Thème

De 8 à 9 ans

Isabel Thomas, Renarde

Chaudement habillés, nous entrons sous le couvert des bois…  Sur le sol gelé se devinent les traces d’un renard. D’une renarde, plutôt, en chasse pour nourrir ses renardeaux. Les voici, le printemps venu, qui sortent du terrier et jouent à croquer des papillons. Une nuit, ils suivent enfin leur mère à la chasse. Et là, c’est le drame. « La renarde est aveuglée par les phares. La voiture freine… Trop tard. La renarde est projetée… dans un méli-mélo d’herbes écrasées. La renarde se roule en boule, le rythme de son cœur ralentit, son dernier souffle est suspendu dans l’air. » Et nos trois orphelins de regagner leur tanière. Pourtant, le récit ne fait que commencer. Au fil des jours, très naturellement, « la renarde commence à s’estomper » — et même si le mot est poétique, la réalité décrite est strictement biologique. Parce que, « si la mort est la fin d’une vie », « la fin d’une histoire », elle est aussi « un renouveau, le début d’une vie pleine d’espoir », car la dépouille de la renarde va nourrir d’autres animaux, explique l’auteur. L’album se termine par une double page documentaire qui aborde la disparition comme un phénomène naturel avec des mots simples et sensibles. Je ne suis pas assez férue de philo pour faire un rapprochement avec les écoles bouddhistes ou avec les atomistes grecs, mais il y a de cela dans cet album, servi par de superbes illustrations. A conseiller après la disparition d’un animal de compagnie, pas forcément pour aider au deuil d’un proche.

Dès 7 ans

Isabel Thomas, Renarde, illustrations de Daniel Egnéus, Editions Quatre Fleuves, 2021, 48 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine.

Lydéric Landry, Le poney d’Ollie

Ollie est invitée à passer les vacances en Pologne, chez les grands-parents de Vikkie, sa meilleure amie. Elle y fait la connaissance de Podouschka, un charmant poney qu’elle apprend à monter. Mais la fin des vacances approche… Ollie est au désespoir de quitter Podouschka. Tentant le tout pour le tout, les fillettes décident d’utiliser la magie de Baggy pour ramener le poney chez elles… Baggy, c’est le cartable magique qu’Ollie avait reçu de sa marraine dans le récit précédent. Magique, oui, mais aussi un peu étourdi ! C’est ainsi que Podouschka se retrouve non seulement rapetissé à la dimension d’un Playmobil mais affublé d’une paire d’ailes qui n’ont rien à envier à Pégase lui-même… Reverra-t-il son box en Pologne ? Un délicieux petit roman pour lecteurs débutants.

Dès 7 ans

Lydéric Landry, Le poney d’Ollie, Liber Invictus, 2021, 48 p., 4

Nathaniel Hawthorne, Les pommes d’or

Nathaniel Hawthorne, Les pommes d’or

Ce récit, extrait du Livre des Merveilles de Nathaniel Hawthorne, est le thème central du 61e numéro du magazine TétrasLire. Il est illustré par Hengjing Zang. Hercule s’est arrêté quelques instants en la charmante compagnie des nymphes, et leur a raconté ses exploits. Mais il doit à présent repartir, une nouvelle épreuve l’attend : cueillir les pommes d’or du jardin des Hespérides. Et la tâche ne s’annonce pas de tout repos…
En plus dans ce numéro : des jeux, un dossier pour tout savoir sur les héros antiques et modernes, une rencontre avec la cascadeuse Estelle Piget, des recettes gourmandes pour une pause bien méritée, des conseils de pro pour créer des photos avec des effets spéciaux, ainsi que la légende germanique de Siegfried, illustrée par Sylvie Bleeckx.

Dès 8 ans

Invincible, Magazine TétrasLire n° 61, mars 2021, 96 p., 9,50 € — Imprimé en France. Pour s’abonner et en savoir plus.

C. Lavaquerie-Klein et L. Paix-Rusterholtz, La fabuleuse histoire de Thor à la poursuite du serpent des mers

« Notre royaume d’Asgardr court un grave danger, mes amis ! annonce Odin, un personnage de haute taille à la barbe blanche. » Odin, le dieu des dieux chez les Ases, est inquiet. Et si la prophétie qui annonce la fin du règne des Ases allait s’accomplir ? Pour Thor, le plus urgent est d’éliminer Jürmungandr, le redoutable serpent des mers. Pour cela, il va tenter de se faire aider par Hymir, le géant des Glaces. Ce roman destiné aux jeunes lecteurs reprend les éléments des légendes nordiques et notamment l’Edda de Snorri pour raconter avec humour une partie de pêche pleine de rebondissements. Imaginez que l’appât est une tête de bœuf ! Le monstre mordra-t-il à l’hameçon ? Les illustrations, très colorées, s’inspirent de motifs vikings. Pour en savoir plus, cinq pages documentaires soignées évoquent Thor, le dieu du Tonnerre, les dieux et déesses de la mythologie nordique, l’organisation du monde, le Ragnarök et la manière dont les histoires de la mythologie et les aventures des héros nordiques sont parvenues jusqu’à nous.

Dès 8 ans

Christiane Lavaquerie-Klein et Laurence Paix-Rusterholtz, La fabuleuse histoire de Thor à la poursuite du serpent des mers, illustrations d’Olivia Sautreuil, Bayard Jeunesse, 2021, 48 p., 6,50 € — Imprimé en France

Tomm Moore et Ross Stewart, Le Peuple loup

En Irlande, « au temps des légendes », des superstitions et de la magie, les Wolfwalkers sont-ils hommes ou loups ? Peuple étrange, proche de nos loups-garous, qui peut communiquer avec les vrais loups et prendre leur apparence quand il se sent menacé. Un peuple qui avait le pouvoir de guérir et qui refusa d’être converti par saint Patrick, Naomh Padraig, car il y avait « une plus ancienne sagesse dans les bois ». Un peuple qui tentait de « maintenir la paix entre les hommes et le monde sauvage ». Au début de l’histoire, restent de ce peuple une mère et sa fille, lorsque les Anglais décident de dompter l’Irlande. Et donc d’anéantir loups et forêts. Parmi ces Anglais, un chasseur et sa fille, Robyn, 11 ans. Les deux filles, fille sauvage et fille de la ville, après une querelle, se lient d’amitié. Parviendront-elles à renverser le cours des événements ? Cette bande dessinée reprend le film d’animation Le Peuple loup produit par le studio Cartoon Saloon, qui se dit « le Ghibli irlandais ». Les auteurs se disent influencés plus par les films d’animation hongrois ou tchèques que par les anime japonais, mais aussi par l’art celtique et les peintres de la Sécession viennoise. Un film à voir quand les cinémas ouvriront leurs portes !

Dès 8 ans

Tomm Moore et Ross Stewart, Le Peuple loup, adaptation de Sam Sattin, Nobi Nobi !, 2021, 272 p., 25 € — Traduit et adapté de l’anglais. Imprimé en Espagne

Rebecca Gilpin, Activités pour les petits, Les Pirates

Comment retrouver le trésor caché par les pirates ? Quel navire est-il poursuivi par les pirates de La Flèche ? Combien y‑a-t-il de singes et de perroquets dans les palmiers de cette île ? Qui, de Bart, de Simon, de Polly ou de Mo a monté la garde plus longtemps ? Sur le thème des pirates, cet album regorge de coloriages, de dessins à compléter, de labyrinthes, de « cherche et trouve » et autres jeux de réflexion. Mais attention, ces jeux ne sont pas si simples ! Ils valent bien, sous un aspect plus ludique, les activités des cahiers de « devoirs de vacances » : idéal pour les prochaines vacances, petits moussaillons !

Dès 6 ans

Rebecca Gilpin, Activités pour les petits, Les Pirates, illustrations de Laurent Kling, Fred Blunt, Erica Sirotich et beaucoup d’autres pirates, Usborne, 2021, 64 p., 7,95 € — Traduit de l’anglais. Imprimé aux Emirats Arabes Unis.

Carl Norac, Monsieur Satie, l’homme qui avait un petit piano dans la tête

Désolé de ne pas recevoir de courrier, monsieur Satie « décide de s’écrire une lettre à lui-même. Bien cher moi, commence-t-il, heureux de sa formule. Et après ? » Après, le facteur la lui apportera, cette lettre, et d’autres suivront. C’est qu’il est bien seul, Erik Satie, et bien pauvre aussi : il « n’a même pas assez d’argent pour s’acheter un oiseau. Alors, dans une petite cage, il a mis le dessin d’un oiseau ». Dans ce superbe livre-CD, on sent que Carl Norac est vraiment chez lui : ses mots, doux amers, dansent avec une ironie retenue, sa fantaisie rejoint celle de Satie – et résonnent les Gymnopédies, les Gnossiennes et la Valse du chocolat aux amandes. Les papiers collés et les illustrations typographiques d’Elodie Nouhen, prennent, elles aussi, le parti-pris de la simplicité – enfin, une simplicité aussi travaillée que celle de Frédéric Vaysse-Knitter qui interprète au piano les plus célèbres mélodies du compositeur.

Dès 8 ans

Carl Norac, Monsieur Satie, l’homme qui avait un petit piano dans la tête, Didier Jeunesse, 2006. Un livre CD avec des illustrations d’Elodie Nouhen, la voix de François Morel et Frédéric Vaysse-Knitter au piano. 48 p. et un CD. 23,80 €

Florence Givelet de Lespinay, Louis et Aimée à l’école de la vie

Ce matin, en plus de son cartable, Louis « agrippe un immense sac qu’il glisse péniblement sur son dos, sous les yeux ébahis de son amie », Aimée. Que contient-il ? Mystère ! Que savons-nous de cet adorable garçonnet ? Qu’il « aime construire des circuits automobiles, […] observer des oiseaux aux jumelles » et surtout « rêver dans le silence de son cœur ». Ça, c’est sa maman, l’auteur de l’album, qui nous le dit avec son cœur de maman. Les dessins, eux, sous le trait tendre et délicat de by.bm, nous montrent que Louis porte une chaussure orthopédique, un appareil respiratoire, qu’il apprend à ses camarades le langage des signes… et qu’aujourd’hui, il accompagne ses camarades à la piscine. Au bord du bassin, il déploie enfin le contenu de son sac : il en sort un superbe bateau gonflable. « Tous à l’eau ! hurlent de joie les enfants. » Une rencontre extraordinaire avec un jeune garçon plein de vie, « qui aime ne pas être trop différent ». Un album idéal dans sa simplicité pour aider les enfants à dépasser leurs craintes face à un enfant porteur d’un handicap, quel qu’il soit.

Dès 4 ans, puis à lire tout seul

Florence Givelet de Lespinay, Louis et Aimée à l’école de la vie, illustrations de by.bm, Mame, 2021, 32 p., 12,50 € — Imprimé en Pologne
Du même auteur, dans la même collection : Louis et Aimée, une rencontre extraordinaire, illustrations de by.bm, Mame, 2019, 32 p., 12,50 € -

Richard Marnier, Le trousseau de clés

« — Papy ! Papy ! s’écrient Emma et Lino en dévalant les escaliers, regarde ce qu’on a trouvé dans le grenier !
— Sapristi ! s’emballe papy, mon vieux trousseau de clés ! Je l’avais complètement oublié, celui-là… »
Quelles sont différentes, toutes ces clés, des complexes et des plus simples, des dorées et des rouillées ! Quelles portes ont-elles pu ouvrir ? L’imagination des enfants se déchaîne, tempérée par les souvenirs évoqués par le grand-père. Est-ce la clé du placard d’une souris, ou la clé de l’antivol du vieux vélo ? celle de la tanière de la sorcière, ou du pigeonnier ? Le jeu des devinettes glisse, l’air de rien, vers des réflexions poétiques (une clé pour ouvrir et fermer les fleurs) puis philosophiques. Comme le dit l’auteur, « chaque clé enclenche le dialogue, débloque l’imaginaire, déverrouille le passé, et ouvre sur l’avenir… » Un bel avenir attend donc vos vieilles clés, ne les jetez pas trop vite, au risque de devoir appeler le serrurier des âmes en peine.

Dès 6 ans

Richard Marnier, Le trousseau de clés, illustrations d’Aude Maurel, Editions Frimousse, 2021, 40 p., 18 €

Diane Malvezin, La famille Mackenzie voyage… en Islande

Donner du pain à des canards sur un lac gelé, aller à la recherche des elfes et des trolls, descendre dans le cratère d’un volcan, se faire doucher par un geyser, en voilà des aventures ! Ombeline, Mark et le petit Steve ont bien de la chance : avec leur papa pilote de ligne et leur charmante maman, ils passent une semaine de vacances en Islande. Diane Malvezin, d’origine québécoise, signe ici le premier tome des aventures de la famille Mackenzie, à qui Apolline Dussart prête des visages bien sympathiques. Comme le veut la tradition catholique affirmée des Editions des Petits Chouans, personne n’oublie de dire le bénédicité ou de faire sa prière du soir. Le premier tome d’une série prometteuse qui fera visiter le monde aux jeunes lecteurs.

Dès 8 ans

Diane Malvezin, La famille Mackenzie voyage… en Islande, illustrations d’Apolline Dussart, Editions des Petits Chouans, 2020, 64 p., 11,90 € — Imprimé en France
Du même auteur, dans la même collection : La famille Mackenzie voyage… en Autriche, illustrations d’Apolline Dussart, Editions des Petits Chouans, 2020, 64 p., 11,90 € — Imprimé en France

Carl Norac, La Harpe de la Reine ou le journal intime de Marie-Antoinette

« Je vais vous raconter des secrets que mes amies, princesse de Lamballe ou duchesse de Polignac, ne devinent même pas. Mais pas d’impatience, jouons, je veux écouter votre musique. Notre musique.
Il suffit qu’une harpe soit dans la pièce pour qu’un sourire me vienne et que je devienne, plus que Reine ou femme, une rêveuse de jour. »
Avec ce « journal intime de Marie-Antoinette », Carl Norac nous offre une merveilleuse plongée dans la vie musicale de Versailles au XVIIIe siècle. Marie-Antoinette se confie à sa chère harpe : savez-vous qu’elle en jouait plus d’une heure par jour avec son professeur ? Carl Norac raconte avec beaucoup de pudeur la vie de cette jeune reine si mal aimée, qui reprend vie avec la voix de la comédienne Marina Hands. Après l’évocation des heures heureuses, l’album se termine par un cauchemar où le « carrosse devient un chariot » — non, en fait, il se termine par le rondo du Concerto pour harpe et orchestre n°5 de Jean-Baptiste Krumpholtz, magnifiquement interprété par le harpiste Xavier de Maistre et les Arts Florissants de William Christie – excusez du peu ! L’album grand format est illustré par Eric Puybaret, qui n’a pas son pareil pour peindre les rêves, fussent-ils ceux d’une reine de France. Plaisir des yeux, plaisirs des oreilles – à déguster avec quelques jolis macarons !

Dès 8 ans

Carl Norac, La Harpe de la Reine ou le journal intime de Marie-Antoinette, illustrations d’Eric Puybaret. Un livre CD raconté par Marina Hands, avec Xavier de Maistre à la harpe et Les Arts Florissants de William Christie, Editions Little Village et Harmonia Mundi, 2019, 60 p., 22 € — Imprimé en Europe.

Sophie Blitman, Des robots et des hommes

Du canard animé conçu au XVIIIe siècle par Jacques Vaucanson aux robots capables de peindre une voiture, d’assister un chirurgien ou de jouer au football, ces curieuses machines animées ont évolué jusqu’à prendre une place considérable dans notre vie quotidienne. « La robotique et l’intelligence artificielle », tel est le sous-titre de cet album documentaire qui explore l’univers des robots. Il pose aussi en termes simples mais indispensables la question de nos interactions avec les robots : ils ne ressentent pas d’émotions réelles ; peut-on parler de leurs « responsabilités » ? Peut-on leur faire faire la guerre ? Autant de questions morales, éthiques et juridiques qui se poseront avec de plus en plus d’acuité aux adultes de demain que sont les jeunes lecteurs d’aujourd’hui. En fin d’album, deux pages plus denses évoquent les dérives possibles de la robotisation, surtout si elle mène au transhumanisme. Un album très documenté, qui aidera les adultes à expliquer les enjeux à venir.

Dès 7 ans

Sophie Blitman, Des robots et des hommes, illustrations de Céline Manillier, Editions du Ricochet, coll. « Ohé la science ! », 2021, 40 p., 13,50 €