Thème

De 5 à 6 ans

Gilles Bizouerne, Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

« Dans la cour de récréation, Adèle, ma meilleure copine, a tout de suite remarqué mon plâtre.
– Salut, Zoé, qu’est-ce qui t’est arrivé ? » Tombée dans l’escalier ? Non. Tombée de vélo ? Pas plus. Quel manque d’imagination ! Et Zoé de raconter : « un oiseau énorme a surgi d’un nuage et m’a saisie par les épaules. Il m’a soulevée du sol et on s’est envolé.
– C’est pas vrai ? dit Adèle.
– Si, si, c’est vrai. »
A chaque réplique d’Adèle, notre Zoé rebondit et invente des épisodes de plus en plus farfelus : elle a fait de la luge pour éviter un ours, elle est montée dans une montgolfière, a atterri sur une girafe… Allez, je ne vous dis pas tout ! Et d’ailleurs, êtes-vous sûrs que l’on saura, à la fin de l’histoire, comment Zoé s’est cassé le bras ? Et si l’histoire n’avait pas de fin ? Dans un langage parlé, à dire vrai pas très grammatical, Zoé nous conduit au pays des affabulations les plus loufoques. A chacun de continuer sur ses traces, dans un univers très épuré, très doux, bleu, rose et lilas, comme si on était sur un petit nuage.

Dès 5 ans

Gilles Bizouerne, Qu’est-ce qui t’est arrivé ?, illustrations de Delphine Renon, Didier Jeunesse, 2021, 36 p., 12,90 € — Imprimé en France

Olivia Cosneau, Sitelles belles belles

Une sitelle ? C’est un très joli passereau, qui vit dans les arbres, se nourrit d’insectes et de graines, et chante sur plusieurs tons et mélodies. Le dos gris, le ventre orangé, l’œil marqué d’un long trait noir, voici notre vedette du jour. Ou plutôt nos six vedettes, qui d’apprêtent à s’envoler. Ce très beau pop-up se déroule sur une année et rend hommage à la nature et au cycle de la vie, à travers sept scènes animées hautes en couleur, pour suivre l’envol – et l’aventure – des sittelles d’une seule nichée. L’histoire et les illustrations d’Olivia Cosneau permettront aux enfants de découvrir les charmes et les dangers de la vie en forêt… et de s’amuser à reconnaître, planant au-dessus des sittelles ou cachés dans les buissons en pop-up, une quinzaine d’espèces d’oiseaux, mésanges, hirondelles, rapaces, rouges-gorges… mais saurez-vous tous les reconnaître ? Les effets de pop-up, dus à l’ingénieur papier talentueux qu’est Bernard Duisit, sont très réussis : ils donnent l’impression que les oiseaux vont s’envoler « pour de vrai ».

Dès 5 ans

Olivia Cosneau, Sitelles belles belles, ingénieur papier Bernard Duisit, Hélium, 2019, 14 pages cartonnées avec des pop-up et des flaps, 18,90 € — Imprimé en Chine

Nina Laden, Si j’avais un petit rêve

« Si j’avais… » Oh, pas grand-chose : un petit coin de terre, une petite maison, un petit bateau, un petit vélo… Mais aussi un petit frère ou une petite sœur… Quel bonheur que de pouvoir imaginer ce que je pourrais faire chaque jour, de tant de joie, d’amour et de beauté. Les couleurs douces de cet album mettent en scène une fillette dans un cadre assez onirique, rempli de petits animaux et de fleurs. Sans aucune mièvrerie, il raconte comment être heureux de peu, en regardant autour de soi – ce qui n’interdit pas à nos jeunes héros d’avoir aussi de grands rêves ! Idéal pour un retour au calme avant de se coucher.

Dès 4 ans

Nina Laden, Si j’avais un petit rêve, illustrations de Melissa Castrillon, Kimane, 2021, 36 p., 13,50 €. Traduit et adapté de l’anglais. Imprimé en Chine

Barroux, La Girafe à cinq pattes

« Les crocodiles adorent les bonbons, tout le monde sait ça. L’un d’eux ne s’est pas brossé les dents. Il en a même perdu plusieurs… » Ouvre bien les yeux, car il se cache dans une immense double page remplie de crocodiles, la gueule grande ouverte ! Et la girafe à cinq pattes qui donne son nom à l’album ? Elle se promène dans la savane « pour se dégourdir les jambes », au milieu de combien de girafes ? Je ne les ai pas comptées ! Abeilles, sardines, lapins, chats, poules et poussins, cochons roses, moutons, tortues, éléphants et petit ver de terre… Dans chaque double page, un intrus, mais aussi un couple d’amoureux – eh oui, les sardines aussi sont amoureuses ! Les dessins de Barroux sont d’un humour irrésistible, ses couleurs mettent de bonne humeur, que demander de plus ?

Dès 4 ans

Barroux, La Girafe à cinq pattes, Little Urban, 2021, 28 p., 14,50 € — Imprimé en Belgique

Sandra Le Guen, Tortue Express

D’abord, récupérer le petit James à la crèche. Puis Juno, qui joue dans la cour de l’école. Enfin, Majé, le grand, qui commence à s’impatienter. Sans oublier de passer au marché, pour acheter groseilles et myrtilles. Tortue-express a bien du chemin à faire entre quatre heures moins le quart et l’heure du goûter dans le jardin ! Tortue-express porte des lunettes d’écailles, un joli foulard rouge autour du cou, écoute les petits secrets de chacun et garde l’œil alerte quand il faut traverses la rue… Bref, Tortue-express est le plus génial des grands-pères, un grand-père qui sait aussi préparer limonade et carrot cake ! Des dessins craquants de bonne humeur et de connivence, dans un univers coloré à l’énergie communicative – eh oui, car Tortue-express, même sans trop se presser, a besoin de beaucoup d’énergie pour accomplir sa mission ! Un régal !

Dès 4 ans

Sandra Le Guen, Tortue Express, illustrations de Maurèen Poignonec, Editions Little Urban, 2021, 32p., 13,50 € — Imprimé en Belgique

Florence Givelet de Lespinay, Louis et Aimée à l’école de la vie

Ce matin, en plus de son cartable, Louis « agrippe un immense sac qu’il glisse péniblement sur son dos, sous les yeux ébahis de son amie », Aimée. Que contient-il ? Mystère ! Que savons-nous de cet adorable garçonnet ? Qu’il « aime construire des circuits automobiles, […] observer des oiseaux aux jumelles » et surtout « rêver dans le silence de son cœur ». Ça, c’est sa maman, l’auteur de l’album, qui nous le dit avec son cœur de maman. Les dessins, eux, sous le trait tendre et délicat de by.bm, nous montrent que Louis porte une chaussure orthopédique, un appareil respiratoire, qu’il apprend à ses camarades le langage des signes… et qu’aujourd’hui, il accompagne ses camarades à la piscine. Au bord du bassin, il déploie enfin le contenu de son sac : il en sort un superbe bateau gonflable. « Tous à l’eau ! hurlent de joie les enfants. » Une rencontre extraordinaire avec un jeune garçon plein de vie, « qui aime ne pas être trop différent ». Un album idéal dans sa simplicité pour aider les enfants à dépasser leurs craintes face à un enfant porteur d’un handicap, quel qu’il soit.

Dès 4 ans, puis à lire tout seul

Florence Givelet de Lespinay, Louis et Aimée à l’école de la vie, illustrations de by.bm, Mame, 2021, 32 p., 12,50 € — Imprimé en Pologne
Du même auteur, dans la même collection : Louis et Aimée, une rencontre extraordinaire, illustrations de by.bm, Mame, 2019, 32 p., 12,50 € -

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit

Petit Biscuit, Munchy de son prénom, est né dans la célèbre pâtisserie Munch. Il fait partie de l’assortiment royal et a même la chance de posséder deux jambes. Un beau matin, sa décision est prise : « Bon, les voisins, je ne sais pas ce que vous faites, mais moi, je m’en vais ! » Et le voilà filant à l’anglaise en compagnie d’un Saint-Nicolas, qui, la porte juste franchie, se fait écraser – scroutch, plus de Saint-Nicolas ! Elle commence bien mal, cette histoire… Petit Biscuit va vivre de terribles aventures, et même s’il est consolé par une charmante Madeleine, il n’en finira pas moins croqué… et par qui ? Par son créateur, qui le ramasse sur le trottoir — beurk ! Un Carl Norac au mieux de sa forme, croqué, lui aussi, par le crayon de Magali Le Huche. Une terrible histoire, aussi cruelle et décalée que certains contes d’Andersen, à raconter avant ou après le goûter, selon l’appétit de vos jeunes lecteurs. Qui, espérons-le, ne s’en étrangleront pas de rire ! Et vous, lequel auriez-vous croqué ? La Madeleine, un Nullo phosphorescent, le Old Clown, le Biscuit Militaire ou Mademoiselle Choco-Mousse ?

Dès 5 ans

Carl Norac, La Terrible Histoire de Petit Biscuit, illustrations de Magali Le Huche, Sarbacane, 2020, 36 p., 15,90 €

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes

Des marionnettes de Paul Klee au mobile en forme de poisson de Calder, des chevaliers de Carl Otto Czeschka à l’Arche de Noé d’André Hellé, Dominique Ehrhard a réussi un par peu ordinaire : redonner vie à ces jouets en créant des pop-ups à leur ressemblance. Car il fut un temps où les parents créaient des jouets pour leurs enfants, avec parfois peu de choses, papier, chiffons, bouts de bois… Quand ces parents étaient de grands artistes, leurs jouets n’ont pas tous disparu et sont maintenant exposés dans les plus grands musées. Trois pages documentaires s’ajoutent à ce déploiement de couleurs et de formes. Un album à laisser ouvert pour rêver, s’évader, raconter…

Dès 4 ans et pour toutes les petites mains soigneuses

Dominique Ehrhard, 9 jouets d’artistes, Editions des Grandes Personnes, 2018, 24 p., 28,50 € — Imprimé en Chine

Graham Carter, Le voleur d’histoires

Olivia habite sur une île et, comme elle aime beaucoup lire, son papa l’emmène en bateau à la bibliothèque. « Un jour, en rentrant, l’un de ses livres passa par-dessus bord et Olivia le vit couler, couler, couler dans les profondeurs de l’océan… » Vous vous doutez bien qu’il ne va pas se coincer pour l’éternité entre deux rochers, sinon, il n’y aurait pas d’histoire. Non, le livre réveilla un étrange animal. Qui se demanda illico si ce bel objet se portait (comme un chapeau), se mangeait (comme un gâteau) ou s’il contenait un trésor (on trouve toujours des trésors dans l’océan !)… Et voilà notre sympathique poulpe parti enquêter à sa manière, en volant tous les livres qu’il peut trouver. A quoi peuvent servir les livres quand on ne sait pas lire ? Coup de chance, après moult aventures, Olivia retrouva le poulpe et « se mit à lire à haute voix » (au passé simple, s’il vous plaît). A vous de découvrir la suite ! Un beau voyage en perspective au royaume des livres et de la lecture, un royaume aux couleurs chatoyantes.

Dès 5 ans

Graham Carter, Le voleur d’histoires, Kimane, 2021, 34 p., 13,50 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Marie Lescroart, Mon grand voyage

« Dans mon vaisseau imaginaire, je pars faire le tour de la Terre. Décollage dans le jardin : Compte à rebours : 4, 3, 2, 1 ! »
Après une escale dans la forêt tempérée et un passage sur les rives du ruisseau, notre naturaliste en herbe nous conduit sous les tropiques, au bord de l’eau ou dans la forêt. Puis elle gagne la savane. « En Afrique, elle héberge les stars du monde animal : lions, guépards et hyènes, rhinocéros et zèbres, immenses troupeaux de gazelles, girafes qui tutoient le ciel… et des colosses à grandes oreilles. » Son tour du monde des écosystèmes se poursuit dans le désert saharien, puis sur la banquise. Jusqu’à son retour chez elle, où le hérisson se régale de limaces. Et de conclure, la coquine : « Sans tous mes gentils microbes, je ne serais pas la même, je suis leur écosystème. » Un bien beau voyage, où l’on rencontre aussi des mots très savants, tels canopée, épiphytes et broméliacées.
Chacun de ces écosystèmes est illustré à base de collages et de pochoirs, par Emmanuelle Houssais, qui sait allier précision documentaire et poésie.

Dès 5 ans

Marie Lescroart, Mon grand voyage, illustrations d’Emmanuelle Houssais, Ed du Ricochet, 2021, 36 p., 16 € — Imprimé en Pologne

Alice de Nussy et Janik Coat, La Malédiction des flamants roses

A côté d’Alice, qui écrit, et de Janik, qui dessine, il y a aussi Valéria, « celle qui chapeaute » et qui va, l’air de rien, tenter d’organiser le joyeux bazar qui s’annonce. Plein de grâce, en tutu rose, debout sur une jambe ? C’est une danseuse. Mais sur une patte ? Alors, c’est un flamant rose, « le héros de notre histoire ». Mais avez-vous déjà vu un flamant rose tout seul ? En Camargue, ils vivent en groupes serrés. Tiens, Janik a caché (enfin, on ne voit que lui !) un corbeau dans la page. A la suivante, entrent en scène un éléphant et un (ou une) hippopotame. Ensuite, ça se déchaîne ! Valéria ne peut plus rien face à l’imagination d’Alice et de Janik : une forêt, un loup, un renard, un chaperon rouge, un écureuil… De page en page les personnages se révoltent contre les choix d’Alice et de Janik – est-ce vraiment comme cela que se fabrique un album ? Les dernières pages proposent aux enfants de découper les personnages et de les coller sur les paysages – un code permet de les télécharger pour ne pas abimer le livre. Le très grand format de l’album permet de le raconter à un groupe d’enfants, qui pourront prolonger ce moment un peu farfelu en créant leur propre version de l’histoire. Ils peuvent aussi parrainer un flamant rose, à la Tour du Valat.

Dès 3 ans

Alice de Nussy, La Malédiction des flamants roses, illustrations de Janik Coat, Grasset Jeunesse, 2021, 48 p., 18,90 € — Imprimé en Espagne

Sesyle Joslin, La Petite Famille

« Dans la maison, il y a le salon.
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père.
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père et la mère. »
Vous avez compris le truc, n’est-ce pas. Mais attention à la dernière reprise :
« Dans la maison, il y a le salon. Et dans le salon, il y a le père et la mère et le bébé et le crocodile. Adieu petite famille ! ».
Initialement paru en 1964, La petite famille est un drôle de manuel d’apprentissage du français pour les jeunes enfants anglophones. À partir de mots du quotidien, des phrases simples sont construites, puis la répétition et l’addition en font de vraies saynètes. Quatre histoires, délicieusement absurdes, sont proposées dans le livre — La petite famille ; le banquet ; le clown ; la belle dame —, complété par un lexique bilingue du vocabulaire utilisé. Les illustrations très colorées de John Alcorn (1935–1992) accompagnent parfaitement ces drôles d’histoires, dans l’esprit très « pop » des années 1960. La réédition, à l’identique, du livre permettra aux jeunes lecteurs francophones de parfaire leur lecture et de s’initier au vocabulaire anglais.

Dès 3 ans (avec des parents qui parlent comme les Beatles !)

Sesyle Joslin, La Petite Famille, illustrations de John Alcorn, Editions MeMo, 2021, 44 p., 16 €. Traduit de l’anglais (Etats-Unis). Imprimé en Europe