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Olivier Desvaux

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam

« Dans une vallée de Germanie riche en vignes et en châteaux, vivait une paysanne prénommée Giselle », ainsi débutent le conte et le célèbre ballet d’Adolphe Adam. Une si jolie paysanne qu’elle fait battre le cœur du garde-chasse Hilarion mais aussi celui d’un villageois « qui se faisait appeler Loys ». Quand est levé le mystère de ce beau Loys, c’est le drame… Un drame d’amour, symbole de la danse romantique : quelle danseuse étoile n’a jamais rêvé d’incarner Giselle ? Giselle, non seulement va mourir d’amour, mais elle va être accueillie par la reine des Wilis. De bien étranges créatures, ces fiancées mortes avant le jour de leurs noces…
Ce livre-disque réunit une superbe équipe : le texte de Pierre Coran est lu par la voix envoûtante de Natalie Dessay. Il est illustré par le pinceau coloré d’Olivier Desvaux – si coloré qu’on se croirait plus en Provence qu’en Courlande ! Enfin, les morceaux choisis par Marc Dumont sont interprétés par l’orchestre symphonique de Londres sous la baguette du chef d’orchestre Anatole Fistourali : fête paysanne, valses, musiques de chasse…
Un superbe cadeau à écouter et réécouter – et pas seulement pour les ballerines en herbe !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam, illustrations d’Olivier Desvaux, voix de Natalie Dessay, Didier Jeunesse, 2019, 48 p. + 1 CD, 23,80 € — Imprimé en Italie. Un code permet d’écouter l’album en ligne.

Géraldine Elschner, La petite danseuse : Edgar Degas

La petite Jeanne, éprise de musique, dessine des claviers de piano comme d’autres des marelles, et elle danse, elle danse… Comme elle danse le jour où, enfin, sa mère, simple blanchisseuse, la présente au concours des petits rats de l’Opéra. «  A l’annonce des résultats, toutes deux bondissent de joie. Réussi ! Elle a réussi ! » La voilà soumise à cet entraînement quotidien, si exigeant et si douloureux. Dans un recoin de la salle, un monsieur, lui, dessine et dessine encore… Edgar Degas. Un beau jour, il demande à Jeanne de remplacer Marie, son modèle habituel. Géraldine Elschner, qui a retrouvé ses chaussons de petite fille, a trouvé les mots justes pour évoquer la vie quotidienne des petits rats. Olivier Desvaux, lui, grand connaisseur de Degas, a passé deux saisons à peindre les répétitions de danse au Palais Garnier. Le pas de deux qu’ils nous offrent ici est éblouissant ! Quelle belle leçon de faire ainsi revivre cette Petite Danseuse ! Entre danse classique, musique, peinture et sculpture, cette histoire nous plonge dans l’art, le talent, le perfectionnisme et le travail acharné des artistes.

Dès 6 ans

Géraldine Elschner, La petite danseuse : Edgar Degas, illustrations d’Olivier Desvaux, coédition Canopé et L’Elan vert, coll. « Pont des arts », 2019, 32 p., 14,95 € — Imprimé en Chine

Victor Hugo (d’après), Cosette

Victor Hugo (d’après), Cosette

« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette pensait qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenue, et qu’il n’y avait plus d’eau à la fontaine. » Tel est le début du 2e chapitre de ce « Cosette » — dont j’ai bien cru qu’il était directement issu des Misérables. Vérification faite, voici le texte de Victor Hugo :
« Il était arrivé quatre nouveaux voyageurs.
Cosette songeait tristement ; car, quoiqu’elle n’eût que huit ans, elle avait déjà tant souffert qu’elle rêvait avec l’air lugubre d’une vieille femme.
Elle avait la paupière noire d’un coup de poing que la Thénardier lui avait donné, ce qui faisait dire de temps en temps à la Thénardier : – Est-elle laide avec son pochon sur l’œil !
Cosette pensait donc qu’il était nuit, très nuit, qu’il avait fallu remplir à l’improviste les pots et les carafes dans les chambres des voyageurs survenus, et qu’il n’y avait plus d’eau dans la fontaine. »
Pour un jeune lecteur de 8 à 10 ans qui veut faire connaissance avec ce drame, cette « réduction » me semble très intelligente, même si d’aucuns ne jurent que par l’original. D’autant plus que sur la page de gauche, une illustration pleine page due au pinceau d’Olivier Desvaux nous fait comprendre le martyre de la fillette : sur une table, un verre et une carafe, comme une nature morte. Sous la table nappée de blanc, deux pieds, entourés de deux menottes, et l’ébauche d’un jupon bleu. Cosette, plus morte que vive…
Une adaptation, donc, des principaux chapitres consacrés à l’enfance de Cosette : la descente à la source, l’aide de Jean Valjean, son séjour chez les Thénardier, l’épisode de la poupée, le départ de Cosette et son installation à Paris, dans le galetas du boulevard de l’Hôpital. Les nombreux tableaux du peintre Olivier Desvaux font de ce grand format (33,2 x 26,7 cm) un superbe album.

Dès 8 ans

Victor Hugo(d’après), Cosette, illustrations d’Olivier Desvaux, Belin Jeunesse, 2018, 56 p., 19,90 € — Imprimé en Slovénie.

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Une bergerie isolée « sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Le narrateur rencontre un berger solitaire et bienveillant. Qui, après avoir passé la soirée à trier un cent de glands, va, le lendemain, les semer dans une terre dont il ne se soucie pas de connaître les propriétaires. Un cent de glands ? Ce sont cent mille glands qu’il avait planté, dont dix mille avaient pris. D’année en année, malgré les guerres, chênes, hêtres, bouleaux reconquièrent vallons et collines. Les villages abandonnés reprennent vie où « garçons et filles […] savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ».
Il est rare qu’un des grands textes de notre littérature soit si souvent illustré pour la jeunesse – et de manière si diverse -, signe qu’il est vraiment porteur de sens. Olivier Desvaux a parcouru la Haute Provence, chevalet sur le dos. Ses couleurs vibrent sous le soleil provençal avec une extraordinaire justesse de ton, on entend souffler le vent et le parfum des lavandes n’est pas loin… Jean Giono précisait aussi que c’était le texte dont il était le plus fier. Au-delà du discours écologique, une réflexion profonde et un style incomparable.

Dès 8 ans

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, 2018, 60 p., 14,50 € — Imprimé en Italie.

Yves Pinguilly, La Fleur des vagues

Yves Pinguilly, La Fleur des vagues

« Le ciel était bleu et bleu. La mer était bleue et bleue. » Et Hortense, avec sa poupée Soazic et Chien-Gris, ne perd pas une miette du spectacle : un grand bateau entre dans le port. La Fleur des vagues, elle le connaît bien, car il rythme sa vie, passée à la fenêtre. Jusqu’au jour où le quai reste désert. Page à page, Hortense va apprendre que l’on peut passer le grand pont, découvrir la grande ville, et, si peut qu’on y croit, voir de curieux bateaux dans les nuages. Quant au secret d’Hortense, il ne se découvre qu’à la fin du livre – et serre le cœur des enfants qui attendent les bateaux en jouant sur le port. Bon voyage, Hortense !

Dès 6 ans

Yves Pinguilly, La Fleur des vagues, illustrations d’Olivier Desvaux, Belin, 2012, 32 p., 13,70 €

Jules Renard, Poil de Carotte

Jules Renard, Poil de Carotte

« Tout le monde ne peut pas être orphelin », ce « cri du cœur » d’un petit bonhomme d’une dizaine d’années fait partie du patrimoine littéraire de tout collégien francophone. Car « sans doute, les autres ont leurs peines. Mais je les plaindrai demain. Je réclame aujourd’hui la justice pour mon compte. Quel sort ne serait préférable au mien ? J’ai une mère. Cette mère ne m’aime pas et je ne l’aime pas. » Ce roman autobiographique de Jules Renard (1864–1910), troisième enfant d’une fratrie qui supporte mal la mésentente des parents, mérite mieux qu’une édition de poche – merci à Tourbillon pour cette collection de qualité. Le peintre et illustrateur Olivier Desvaux nous dévoile, sans en avoir l’air, ce qui se cache derrière l’univers petit-bourgeois dans lequel se meut Poil de Carotte.

Dès 12 ans

Jules Renard, Poil de Carotte, illustrations d’Olivier Desvaux, Tourbillon, 2012, 195 p., 14,15 €

Henri Del Pup, Les Dieux racontent le monde romain

Henri Del Pup, Les Dieux racontent le monde romain

Nous imaginons volontiers le sourire en coin, hésitant entre provocation et condescendance amusée, de l’historien grec Polybe qui tentait de dresser le portrait de tous ces dieux de la vigne, des fleurs, des semailles et des sources ! Le panthéon romain était littéralement surpeuplé ! Écoutons-les :
« Je suis Minerve, la déesse de l’intelligence et de la sagesse, protectrice de ceux qui travaillent. C’est moi qui ai enseigné aux humains l’art de transformer la laine et d’utiliser le fuseau et l’aiguille à broder. » Eh oui, quand une jeune Romaine se mettait à broder, c’était sous l’égide de Minerve !
« Je suis Neptune, le dieu des eaux, protecteur des pêcheurs, des bateliers, des meuniers et des marins ». N’y a‑t-il pas de quoi être « taciturne et bougon », à protéger tous ceux qui rament ou poussent à la roue ?
Plus pédagogue que Polybe, l’historien Henri Del Pup a choisi parmi les principales divinités celles dont les domaines de compétence permettaient de dresser un tableau des divers aspects de la civilisation romaine. Sur le même principe que l’ouvrage consacré aux dieux grecs, ce livre donne la parole aux dieux romains, mais aussi aux historiens et aux archéologues.

Dès 9 ans

Henri Del Pup, Les Dieux racontent le monde romain, illustré par Olivier Desvaux, Milan, 2011, 78 p., 15,90 €