, Le petit Nicolas

De la part de Sixtine R. — Depuis plus de soixante ans, le Petit Nicolas est bien connu de tous les écoliers pour ses multiples talents, allant de ses pires bêtises à des choses « drôlement chouettes ». Il mérite d’être à nouveau mis à l’honneur.
Avec ce jeune garçon turbulent, le lecteur apprend l’amitié, l’amour des parents même quand on ne les comprend pas, la joie d’aller à l’école malgré le surveillant, la force de la bande de copains et surtout, le bonheur de jouer. A tout cela se joint ce regard de l’enfant sur le monde des adultes, qui permet aux jeunes lecteurs de porter un autre regard sur le monde. La vie est plus facile quand on rit de bon cœur !
En plus de tout cela, les aventures du Petit Nicolas, ce sont aussi de belles illustrations, et une langue française délicieuse portée par ce ton humoristique qui signe la série. Un régal à partager entre générations : les grands-parents expliqueront en effet à leurs petits-enfants certains détails venus des années 1960 et aujourd’hui un peu bien oubliés. Et les parents se souviendront du temps béni où ils bénéficiaient d’une grande liberté – dont il ne fallait pas abuser non plus.

A partir de 12 ans

René Goscinny, Le Petit Nicolas, illustrations de Jean-Jacques Sempé, Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior – dernière édition disponible : 2007, 176 p., 7 € — Ce premier tome est suivi de nombreux autres, tout aussi drôles.