Thème

De 5 à 6 ans

Florence Givelet de Lespinay, Louis et Aimée à l’école de la vie

Ce matin, en plus de son cartable, Louis « agrippe un immense sac qu’il glisse péniblement sur son dos, sous les yeux ébahis de son amie », Aimée. Que contient-il ? Mystère ! Que savons-nous de cet adorable garçonnet ? Qu’il « aime construire des circuits automobiles, […] observer des oiseaux aux jumelles » et surtout « rêver dans le silence de son cœur ». Ça, c’est sa maman, l’auteur de l’album, qui nous le dit avec son cœur de maman. Les dessins, eux, sous le trait tendre et délicat de by.bm, nous montrent que Louis porte une chaussure orthopédique, un appareil respiratoire, qu’il apprend à ses camarades le langage des signes… et qu’aujourd’hui, il accompagne ses camarades à la piscine. Au bord du bassin, il déploie enfin le contenu de son sac : il en sort un superbe bateau gonflable. « Tous à l’eau ! hurlent de joie les enfants. » Une rencontre extraordinaire avec un jeune garçon plein de vie, « qui aime ne pas être trop différent ». Un album idéal dans sa simplicité pour aider les enfants à dépasser leurs craintes face à un enfant porteur d’un handicap, quel qu’il soit.

Dès 4 ans, puis à lire tout seul

Florence Givelet de Lespinay, Louis et Aimée à l’école de la vie, illustrations de by.bm, Mame, 2021, 32 p., 12,50 € — Imprimé en Pologne
Du même auteur, dans la même collection : Louis et Aimée, une rencontre extraordinaire, illustrations de by.bm, Mame, 2019, 32 p., 12,50 € -

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit

Petit Biscuit, Munchy de son prénom, est né dans la célèbre pâtisserie Munch. Il fait partie de l’assortiment royal et a même la chance de posséder deux jambes. Un beau matin, sa décision est prise : « Bon, les voisins, je ne sais pas ce que vous faites, mais moi, je m’en vais ! » Et le voilà filant à l’anglaise en compagnie d’un Saint-Nicolas, qui, la porte juste franchie, se fait écraser – scroutch, plus de Saint-Nicolas ! Elle commence bien mal, cette histoire… Petit Biscuit va vivre de terribles aventures, et même s’il est consolé par une charmante Madeleine, il n’en finira pas moins croqué… et par qui ? Par son créateur, qui le ramasse sur le trottoir — beurk ! Un Carl Norac au mieux de sa forme, croqué, lui aussi, par le crayon de Magali Le Huche. Une terrible histoire, aussi cruelle et décalée que certains contes d’Andersen, à raconter avant ou après le goûter, selon l’appétit de vos jeunes lecteurs. Qui, espérons-le, ne s’en étrangleront pas de rire ! Et vous, lequel auriez-vous croqué ? La Madeleine, un Nullo phosphorescent, le Old Clown, le Biscuit Militaire ou Mademoiselle Choco-Mousse ?

Dès 5 ans

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit, illustrations de Magali Le Huche, Sarbacane, 2020, 36 p., 15,90 €

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes

Des marionnettes de Paul Klee au mobile en forme de poisson de Calder, des chevaliers de Carl Otto Czeschka à l’Arche de Noé d’André Hellé, Dominique Ehrhard a réussi un par peu ordinaire : redonner vie à ces jouets en créant des pop-ups à leur ressemblance. Car il fut un temps où les parents créaient des jouets pour leurs enfants, avec parfois peu de choses, papier, chiffons, bouts de bois… Quand ces parents étaient de grands artistes, leurs jouets n’ont pas tous disparu et sont maintenant exposés dans les plus grands musées. Trois pages documentaires s’ajoutent à ce déploiement de couleurs et de formes. Un album à laisser ouvert pour rêver, s’évader, raconter…

Dès 4 ans et pour toutes les petites mains soigneuses

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes, Editions des Grandes Personnes, 2018, 24 p., 28,50 € — Imprimé en Chine

Graham Carter, Le voleur d’histoires

Olivia habite sur une île et, comme elle aime beaucoup lire, son papa l’emmène en bateau à la bibliothèque. « Un jour, en rentrant, l’un de ses livres passa par-dessus bord et Olivia le vit couler, couler, couler dans les profondeurs de l’océan… » Vous vous doutez bien qu’il ne va pas se coincer pour l’éternité entre deux rochers, sinon, il n’y aurait pas d’histoire. Non, le livre réveilla un étrange animal. Qui se demanda illico si ce bel objet se portait (comme un chapeau), se mangeait (comme un gâteau) ou s’il contenait un trésor (on trouve toujours des trésors dans l’océan !)… Et voilà notre sympathique poulpe parti enquêter à sa manière, en volant tous les livres qu’il peut trouver. A quoi peuvent servir les livres quand on ne sait pas lire ? Coup de chance, après moult aventures, Olivia retrouva le poulpe et « se mit à lire à haute voix » (au passé simple, s’il vous plaît). A vous de découvrir la suite ! Un beau voyage en perspective au royaume des livres et de la lecture, un royaume aux couleurs chatoyantes.

Dès 5 ans

Graham Carter, Le voleur d’histoires, Kimane, 2021, 34 p., 13,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Marie Lescroart, Mon grand voyage

« Dans mon vaisseau imaginaire, je pars faire le tour de la Terre. Décollage dans le jardin : Compte à rebours : 4, 3, 2, 1 ! »
Après une escale dans la forêt tempérée et un passage sur les rives du ruisseau, notre naturaliste en herbe nous conduit sous les tropiques, au bord de l’eau ou dans la forêt. Puis elle gagne la savane. « En Afrique, elle héberge les stars du monde animal : lions, guépards et hyènes, rhinocéros et zèbres, immenses troupeaux de gazelles, girafes qui tutoient le ciel… et des colosses à grandes oreilles. » Son tour du monde des écosystèmes se poursuit dans le désert saharien, puis sur la banquise. Jusqu’à son retour chez elle, où le hérisson se régale de limaces. Et de conclure, la coquine : « Sans tous mes gentils microbes, je ne serais pas la même, je suis leur écosystème. » Un bien beau voyage, où l’on rencontre aussi des mots très savants, tels canopée, épiphytes et broméliacées.
Chacun de ces écosystèmes est illustré à base de collages et de pochoirs, par Emmanuelle Houssais, qui sait allier précision documentaire et poésie.

Dès 5 ans

Marie Lescroart, Mon grand voyage, illustrations d’Emmanuelle Houssais, Ed du Ricochet, 2021, 36 p., 16 € — Imprimé en Pologne

Alice de Nussy et Janik Coat, La Malédiction des flamants roses

A côté d’Alice, qui écrit, et de Janik, qui dessine, il y a aussi Valéria, « celle qui chapeaute » et qui va, l’air de rien, tenter d’organiser le joyeux bazar qui s’annonce. Plein de grâce, en tutu rose, debout sur une jambe ? C’est une danseuse. Mais sur une patte ? Alors, c’est un flamant rose, « le héros de notre histoire ». Mais avez-vous déjà vu un flamant rose tout seul ? En Camargue, ils vivent en groupes serrés. Tiens, Janik a caché (enfin, on ne voit que lui !) un corbeau dans la page. A la suivante, entrent en scène un éléphant et un (ou une) hippopotame. Ensuite, ça se déchaîne ! Valéria ne peut plus rien face à l’imagination d’Alice et de Janik : une forêt, un loup, un renard, un chaperon rouge, un écureuil… De page en page les personnages se révoltent contre les choix d’Alice et de Janik – est-ce vraiment comme cela que se fabrique un album ? Les dernières pages proposent aux enfants de découper les personnages et de les coller sur les paysages – un code permet de les télécharger pour ne pas abimer le livre. Le très grand format de l’album permet de le raconter à un groupe d’enfants, qui pourront prolonger ce moment un peu farfelu en créant leur propre version de l’histoire. Ils peuvent aussi parrainer un flamant rose, à la Tour du Valat.

Dès 3 ans

Alice de Nussy, La Malédiction des flamants roses, illustrations de Janik Coat, Grasset Jeunesse, 2021, 48 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Sesyle Joslin, La Petite Famille

« Dans la maison, il y a le salon.
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père.
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père et la mère. »
Vous avez compris le truc, n’est-ce pas. Mais attention à la dernière reprise :
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père et la mère et le bébé et le crocodile. Adieu petite famille ! ».
Initialement paru en 1964, La petite famille est un drôle de manuel d’apprentissage du français pour les jeunes enfants anglophones. À partir de mots du quotidien, des phrases simples sont construites, puis la répétition et l’addition en font de vraies saynètes. Quatre histoires, délicieusement absurdes, sont proposées dans le livre — La petite famille ; le banquet ; le clown ; la belle dame —, complété par un lexique bilingue du vocabulaire utilisé. Les illustrations très colorées de John Alcorn (1935–1992) accompagnent parfaitement ces drôles d’histoires, dans l’esprit très « pop » des années 1960. La réédition, à l’identique, du livre permettra aux jeunes lecteurs francophones de parfaire leur lecture et de s’initier au vocabulaire anglais.

Dès 3 ans (avec des parents qui parlent comme les Beatles !)

Sesyle Joslin, La Petite Famille, illustrations de John Alcorn, Editions MeMo, 2021, 44 p., 16 €. Traduit de l’anglais (Etats-Unis). Imprimé en Europe

Taro Miura, Les enfants du tout petit roi et de la très grande princesse

Dix enfants ! Dix enfants qui « vivaient dans la joie et le bonheur », choyés par leurs parents, le tout petit roi et la très grande princesse. Un beau jour, le roi les invita à sortir du château : « visitez le royaume, rencontrez les habitants et réfléchissez à ce que vous aimeriez faire pour notre pays ». Son idée était de savoir qui lui succèderait, mais il ne le leur dit pas. L’un choisit de devenir fleuriste, l’autre garagiste, le suivant footballeur et sa sœur, chanteuse, puis vinrent le charpentier et l’agricultrice… Bref, les neufs premiers choisirent chacun un métier, mais pas celui de roi ou de reine. Et le dixième ? Plus discret, il savait écouter et se faire aimer – il accepta de devenir roi le jour venu et se fit aider de toute sa fratrie, parce qu’il fallait bien que chacun y mît un peu du sien. Le Japonais Taro Miura raconte en mille couleurs vives cette belle fable d’harmonie politique. Sa signature ? Des lignes épurées et géométriques, un peu comme des gommettes et un art de la répétition qui enchantera les petits. Et votre petit prince, ou votre chère princesse, feront-ils le même métier que Papa et Maman ?

Dès 4 ans

Taro Miura, Les enfants du tout petit roi et de la très grande princesse, Milan, 2021, 40 p., 12,90 € — adapté du japonais par Yukari Maeda et Patrick Honnoré – Imprimé en Chine

Christine Flament, Z’oiseaux de proie

Christine Flament, Z’oiseaux de proie

« Dans la montagne, quelques marmottes cherchent un endroit où établir leur terrier. Mais sur cette plateforme, ce n’est pas une bonne idée. La place est déjà prise. » Par qui ? Tournons la page… « ici, chaque année, les aigles viennent refaire leur nid. Ils planent au-dessus des montagnes avant de fondre sur les marmottes, lapins ou renards qu’ils saisissent de leurs puissantes serres. » Christine Flament a choisi de ne colorier que les oiseaux, qui se détachent ainsi du paysage en noir et blanc. De plus, certaines pages sont découpées, ce qui donne l’impression que milan, aigle, chouette ou vautour sont saisis en plein vol ! Le « Z’ » du titre est une simple coquetterie, pour un album qui allie informations sérieuses et coup d’œil artistique.

Dès 5 ans

Christine Flament, Z’oiseaux de proie, Editions La Poule qui pond (Clermont-Ferrand), 2020, 16,50 € — Imprimé en Chine

Dorothée Copel, Tape dans ma patte !

Dorothée Copel, Tape dans ma patte !

« Attendez-moi là et restez bien sages. Je cours à la rivière ! » s’écrie Papa Ours. Sauf que… nos deux lascars en profitent pour mettre le bazar. « Il va donc falloir trouver quelqu’un pour vous garder », soupire Papa Ours. Pas de Maman Ourse à l’horizon ? Un sac de gâteaux sur le dos, Papa Ours va chercher à qui, dans la forêt, il pourrait faire confiance. Pas si simple, mais si drôle !
Inspiré d’un conte russe, Tape dans ma patte ! fait partie des récits où un personnage cherche quelqu’un pour accomplir une tâche – ici, Papa Ours a bien du mal à trouver à qui confier ses turbulents petits oursons ! Les dessins de Marie Novion, réalisés au crayon à papier, aux crayons de couleur et aux feutres, sont charmants, naïfs et plein d’humour.

Dès 3 ans

Dorothée Copel, Tape dans ma patte !, illustrations de Marie Novion, Didier Jeunesse, coll. « A petits petons », 2019, 24 p., 12,50 € — Existe aussi en anglais. Imprimé en France.

Pascale Estellon, L’Imagier des couleurs de la nature

Pascale Estellon, L’Imagier des couleurs de la nature

Dans la nature, fraises, tomates ou coccinelles sont d’un beau rouge. Mais de quel rouge vont se servir les peintres pour les représenter ? Du vermillon, du magenta, du cadmium écarlate, du rouge de Chine ou du rouge turc ? Autant de nuances créées au fil du temps, d’abord à partir de plantes ou de minéraux, en broyant et en touillant, puis par des chimistes et des fabricants – qui ont su les conserver dans ces tubes dont nous oublions parfois de bien visser le bouchon. Aux couleurs primaires et secondaires, Pascale Estellon a ajouté le brun, le noir et le blanc. Elle propose, à chaque fois, sur de grandes pages à rabats, les noms savants des différentes teintes et les illustre d’animaux, de plantes ou de minéraux. Vite, à nos pinceaux !

Dès 6 ans

Pascale Estellon, L’Imagier des couleurs de la nature, Editions des Grandes Personnes, 2020, 44 p grand format avec rabats, 19,50 €

Carl Norac, Poucette

Carl Norac, Poucette

« Là, dans la fleur, la femme voit, assise, une toute petite fille, pas plus grande que la largeur d’un doigt.
— Oh, personne n’a jamais vu une fille de cette taille ! s’écrie la dame. Mais c’est la mienne, si mignonne, ma Poucette pas plus grande qu’un pouce.
Très vite, c’est incroyable : la fille-fleur se met à parler, et pas pour ne rien dire :
— Géante ou pas, mes rêves à moi seront si haut que les étoiles en entendront parler ! »
En conteur qui sait ce que conter veut dire, Carl Norac offre ici une version du conte d’Andersen, non pas condensée ou adaptée, mais augmentée. Les détails foisonnent, les dialogues fusent, les anecdotes prennent du volume… et cela se déguste à haute voix, en admirant les superbes illustrations de Claire de Gastold, colorées, vives et fleuries –et quelle horrible gentille sorcière, on la croirait vraiment cousine de celle de Gripari ! Signe des temps, à la fin du conte, cette Poucette éconduit gentiment Princelet qui lui offre un bouquet dont les fleurs se nomment Fiançailles. Il est vrai qu’il s’était laissé aller jusqu’à oser un « C’est la classe, c’est Princelet », un peu trop hâbleur au goût de notre Poucette.

Dès 5 ans

Carl Norac, Poucette, illustrations de Claire de Gastold, Didier Jeunesse, 2020, 40 p., 15,90 € — Imprimé en Italie