Thème

Mois : octobre 2010

Pierre Gripari, La Sorcière et le Commissaire

Pierre Gripari, La Sorcière et le Commissaire

Pourquoi aller chercher des sorcières dans des régions inquiétantes ou dans des temps aussi reculés qu’improbables ? Prenez donc un ticket de métro pour une des stations du XIe arrondissement. La Folie-Méricourt, pour une sorcière parisienne, n’est-ce pas une adresse du dernier chic ? Une sorcière qui décide de faire, à sa manière, le bonheur de ses proches voisins. Et d’utiliser ses talents sur le chauffeur de taxi, la couturière, l’agent de police, l’employé du métro… Après un interrogatoire farfelu, et sans garde à vue, voilà notre sorcière en prison. Définitivement ? Non ! Ce serait sans compter sans le dynamisme du narrateur qui va jusqu’à créer le Mouvement pour la Libération des Sorcières – lequel, soit dit en passant, s’oppose à toute limite d’âge dans la profession. Un narrateur qui connaît mille tours pour ensorceler la langue française, avec ses rimes et ses jeux de mots extravagants.

A partir de 6 ans

Pierre Gripari, La Sorcière et le Commissaire, illustrations de Claude Lapointe, Grasset Jeunesse, 2003, 29 p., 6 € — Et diverses autres éditions.

Jules Verne, Le Passage du nord-ouest

Jules Verne, Le Passage du nord-ouest

Christophe Colomb a découvert l’Amérique. Point. C’est indiscutable. Et ceux qui prétendent que ce sont les Vikings, conduits par Leif Erikson, sont au mieux de doux rêveurs, au pire les victimes innocentes d’affreux propagandistes. Telle était encore la vulgate enseignée dans les années 1965. Et nous, petits Normands, de nous faire rabrouer en classe devant nos condisciples…
Curieusement, cette version, aujourd’hui incontestable, était défendue dès les années 1850 par les voyageurs et les géographes que le jeune Jules Verne rencontrait chez Jacques Arago. Vous me direz que côté sérieux et scientifique, la référence vaut ce qu’elle vaut. Mais ici, la réalité dépasse la fiction ! Dans ce Passage du nord-ouest, le romancier (pas encore célèbre), aidé par un « vrai » géographe, retrace le parcours de ces héros et les aventures authentiques qui les menèrent à la rencontre de l’inconnu. Au péril de leur vie. Les trois autres volumes de la Découverte de la terre : Histoire générale des grands voyages et des grands voyageurs, sont du même tonneau.

Dès 10 ans

Jules Verne, Le Passage du nord-ouest, Magellan & Cie, 2005, 112 p., 10 €

Roald Dahl, Les Minuscules

Roald Dahl, Les Minuscules

« Ayez bien les yeux ouverts sur le monde entier, car les plus grands secrets se trouvent toujours aux endroits les plus inattendus. » Par exemple, dans ce vieil arbre de la Forêt Interdite que Petit Louis rêve d’explorer… Un Petit Louis qui va devenir le héros du peuple des Minuscules. Roald Dahl reprend ici, à sa façon, les thèmes de Lilliput et de Nils Holgersson, ceux des dragons de feu et des mythes forestiers, de l’épreuve et du secret, de la curiosité et de l’imagination. Mais chut, ceux qui ont suivi Petit Louis dans la forêt garderont un silence prudent.

Dès 7 ans

Roald Dahl, Les Minuscules, illustrations de Patrick Benson, Gallimard Jeunesse, 2002, 66 p., 7,60 €. Les illustrations ont bien plus de charme en grand format, mais l’album semble épuisé.

Martin Waddel, Bébés Chouettes

Martin Waddel, Bébés Chouettes

Madame la Chouette ne va pas recenser tous les livres d’enfants dont les pages abritent chouettes et autres hulottes. Mais de temps à autre, ne boudons pas notre plaisir.
Sarah, Rémy et Lou, comme toutes les petites chouettes, vivent la nuit. Et elles ont beau être trois, ces petites chouettes, elles ont le cœur qui se serre quand leur maman s’envole… Leur nid est bien douillet, leur branche bien stable, mais la forêt est si grande, si sombre… L’histoire se déroule avec ses mots simples et ses dessins fourmillant de détails. Et bientôt, « les bébés chouettes fermèrent leurs yeux de chouette et formèrent des vœux pour que leur maman chouette rentrât bientôt ». Vive l’imparfait du subjonctif !

Dès 3 ans

Martin Waddel, Bébés Chouettes, illustrations de Patrick Benson, Ecole des loisirs, 1999, 5,50 €

 

Hans Christian Andersen, La Petite Poucette

Hans Christian Andersen, La Petite Poucette

Aller demander à une vieille sorcière le moyen d’avoir un enfant, cela n’est pas sans risque… La Petite Poucette n’en fit pas moins le bonheur de ses parents, jusqu’à son enlèvement par un vilain crapaud. Est-elle la cousine de Nils Holgersson, ou une figure nordique de Perséphone ? Toujours est-il qu’après moult aventures, elle n’épousera ni le fils du crapaud, ni le hanneton, ni la taupe. Une hirondelle reconnaissante l’emportera vers le sud, où elle deviendra reine.
Les aquarelles de la suédoise Elsa Beskow (1874–1953) font de ce livre une douce féérie. Elle qui eut six fils, n’a‑t-elle pas eu un jour la tentation de semer ce curieux « grain d’orge qui n’est pas de la nature de celle qui croît dans les champs » ? Plus sage, elle a pris ses pinceaux. Surnommée la « Beatrix Potter scandinave », Elsa Beskow mêle une très fine observation de la nature et des enfants à un sens poussé de l’allégorie. Une de mes illustratrices préférées.

A partir de 5 ans

Hans Christian Andersen, La Petite Poucette, illustrations d’Elsa Beskow, Ed Bonniers, 1979, 32 p. A rechercher. Et a rééditer d’urgence, avis aux éditeurs !

Mathias Jeschke, Une bouteille à la mer

Mathias Jeschke, Une bouteille à la mer

« J’avais jeté une bouteille à la mer. Marius l’avait trouvée et m’avait écrit en retour. Entre ces deux moments, plus de dix ans s’étaient écoulés », et la bouteille avait parcouru pas moins de 400 miles marins (soit 750 kilomètres), tout au long des côtes de Norvège. Cette bouteille, c’est aussi le début d’une belle amitié entre le narrateur et ce jeune Norvégien qui n’était pas né quand la bouteille avait, par jeu, était lancée par-dessus bord.
Au fil des pages – j’allais dire des vagues -, on en apprend aussi un peu plus sur le Gulf Stream, le jour polaire ou l’alphabet morse. Les dessins au crayon sont gais et lumineux, les enfants sont emmitouflés dans de superbes jacquards et les canots sont rutilants.
Mais cette « bouteille à la mer », pour ceux qui aiment les eaux plus profondes, est un de ces contes qui posent de belles questions sur le hasard, l’immensité, le temps, l’espoir, l’amitié. Bref, sur la grande aventure de la vie. Vue d’Allemagne par un théologien heureux.

A partir de 5 ans

Mathias Jeschke, Une bouteille à la mer, illustrations de Katja Gehrmann, Sarbacane, oct. 2010, 32 p., 15,50 €

Mark Twain, Les Aventures de Tom Sawyer

Mark Twain, Les Aventures de Tom Sawyer

« Tom ! »
Pas de réponse.
« Tom ! »
Pas de réponse.
« Je me demande bien où a pu passer ce garçon. Allons, Tom, viens ici ! »
Gageons que l’on cherchera aussi longtemps le jeune lecteur qui se sera caché pour dévorer à son aise ce grand classique ! Un format agréable, une typographie aérée, des illustrations soignées et le texte intégral : que demander de plus ?

Dès 12 ans

Mark Twain, Les Aventures de Tom Sawyer, Gründ, sept. 2010, 287 p., 9,95 €

André Cuvelier, Contes et Légendes de Suisse

André Cuvelier, Contes et Légendes de Suisse

Les Alpes abritent quelques créatures féériques que l’on ne rencontre nulle part ailleurs. Il en est ainsi du servant, « un génie, un lutin, qui hante les chalets, les étables et les vieilles demeures » et qui, contre un peu de bonne crème et autant de galette, protège la maisonnée, ses habitants et ses troupeaux. Ce volume consacré aux contes et légendes de Suisse propose « une légende de chaque époque et de chaque genre, allant des âges fabuleux aux temps historiques, mettant en scène le diable, les dragons, les fées et les servants, ces personnages de la mythologie populaire, aussi bien que les héros de l’Histoire ». De saint Béat à Guillaume Tell, de Ponce Pilate à l’énigmatique « professeur de Reichenau », que de personnages aux destins étonnants !

Dès 9 ans

André Cuvelier, Contes et Légendes de Suisse, Fernand Nathan, 250 p. Plusieurs éditions de 1934 à 1960. A rechercher.

Hans Christian Andersen, Le Petit Soldat de plomb

Hans Christian Andersen, Le Petit Soldat de plomb

« Il y avait une fois vingt-cinq soldats de plomb. Ils étaient tous frères car ils étaient nés d’une vieille cuiller de plomb. » Or certaines nuits sont magiques : celle du 31 décembre, et celle-là seulement, au moment des traditionnelles étrennes, permet aux jouets de s’animer et de vivre en leur nom les aventures que leurs petits propriétaires ne tarderont pas à imaginer pour eux.
Deux douzaines de ces figurines resteront à l’écart du conte, qui a pour héros le 25e soldat, le dernier-né, celui qui est « mal fini » : faute de plomb, il est unijambiste. Et de qui va-t-il tomber raide amoureux ? D’« une petite demoiselle découpée dans du carton », une danseuse qui virevolte sur une seule jambe – elle aussi. Si près, si loin… Comment faire le premier pas quand vous n’avez qu’une jambe ? Et si la vie se mêle de vous jouer ses mille tours, que d’obstacles sur le chemin : une chute, une averse, un voyage à bord d’un bateau en papier… Jusqu’à l’embrasement final.
Comme tant de contes, celui-ci contient plusieurs « leçons ». Il serait bien superficiel de s’en tenir à un seul regard sur le handicap. Ce petit soldat figé, qui s’interdit de pleurer ou de témoigner ses émotions, touchera aussi les enfants introvertis. Ceux qui, timides à l’excès, n’osent jamais prendre les devants et se consument intérieurement. Il touchera tout autant ceux qui font montre de désinvolture, voire d’irrespect, en « jetant » leurs camarades. La traduction de Régis Boyer, grand spécialiste des mondes nordiques, et les illustrations raffinées de Fred Marcellino donnent à ce conte toute sa dimension onirique.

A partir de 5 ans

Hans Christian Andersen, Le Petit Soldat de plomb, traduction de Régis Boyer, illustrations de Fred Marcellino. Format poche : Gallimard Jeunesse, oct. 2010, 48 p., 4,80 €. Format album : Gallimard Jeunesse, à rechercher.

Paul-Émile Victor, Apoutsiak, le petit flocon de neige

Paul-Émile Victor, Apoutsiak, le petit flocon de neige

Quand le grand explorateur Paul-Émile Victor (1907–1995) écrit et illustre cet album, nous sommes encore à l’époque où l’on dit Esquimau et non pas Inuit, où les papas ont des fusils et les enfants des couteaux, où l’ethnologue le plus respectueux ose montrer le joyeux désordre qui règne dans une hutte esquimaude… Autant dire que le récit n’est pas spécialement enjolivé, que le jeune lecteur est pris au sérieux, et que ce « gai savoir » à portée des plus jeunes conjugue humour et sens aigu de l’observation !
La réédition de l’album original de 1948 nous démontre par a+b que la belle typographie et la mise en page soignée du Père Castor n’ont pas pris une ride.

A partir de 6 ans

Paul-Émile Victor, Apoutsiak, le petit flocon de neige, Flammarion, Père Castor, 1998, 31 p. Cartonné, 14 € — Couverture souple, 7 € — Imprimé en France.

Anne de Preux, Naufrage en mer de Chine

Anne de Preux, Naufrage en mer de Chine

« — Amenez l’artimon ! Orientez la voilure au près ! Au près, je vous dis ! Coupez l’écoute de la grand-voile à tribord !
Quelques gabiers étaient montés dans la mâture. Les soldats, accourus à la rescousse, se suspendaient aux drisses. L’angoisse nous étreignait. » Et nous donc ! Quelle tempête ! A quatorze ans, le jeune Jan découvre la vie à bord du Geldermalsen, parti chercher, dans la Chine lointaine, une précieuse cargaison : du thé, mais aussi des lingots d’or. Ce roman historique plonge le lecteur dans l’univers maritime du XVIIIe siècle. Des dialogues enlevés et parfois lestes alternent avec des descriptions techniques précises — pas de doute, nous sommes bien dans le monde de la marine à voile !
Il a fallu attendre 1985, pour que le Geldermalsen, naufragé le 3 janvier 1752, révèle ses secrets. La découverte de l’épave est à elle seule un second roman.

A partir de 10 ans

Anne de Preux, Naufrage en mer de Chine, Gallimard Jeunesse, oct. 2010, 300 p., 11 €

Sophie de Mullenheim, Signé Charlotte

Sophie de Mullenheim, Signé Charlotte

« Je quitte ce soir mon beau château de l’Espérance. […] Je ne peux me faire à l’idée que je pars peut-être pour toujours. […] Je suis devenue ‘Charlotte N’Importe Qui’ ! » Quand la jeune Émilie, en 1886, découvre un « simple paquet de lettres retenues par un ruban de velours bleu », elle ne peut imaginer où cette trouvaille va la mener. Avec son amie Constance, elle n’aura de cesse de reconstituer l’histoire mouvementée de Charlotte et de sa sœur Elisabeth, prises dans la tourmente révolutionnaire. Un roman historique qui montre la Révolution française « de l’autre côté », en évoquant longuement le destin des prêtres réfractaires.

 A partir de 10 ans

Sophie de Mullenheim, Signé Charlotte, Les Soeurs Espérance, Edifa Mame, 2010, 277 p., 12,50 €