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Magellan et Cie

Maylis Daufresne, La Voie des loups

« Ils sont là. L’enfant n’a pas besoin d’étoiles au firmament pour les deviner, les sentir, les entendre presque. Les loups, tapis aux portes du village, rôdent sous les remparts. » Cet enfant, c’est Lodoïs, 8 ans. Il va tenter l’impossible : savoir pourquoi les loups emportent, chaque nuit du Nouvel An, « un enfant aux yeux gris » vers un destin dont personne ne sait rien. Ils ont pris Aénor, Corentin, Awen, Malo, Yann, Alis, Léna, Maé et tant d’autres. Il part avec son baluchon, ses rêves, ses peurs et sept objets magiques que lui confient ces disparus. Pris en chasse par les loups, Lodoïs s’engage dans une longue course-poursuite au cœur de la forêt. Quels mystères lui seront-ils révélés ? Maylis Daufresne tisse un récit fantastique dans lequel s’entremêlent forces et faiblesses, peurs et énergies, et bien peu de certitudes. Son récit polyphonique laisse à chacun le soin de se demander d’où peut venir le mal et comment il convient de passer outre. Sans se laisser impressionner, ni par les loups ni par la noirceur de la nuit. Surtout quand on a des amis fidèles, de ceux avec qui on saute au-dessus de feux que l’on imagine être ceux de la Saint-Jean. La langue poétique, simple et soutenue de Maylis Daufresne crée à elle seule un climat qui nous entraîne au pays des contes. Alors, comme il y a en plus des loups…

Dès 9 ans

Maylis Daufresne, La Voie des loups, Magellan et Cie, coll. « Les P’tits Magellan », 2020, 120 p., 12 € — Imprimé en France

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc

« Kotick, le baby de Matkah, naquit […] tout en tête et en épaules, avec de pâles yeux bleus couleur d’eau, comme sont les tout petits phoques ; mais il y avait quelque chose dans la teinte de son pelage qui le fit examiner de très près par sa mère :
— Sea Catch, dit-elle enfin, notre baby va être blanc !
— Coquilles vides et goémon sec ! éternua Catch, il n’y a jamais eu au monde rien qui ressemblât à un phoque blanc. »
Le jeune Kotick, héros du récit, découvre un jour que les hommes abattent ses congénères par centaines, par milliers. Un long, très long voyage initiatique va lui permettre de trouver une île « où les hommes ne viennent jamais ». Reste à convaincre les autres phoques que cette île n’est pas née de son imagination, qu’elle existe vraiment, et qu’il est possible d’y couler des jours heureux… Le Phoque blanc, ce conte né dans la mer de Behring, fait partie du Livre de la Jungle – qui est loin de se réduire à la seule histoire de Mowgli. Les éditions Magellan ont eu la riche idée de republier la version originale de cette nouvelle, illustrée des somptueux bois gravés de Maurice de Becque, dans la traduction historique de Louis Fabulet et Robert d’Humières. Cet album fera un cadeau apprécié, car il est de plus relié d’une belle couverture cartonnée.

Dès 10 ans

Rudyard Kipling, Le Phoque blanc, illustrations de Maurice de Becque, Magellan et Cie, coll. « Les P’tits Magellan », 2018, 48 p., 15 €. Première traduction originale par Louis Fabulet et Robert d’Humières. Imprimé en France.

Nicolas Michel, L’Abécémer

Nicolas Michel, L’Abécémer

« J’ai donné le K au pauvre Krill
Sans conteste, le déjeuner préféré des baleines à fanons. Une petite crevette qui, par millions, participe à l’équilibre des grands fonds : après avoir digéré une bonne dose de phytoplancton, la voilà projetée en bande dans le ventre des cétacés… Faute de pouvoir tout compter, les Terriens estiment cette vaste population au poids : 379 millions de tonnes au bas mot ! De petits corps transparents riches en luciférine, qui les rend bioluminescents, et en astaxanthine, qui colore de rose orangé la chair des saumons qui les dévorent. Et peut-être aussi celle des Japonais qui les dégustent sous le nom d’okiami ! »
Mais avant de donner le K au krill, Nicolas Michel a « donné » A, B, C, D, E, F, G, H, I et J à d’autres animaux marins, « des oiseaux qui passaient, à des poissons qui nageaient, à des habitués des grandes baies, à tout ce que la mer contient d’étranges beautés », – et il a continué jusqu’au Z de la jolie Zée. Ces textes courts, aussi poétiques que scientifiques, sont illustrés de superbes figures blanches sur fond bleu, inspiré du procédé photochimique du cyanotype. Une superbe façon de nous alerter sur l’avenir de nos océans !

Dès 10 ans

Nicolas Michel, L’Abécémer, Magellan et Cie, 2018, 56 p., 18 € — Imprimé en France