Thème

De 8 à 9 ans

Catherine de Lasa, La très belle histoire de Notre-Dame de Paris

15 avril 2019. Le monde entier est suspendu, horrifié, devant des images de feu, de flammes, de gyrophares. Le ciel de Paris se teinte de rouge. Notre-Dame est en feu, la toiture n’est plus qu’un immense brasier. Soudain, la flèche s’écroule… Qui oubliera jamais ces images terrifiantes ?
Comme le rappelle Catherine de Lasa, l’île de la Cité a connu bien des événements depuis que sainte Geneviève a tenu bon face aux Huns. En 1163, est lancé un chantier de construction d’une rare audace. « Le premier architecte et évêque de Paris, Maurice de Sully, voit grand : la nouvelle cathédrale doit dépasser toutes les églises connues. » Grands moments de l’histoire, légendes, miracles, processions, fêtes carillonnées, c’est tout cela que raconte Catherine de Lasa, dans un superbe album aux riches illustrations. Sans doute l’émotion était-elle encore vive quand elle a revu le texte de cette seconde édition : c’est en avril et non en juin qu’a eu lieu l’incendie — vous corrigerez de vous-même (p 28). Espérons que nos jeunes lecteurs auront la chance de pouvoir à nouveau se recueillir, dans quelques années, ou quelques décennies, dans ce sublime vaisseau de pierre. Point de hâte, mais du bel ouvrage, c’est notre souhait le plus vif.

Dès 8 ans

Catherine de Lasa, La très belle histoire de Notre-Dame de Paris, illustrations de Claire Lhermey, Vincent Depardon (couverture), Emmanuel Beaudesson, Jean-Marie Michaud, Pierre Téqui éditeur, Coll. « Les Petits Pâtres », 2019, 34 p., 13 € — Deuxième édition. Imprimé en France

Antoine Dole, Les jours heureux

Ce matin, d’un seul coup, les cerisiers du Japon de ma rue ont explosé en milliers de fleurs roses. Je n’aurai pas la chance cette année, d’aller m’étendre sur les pelouses japonisantes du parc de Sceaux au cœur d’un océan de pétales roses et blancs. Mais si nous partions sur les traces de Yuko et de Sora ? En ce matin d’avril, le frère et la sœur célèbrent Hanami, célébration japonaise de la floraison des cerisiers. Comme tous les ans, ils suivent le même rituel, pique-niquent et admirent les fleurs tout en gardant le souvenir d’une disparition – car ils sont seuls, ces deux enfants, orphelins de bien bonne heure. « Ici est une fête / La musique des souvenirs / Fait danser les cœurs. » Irez-vous, comme Yuko et de Sora, accrocher dans les arbres de petits messages porteurs de vos rêves ?  Peinte sur bois par la talentueuse Seng Soun Ratanavanh, « chaque illustration recèle un élément manquant, laissant apparaître le bois brut, telle la blessure empreinte d’une nostalgie heureuse, laissée par la perte d’un proche et avec laquelle il faut vivre, coûte que coûte et revivre des jours heureux », explique le site de l’éditeur. Laissons la parole à Antoine Dole : Hanami, « c’est un moment où l’on célèbre la vie et sa capacité à nous surprendre, nous relever, nous ramener dans le mouvement. C’est un temps où les souvenirs nous réchauffent et nous poussent vers une réconciliation intérieure et où, de ces drames de la vie qui nous ont mis à terre, il ne reste plus que l’amour et l’empreinte des jours heureux qui les ont précédés ». La magie d’avril est là, fêtons nous aussi Hanami !

Dès 8 ans

Antoine Dole, Les jours heureux, illustrations de Seng Soun Ratanavanh, Nobi-Nobi, 2019, 48 p., 13,50 €

Alfons Lottary, Plus de puces !, Conte pédagogique

Une centaine de gros ours bruns hibernent tranquillement dans leur caverne. Mais voilà qu’un chien errant a déposé quelques puces dans un coin… « C’est alors que les ennuis commencent. Parce qu’une morsure de puce, ça ne fait pas mal. A peine si on la sent. Dix morsures, ça n’est guère plus terrible, au plus un petit gratouillis. Mais cent, ce n’est plus tout à fait rien, ça gratte franchement et on commence à chercher comment se débarrasser de ces bestioles. A mille, à dix mille, ça devient sérieux et on se roule par terre en appelant à l’aide. A cent mille, un million, c’est le début de l’anémie — le manque de sang — et la fatigue s’installe. Et à plus… A plus, c’est vraiment grave. »
La parabole est simple : nous sommes de sympathiques familles d’ours, et les puces sont ce satané virus qui nous a attaqués en cette fin d’hiver. Alfons Lottary a une double casquette : médecin de ville et conteur. C’est pourquoi, après le conte, viennent quelques pages scientifiques très pédagogiques (et pas anxiogènes). Il m’a fait parvenir son texte, qu’il a mis très simplement en page pour le diffuser au plus vite sous la forme d’un livre électronique en autoédition. En ces temps où les libraires sont fermés, pourquoi ne pas lire ce conte en famille au fond de sa caverne ?

Dès 5 ans pour le conte, dès 7 ans pour les explications scientifiques

Alfons Lottary, Plus de puces ! Conte pédagogique, e‑book Kindle, 2020, 16 p., 2,99 € — voir sur son site : http://alfonslottary.fr/

Christophe Lambert, Yakari, Les pierres qui parlent (t 10)

Graine-de-Bison, le camarade de Yakari, fait de mauvais rêves : son grand-père lui demande de retrouver un mystérieux objet. Or, « pour les Sioux, les rêves sont à prendre très au sérieux. Yakari a écouté sans rien dire, mais, lorsque le récit est terminé, il se lance :
— Je crois que la corne du bison se trouve dans les parages de la grande barrière, au pied de laquelle les troupeaux se regroupent chaque année avant la migration.
— La grande barrière ? De quoi s’agit-il ?
— Ce sont les parois très raides qui surplombent une petite vallée.
— Eh bien, allons‑y ! propose Graine-de-Bison. »
L’aventure peut commencer ! Les jeunes lecteurs se régaleront de ce nouvel épisode – le 10e ! – des exploits du petit Indien et de ses amis. Le texte romancé, facile à déchiffrer, est illustré par des images de la série télévisée dont est issu le scénario, lui-même inspiré par la bande dessinée originale.

Dès 6 ans

Christophe Lambert, Yakari, Les pierres qui parlent (t 10), Bayard Jeunesse, coll. « Yakari », 2020, 64 p., 5,90 € — Imprimé en France

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – tome 8 : La visite royale

Célestine a quitté la blanchisserie de sa maman, à Lille, pour intégrer l’école de danse de l’Opéra de Paris. Non seulement elle progresse chaque jour, mais elle vit de nombreuses aventures avec ses amies Adèle, Iris et Lison. Dans ce 8e tome, leur professeur, Mademoiselle Mauri (qui a réellement existé !), annonce aux petits rats la visite de la reine d’Angleterre, Victoria, précédée de sa légende. Mais voilà que les deux élèves pressenties pour présenter un duo sont notre délicieuse Célestine et « sa pire ennemie », Solange, une fillette un tant soit peu prétentieuse. Les deux rivales sont donc condamnées à s’entendre pour réussir leur chorégraphie. Mais que va-t-il se passer quand Célestine devra s’habiller pour aller souper à l’ambassade ? Gwenaële Barussaud a le talent de nous en apprendre beaucoup sur la vie parisienne au XIXe siècle et de mener tambour battant les petites aventures de Célestine et de ses compagnes.

Dès 8 ans

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – tome 8 : La visite royale, illustrations de Myrtille Tournefeuille, Albin Michel Jeunesse, coll. « Premiers romans », 2020, 144 p., 7,20 € — Imprimé en France

Matthieu Sylvander, Encore un orage

« Si Kévin s’est enfui, ce n’est pas de ma faute. Personne ne m’en voudra. Mais si on ne le retrouve pas, là c’est moi qui m’en voudrai. Toute ma vie. Parce que je SAIS où il est. Enfin, je crois. » Aurélien, 6 ans, le frère d’Estelle, la narratrice, 10 ans, a déjà retrouvé la casquette de Kévin, une vieille éponge trempée par l’orage. Les autres indices qui pourraient montrer que Kévin est tombé ? « Une chaussure. Son ours. Sa pipe. Son dentier. » Parce que Kévin est un vieux monsieur, arrivé en vacances avec « un groupe d’adultes déficients ». Un monsieur bizarre, mais si attachant. Très vite, la fillette le prend sous son aile et décide de lui faire découvrir ses montagnes. Un beau jour, elle lui fait découvrir des « trolles », ces superbes fleurs jaunes des alpages – et non des « trolls », comme elle le fait croire à Aurélien. Mais voici l’orage, Kévin a disparu… Et l’orage, Estelle le déteste : il lui a pris son papa, guide de haute montagne. Matthieu Sylvander décrit avec beaucoup de justesse la vie des enfants « du pays », ceux qui se débrouillent pour occuper leur été pendant que les parents travaillent – avec les portraits croustillants de certains ados, vus par les plus jeunes. Il aborde surtout avec un immense tact les relations riches d’une empathie constructive que les enfants peuvent lier avec des adultes « pas comme les autres ». Pas de souci : Kévin sera retrouvé en bonne santé.

Dès 8 ans

Matthieu Sylvander, Encore un orage, illustrations de Pénélope Jossen, L’Ecole des Loisirs, coll. « Neuf », 2020, 120 p.

Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin

25 décembre 1831. Syms Covington, 15 ans, vient d’embarquer comme mousse sur le Beagle, au service d’un certain monsieur Darwin. Lequel souffre terriblement du mal de mer… Brésil, Argentine, Tahiti, jusqu’aux Galápagos : le bateau part pour un tour du monde qui changera à jamais notre vision du monde vivant. Giacomo Scarpelli, membre de la Royal Geographical Society de Londres et scénariste, a trouvé le bon angle pour captiver les jeunes lecteurs : le récit est mené par Syms, aussi dévoué à Darwin que curieux et débrouillard. Les illustrations de Maurizio A. C. Quarello sentent bon les embruns et le grand large. Embarquement immédiat !

Dès 8 ans

Giacomo Scarpelli, Le voyage de Darwin, illustrations de Maurizio A. C. Quarello, Sarbacane, 2019, 64 p., 15,90 € — Traduit de l’italien. Imprimé en France

Anne-Florence Lemasson, Le Château fort, livre pop-up

« En France, les vestiges de châteaux forts sont innombrables. Leurs ruines désolées éveillent notre imagination, nous racontent des histoires de preux chevaliers, de nobles dames et de batailles épiques. » De la motte féodale aux châteaux de pierre, leur architecture a évolué au fil des siècles. Sais-tu ce que sont des douves, une herse, un pont dormant, des courtines ou encore des hourds ou des archères ? La double page centrale dévoile un superbe château fort en pop-up, et une page permet de découper de petits personnages à l’échelle. Idéal pour compléter ou préparer la visite du château de Guédelon !

Dès 8 ans

Anne-Florence Lemasson, Le Château fort, livre pop-up, illustrations de Dominique Ehrhard, Ouest-France, 2019, 12 p., 19 €
 

Philippe Urraca, Pâtisserie, Leçons en pas à pas pour les enfants

Pour le goûter, des chouquettes ou des langues de chat ? Pour le dessert, une crème caramel, une mousse au chocolat ou des pommes au four ? Pour un repas de fête, une charlotte aux fraises ou un tiramisu ? Pour gâter Mamie, des orangettes ou des truffes ? Toutes ces recettes, et d’autres encore, sont expliquées avec force détails et précisions par le grand pâtissier Philippe Urraca. Les dessins malicieux de Mélody Denturck les rendront vite compréhensibles aux plus jeunes. Et puis, des dessins, c’est mieux que des photos truquées qui sapent le moral des apprentis – car la charlotte a le droit d’être un peu de traviole et les petits-beurre pas tout à fait au carré – l’important, c’est le plaisir de les faire et de les déguster en famille. La cuisine, bof ? Jamais plus avec Philippe Urraca, MOF, meilleur ouvrier de France !

Dès 6 ans

Philippe Urraca, Pâtisserie, Leçons en pas à pas pour les enfants, illustrations de Mélody Denturck Editions du Chêne, 2017, 144 p., 19,90 €

Carole Saturno, Grecomania

« Presque tout ce que les hommes ont dit de mieux a été dit en grec. » Voilà un bien bel exergue, signé Marguerite Yourcenar, pour cet immense album. Grand par les dimensions (28,5 x 40,7 cm) mais surtout par tout ce qu’il explique aux enfants. Il invite à découvrir la Grèce antique, « notre mère à tous » : Athènes au Ve siècle avant J.-C. ; la vie à Athènes ;  l’agora et la démocratie, le Parthénon, les dieux de l’Olympe, la guerre et la conquête, l’épopée d’Homère… Sans faire de réelles fouilles archéologiques, les lecteurs satisferont leur curiosité en allant voir sous les découpes et autres rabats.
Les gentes amazones apprendront qu’un chiton est « un vêtement maintenu aux épaules par des broches et bouffant à la taille grâce à une ceinture ». Quant aux jeunes hoplites, il leur est rappelé qu’un « soldat grec ne laisse jamais son compagnon d’armes tué sur le champ d’honneur sans lui donner une sépulture ».

Dès 7 ans

Carole Saturno, Grecomania, illustrations d’Emma Giuliani, Éditions des Grandes Personnes, 2019, 20 p. animées, 29,50 €

Roald Dahl, Petit Manuel des gros mots de Roald Dahl

Vermicieux, éboucraillure, tarabistourne… Non, ce ne sont pas des injures du capitaine Haddock, mais celles qui, ici ou là, émaillent les récits de Roald Dahl – ou dont il explique la fabrication. Un gros mot, qu’est-ce au juste ? C’est « un mot que les adultes n’aiment pas vous entendre prononcer, même s’ils sont les premiers à s’en servir », avec un lexique curieusement assez limité, « alors qu’il y en a des zillions ». Or les meilleurs jurons sont ceux que l’on invente soi-même. Mais encore faut-il en avoir la recette et les utiliser à bon escient. Car, rappelle Susan Rennie, « l’étrange pouvoir que possèdent les gros mots ne se manifeste que quand on sait s’en servir juste au bon moment ». Mots-valises, allitérations, jurons à l’ancienne, comparaisons EXPLOSIVES : à vous d’apprendre à côté du maître.

Dès 8 ans

Roald Dahl, Petit Manuel des gros mots de Roald Dahl, illustrations de Quentin Blake, compilation de Susan Rennie, Gallimard Jeunesse, 2020, 96 p., 10 € — Traduit et adapté de l’anglais par J.-F. Ménard.

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace

« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines. Tous les dimanches après-midi il allait se promener avec son père dans des chemins bordés de haies. » Mais pour qui marche entre les haies, la question demeure : qu’y a‑t-il donc au-delà ? Et notre garçon de rêver… Grimper aux arbres, aussi haut que les écureuils et les oiseaux… Et puis un jour — ou plutôt une nuit – le voilà au pied d’un escalier merveilleux qui s’enroule autour d’un arbre immense. « Le plus grand étonnement du petit garçon fut de se rendre compte que l’œil pouvait voir si loin. Il comprenait maintenant ce qu’on voulait dire quand on disait “à perte de vue”. C’était très loin. C’était même si loin que peut-être ça n’existait pas. Car sa vue ne se perdait pas, elle s’en allait simplement jusqu’à l’endroit où le tapis de l’espace rejoignait le tapis du ciel. »
Les illustrations de François Place font merveille pour donner plus de vie encore à ce très beau texte, retrouvé dans les archives de Jean Giono et facile d’accès pour les jeunes lecteurs. Une initiation bienvenue à la « grande littérature ».

Dès 8 ans

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Cadet Les Classiques », 2018 (réédition), 48 p., 6,50 € — Imprimé en Espagne