J. Patrick Lewis, La Maison

J. Patrick Lewis, La Maison

Quand cette maison, construite en 1656 (la date figure sur le linteau de la porte), décide de raconter le XXe siècle, elle a déjà derrière elle une longue histoire, inscrite dans ce paysage italien, entre champs et forêts, avec son puits et ses terrasses.
C’est une maison poète, qui s’exprime en quatrains joliment traduits. Plutôt « taiseuse », elle se laisse portraiturer au fil des siècles par Roberto Innocenti. Chaque double page fourmille de détails à lire à plusieurs niveaux : histoire des saisons au rythme de la végétation, histoire des familles – naissances, mariages, départs et deuils –, histoire du pays – exode rural, guerres et paix.
On aurait aimé que la maison voie alterner encore longtemps ces cycles naturels. Mais un beau jour de 1973, cette maison restée « sans maîtresse » pense avoir atteint « sa destinée dernière »… En effet, la « restauration » de 1999 est un reflet caricatural et oh combien inquiétant de la société de consommation dans son immédiateté et son égoïsme : il n’y manque ni la piscine, ni le barbecue, ni les nains de jardin !
Suivez aussi « l’histoire » de l’arbre le plus proche, ainsi que celle des enfants, de moins en moins nombreux. Des images à commenter aux enfants, pour donner du sens à tous les détails mais aussi pour les inscrire dans une perspective historique plus vaste.

A partir de 6 ans

J. Patrick Lewis, La Maison, illustrations de Roberto Innocenti, Gallimard, sept. 2010, 62 p., 15,90 €

Alphonse Daudet, La Chèvre de monsieur Seguin

Alphonse Daudet, La Chèvre de monsieur Seguin

Qui n’a jamais tremblé aux aventures de cette petite chèvre éprise de liberté ? Qui n’a jamais rêvé de batifoler avec Blanquette dans « les maquis et les buissières, tantôt sur un pic, tantôt au fond d’un ravin » ? Et qui n’a pas écrasé une larme en lisant la dernière, l’ultime phrase du conte : « Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea » ?
Les monotypes sur cuivre de Jean-Luc Buquet sont aux couleurs de la Provence, celle des montagnes âpres et sauvages qu’affectionnaient Alphonse Daudet. Les grands aplats, ocres, violets ou gris selon l’heure du jour, mettent parfaitement en scène les soucis de M. Seguin, les galipettes de la chèvre ou l’air étonné des jeunes chamois.
Avec ses caractères originaux parfois noirs, parfois colorés, la typographie rythme la lecture – en la rendant peut-être un peu délicate aux très jeunes lecteurs. Les choix artistiques de l’éditeur, qui œuvre « sans excès de mode ni de conservatisme », offrent aux enfants une belle approche de la gravure contemporaine, dans la grande tradition du livre illustré.

 Dès 5 ans

Alphonse Daudet, La Chèvre de monsieur Seguin, illustrations de Jean-Luc Buquet, Éditions Courtes et Longues, sept. 2010, 50 p., 19 €

Philippe Dumas, Une ferme d’autrefois

Philippe Dumas, Une ferme d’autrefois

Quand l’auteur vivait en Angleterre, près d’Oxford, à la fin des années 1980, il habitait à côté d’une ferme modèle, où les hommes, « comme autrefois », respectaient le cycle des saisons et vivaient en harmonie avec la nature. Il a croqué, « sur le vif », les gestes traditionnels quotidiens, notamment autour de la traite et de la transformation du lait. Les légendes, discrètes, n’empiètent pas sur l’élégance des dessins aquarellés, dont le raffinement se conjugue à la précision documentaire, avec un savoir-faire très british.
Depuis, le manoir de Cogges est devenu un musée vivant, qui permet de découvrir la vie rurale de l’Oxfordshire à l’époque victorienne.
Un bel album à feuilleter au coin du feu, un dimanche d’automne, après avoir initié les enfants au rituel des scones et des muffins faits maison.

A partir de 5 ans

Philippe Dumas, Une ferme d’autrefois, Ecole des loisirs, 1997. Réédition : sept. 2010, 48 p., 14,50 €

Hans Christian Andersen, Les Cygnes sauvages

Hans Christian Andersen, Les Cygnes sauvages

Le personnage central de ce conte est une jeune fille, Elisa, sur les épaules de laquelle repose le destin de sa fratrie. Et quelle fratrie ! Onze frères, jeunes princes que leur marâtre a transformés en cygnes sauvages. Si le maléfice les contraints à voler le jour, ils retrouvent forme humaine à la nuit tombée. Après moult aventures, la fillette devenue une belle adolescente est à son tour chassée du palais. Elle retrouve ses frères et décide de leur rendre la liberté. Le prix en est tout bonnement exorbitant : elle doit cueillir autant d’orties qu’il en faut pour tisser onze tuniques – et le tout en silence, alors même qu’un roi veut l’épouser !
Jeunes filles qui écoutez ce conte, oserez-vous ronchonner quand il vous faudra aider aux soins du ménage pendant que vos frères découvrent le vaste monde ? Beaucoup plus qu’une leçon de muette persévérance, ce conte laisse entendre que le destin de la lignée est dans les mains des femmes : c’est à elles qu’il appartient de tisser, d’entretenir, voire de réparer les liens familiaux. Quant au cygne, dans les mythologies européennes, il est le symbole de la métamorphose, du passage et la délivrance – donc des épreuves que vit l’adolescent pour devenir adulte.
Ce conte classique a été réécrit ici dans une langue musicale et bien rythmée. Les illustrations très seventies adoucissent les phases les plus cruelles du conte, tout en lui donnant une dimension onirique médiévale bienvenue.

A partir de 8 ans

Hans Christian Andersen, Les Cygnes sauvages, illustrations de Susan Jeffers, Gautier-Languereau, 1981, 37 p. A rechercher.

 

Bertrand Solet, Guillaume Tell, deux flèches ont suffi

Bertrand Solet, Guillaume Tell, deux flèches ont suffi

Du chalet de la belle Itta à la taverne de la Corne d’aurochs, de la prairie du Rütli à la place des Tilleuls d’Altdorf, c’est l’histoire légendaire fondatrice de la Suisse que retrace ici Bertrand Solet. Celle de Guillaume Tell et de ses compagnons. Les jeunes lecteurs, vibrant aux récits de leurs aventures, ne trembleront pas plus que le fils de Guillaume ! Courageux et confiant, l’enfant ne bougea pas d’un pouce quand son père, de son carreau d’arbalète, fendit en deux la célèbre pomme, symbole de liberté.
Laissons parler l’auteur : « Ce livre brode sur [les] légendes. Son action se situe en l’an 1307. C’est un roman d’aventures, qui respecte le pays et les hommes, en restant fidèle à ce que Guillaume Tell et les siens représentent aujourd’hui : l’union réalisée de vingt-six cantons, l’amour de la liberté, la nécessité de combattre pour elle. »

Dès 9 ans

Bertrand Solet, Guillaume Tell, deux flèches ont suffi, Seuil Jeunesse, sept. 2010, 120 p.8 €.