Thème

De 3 à 5 ans

Cary Fagan, La petite chaise bleue

« Sacha adorait sa chaise. Elle était petite. Elle était bleue. Il s’y asseyait pour prendre son petit déjeuner, mais aussi son déjeuner et son dîner. » Mais voilà que Sacha a grandi. Un beau jour (j’espère avec la permission de Sacha !), elle posa la petite chaise « devant la maison, près de la boîte aux lettres. Elle y accrocha une pancarte : petite chaise à donner ». Et voilà notre petite chaise bleue partie pour faire le bonheur d’une foule de gens, dans un long voyage tout autour du monde – jusqu’à revenir chez Sacha, qui la répare pour l’offrir à sa fille Apolline. Un album tendre et surprenant, qui nous en apprend de belles sur la vie des objets que nous délaissons ou dont nous devons nous séparer, parfois à contre cœur. Alors, autant les donner en rêvant à leur nouveau destin !

Dès 4 ans

Cary Fagan, La petite chaise bleue, illustrations de Madeline Kloepper, Kimane, 2019, 40 p., 12,95 € — Traduit de l’anglais. Imprimé en Chine

Mes premières chansons de France

Espiègles et joyeuses, certaines chansons enfantines sont devenues des trésors de notre patrimoine. Nombreuses sont celles qui ont un double sens – car elles étaient d’abord chantées par les nourrices ou les soldats, dans les cabarets ou sur les grands chemins, avant de réjouir les enfants. Savez-vous que l’on chante « Il était une bergère » depuis le XVIe siècle et « La Mère Michel » depuis le XVIIe siècle ? Quant à « Cadet Rousselle », avec ses trois maisons, ses trois garçons et ses trois chiens, il nous vient du XVIIIe siècle. La chanson se moque des excentricités d’un certain Guillaume Roussel, huissier de justice de son état. Colportée par les jeunes Auxerrois, elle est devenue un chant de l’armée du Nord. Qui saura m’en dire plus sur « Mon âne, mon âne » ou sur « Dame Tartine » ? Elles complètent ce petit livre à puces musicales qui en donne les premiers couplets. Si vous souhaitez connaître les couplets suivants, vous les trouverez notamment dans Le Livre des chansons de Claudine et Roland Sabatier.

Tout-petits, avant 3 ans

Mes premières chansons de France, illustrations de Lucile Ahrweiller, Gründ, 2017, 12 p. cartonnées, 9,95 €. Imprimé en Chine

Susanne Strasser, Un sommeil agité

« Chut… le hérisson, le renard, l’âne, le pélican et le crocodile sont endormis. Mais les yeux de l’otarie ne veulent pas se fermer ! » Quel enfant n’a jamais partagé son oreiller avec pareille ménagerie ? Ici, les animaux commencent la nuit dans leur lit, l’enfant, imagine-t-on, dans le sien. Mais voilà, l’otarie a envie de… faire pipi. Un verre d’eau, un bisou, un gratouillis… chacun a une bonne excuse pour mettre le bazar. Cela ne vous rappelle personne ? La conclusion n’est pas très fine mais fera rire aux éclats. Idéal pour montrer qu’on n’est pas obligé de se laisser mener par le bout du nez au moment du coucher. Sur le site de l’auteur, cliquez sur le titre « So müde und hellwach » (Si fatigués et pourtant bien réveillés) pour faire défiler le début de l’album.

Avant 3 ans

Susanne Strasser, Un sommeil agité, Tourbillon, 2018, 11,95 € — cartonné

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…

« Mon enfant,
Mon ange,
Ma mésange,
Mon petit,
Souris, tends les bras, ouvre tes yeux, tes doigts, tes mains et ton cœur à la vie, et tu verras, tu vivras des lendemains  aux joies infinies… »
Cet album délicieusement illustré – sans mièvrerie aucune – joue sur l’alternance entre bons et mauvais jours, tristesses et joies : « Il y aura un boucan du tonnerre, des orages, des éclairs et leurs lots de frissons… mais aussi des anniversaires et leurs lots de surprises dans de jolis cartons, papiers froissés, cadeaux cadeaux, des ah ! des Oh !, et des gâteaux tout en illuminations. » La typographie se fait grondante en capitales, sautillante ou douce en lettres colorées.
Écrit en souvenir d’une mère et illustré par une jeune maman, cette déclaration d’amour est d’une simplicité désarmante, parce que cela fait tant de bien d’entendre dire « je t’aime ». Une création originale, portée par une conviction forte car, précise Lena Nikcevic, « dès qu’on touche à la création en général, on touche à l’enfance ».

Dès 3 ans – et pour toute la vie

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…, illustrations de Lena Nikcevic, L’Elan Vert éditions, 2019, 52 p., 16 €

Gilles Bizouerne et Céline Murcier, Pierre et la Sorcière

« Il était une fois, rien qu’une fois, une sorcière, une terrible sorcière qui vivait dans une forêt près d’un village. […] Tout le monde avait peur de la sorcière. Tout le monde… sauf Pierre ! Pierre était un galopin, un galopin qui n’avait peur de rien. » Et notre Pierre de grimper dans un pommier pour y cueillir une pomme. Passe la sorcière… avec un grand sac…
« — Comme ces pommes ont l’air savoureuses ! Tu m’en donnes une ? Pierre lui lance une pomme. – Misère de misère ! dit la sorcière, elle est tombée par terre. » Deux fois, Pierre saura lui jouer un tour à sa façon et se sauvera de ses griffes. Mais la troisième fois ? Qui ira cuire dans le four ?
Passé la première terreur, car la sorcière et vraiment très réussie dans son genre, on en redemande : nez crochu, doigts griffus, yeux bigleux, et un vocabulaire à l’avenant. Le texte est parfait pour une lecture à haute voix. La typographie aide même à mettre le ton. La présente adaptation de ce conte s’inspire plus particulièrement d’une version flamande, dont il a traduit toute la truculence.

Dès 3 ans

Gilles Bizouerne et Céline Murcier, Pierre et la Sorcière, illustrations de Roland Garrigue, Didier Jeunesse. 2016 pour l’album, 40 p., 12,90 € — 2019 pour la version poche, 40 p., 5,50 € — Imprimé en France

Margaret Wise Brown, Attends que la lune soit pleine

« Il était une fois, sous la lune noire, un petit raton laveur. Il vivait au pied d’un grand châtaignier avec sa mère, qui était aussi un raton laveur. » Une maman qui cuisine de délicieux petits sablés ! « Ce petit raton laveur avait vu le jour. Il voulait voir la nuit. Il dit alors : “Maman, je veux aller dans les bois. Maman, je veux voir la nuit. ”
Mais sa mère lui répondit : “— Attends. Attends que la lune soit pleine.” ».
Et sur cette image, Maman raton laveur fait la lessive dans une bassine – eh oui, l’album a été dessiné en 1948, à une époque où les mamans ratons laveurs vaquaient aux tâches domestiques en dialoguant avec leurs enfants – et n’auraient pas compris qu’on les appelle des « ratonnes laveuses ». A toutes les questions du petit raton laveur, sa maman répond inlassablement : « Attends. Attends que la lune soit pleine. » Et des questions, il en pose ! Et des réponses sa maman en trouve, poétiques et enjouées ! Ah, cette vertu de patience, qu’elle est difficile à acquérir… Mais la récompense est enfin là : une belle nuit, enfin, tous les petits ratons laveurs des environs se retrouvent pour jouer à la lueur de la pleine lune – laquelle n’est pas un lapin, ce qu’ignorent doublement les petits Français !

Dès 4 ans

Margaret Wise Brown, Attends que la lune soit pleine, illustrations de Garth Williams, Editions MeMo, 2019, 36 p., 16 €. Traduit de l’anglais (Etats-Unis). Imprimé en Europe.

Géraldine Elschner, Où est passée la rainette ? Claude Monet à Giverny

« Alerte ! Alerte ! Un chasseur de rainettes !
Sans demander son reste, Antoinette se glisse entre les iris et disparaît au fond de l’eau.
— Tais-toi, gargouille ! grogne un crapaud. Pas la peine d’avoir peur ! Monsieur ne croque que le portrait des fleurs, pas les cuisses de grenouille. »
Ce « monsieur », le célébrissime Claude Monet, vient, comme chaque beau jour d’été, planter son chevalet dans son jardin atelier de Giverny. Et notre Antoinette, la rainette, rêve d’apparaître sur une des toiles du maître ! Au cours des tentatives de la grenouille pour y figurer, nous découvrons plusieurs Nymphéas, Le Pont japonais, La Barque… Les illustrations prolongent le tableau pour nous offrir une promenade dans ce célèbre jardin. C’est aussi l’occasion de voir Claude Monet à l’œuvre : chapeau sur la tête, pinceau à la main. Les enfants s’amuseront à débusquer la grenouille dans chaque illustration. Préférez-vous une promenade (virtuelle) à Giverny, ou la visite, tout aussi virtuelle, du musée Marmottan ou de l’Orangerie ? A moins que vous ne préfériez sortir vos pinceaux pour créer votre propre jardin secret…

Dès 5 ans

Géraldine Elschner, Où est passée la rainette ? Claude Monet à Giverny, illustrations de Stéphane Girel, Editions de l’Elan Vert, coll. « Pont des arts », 2012, 32 p., 14,20 € — Imprimé en Chine

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes

Quand les enfants français chantent « La petite bête qui monte », leurs cousins allemands entonnent « Kommt eine Maus ». « Petit escargot » ? C’est « Die kleine Schnecke Max ». Et le grand cerf dans la forêt ? Il accueille aussi « ein Häslein », un petit lièvre apeuré. Ces comptines, jeux de doigts, rondes et berceuses ont été choisis pour leurs correspondances et leurs airs faciles à mémoriser. Ils sont chantés par des voix enfantines sur le CD qui accompagne le livre. L’album présente aussi les jeux possibles, les traductions et de nombreux conseils bienvenus pour les familles qui ne baignent pas dans un univers bilingue. Les illustrations sont fraîches et colorées, avec une touche d’humour et de fantaisie qui donne déjà le tempo.

Dès 4 ans

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes, illustrations de Cécile Hudrisier, Rémi Saillard et Olivier Latik, Didier Jeunesse, coll. « Les petits cousins », 2019 (nouvelle édition), 60 p. + CD de 45 min, 17,70 € — Disponible en streaming sur diverses plateformes. Imprimé en France

 

Steffie Brocoli, Des gommettes et des histoires

Steffie Brocoli, Des gommettes et des histoires

« En route pour l’aventure ! » L’invitation de ce petit animal coquin est bien tentante. Il s’agit, à l’aide de gommettes colorées (autocollantes et repositionnables), de créer des décors et de raconter une histoire, qui se déplie comme un accordéon. Les modèles proposés – maisons, arbres, papillons — aideront à se lancer. Steffie Brocoli, ancienne de l’école Estienne, est une illustratrice pétillante et très expressive, pour la plus grande joie des enfants.

De 3 à 5 ans

Steffie Brocoli, Des gommettes et des histoires, Mango, 2016, 24 p. en accordéon, 12,95 €

Bernadette Gervais, En 4 temps

Que se passe-t-il en 4 temps ? Un œuf devient poussin, puis poulet, puis poule. Un pissenlit en bouton, fleurit, se fane et ses graines s’envolent. Et l’escargot ? Le premier a besoin de 4 cases pour arriver et un autre, de 4 cases pour simplement passer ! Voilà le coquelicot, le hérisson, la neige et les saisons… Ces quatre temps sont très élastiques : de la lenteur extrême à la vitesse grand V, tout est possible en quatre cases. Une grande sobriété de traits pour une compréhension immédiate, des couleurs contrastées et une touche d’humour : les petits seront comblés.

Dès 3 ans

Bernadette Gervais, En 4 temps, Albin Michel Jeunesse, coll. Trapèze, 2020, 64 p., 18 € — Imprimé en Italie.

Anne Fronsacq, Les Trois Boucs bougons

Trois frères, trois coquins malins, trois mauvais caractères… Que vont nous inventer ces « trois boucs bougons » venus d’une lointaine Norvège ? Comment vont-ils réussir à franchir le pont sous lequel vit un affreux troll affamé ? Car de l’autre côté du pont, l’herbe est si tendre, si parfumée… Si, pour une fois, les disputes cessaient, afin d’apprendre que l’union fait la force ? La trouvaille sonore des « boucs bougons » est déjà tout un programme ! Sous le pinceau malicieux de Nathalie Ragondet, aquarelle et gouache, tout en nuances, racontent elles aussi une belle histoire, entre rêve et réalité.

Dès 3 ans

Anne Fronsacq, Les Trois Boucs bougons, illustrations de Nathalie Ragondet, Flammarion, Le Père Castor, 2020, 32 p., 5,25 € — Réédition (2013). Imprimé en République Tchèque

Felicity Brooks, Pâques, mes petits autocollants

Savez-vous que le gouvernement irlandais a publié une dépêche autorisant le lièvre de Pâques à circuler en Irlande, malgré le confinement, pour remplir sa mission ? Distribuer les œufs et les chocolats dans les jardins ! La Poste française m’a apporté hier cet album de saison : des œufs par dizaines, des agneaux, des lapins, des poussins et des fleurettes, plus de 250 autocollants réutilisables à mettre en scène. Alors, oui, les cloches et les poissons traditionnels de notre enfance ont disparu de l’imagerie, même profane, liée aux fêtes pascales mais nous ne bouderons pas notre plaisir tant que les paniers se rempliront de douces surprises !

Dès 3 ans

Felicity Brooks, Pâques, mes petits autocollants, illustrations de Malu Lenzi, Usborne, 2020, 16 p, 250 vignettes, 5,95 € — Imprimé en Chine