« Alors, mon gaillard, on vient voler les provisions des honnêtes marins. On leur enlève le pain de la bouche ! C’est très mal tout ça, très mal.
L’homme sentait l’alcool à plein nez et sa main broyait l’épaule de Marin, telles les serres d’un rapace. L’enfant fut soulevé à trente centimètres du sol et se retrouva nez à nez avec un individu aux yeux injectés de sang […]. Le marin était pour tout dire terrifiant. »
Mais que fait donc sur ce bateau un enfant que l’on découvre assoiffé et affamé ?
Le jeune Marin, orphelin sans nom, s’est embarqué clandestinement sur Le Cortes, un navire qui accostera bientôt au Mexique. Marin a 10 ans environ. Environ ? Oui. Car il ne connaît ni son nom, ni sa date de naissance : c’est un « Sans Nom » comme tous les enfants recueillis à l’orphelinat Saint-Jude, une institution à la Dickens, quelque part au fond de la Bretagne. Mais Marin a un secret : depuis qu’il s’est procuré en cachette un roman d’aventures, son imagination s’est enflammée. Un beau jour, lassé des punitions, il est parti, « pour ce vrai ». Marin va se transformer en aventurier et se mettre en quête de son trésor. Mais le plus beau des trésors est-il vraiment caché dans la jungle ?
Le roman se déroulant au début du XIXe siècle, Agnès Balmont joue avec brio de tous les subterfuges du roman d’aventures de l’époque : à la dureté caractérisée de certains répond la générosité d’adultes bienveillants, qui ont aussi vécu leur lot de souffrances ; les « croix-de-ma-mère », ces signes de reconnaissance qui tombent à point nommé, sont bien sûr de la partie, tout comme les parallèles entre « civilisés » et « sauvages », entre bons chrétiens et gens de sac et de corde. Le côté un peu édifiant du récit est contrebalancé par un réel talent d’invention, qui fait voyager l’imagination de péripétie en péripétie.

Dès 12 ans

Agnès Balmont, Les aventures de Marin sans nom, Editions du Triomphe, 2021, 192 p., 12,90 € — Imprimé en France