Thème

Mois : février 2011

Paul François, Les Bons Amis

Paul François, Les Bons Amis

Qui finira donc par la manger, cette succulente carotte qui voyage de page en page ? Le lapin, le cheval, le chevreuil ou le mouton ? Un grand classique, sur le principe de la comptine circulaire. Et une belle histoire d’amitié, de ces amitiés qui se forgent dans la nuit et le froid ! Ce seront les derniers flocons de neige de l’hiver, promis, demain ce sera (presque) le printemps.

Avant 3 ans

Paul François, Les Bons Amis, illustrations de Gerda Muller, Père Castor, Flammarion. Cartonné, 2004, 31 p., 11 €. Broché, 1999, 15 p., 3, 75 €. Existe en version livre+CD. Et diverses éditions plus anciennes, avec un peu de chance…

Iain Ashaman, Construis ton château médiéval

Iain Ashaman, Construis ton château médiéval

Une vocation d’architecte, une passion pour le Moyen Age, des doigts précis et un peu de suite dans les idées ? Délaissez le plastique moulé, et lancez-vous dans le montage de l’un de ces châteaux de carton léger, avec son donjon, ses remparts, ses tours et ses courtines. Juste un petit « truc » donné par un charmant jeune garçon : n’hésitez à investir dans une plaque de contreplaqué un peu plus grande que la maquette finie. Vous collerez les éléments au fur et à mesure et édifierez ainsi votre château sur des bases solides.

Dès 9 ans

Iain Ashaman, Construis ton château médiéval, Usborne, 2010, 7 € — Construis ton château, Usborne, 7 €

Jean-Philippe Arrou-Vignod, Enquête au collège

Jean-Philippe Arrou-Vignod, Enquête au collège

« Toute la permanence, collée aux fenêtres, vit enfin apparaître la victime, M. Cornue, soutenu par le conseiller d’éducation et le principal. » Car ce brave préparateur, que l’on imagine flottant dans une blouse d’un blanc douteux, a été proprement assommé au petit matin dans la salle de sciences-nat. Mais par qui ? Par un inconnu que notre héros, Rémi Pharamon, n’aura de cesse de démasquer, avec l’aide de l’ineffable Pierre-Paul de Culbert, dit P.P. Cul-Vert, et d’une Mathilde qui pourrait être la cousine de Fantômette.
Ne comptez pas sur moi pour vous délivrer le mot de la fin ! En revanche, s’il y en a bien un que j’aurais volontiers emmuré dans les sous-sols du collège, c’est le prof qui a pondu une fiche « pédagogique » officielle sur ce sympathique roman de vacances. Et voilà que s’invitent « l’incipit », le « schéma actanciel », les « invariants du récit d’enquête », sans oublier le « réinvestissement du travail sur le vocabulaire des verbes introducteurs exprimant la colère »… De quoi faire bailler d’ennui tous les condisciples du dénommé Pharamon !
Et puis, il y a quelque chose qui cloche ! L’éditeur dit « à partir de 9 ans », et les profs, « à étudier en 4e » ? Et pour entrer dans l’Aiguille creuse, il faut attendre d’être à l’université ?

A partir de 9 ans

Jean-Philippe Arrou-Vignod, Enquête au collège, Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 148 p., 5,70 €

Jacques Prévert et Albert Lamorisse, Bim, le petit âne

Jacques Prévert et Albert Lamorisse, Bim, le petit âne

« Il y a très longtemps, dans une île d’un pays d’Orient, la coutume voulait que chaque enfant eût un petit âne comme compagnon. Bim était le plus beau de tous les ânes. Abdallah était son maître. » Tout serait allé pour le mieux dans la casbah, si le fils du caïd, Messaoud, n’avait pas décidé de s’approprier le baudet. Quelques aventures auront raison de ce sale gamin, qui fera amende honorable, et deviendra « grand caïd comme son père, mais plus gentil ». Le scénario insiste sur le triomphe des bons sentiments, ce qui nous paraît un peu démodé en ces temps de violence…
Cet album est tiré du premier film d’Albert Lamorisse, Bim le petit âne (1949), tourné à Djerba. Il en reprend les superbes photos en noir et blanc, très travaillées, qui dégagent une atmosphère surannée, digne d’un conte des mille et une nuits.

Dès 7 ans

Jacques Prévert, Albert Lamorisse, Bim, le petit âne, Hachette, 1952. Librairies anciennes. Ou en poche, Ecole des loisirs, 1976, là aussi d’occasion.

Ulf Nilsson, Le jour où nous étions seuls au monde

Ulf Nilsson, Le jour où nous étions seuls au monde

Encore un livre venu de Scandinavie ! Ce n’est pas une « spécialité », non, juste un vieil atavisme, peut-être, en souvenir de nos demoiselles au pair suédoises… Car nous leur disions « mademoiselle », à nos Tove aux longues jambes.
Notre petit bonhomme de héros est tout fier : « Un jour, à l’école, j’ai appris l’heure. Neuf heures, dix heures, une heure, deux heures. D’habitude, Papa venait me chercher à trois heures. » Et là, pas de Papa, ni de Maman, moins encore de Tove aux longues jambes (normal, elle n’est pas dans l’histoire). Dans ce vide spatio-temporel – dix heures, une heure — va s’inscrire un drame en miniature, toute une histoire où l’affabulation va maintenir l’angoisse à une distance acceptable. L’imagination mais aussi la prise de conscience immédiate d’être le « grand frère » qui doit cacher son inquiétude fondamentale (pour lui, les parents se sont fait écraser par un camion, rien de moins) et « faire comme si » de rien n’était, tout en vaquant aux tâches essentielles : s’abriter, jouer – et même fabriquer une télévision en carton – ça, Robinson n’y avait pas pensé !
Quelle idée aussi ont les adultes de compter les doigts de la main par dix, mais les œufs, les yaourts et… les heures par douze !

Dès 5 ans

Ulf Nilsson, Le jour où nous étions seuls au monde, illustrations d’Eva Eriksson, Coll. Pastel, L’Ecole des loisirs, 2009, 26 p., 11 €

Jan Magnus Bruheim, Le Voyage de Kaouto, le petit renne

Jan Magnus Bruheim, Le Voyage de Kaouto, le petit renne

Voici un petit renne qui a eu bien de la chance : sur le catalogue de l’éditeur, il s’appelait Erwin, un nom pas du tout lapon – mais, le livre une fois imprimé, il répond au nom de Kaouto. Ce qui vous pose là pour un jeune renne dont l’objectif est de rejoindre ses terres natales de Kautokeino, au nord du nord de la Norvège. Car notre ami n’a pas du tout apprécié d’être vendu et exilé à Skajåk, dans le grand sud (enfin, le sud du nord du nord, pour nous, c’est encore le nord !). Il va courir sur plus de 1000 kilomètres, traversant les plaines, longeant les fjords, pour nous faire découvrir la Norvège. Il nous emmène au rythme haletant de quatrains en vers libres, « et il se dépêche pour arriver avant que le livre ne soit fini » ! Bien sûr, il retrouvera ses amis Matti et Aino qui n’ont pas encore troqué leurs habits traditionnels rebrodés contre des doudounes. Un beau voyage dans l’espace et dans le temps.

Dès 7 ans

Jan Magnus Bruheim, Le Voyage de Kaouto, le petit renne, illustrations de Reidar Johan Berle, Circonflexe, 2011, 24 p.,  13 €.

Christian Vellas, Suisse, 26 cantons, 26 légendes

Christian Vellas, Suisse, 26 cantons, 26 légendes

« Tous les pays qui n’ont plus de légendes seront condamnés à mourir de froid. » En plaçant son recueil sous le patronage du poète Patrice de la Tour du Pin, le conteur Christian Vellas se doit de réchauffer nos cœurs ! En effet, en ces soirs de frimas, quoi de mieux qu’une veillée devant l’âtre, avec de belles bûches et de non moins belles histoires ?
A la différence du conte, une légende « a toujours un fonds historique, que celui-ci soit inventé ou pas. […] Notons ici la différence que l’allemand, se distinguant ainsi du français ou de l’italien, fait entre Sage - légende profane — et Legende — légende sacrée. Dans la première, on évoque des fées, sorcières, nains, dragons, animaux fabuleux… Ou des personnages autour desquels ont été bâtis les mythes fondateurs. Dans la seconde, l’irruption du merveilleux est provoquée par Dieu ou ses saints, la Vierge ou des anges. »
Ces nuances vous semblent bien savantes ? Elles ne vous empêcheront pas de trembler à l’approche des dragons, des ours et des corbeaux, de rire des ruses de Mario, le berger tessinois, et de regretter l’absence de la belle et sauvage Songta Margriata. Vous verrez danser dans les flammes bien des dragons et des vouivres, et au printemps vous regarderez l’aubépine d’un œil nouveau.
Foin des antiquailles : ces légendes sont transcrites dans une langue tout à fait contemporaine, avec un ton décalé et de fines références à la littérature européenne. Le livre est superbement réalisé. Cher, oui, mais à conserver toute une vie !

A partir de 12 ans et pour toute la famille

Christian Vellas, Suisse, 26 cantons, 26 légendes, Slatkine, 2010, 224 p., 45 €.

Hans G. Andersen, Les Habits neufs de l’empereur

Hans G. Andersen, Les Habits neufs de l’empereur

« Oh, le roi est nu ! » Cette expression, devenue un proverbe fameux, est aussi la conclusion d’un conte célèbre d’Andersen, dont une version adaptée vient de paraître chez Lito. Vanité, obséquiosité, flagornerie : tout est mensonge dans ce royaume imaginaire. Nul besoin de fées ou de magiciens pour mettre en scène les travers du despotisme et le confort intellectuel. Il suffit de deux escrocs, deux vrais « méchants », plus méchants et moins bêtes que les autres.
Les illustrations de ce petit album parviennent à faire voir comment se tisse, se brode, se coupe et se coud « ce tissu invisible » qui va habiller l’empereur et assurer sa réputation. Quelle force de conviction chez ces bandits qui vont répétant que l’étoffe (dont on ne fait pas les héros !) n’est invisible qu’« aux imbéciles et à ceux qui font mal leur travail »…
Et quel éclat de rire, quand le roi, habillé de sa seule nudité – ventripotente, ne vous inquiétez pas ! – parcourt les rues pavoisées de sa capitale !

Dès 5 ans et pour lecteurs débutants

Hans G. Andersen, Les Habits neufs de l’empereur, adaptation d’Anne Royer, illustrations de Marie Flusin, Lito, 2011, 12 p., 1,99 €.

Brigitte Heller-Arfouillère, Le Serment de Délos

Brigitte Heller-Arfouillère, Le Serment de Délos

Les amours du bel Acontios et de la douce Cydippé ont fait le bonheur des poètes antiques. Il n’y manque rien : les amateurs de romanesque y verront tout à la fois les jeux du destin, sous la forme du serment volé ; les doubles jumeaux – Artémis et Apollon chez les dieux, Cydippé et son frère Jason sur terre ; le « mauvais » fiancé choisi par les parents ; le sens de l’honneur et de l’obéissance ; la jeune fille malade et sa nourrice dévouée ; le voyage initiatique qui rapproche le père et le fils ; le pardon des parents et une fin digne d’une comédie musicale ! Brigitte Heller-Arfouillère a su éviter les effets de mélo en inscrivant cette romance dans l’Athènes de 432 avant J.-C. et en faisant parler ces trois adolescents à tour de rôle.

A partir de 12 ans

Brigitte Heller-Arfouillère, Le Serment de Délos, Flammarion Jeunesse, 2011, 150 p., 5,50 €.

Jean de La Fontaine, Fables

Jean de La Fontaine, Fables

Quand la Vache-Qui-Rit danse avec le Corbeau et le Renard, cela nous donne un album plein de malice ! Ce choix de fables illustrées par Benjamin Rabier permet une double initiation : littéraire, avec une sélection qui va des fables les plus célèbres à des fables moins souvent mises en valeur, comme Le Rat et l’Éléphant, le Cerf se voyant dans l’eau, ou Le Faucon et le Chapon. Initiation artistique ensuite quand on sait toute l’influence qu’eut l’Art déco dans l’œuvre de Benjamin Rabier, lui-même précurseur de la « ligne claire » de la bande dessinée.
Cette sélection reste plus abordable que l’édition complète publiée par Taillandier (69 €), trésor familial certes, mais difficile à confier à de petites mains !

Dès 7 ans

Jean de La Fontaine, Fables, illustrées par Benjamin Rabier, Editions Langlaude, janvier 2011, 71 p., 12 €

Peter van Gestel, Marike et la forêt hantée

Peter van Gestel, Marike et la forêt hantée

La Marieke du Grand Jacques et cette petite Marike-là ont plus en commun qu’on ne le croirait de prime abord… Un tel petit roman aurait-il pu voir le jour ailleurs qu’en terre de Flandre, ce pays parcouru par Thyl Ulespiegel et ses joyeux comparses ? Ce Moyen Age est celui des magiciens, de la peste, des rats, des baladins, d’une foule de gens biscornus qui invoquent plus souvent le diable que le Bon Dieu… et d’une fillette trouvée un beau matin dans un buisson de tormentilles. Espiègle et farceuse, la jeune Marike, vêtue d’une culotte en peau de chèvre, semble tout droit sortie d’une bande dessinée, tant le roman est rythmé d’incidents en rebondissements. Un texte aussi drôle qu’irrévérencieux, pour des lecteurs au sens critique bien affûté. Mais pas plus qu’un tableau de Bosch ou de Brueghel.

Dès 11 ans

Peter van Gestel, Marike et la forêt hantée, Folio Junior, Gallimard Jeunesse, 2011, 282 p., 6,60 €

Just Knud Qvigstad, Contes de Laponie

Just Knud Qvigstad, Contes de Laponie

Quelles pistes étranges suivaient donc les grands textes antiques et les non moins célèbres mythes médiévaux pour parvenir au nord du nord ? Si les Samis les ont entendus raconter dans les temps anciens, ils les ont aussi et surtout adaptés. Just Knud Qvigstad (1853 — 1957), connu en Norvège comme linguiste, est un spécialiste de ces Samis, que nous ne devons pas appeler Lapons, car ce terme est injurieux. Il a collecté leurs contes, leurs fables et autres récits fantastiques – y compris donc des arrangements de l’Odyssée ou de la geste arthurienne. La sélection présentée ici est plus qu’un document savant : le lecteur tremblera – et pas seulement de froid ! – à l’évocation des géants et des Haldes, ces inquiétants fantômes.

À partir de 12 ans

Just Knud Qvigstad, Contes de Laponie, Esprit ouvert, 2000, 220 p., 20,60 €