Thème

Mois : mai 2018

Constantin Kaïteris, Sur un arbre caché

Constantin Kaïteris, Sur un arbre caché

Prenez une forêt
si possible une forêt profonde
prenez-la à deux mains
secouez-la secouez-la bien
Si vous voyez en tomber
sept frères dont un petit poucet
une maison d’ogre
une cabane en pain d’épice
deux ou trois loups un hibou
et un petit pot de beurre
alors vous saurez
que c’est bien une forêt qui conte
sur le bout de vos doigts.
Les « héros » de ces 33 poèmes sont les arbres, les vergers, les bois et les forêts, ceux qui nous invitent à la promenade, à la cueillette, au rêve.
Les images de Joanna Boillat pétillent d’esprit, d’invention et de délicatesse. Elles cachent ou dévoilent, c’est selon, une foule de petits détails : fleurs, fruits, feuilles et racines nous chuchotent à l’oreille les mille voix de la forêt !

Dès 6 ans et pour tous les poètes

  • Constantin Kaïteris, Sur un arbre caché, illustrations de Joanna Boillat, Editions Møtus, 2018, 72 p., 10,90 € — Imprimé en République Tchèque
  • Des mêmes auteurs : Un jardin sur le bout de la langue, Editions Møtus, 2014, 72 p., 10 €
“Le souffle de la pierre d’Irlande” sur Radio Libertés

Le souffle de la pierre d’Irlande” sur Radio Libertés

Le souffle de la pierre d’Irlande sur Radio Libertés, le cycle romanesque d’Eric Simard, était à l’honneur de ma dernière émission sur Radio Libertés. Vous pouvez l’écouter ci-dessous.

Le souffle de la pierre d’Irlande” sur Radio Libertés

par Chouette ! Un livre | Radio Libertés

Christopher Silas Neal, Tu manges quoi, toi ?

Christopher Silas Neal, Tu manges quoi, toi ?

« Les chiens mangent de la pâtée pour chiens. Les poissons mangent des flocons pour poissons. Moi, je suis un chat et je ne mangerai pas de croquettes pour chats. » Parce que les croquettes, « c’est sec, fade et pas très bon. Berk. » Fort de ce constat, notre ami le chat va aller demander aux autres animaux de quoi ils se régalent. Mais voilà… Les vers de terre, les fourmis rouges, l’herbe, le plancton, rien de tout cela ne tente un estomac de chat. Jusqu’à ce que passe, dans le bas de la page, une petite souris… qui elle aussi cherche à varier ses menus. A vous d’inventer la fin de l’histoire !

De 3 à 5 ans

Christopher Silas Neal, Tu manges quoi, toi ?, Albin Michel Jeunesse, 2018, 32 p., 12,90 €

Sophie de Mullenheim, Pierrot et Miette, héros des tranchées

Sophie de Mullenheim, Pierrot et Miette, héros des tranchées

« Pierrot baisse la tête et aperçoit un soldat assis au creux d’un fossé au bord de la route.
— Qu’est-ce que tu fais là, petit ? lui demande le soldat.
— Je vais chercher mon chien.
Le soldat sourit et des dents blanches ressortent sur son visage couvert de boue.
— Il s’est sauvé ?
— Oh non ! Miette ne se sauve jamais. Les soldats l’ont emmenée.
— Les soldats ?
— Ils en avaient besoin pour faire passer les messages. C’est ce qu’ils ont dit à mon grand-père. »
Nous sommes « non loin de Verdun », en 1917. Sophie de Mullenheim nous conduit au plus près de la guerre, de la Grande Guerre, mais de la guerre vue par un enfant de 12 ans autant que par quelques soldats – Cyprien, le « bleu », le sergent Le Borgne, le capitaine Dompierre, une infirmière bourrue au grand cœur… Faits réels et détails historiques véridiques permettent de vivre le quotidien de la guerre, et notamment de bien comprendre le rôle de ces chiens dressés à transmettre des messages. Le roman, lui, en écho, se fait porteur de belles valeurs héroïques : courage, abnégation, entraide, optimisme. Ne soufflez pas la fin, mais Pierrot retrouvera sa chienne Miette, revenue à la ferme de Petit Père donner naissance à deux petits chiots.

Dès 10 ans

Sophie de Mullenheim, Pierrot et Miette, héros des tranchées, Fleurus, coll. « Lire en grand », 2018, 216 p., 14,90 €

Sylvain Tesson, Un été avec Homère

Sylvain Tesson, Un été avec Homère

« L’Odyssée et l’Iliade ruissellent de photons. Les Grecs ont toujours voué un culte à la lumière. Pour son malheur, Achille devient une ombre. Sortir du soleil constitue le plus funeste destin. On ne plaisante pas avec l’astre. La lumière inonde la vie, réjouit le monde. »
Perché pendant quelques semaines sur quelque rocher solitaire des Cyclades, Sylvain Tesson s’est « posé », le temps de relire « l’Iliade et l’Odyssée à la lueur d’une ampoule alimentée par un générateur ». Une belle manière de se régénérer et de nous inviter à semblable cure de jouvence, dans l’écume et le vent ! En de brefs textes ciselés, illustrés de citations célèbres ou moins connues, il tisse et brode sur cette toile toujours recommencée qui nous raconte notre plus ancienne mémoire : dieux, hommes et héros y vivent, acceptant le sort tissé par les Parques, une chanson à la bouche. Citant les grands hellénistes – Romilly, Veyne, Vernant – mais sans pédanterie, il propose des allers et retours fort pertinents avec notre « siècle XXI », celui de l’abondance, de la démesure et de l’immédiateté. Une belle invitation aussi à renouer avec le paganisme, qui « consisterait à se tenir devant le spectacle du monde et à l’accueillir sans rien espérer », un « monde de splendeurs et de dangers ». Parce que, dans « un pétillement de calanque », « les Grecs nous renseignent sur ce que nous ne sommes pas encore devenus » : c’est là tout le miracle antique, cette « incomparable familiarité » avec ces « vers à la jeunesse immortelle ».
Ce volume reprend, sous une forme plus littéraire, la série d’émissions diffusées pendant l’été 2017 sur France Inter et permet de revenir sur les plus belles intuitions de Sylvain Tesson, très inspiré par la lecture d’Homère.

Adolescents, adultes

  • Sylvain Tesson, Un été avec Homère, Editions des Equateurs / France Inter, 2018, 252 p., 14,50 €
  • Pour l’Odyssée : traduction de Philippe Jaccottet, Ed La Découverte, 1982 – poche 2004.
  • Pour l’Iliade : traduction de Philippe Brunet, Ed du Seuil, 2010, Points, 2012
Mark Hutchinson, Les reptiles

Mark Hutchinson, Les reptiles

Crocodiliens, reptiles, serpents, tortues d’eau et de terre – ces animaux fascinent les enfants, toujours aux premières loges des terrariums et autres vivariums. Enfin, du bon côté de la vitre ! Cet album documentaire est idéal pour compléter une visite. Saviez-vous qu’il existe « 23 espèces de crocodiliens : 2 alligators, 6 caïmans, 2 gavials et 13 crocodiles » ? Et que seul l’alligator chinois, »espèce menacée de disparition, [est] capable de survivre aux hivers froids dans les eaux partiellement gelées » ? Photos et illustrations sont parfois terrifiantes, nos vieux instincts de fuite fonctionnent même devant des images !

Dès 6 ans pour les images, dès 10 ans pour le texte

Mark Hutchinson, Les reptiles, Larousse, coll. « A la loupe », 2009, 64 p., 12,90 € — Traduit de l’anglais.

Fabienne Blanchut et Caroline Hesnard, Emma et Loustic, A la rescousse de Tonton Antoine

Fabienne Blanchut et Caroline Hesnard, Emma et Loustic, A la rescousse de Tonton Antoine

Revenu d’un voyage aux Etats-Unis, Tonton Antoine se retrouve sans travail – mais avec un projet. « “Génial” d’après moi et “casse-figure” selon Maman. » : créer un site internet de casting d’animaux. Bien sûr, la vedette en sera Loustic, le chat d’Emma, qui, entraîné à faire le pitre, deviendra vite une vedette.
A la rescousse de Tonton Antoine est l’un des nouveaux mini-romans de la série Emma et Loustic, destinée aux apprentis lecteurs, « un vrai roman à lire tout seul » : mots simples, typographie aérée, illustrations dynamiques, intrigue gentillette, bons sentiments et touche d’humour. Idéal dans la bibliothèque de la classe ou en lecture suivie de fin d’année. Comme beaucoup de petits romans, la série s’adresse plutôt aux jeunes Emma (hum, hum, Flaubert n’est pas loin !) qu’aux garçons, souvent plus tentés par des documentaires.

De 7 à 8 ans, lecteurs débutants

Fabienne Blanchut et Caroline Hesnard, Emma et Loustic, A la rescousse de Tonton Antoine, Albin Michel Jeunesse, 2018, 48 p., 5,90 € — Cinq autres titres dans la même série.

Delphine Chedru, Aller-Retour

Delphine Chedru, Aller-Retour

« Papa m’a offert un avion. Il est rouge et rapide ! » Lancé par le garçonnet, le voilà qui traverse les pages, survole champs et villes, côtoie hirondelles et montgolfière pour arriver entre les mains d’une petite fille. Va-t-elle le renvoyer ? Si l’on en croit le titre, bien sûr ! Un album au dessin épuré et aux couleurs franches, pour rêver à son tour sur les ailes de ce petit avion rouge.

Avant 3 ans

Delphine Chedru, Aller-Retour, De La Martinière Jeunesse, 2018, 10,90 €

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

« Monsieur Eiffel, n’est-ce pas ? demanda le nain. Je vous félicite. Nous sommes très intéressés par la manière dont vous avez répondu aux défis que nous vous avons lancés, et nous serions heureux de vous compter dans nos rangs.
Gustave masqua son étonnement.
— Je vous remercie, répondit-il. Mais me sera-t-il enfin possible de connaître les activités de votre société ?
— Oui, oui, je me doute que vous avez beaucoup de questions. Vous pouvez m’appeler “mon ordinal”. Je suis le fondateur de la S.S.S.S.S.S. : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. »
Et voilà comment Gustave Eiffel, en compagnie de Louis Pasteur et d’Alfred Nobel, va se trouver embringué dans un roman policier « fantastico-historico-scientifico-romantique », entourloupiné par Flore Vesco, jamais en reste quand il s’agit d’élaborer une intrigue, de l’assaisonner de situations cocasses et de jeux de mots où une créativité déjantée l’emporte (mais pas toujours) sur un fond d’esprit potache. Les références au Metropolis de Fritz Lang comme à L’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam assurent au roman une généalogie savante, mais le cousin d’Isamberte ne serait autre que Magnéto, un mutant de l’univers des X‑Men, ce qui rassurera nos adolescents. Isamberte ? Derrière ce prénom se cache la fille d’Aldinni, le « méchant-méchant » du roman – et d’Aldinni à Houdini et à Robert Houdin, la magie n’est pas loin… Une magie aussi sombre, voire carrément gore, que les salles des machines de la manufacture où se déroule le roman. Frissons garantis !

Adolescents

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer, Didier Jeunesse, 2018, 224 p., 15,90 €

Nathalie Tordjman, Le Livre aux petites bêtes

Nathalie Tordjman, Le Livre aux petites bêtes

« Pour les petites bêtes, le sol est un grand supermarché. Chacune y trouve la nourriture qu’elle aime, en surface comme en profondeur. » Si les grillons, les larves de hanneton ou de cigale ou l’escargot sont herbivores, araignées, mille-pattes et perce-oreilles sont carnivores, tandis que d’autres petites bêtes sont « détritivores », se nourrissant de « crottes, plantes ou animaux morts ». Alors, ces bestioles, où se cachent-elles ? Comment se déplacent-elles ? Quelles sont leurs petites manies ? Rien de mieux pour les observer que de les attraper – enfin, pas toutes ! Une page donne ainsi les meilleurs conseils, notamment pour bricoler un « aspirateur à bouche ». Qui se lance ? Un documentaire illustré par des naturalistes diplômés : Julien Norwood a été formé au Muséum d’histoire naturelle de Paris et Emmanuelle Tchoukriel est diplômée en illustration médicale et scientifique. Quant à l’auteur, Nathalie Tordjman, journaliste spécialiste de la nature et de l’environnement, elle sait mettre les connaissances scientifiques à la portée de tous les petits curieux. Petit bémol : la coquetterie (pour ne pas dire la faute) de langue du titre – sans doute pour éviter de reprendre un titre existant ?

Dès 6 ans

Nathalie Tordjman, Le Livre aux petites bêtes, illustrations de Julien Norwood et Emmanuelle Tchoukriel, Belin Jeunesse, 2018, 72 p., 18,90 €
Dans la même collection, du même trio : Le Livre aux oiseaux, 2017, 80 p., 17,90 €

Sesyle Joslin, Qu’est-ce qu’on dit ?

Sesyle Joslin, Qu’est-ce qu’on dit ?

« Tu descends en ville faire tes courses. Tu marches à reculons, parce que parfois ça te plaît de marcher comme ça, et, vlan, tu rentres dans un crocodile. Qu’est-ce qu’on dit, chérie ? » Et face au crocodile, une jeune personne au chapeau extravagant susurre : « Veuillez m’excuser. »
Ce « Manuel de savoir-vivre à l’usage des jeunes gens comme des jeunes personnes destiné à servir de guide dans la conduite quotidienne de la vie en société » est une parodie succulente, riche en conseils pour survivre à toute situation absurde. Qu’est ce qu’on dit ? est la seconde traduction de What do you do, dear ? qui a obtenu en 1959 la médaille Caldecott, distinction du prix littéraire jeunesse le plus important des États-Unis.

Dès 4 ans

Sesyle Joslin, Qu’est-ce qu’on dit ?, ou l’art d’être poli en toute occasion, illustrations de Maurice Sendak, MeMo, 2017, 48 p., 14 € — Traduit de l’anglais par Françoise Morvan. L’album a été précédemment traduit sous le titre Que dites-vous cher ami ?, par Catherine Chaine, L’école des loisirs, 1979.
Des mêmes auteurs, dans la même collection : Qu’est-ce qu’on fait ?, ou l’art d’être poli en toute occasion, MeMo, 2017, 48 p., 14 € — Traduit de l’anglais par Françoise Morvan.

Pascal Ruter, Dis au revoir à ton poisson rouge !

Pascal Ruter, Dis au revoir à ton poisson rouge !

« — Ma correspondante, c’est ma mère qui l’a choisie sur une sorte de catalogue, on va la chercher.
— En Angleterre ?
— Mais non, à Roissy, con. Elle reste toutes les vacances de Pâques.
En tout cas, mon programme d’entraînement est réduit en cendres. Ma mère m’a prévenu : on range le skate, on sort sa langue pour dire the comme il faut, et au programme : bateau-mouche, musées, conférences ; Notre-Dame, Sacré-Cœur… »
Un programme qui va voler en éclats dès la page 16 du roman, où Andréas, 15 ans, se retrouve au 1er sous-sol de Roissy en compagnie de la désarmante et néanmoins charmante Mary – mais sans ses parents, lesquels ont disparu. Plus rapide que le skate d’Andréas, plus déjanté que ses backflips, n’hésitant pas à prendre les virages les plus incongrus à 180 degrés, ce roman d’espionnage nous fait courir de Paris à Brasilia en passant par New York, pour atterrir dans des mines de sel roumaines. La recherche des parents d’Andréas donne lieu à des courses poursuites, à des rencontres improbables avec quelques illuminés et, bien sûr, à des bagarres héroïques avec de très méchants personnages. Un rythme trépidant donc, James Bond et OSS 117 ne sont pas loin, mais en mode ado. Mary est heureusement bien plus futée que les girls de cinéma : surdouée, maîtrisant le réseau vertueux du Deep Pink Web comme personne, championne de krav maga et j’en passe, elle mène par le bout du nez un Andréas un peu emprunté de sa personne mais bon garçon. Avec un titre – horresco referens – que l’on dirait emprunté à San Antonio soi-même, les pages se tournent toutes seules. Idéal pour les vacances.

Dès 12 ans

Pascal Ruter, Dis au revoir à ton poisson rouge !, Didier Jeunesse, 2018, 256 p., 15 €