Thème

Mois : septembre 2013

« Vous savez que les perdreaux vont par bandes et nichent ensemble au creux des sillons pour s’élever à la moindre alerte, éparpillés dans la volée comme une poignée de grains qu’on sème. » Vous savez, vous ? Ce que sont des « sillons », une « volée », une « poignée de grains qu’on sème » ? Et si vous ne le saviez pas, pauvres que vous êtes, cette superbe phrase ne vous a‑t-elle pas laissé entendre la joie de vivre d’une innocente « compagnie » de perdreaux ? Une gaieté mise à mal par cet événement inquiétant qu’est la « fameuse ouverture de la chasse ». Rouget, jeune perdreau de l’année, va suivre un « vieux coq très malin », qui l’aidera à déjouer les pièges des chasseurs. Une magnifique promenade automnale ! Un album du Père Castor à retrouver dans les brocantes et chez les bouquinistes car il n’a pas été réédité depuis plusieurs décennies.

Dès 6 ans

Alphonse Daudet, Les émotions d’un perdreau rouge, images d’André Pec, Père Castor, 1948, 24 p. En brocante.

Stéphane Henrich, La contrebasse

Stéphane Henrich, La contrebasse

« Sa chère contrebasse ! Toute sa jeunesse ! Tant de merveilleux souvenirs ! » M Lamy, dont la dégaine laisse présumer qu’il fut autrefois un jeune cadre dynamique, se prend de nostalgie devant sa contrebasse reléguée au grenier. Pour lui, oui, mais qu’y peut sa fille Charlotte, une blondine haute comme la moitié d’un violoncelle ? Et pourtant… « Les cordes changées, l’instrument accordé… A toi de jouer, ma Charlotte ! » Mais que veut donc Charlotte ? Allez, je vous le souffle : elle se rêve en kimono sur un tatami, notre Charlotte ! Les aquarelles de Stéphane Henrich s’inscrivent dans la veine des dessins de Sempé : jamais vachards… quoique…
A méditer avant d’inscrire vos rejetons au conservatoire, que vous en soyez, ou non, sorti avec un premier prix.

Dès 6 ans

Stéphane Henrich, La contrebasse, Kaléidoscope, 2013, 34 p., 12,80 €

Sabine Boccador, Animaux très malins

Sabine Boccador, Animaux très malins

Le règne animal déploie des trésors d’ingéniosité pour se protéger, chasser, bâtir, ou simplement survivre. On connaît le coucou, qui niche dans le nid d’autrui ; l’éléphant, qui se gratte le dos en prolongeant sa trompe d’un bâton ; ou encore les dauphins qui communiquent par des sifflements adaptés aux circonstances. Plus étonnants, certains animaux, comme la pieuvre ou les corbeaux, véritables « surdoués du monde animal » selon la formule d’Yves Christen, sont capables d’exploiter des inventions humaines. Une pieuvre sait dévisser le couvercle d’un bocal pour y récupérer un crabe — introduit par un coquin de scientifique ! A Tokyo, les corbeaux utilisent des cintres en métal – volés sur les étendoirs — pour construire leurs nids. Les corneilles ont compris l’alternance des feux rouges et des feux verts, ce qui leur permet de faire casser leurs noix par les voitures puis de les déguster au feu rouge suivant. Selon les principes de cette collection, textes, photos et dessins s’épaulent de manière très claire et pédagogique pour, ici, initier les enfants à l’éthologie et stimuler leur curiosité.

Dès 6 ans

Sabine Boccador, Animaux très malins, illustrations de M.-Chr. Lemayeur et B. Alunni, Fleurus, coll. « La grande imagerie », 2013, 27 p., 6,60 €

Erkhes Erbs, La souris, la pie & le renard, conte des plaines de Mongolie

Erkhes Erbs, La souris, la pie & le renard, conte des plaines de Mongolie

« Bien loin, bien loin, au fond d’un bois, vivait une pie perchée sur un arbre, au bord de la rivière. » Elle venait de pondre « sept œufs aux couleurs douces et singulières », quand survint le renard. Comme partout, en Mongolie, le renard est rusé, hâbleur, menaçant – et le voici qui terrorise madame la pie… Sera-t-elle sauvée par la souris ? Un conte qui illustre comment il reste possible de résister à plus fort que soi : même si rien n’est gagné d’avance, à plusieurs, les petits ont toujours des chances de gagner. A eux de la saisir. Les illustrations de Takeshi Jonoo, dynamiques et colorées, accentuent avec un grand bonheur le rythme du récit venu tout droit des plaines de Mongolie.

Dès 4 ans

Erkhes Erbs, La souris, la pie & le renard, conte des plaines de Mongolie, illustrations de Takeshi Jonoo, Via Romana, 2013, 22 p., 12 €

 

Annie Collognat, Complètement mytho, Dieux et déesses de la mythologie

Annie Collognat, Complètement mytho, Dieux et déesses de la mythologie

Enfin un dictionnaire de mythologie gréco-romaine original et captivant ! Moïra, la Destinée, « qui garde en mémoire toute l’histoire du monde », livre ses « entretiens » imaginaires avec trente grandes figures de la mythologie. Des dialogues vivants et dynamiques permettent à chaque divinité de se présenter : les Anciens, les terribles enfants de Gaïa ; les douze Olympiens autour du « Père Zeus » ; et enfin les divinités en « service commandé », telles les Muses, Éros ou Éris. Après avoir précisé la place de chacun dans une généalogie passablement complexe, Moïra interroge la divinité sur ses principaux hauts faits, mais aussi sur ses relations avec les autres dieux : amours, galanteries, jalousies, ruses, vengeances, défis, tractations… Aurait-il suffi aux poètes d’amplifier nos qualités et nos travers de mortels ?
Sur le fond, rien que du très sérieux. Normalienne, agrégée de Lettres classiques, Annie Collognat a puisé aux meilleures sources : Homère, Eschyle, Hésiode, Diodore de Sicile… Avec une pincée de Lucien de Samosate, lequel se demande pourquoi « ces fichus philosophes prétendent que seuls les dieux sont heureux » alors qu’ils ont « tant de milliers d’occupations ».
Chaque « entretien » est précédé d’un portrait en couleur de la divinité : statue, mosaïque, fresque ou tableau. Il est suivi d’un court extrait d’une œuvre antique, d’abord en grec (essayez-vous donc à déchiffrer !), puis traduit avec élégance et humour, qui renforce la pertinence du récit recomposé par Annie Collognat. Une façon intelligente de faire entendre aux adolescents que les mythes sont bien plus que des objets archéologiques et qu’ils perpétuent la plus longue mémoire des peuples.

Dès 12 ans

Annie Collognat, Complètement mytho, Dieux et déesses de la mythologie, Le Livre de poche Jeunesse, 256 p., 5,90 €

ABC en peintures

ABC en peintures

De « L’Ange », léger comme une plume, de Thayer Abbott Handerson (1889), au « Zoo » d’August Macke (1913), cet album déroule un superbe alphabet. 65 œuvres sont associées à 65 mots-clés accompagnés chacun de deux autres mots qui permettent de décrire l’œuvre, voire de commencer une histoire. Ce musée imaginaire, s’il emprunte à toute la palette des artistes, demeure des plus figuratifs. A quel tableau vous font penser une chambre, une île, la lecture, un miroir, un tournesol ou une vague ? Et si, à votre tour, vous vous amusiez, avec vos propres photos et vos propres mots, à élaborer un abécédaire pour vos enfants ? J’ai tenté l’expérience : rien de plus facile avec les multiples offres d’albums sur internet.

Dès 3 ans

ABC en peintures, Palette, 2013, 112 p., 18 €

Jacques Duquennoy, L’école fantôme

Jacques Duquennoy, L’école fantôme

« — Entrez ! Non, pas par la porte, voyons ! A travers les murs ! A 296 ans, on doit savoir passer à travers les murs, tout de même ! » Le ton est donné : parmi tous les albums consacrés à « La Rentrée », celui-ci est l’un des plus drôles et des plus décalés. Les petits retrouveront ici des fantômes (voir La Croisière fantôme) qui ont, eux aussi, beaucoup à apprendre : devenir invisibles, déplacer des objets sans y toucher, étudier la croissance d’une araignée… Jusqu’à ce que justement, l’araignée grandisse un peu vite…

Dès 4 ans

Jacques Duquennoy, L’école fantôme, Albin Michel jeunesse, 2013, 48 p., 10 €

Zbyněk Černík, Ursin et Ursulin

Zbyněk Černík, Ursin et Ursulin

Une question taraude Ursin, le vieil ours tout grognon, autant que son compère Ursulin, un tout petit oursinet, qui, chose « exceptionnelle et pratiquement inexplicable », ont décidé de faire foyer commun. Quelle question ? Celle de savoir quels ours ont la plus belle vie. Ce ne sont ni les grizzlys, ni les ours blancs, mais, à y bien réfléchir, les pandas. Et nos deux amis de se teindre en noir et blanc, avant que d’aller mendier quelques friandises. Les autres récits de ce livre sont du même acabit : comment fêter Noël en juin, comment se présenter aux élections, que penser des méthodes du cousin d’Amérique… A chaque question « existentielle », nos deux ursidés répondent de manière à contenter leur estomac !
La traduction est elle aussi délectable : jeux de mots et trouvailles langagières ne devraient pas laisser les lecteurs sur leur faim. Quant aux illustrations d’Alžběta Skálova, elles sont les dignes héritières de l’école tchèque, à qui nous devons, par exemple, Josef Lada ou Josef Čapek.

Dès 5 ans – à lire seul dès 9 ans

Zbyněk Černík, Ursin et Ursulin, illustrations d’Alžběta Skálova, trad. de Xavier Galmiche, Editions MeMo, 2013, 93 p., 16 €

Roddy Doyle, 3 femmes et un fantôme

Roddy Doyle, 3 femmes et un fantôme

« — C’est une bonne bruine.
Quelqu’un venait de parler à Mary. Mais elle ne voyait personne. Elle était seule dans la rue, devant sa maison.
C’est alors qu’elle aperçut la femme.
Elle avait dû être cachée par les arbres, pensa Mary.
La femme était vieille. Mais en fait, pas tant que ça. Mary savait ce qui la faisait paraître vieille. Elle était démodée. […].
— Fais une petite chose pour moi, Mary.
Mary se retourna.
— Dis à ta grand-mère que tout va bien se passer. »
Une grand-mère qui s’éteint doucement dans un hôpital de Dublin, veillée par sa petite-fille et sa fille, Scarlett.
Remontons bien cet arbre généalogique : Mary, 13 ans ; Scarlett, sa mère ; Emer, sa grand-mère. Trois femmes. Et un fantôme : Tansey, l’arrière-grand-mère de Mary, morte trop jeune de la grippe, et qui n’a pas renoncé à veiller sur sa fille, cette Emer aujourd’hui moribonde, à qui elle veut tenir la main une dernière fois. Mais comme les néons de l’hôpital ne sont guère propices aux fantômes, même irlandais, ces quatre femmes vont quitter la ville, remonter la route du temps et tenter de retrouver la ferme de famille – ou ce qu’il en reste. En se témoignant sans cesse, à petites touches, l’amour qui les unit ;
Une très belle réflexion sur la mort, les racines, la transmission, la place unique des femmes dans la lignée, dans un roman qui n’exclut pas des passages drôles voire cocasses.

 Adolescents

Roddy Doyle, 3 femmes et un fantôme, Flammarion, 2013, 210 p., 11 €

 

Jon Arnason et A. K. Asbjörnsdottir, Les Elfes d’Islande

Jon Arnason et A. K. Asbjörnsdottir, Les Elfes d’Islande

« Ce qui m’a été caché sera à jamais caché aux hommes. » Telle est la réponse que fit l’Eternel à Ève, qui ne lui avait présenté que trois de ses enfants – ceux à qui elle avait eu le temps de faire un brin de toilette. Les autres ? Selon la légende, ils devinrent des elfes, « vivant dissimulés dans les recoins des montagnes d’Islande ». Cachés, mais néanmoins attentifs à ce qui se passe dans le monde des hommes, quitte à les asticoter – ou à les aider, c’est selon. On notera que tradition et religion font ici bon ménage, l’Église islandaise ne s’offusquant pas de la présence des elfes – capables qu’ils sont d’instruire un jeune garçon afin qu’il devienne prêtre.
Ce volume regroupe sept contes réunis par Jon Arnason (1819 — 1888) qui est au légendaire islandais ce que les frères Grimm sont au monde des contes germaniques. La traduction-adaptation permet une lecture à haute voix. Les illustrations de Florence Helga Thibault, très colorées, font penser aux textiles islandais, et ensoleillent ces contes du pays de la neige.

Dès 5 ans

Jon Arnason et A. K. Asbjörnsdottir, Les Elfes d’Islande, illustrations de Florence Helga Thibault, Editions Eponymes, 2013, 36 p., 12 €

David Groison et Pierangélique Schouler, Photos choppées

David Groison et Pierangélique Schouler, Photos choppées

Les photographes n’ont pas attendu un célèbre logiciel pour « bidouiller » leurs photos ! Modifier un ciel, éclaircir ou foncer une image, cela s’est fait sur les premières plaques de verre. La première photo vraiment « truquée », non pour faire joli, mais pour modifier le message ? Elle date de 1860 ! Le photographe a benoîtement collé la tête d’Abraham Lincoln sur un corps qui n’était pas le sien.
Goebbels, Staline, Brejnev… toutes les dictatures ont joué avec les images de presse, enlevant ici celui qui était tombé en disgrâce, ajoutant là quelques figurants… L’intérêt de cet ouvrage est de montrer que le « contrôle de l’information » — en fait, la désinformation pure et simple — est aussi le fait de nos « démocraties » : de la bague de Rachida Dati aux bourrelets de nos présidents… que de manipulations !

Dès 12 ans

David Groison et Pierangélique Schouler, Photos choppées, Actes Sud Junior, 2013, 96 p., 16 €

Jorge Letria, Si j’étais un livre

Jorge Letria, Si j’étais un livre

« Si j’étais un livre, ce qui me tiendrait le plus à cœur, ce serait d’être toujours lu et toujours libre », confie le livre-aéroplane. « Si j’étais un livre, j’aimerais qu’on voyage à travers mes pages jusqu’à l’île de tous les trésors », imagine un livre dans les pages duquel crawle un nageur. Si j’étais un livre… Une énumération poétique, servie par des gravures à la fois sobres et décalées. Un bon départ pour imaginer sa propre vision du livre, qui n’aimerait pas servir « seulement pour décorer les étagères ». Mais quels sont ces livres ? Ceux que les enfants ont posé sur leur table de nuit, ou ceux qui servent de tremplin aux petites voitures ? Mystère…

Dès 4 ans

Jorge Letria, Si j’étais un livre, illustrations d’André Letria, traduit du portugais par D. Nédélec, La Joie de lire, Genève, 2013, 60 p., 14 €