Thème

Mois : novembre 2011

Ruta Sepetys, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre

Ruta Sepetys, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre

14 juin 1941. D’un seul coup, la vie de Lina bascule. « Ils m’ont arrêtée en chemise de nuit. » « Ils », les policiers du NKVD, la police secrète soviétique. Commence, pour cette adolescente lituanienne douée pour le dessin, un voyage au bout de la nuit, qui la mène, ainsi que sa mère, son jeune frère et des milliers de concitoyens, jusque dans un camp de travail en Sibérie. La faim, le froid, la mort, la peur…
Ruta Sepetys a interrogé les survivants de ce drame. Leurs souvenirs d’adolescents donnent au roman une force et une sincérité sans pareilles. Avec tous ces petits riens qui ne s’inventent pas, ces gestes minuscules, ces espoirs cultivés au creux de la main… Une hymne au courage, à la volonté de vivre, à l’énergie de ces peuples si longtemps oubliés, nos voisins baltes. Une lecture dont on ne sort pas indemne.

Pour grands adolescents et pour adultes

Ruta Sepetys, Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre, Gallimard, coll. « Scripto », 2011, 432 p., 14 € — Gallimard, Coll. « Pôle Fiction », 2015, 7,75 €

 

 

Matt Murray, L’encyclopédie des Schtroumpfs

Matt Murray, L’encyclopédie des Schtroumpfs

Pourquoi Peyo s’appelle-t-il Peyo ? En voilà une question d’adulte ! Parce que son petit cousin ne savait pas prononcer Pierrot, lui-même diminutif de Pierre, Pierre Culliford, inventeur de ce petit peuple sympathique. Un grand merci au schtroumpfologue et néanmoins américain Matt Murray pour cette anecdote. Et pourquoi Schtroumpf ? Parce que, en 1957, par un beau jour de septembre, « Peyo cherche la salière sur la table, bute sur le terme et interpelle son copain : ‘Passe-moi la… le schtroumpf’ » Éclat de rire général. Mais va-t-on savoir si ladite salière était bleue ? Et si le chat de la famille se nommait déjà Azraël ?

Dès 8 ans

Matt Murray, L’encyclopédie des Schtroumpfs, Le Lombard, 2011, 128 p., 29 €

David Hawcock et Sabine Rolland, Journal des inventions de Léonard de Vinci

David Hawcock et Sabine Rolland, Journal des inventions de Léonard de Vinci

« Détourne-toi des préceptes de ceux qui spéculent sur le monde mais dont les idées ne sont pas confirmées par l’expérience », telle est la devise de Léonard de Vinci en exergue de ce livre-objet. Il fallait tous les talents et la science d’un ingénieur papier pour faire revivre quelques fabuleuses « machines ». Mécanique, hydraulique, architecture, poliorcétique, aérologie, ces termes savants se traduisent en objets qui jaillissent du livre à grand renfort de pliages. Les croquis et les maximes de Léonard prennent leur place dans les marges de ce papier couleur vieux parchemin.
Ce livre fragile fera le bonheur des parrains, des papas ou des grands-pères ingénieurs ou scientifiques. Une excursion au Clos Lucé permettra de tester ces machines, solidement restituées dans le parc.

A partir de 10 ans

David Hawcock et Sabine Rolland, Journal des inventions de Léonard de Vinci, Larousse, 2008, 12 p., 24,90  € — A trouver d’occasion (ajout 2018).

 

Benjamin Rabier, Les Contes du lapin

Benjamin Rabier, Les Contes du lapin

« Tigrette se trouvait distinguée, élégante et supérieure ; aussi méprisait-elle les habitants de la basse-cour au milieu desquels elle était obligée de vivre. » Toute une série de mésaventures vont la conduire à en rabattre et à apprécier l’aide généreuse du brave Médor. Le chat Anatole, le chien Briffault, le cochon Fortuné, l’écureuil Rouki, la cane Mariette… sans oublier la souris Précieuse – vieille tante européenne de Mickey -, tous ces animaux ont emprunté les travers des hommes : gourmands, curieux, jaloux, ils ne le sont que trop, mais sur un mode qui prête à rire, car ils sont les premières victimes de leurs ridicules. Les fables dessinées et contées par Benjamin Rabier sont inséparables de ce bon sens paysan, qui voit dans la sottise, la cupidité et la vanité des défauts dont de joyeuses facéties viennent vite à bout. Et quel dynamisme, quelle énergie dans le trait de Benjamin Rabier, qui revient en force chez un éditeur qui connaît son métier.

Dès 5 ans

Benjamin Rabier, Les Contes du lapin, Langlaude, 2011, 48 p., 10 € — Diverses rééditions chez d’autres éditeurs.

André Hellé, Drôles de bêtes, Editions Memo, 2011, 48 p., 39 €

André Hellé, Drôles de bêtes, Editions Memo, 2011, 48 p., 39 €

« Le tigre, rayé de jaune et noir, portant de longues moustaches, que personne n’ose tirer, le Tigre, dont l’aspect est celui d’un gros chat, est le plus féroce des animaux. » Mais il fut pourtant accueilli, comme les autres, dans l’arche du père Noé comme dans celle d’André Hellé. Si Benjamin Rabier, Job, Boutet de Monvel et Beatrix Potter sont assez souvent réédités, André Hellé (1871–1945) n’était pas encore revenu de son long purgatoire. Et pourtant… Ce livre, publié en 1911, a‑t-il vraiment cent ans ? Créateur de jouets et de meubles d’enfants autant qu’illustrateur, André Laclôtre, dit Hellé, est un peu magicien : la première page tournée, l’on ne sait plus très bien si l’on est au zoo devant des tigres bien vivants ou sous la table de la salle à manger, avec des silhouettes de bois peint, tant son humour et sa fantaisie sont contagieux.
Ce magnifique album étant présenté sous son film protecteur chez mon libraire, je n’ai pu le feuilleter que virtuellement. Il faut dire que le grand format et le luxe de l’édition méritent bien un peu de délicatesse… Alors, un livre pour enfants, ou pour un album pour nostalgiques ? Un livre d’art pour toute la famille !

Dès 8 ans et pour toute la famille

André Hellé, Drôles de bêtes, Editions Memo, 2011, 48 p., 39 €

 

Robert Porchon, Carnet de route

Robert Porchon, Carnet de route

« Saint-Cyr, vendredi matin 31 juillet [1914]. Et cette mobilisation qu’est-ce que qu’elle devient. Hier il n’était question que de cela. Tous les officiers disaient que c’était pour aujourd’hui. » … « 17 février 1915 – Par ici toujours autant de boue. Mais heureusement ce soir il gèle. Le terrain va devenir meilleur. Je t’envoie mille bons baisers ainsi qu’à tous. » … « Porchon Robert, Charles, Joseph, Sous-lieutenant au 106e Régiment d’Infanterie : D’une bravoure admirable et en même temps d’un calme communicatif, a commandé sa section avec la plus grande intelligence donnant à ses hommes, par sa tenue, la plus belle confiance. A été mortellement blessé le 19 février 1915 au cours d’un bombardement » Les tout premiers mots d’un journal de route, les derniers mots d’une lettre à sa mère, la citation à l’Ordre de l’Armée. Pour se souvenir et se recueillir.

Pour adolescents

Robert Porchon, Carnet de route – suivi de Lettres de Maurice Genevoix et autres documents, La Table ronde, 2008, 206 p., 19,50 €

Paul Goble, La fille qui aimait les chevaux sauvages

Paul Goble, La fille qui aimait les chevaux sauvages

« Le sabot de mon cheval est une agate rayée et le long arc-en-ciel de sa bouche lui sert de bride », chantent les Navajos. Dans la grande plaine, cavalent les chevaux sauvages, libres et fiers. Dans l’un des tipis du village, vit une jeune fille qui les aime tant, ces chevaux, qu’elle va les suivre, au bout du monde connu… et même au-delà. Cet hymne à la nature et à la liberté, s’il a pour cadre le Grand Ouest américain, n’est en rien une caricature. Bien au contraire, il fait entrer de plain pied dans un univers riche de ses légendes comme de ses réalités. Les illustrations, très colorées et contrastées, ont les teintes des tissages traditionnels. Un album qui change des sempiternelles niaiseries américaines dont les héroïnes stéréotypées ne voient pas plus loin que la barrière de leur ranch ! Médaille Caldecott en 1979, ce livre vient enfin d’être traduit.

Dès 8 ans

Paul Goble, La fille qui aimait les chevaux sauvages, Editions du Genévrier, 2011, 32 p., 16 €

Sophie de Mullenheim, Où es-tu Elisabeth ?

Sophie de Mullenheim, Où es-tu Elisabeth ?

Voici la suite de Signé Charlotte. Le roman se continue donc sur deux registres : Elisabeth d’Espérance, un triste jour de 1792, s’embarque pour l’Angleterre, laissant derrière elle son château et sa chère sœur Charlotte, et se confie à son journal de bord. Un siècle plus tard, donc à la fin du XIXe siècle, Émilie et son amie Constance lisent avec passion ce même journal. Ajoutez à cela une inquiétante affaire (chut, je ne dirai rien !) et une tendre bluette entre Émilie et Théophile : les jeunes lectrices romantiques seront comblées.

Dès 12 ans

Sophie de Mullenheim, Où es-tu Elisabeth ?, Les Soeurs Espérance, Mame Edifa, 2011, 304 p., 12,50 €.

Françoise Chaffin, La Renaissance

Françoise Chaffin, La Renaissance

Si les enfants sont vite fascinés par le Moyen-Age, celui des châteaux-forts et des chevaliers, il est plus difficile de leur faire comprendre tous les enjeux de la Renaissance, sauf à leur offrir un beau voyage dans le val de Loire : de Blois à Chambord, en passant par Chenonceau et par le Clos-Lucé, le périple aura pour fil conducteur la fameuse salamandre ! Cet album permettra de ne pas oublier trop vite les explications données sur le terrain. Il propose, certes, un regard sur la civilisation plus que sur l’histoire chronologique, mais ce n’est pas un livre de classe ! Les rois et les grands personnages y sont largement représentés : Henri VIII, François Ier et Charles Quint, Gutenberg, Ambroise Paré, Copernic, Galilée, Vasco de Gama, Léonard de Vinci…

A partir de 10 ans

Françoise Chaffin, La Renaissance, Coll. « La grande imagerie », Fleurus, 2001, 32 p., 6 €