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François Place

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace

« Il y avait un petit garçon qui habitait un pays de plaines. Tous les dimanches après-midi il allait se promener avec son père dans des chemins bordés de haies. » Mais pour qui marche entre les haies, la question demeure : qu’y a‑t-il donc au-delà ? Et notre garçon de rêver… Grimper aux arbres, aussi haut que les écureuils et les oiseaux… Et puis un jour — ou plutôt une nuit – le voilà au pied d’un escalier merveilleux qui s’enroule autour d’un arbre immense. « Le plus grand étonnement du petit garçon fut de se rendre compte que l’œil pouvait voir si loin. Il comprenait maintenant ce qu’on voulait dire quand on disait “à perte de vue”. C’était très loin. C’était même si loin que peut-être ça n’existait pas. Car sa vue ne se perdait pas, elle s’en allait simplement jusqu’à l’endroit où le tapis de l’espace rejoignait le tapis du ciel. »
Les illustrations de François Place font merveille pour donner plus de vie encore à ce très beau texte, retrouvé dans les archives de Jean Giono et facile d’accès pour les jeunes lecteurs. Une initiation bienvenue à la « grande littérature ».

Dès 8 ans

Jean Giono, Le petit garçon qui avait envie d’espace, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, coll. « Folio Cadet Les Classiques », 2018 (réédition), 48 p., 6,50 € — Imprimé en Espagne

François Place, Angel, l’Indien blanc

François Place, Angel, l’Indien blanc

« Je me précipitai en bas de mon perchoir. Il y avait un attroupement sur le pont. Au centre, le bosco parlait en claquant des dents. Ses paupières tressautaient. De l’endroit où nous étions, il avait vu, en se penchant par-dessus la lisse, apparaître une sorte de spectre. Cela glissait sur l’eau, debout dans une embarcation, en émergeant lentement du brouillard, sans un bruit, pareil à un esprit. Arrivé à sa hauteur, la face énigmatique s’était tournée vers lui en grimaçant un sourire.
Un horrible sourire.
Un sourire à deux bouches. »
Il y a plusieurs semaines que Le Neptune navigue dans les mers australes. Son capitaine a pris possession, au nom du roi Louis XV, des terres découvertes – îles, presqu’îles ? Angel, jeune métis d’un indien et d’une française, passager clandestin puis matelot, est bientôt pris en otage par cette curieuse peuplade à deux bouches. A ce moment du récit, est-on encore dans le monde réel des géographes ou déjà dans un monde imaginaire, né de nos rêves d’explorateurs ? En effet, loin de décrire des Alakalufs comme Jean Raspail, François Place invente un peuple étrange, les Woanoas, dont les coutumes empruntent autant aux chamans du Grand Nord qu’aux peuples du Pacifique. Etrange construction ethnologique et poétique à la fois ! Mais en rien irénique, car, dans ce roman d’aventure, la violence est partout : violence des éléments, violence des baleines tueuses et des grands phoques, violence des hommes, en particulier des « Plumes grises ». Ces adolescents vivant en marge du village se défient à la chasse et, au printemps, partent cueillir de curieuses « fleurs de mer » dont les fumigations « ouvrent les yeux dans la brume » et « donnent forme aux Esprits du Feu et du Froid ». Et honni soit qui mal y pense !

Dès 12 ans, adolescents et adultes

François Place, Angel, l’Indien blanc, Casterman, 2014, 230 p., 15 €

Timothée de Fombelle, Victoria rêve

Timothée de Fombelle, Victoria rêve

«  — Si tu libères les trois Cheyennes demain, expliqua Jo, elle a promis que tu n’aurais pas d’ennuis.
— On ne parle pas d’ennuis, on parle de mon scalp, dit Victoria en empoignant l’écharpe de Jo. Si d’autres apprennent que je les cache chez moi, je suis fichue. »
Pourquoi et comment ces trois Cheyennes ont-ils fait irruption dans la petite ville de Chaise-sur-le-Pont ? Est-ce seulement parce que « Victoria rêve » ? Fiction, rêve, réalité… Les subtils « passages secrets » imaginés par Timothée de Fombelle font passer le lecteur d’un monde à l’autre et lui permettront de retrouver la vieille horloge et bien d’autres secrets : la complicité, l’amitié, la solidarité, la beauté du monde… Quelques clés sont cachées dans les rayons de la bibliothèque dessinée par François Place sur les rabats du livre.

Dès 10 ans

Timothée de Fombelle, Victoria rêve, illustrations de François Place, Gallimard Jeunesse, 2012, 112 p., 13,50 €. Existe aussi en livre audio, lu par l’auteur, coll. « Ecoutez lire », Gallimard Jeunesse, 12,90 €.

François Place, Les Derniers Géants

François Place, Les Derniers Géants

« C’est au cours d’une promenade sur les docks que j’achetai l’objet qui devait à jamais transformer ma vie : une énorme dent couverte de gravures étranges. L’homme qui me la vendit en demandait un bon prix, prétextant que ce n’était pas une vulgaire dent de cachalot sculptée, mais une “dent de géant”. » Au XIXe siècle, notre monde n’a pas encore rétréci : il reste des terres à conquérir, des peuples à découvrir, et des savants un peu fêlés – anglais comme il se doit – pour se lancer dans de grandes expéditions. Mais est-ce bien raisonnable d’aller taquiner les Géants ? Merci Fabienne et bon anniversaire à Aurore !

Dès 7 ans

François Place, Les Derniers Géants, Casterman, 2008, 72 p., 16,95 €

Erik L’Homme, Contes d’un royaume perdu

Erik L’Homme, Contes d’un royaume perdu

« Chitral est un pays perdu au bout du monde, un royaume de vallées sauvages, cerné par des montagnes immenses. » Ainsi débute le conte de « Nano Begal, la Maman de Begal », dans lequel une simple paysanne en remontre au roi de son pays lors d’une partie de polo.
De pauvres villageoises comme Nano Begal, des joueurs de polo acharnés, des chasseurs comme le Roi au corbeau ne sortent pas directement de l’imagination d’Erik L’Homme, non, il les a vraiment rencontrés ! C’était lors d’une expédition au Pakistan, il y a une vingtaine d’années. Quant aux demoiselles rêveuses… ce ne sont pas leurs sourires qu’Erik, son frère Yannik et leur ami Jordi étaient partis quêter, non, ce qui passionnait alors ces trois aventuriers, c’étaient des « pas dans la neige ».

Dès 7 ans

Erik L’Homme, Contes d’un royaume perdu, illustré par François Place, Gallimard Jeunesse, 48 p., 12 €