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Anne Pouget

Anne Pouget, La porteuse de mots

Anne Pouget, La porteuse de mots

« — Toi, tu es porteuse d’eau à bretelles, n’est-ce pas ?
— Oui, mais… […]
– Oui, mais quoi ?
Ils étaient arrivés à la hauteur de la rue de la Ferronnerie, qui conduisait aux Halles. Très précautionneusement, l’adolescente reposa ses seaux, puis glissa la main dans sa poche et en tira un papier gras qu’elle déplia ; de l’index à l’ongle crasseux elle pointa une lettre.
— J’aimerais apprendre à lire. »
Dans le Paris de 1499, aux mille petits métiers et aux mille misères, la jeune Pernelle a la chance de rencontrer Enzo, un bel et sympathique étudiant florentin. D’aventures en aventures, elle va non seulement apprendre à lire, mais partir pour Venise, où elle entre au service du grand imprimeur Aldo Manuzio — Alde Manuce en français. Un roman historique fourmillant de détails plus vrais et surprenants les uns que les autres sur la fin du Moyen Age et le début de la Renaissance.
Si vous passez par Venise, une brève halte s’impose devant la maison de cet humaniste aujourd’hui oublié, qui édita les grands textes de l’Antiquité et inventa le caractère italique.

Dès 12 ans

Anne Pouget, La porteuse de mots, Casterman, 2014, 260 p., 12 € — Réédité en 2016, Casterman Poche, 220 p., 6,25 €

Anne Pouget, Les derniers jeux de Pompéi

Anne Pouget, Les derniers jeux de Pompéi

« Comme chaque matin, les deux frères attendirent que Papiria frappât le pied de l’échelle à l’aide de son bâton pour marquer le début de la journée de travail. Lorsqu’elle le fit, tous les commis s’extirpèrent des différentes soupentes, le cheveu en bataille, la tunique froissée, les paupières fripées. Après s’être débarbouillés, ils s’installèrent un à un sur des bancs et dévorèrent des fouaces arrosées d’huile d’olive et recouvertes de fromage de chèvre, se passant la cruche de lait. » Un petit déjeuner traditionnel dans cette Pompéi de la 9e année du règne de Vespasien – pour nous, en l’an 78 après Jésus-Christ. Les deux frères, ce sont Julius, le héros du roman, « ramasseur d’amphores de pipi » de son état, et son frère aîné Beryllus, un simple d’esprit touchant d’affection, aux innombrables bêtises. Les deux adolescents vont mener le lecteur à la découverte de la vie quotidienne des Pompéiens, dont le train-train est bousculé par une campagne électorale et par les jeux du cirque. Une ville où les solidarités de voisinage ne sont pas un vain mot.
L’auteur a suivi rue par rue le plan de la ville, recopié les graffiti inscrits sur les murs, retrouvé les recettes de cuisine et les parfums, reconstitué l’itinéraire des lions et des éléphants livrés pour les jeux… Elle a aussi exploré les manuels de médecine romaine et fait appel à quelques grands auteurs, tels Pline ou Sénèque – ce qui permet d’ouvrir une réflexion sur l’esclavage et la liberté, la mansuétude et le destin. Elle évoque aussi le culte d’Isis, qui s’ajoute à celui des vieux dieux romains, et les tout premiers chrétiens.
Chaque détail est vrai – et si les personnages sont inventés, ils sont si vivants et crédibles que l’on s’attend à les croiser dans les ruines de cette ville détruite il y a près de deux mille ans par la colère du Vésuve.

A partir de 12 ans

Anne Pouget, Les derniers jeux de Pompéi – édition brochée, Casterman, 2011, 319 p., 13 € – édition de poche, Casterman, 2013, 378 p., 7,50 € – disponible sur Kindle, 4,49 €