Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Science-fiction, uchronies, dystopies

Eric Senabre, La seizième clé

« Ici, nous ne sommes nulle part, je vous l’ai dit. Hemyock n’existe pas dans l’espace-temps que vous avez appris à connaître à travers vos livres. Hemyock est hors du temps et de l’espace. Hemyock s’est détaché de la réalité comme une météorite. » Et pourtant, cet immense manoir isolé offre une vie plutôt confortable au jeune Oswald, poète prodige qui fêtera bientôt ses seize ans. Seize ans, et en cadeau, une « seizième clé ». Quelle porte ouvrira-t-elle ? Et que découvrira-t-il derrière cette porte ? Alors qu’il se croyait le seul adolescent vivant à Hemyock, surgit un beau jour Zelah, une bien jolie jeune fille… Avec un seul but : fuir, fuir Hemyock ! Eric Senabre développe avec une belle virtuosité une intrigue à la fois scientifique et philosophique, entre anneaux de Moebius, relativité d’Einstein et effet papillon, sans oublier quelques savants fous à la Edgar P. Jacobs. Vertigineux !

Dès 12 ans

Eric Senabre, La seizième clé, Didier Jeunesse, 2019, 224 p., 15 € — Imprimé en France

David Moitet, Alice

« Pourcentage de la population sujet au somnambulisme : un à quatre pour cent.
Nombre d’élèves atteints à cet étage : cent pour cent moins Samantha O’Donnel.
Conclusion : il se passe un truc très étrange… »
Et Samantha, Sam pour ses amis, de suivre dans les dédales de la tour Alice ces zombies qui, le matin encore, étaient les meilleurs geeks de leur génération, fiers d’avoir intégré le prestigieux institut Alice. Si cette ado surdouée a osé passer le concours d’entrée, ce n’est pas tant pour coder des algorithmes complexes que pour retrouver Arnaud, son seul ami, dont elle n’a plus de nouvelles… La recherche de ce « truc très étrange » va la mener, avec Alex et Arnaud, des tours de la Défense aux Alpes Mancelles, sous le patronage singulier de Lewis Carroll. Sous la forme d’un polar, l’auteur mêle enquête « policière » et récit d’aventure tout en faisant réfléchir sur les dangers de l’intelligence artificielle. Des automates fabriqués par Héphaïstos au célèbre HAL 9000 de L’Odyssée de l’espace, en passant par Pinocchio et Frankenstein, il n’est pas toujours bon que les créatures échappent à leur maître… Car enfin, qui est exactement Alice, richissime et trop parfaite businesswoman ?

Dès 10 ans

David Moitet, Alice, Editions du Rocher, 2019, 164 p., 12,90 € — Imprimé en Bulgarie.

Pierre Bottero, Les aigles de Vishan Lour

Pierre Bottero, Les aigles de Vishan Lour

« Estéblan avait à peine senti Tempête se poser sur son épaule. Une vague de colère teintée de désespoir était en train de déferler sur lui. Il saisit la poignée de son épée, prit une profonde inspiration et…
— Si j’étais toi, je ne ferai pas ça.
Estéblan sursauta. La fille qui se tenait près de lui n’avait fait strictement aucun bruit en s’approchant. »
Amie ou ennemie ? Dans le palais du roi d’AnÓcour, la délégation des Chevaliers du Vent vient d’être massacrée – et Estéblan, jeune écuyer, a survécu. Quant à Plume, cette jeune acrobate, qu’est-elle venue y voler ? S’allieront-ils pour échapper à leurs poursuivants ? Du côté des héros à plume, Tempête, autour des forêts, Sillage, la chouette effraie et les grands aigles de la Confrérie ont fort à faire aussi, surtout face au banshee puant… Ce court roman de Pierre Bottero est réédité cet automne pour le plus grand plaisir de ses fans. Il offre aussi une belle porte d’entrée dans l’univers si attachant de ce grand maître de la fantasy française.

Dès 9 ans

Pierre Bottero, Les aigles de Vishan Lour, couverture de François Roca, Rageot, 2019, 96 p., 11,90 € — Imprimé en France. Réédition d’un texte paru dans le mensuel « Je Bouquine » 377 de juillet 2015.

Erik L’Homme, Le Maître des brisants, l’intégrale

«  — Service des détections, mon commandant, lui dit une voix féminine dans le combiné. Nous vous signalons qu’une flotte entière approche de Planète Morte ! Nous comptons déjà plus de deux cents vaisseaux.
— Par la corne du Gôndül, s’exclama Brînx Vobranx. Pouvez-vous… pouvez-vous les identifier ?
— Oui, commandant : ils arborent tous l’oiseau rouge du khan de Muspell. Et…
— Et ? »
C’est alors une lutte sans merci qui va s’engager pour la survie de l’empire. Aux premiers rangs, Xâvier le stratège, Mörgane la devineresse et leur ami Mârk.
Les trois tomes des Maîtres des Brisants sont ici réunis : Chien-de-la-lune, Le Secret des abîmes et Seigneurs de guerre. Quelques heures de lecture en vue dans une étonnante galaxie !

Dès 9 ans

Erik L’Homme, Le Maître des brisants, l’intégrale, Gallimard, coll. Folio Junior, 2019, 656 p., 9,90 €

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Le Mont des Sorcières (t 2)

Lors de sa première expédition dans les Mondes Gelés, Stella Floccus Pearl, 12 ans, a appris qu’elle était une princesse des glaces. Quand elle coiffe son diadème, celui-ci, en échange des dons magiques qu’il lui procure, gèle son cœur – à elle, donc, de ne l’utiliser qu’en dernier recours et avec parcimonie. Mais que lui veut la marionnette de la sorcière, qui bouge toute seule ? Ajoutez à cela qu’une nouvelle expédition en dirigeable se prépare, lors de laquelle les quatre amis, Stella, Ethan, Dragigus et Shay, vont rencontrer Gideon, venu du Club du Chat de Jungle. Pour pimenter le tout, lancez dans l’aventure des lapins vénéneux, des requins volants, des fées et des cactus sauteurs ! Sans oublier le but de l’expédition : aller chercher Félix sur le terrible Mont des Sorcières… brrr… La désormais célèbre bande de copains aura fort à faire !

Dès 9 ans

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Le Mont des Sorcières (t 2), illustrations de Tomislav Tomic, Gallimard Jeunesse, 2019, 272 p., 16,50 €- Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.
Du même auteur : Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1)

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1)

Stella Flocus Pearl a 12 ans et son rêve se réalise enfin : Félix, son père adoptif, a obtenu du célèbre Club de l’Ours Polaire qu’elle puisse l’accompagner à la recherche du « point le plus froid des Mondes Gelés ». A bord de L’Aventurier hardi, elle fait la connaissance de trois autres apprentis explorateurs : Shay, un chuchoteur de loups, Ethan, un magicien un peu arrogant et Dragigus, un demi-elfe timide et maladroit. Séparés du groupe des adultes, les quatre adolescents ne vont compter que sur eux-mêmes pour se défendre dans un univers des plus hostiles : yétis, fées des glaces, choux carnivores, tempêtes de neige… Leur amitié va se construire au fil des épisodes, révélant des caractères bien trempés (enfin, pas toujours) et des personnalités attachantes malgré (ou à cause de) leurs défauts et de leurs secrets. L’humour très anglais de la romancière Alex Bell crée à chaque page des situations cocasses, ce qui permet de très souvent prendre des distances avec les manœuvres magiques des engeleurs, des trolls et des miroirs parlants.

Dès 9 ans

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1), illustrations de Tomislav Tomic, Gallimard Jeunesse, 2018, 368 p., 16,50 € ou Gallimard Jeunesse, 2019, 340 p., Folio Junior, 7,60 €. Traduit de l’anglais. Imprimé en Espagne

George Orwell, 1984

George Orwell, 1984

« Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston restait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu autant qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. » Police de la Pensée, ministère de la Vérité, ministère de l’Amour, « contrôle de la Réalité »… en 1984, « Big Brother vous regarde ».
Aujourd’hui, la Police de la Pensée et la novlangue sont-elles encore de la science-fiction ? Vient de paraître, chez Gallimard, une nouvelle traduction, qui a subi une réécriture très dégradée et… orwellienne : la « novlangue » devient le « néoparler » et la « police de la pensée », la « Mentopolice ». Il est grand temps de se procurer la traduction de 1950, qui, si elle a quelques défauts, a fait passer dans le langage commun quelques termes critiques bien utiles face à notre société de surveillance médiatique.

Adolescents

George Orwell, 1984 — Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti (1950). Éditions de poche, dont Folio, 1972, 438 p., 8,90 €, toujours disponible.

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

« Monsieur Eiffel, n’est-ce pas ? demanda le nain. Je vous félicite. Nous sommes très intéressés par la manière dont vous avez répondu aux défis que nous vous avons lancés, et nous serions heureux de vous compter dans nos rangs.
Gustave masqua son étonnement.
— Je vous remercie, répondit-il. Mais me sera-t-il enfin possible de connaître les activités de votre société ?
— Oui, oui, je me doute que vous avez beaucoup de questions. Vous pouvez m’appeler “mon ordinal”. Je suis le fondateur de la S.S.S.S.S.S. : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. »
Et voilà comment Gustave Eiffel, en compagnie de Louis Pasteur et d’Alfred Nobel, va se trouver embringué dans un roman policier « fantastico-historico-scientifico-romantique », entourloupiné par Flore Vesco, jamais en reste quand il s’agit d’élaborer une intrigue, de l’assaisonner de situations cocasses et de jeux de mots où une créativité déjantée l’emporte (mais pas toujours) sur un fond d’esprit potache. Les références au Metropolis de Fritz Lang comme à L’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam assurent au roman une généalogie savante, mais le cousin d’Isamberte ne serait autre que Magnéto, un mutant de l’univers des X‑Men, ce qui rassurera nos adolescents. Isamberte ? Derrière ce prénom se cache la fille d’Aldinni, le « méchant-méchant » du roman – et d’Aldinni à Houdini et à Robert Houdin, la magie n’est pas loin… Une magie aussi sombre, voire carrément gore, que les salles des machines de la manufacture où se déroule le roman. Frissons garantis !

Adolescents

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer, Didier Jeunesse, 2018, 224 p., 15,90 €

Carole Trébor, Lumière, le voyage de Svetlana

Carole Trébor, Lumière, le voyage de Svetlana

Svetlana. Ce n’est pas un prénom courant à Paris en 1774. Si elle vit rue Saint-Paul, la jeune adolescente sait qu’elle a été adoptée par ses « parents français », mais ignore pourquoi. A la mort de sa mère adoptive, elle décide son père de partir pour Saint-Pétersbourg, où une recommandation de son ami Diderot devrait lui permettre de rencontrer Catherine II. Mais le voyage tourne au drame : son ami cocher et son père sont tués dans une embuscade. Svetlana, aidée par Aliocha, un jeune serf illettré en rupture de ban, parviendra-t-elle au terme de sa quête ? Et quand paraît le trop élégant Boris, officier d’élite, son cœur chavire… Partie de France avec la tête farcie de logique d’une demoiselle des Lumières, Svetlana va rencontrer des êtres mystérieux, tout droit sortis de la mythologie slave – car les des dieux anciens n’ont pas tous été oubliés après le baptême du peuple russe en 988. Dans ce roman à la fois historique et fantastique, l’épopée, la philosophie, la mythologie et les sentiments vont tambour battant. Partie orpheline, Svetlana retrouvera et sa mère et sa terre maternelle – mais au prix de quelles épreuves.

Adolescents

Carole Trébor, Lumière, le voyage de Svetlana, illustrations de Sébastien Pelon, Rageot, 2016, 380 p., 14,90 €

Mikaël Thévenot, Flow

Mikaël Thévenot, Flow

« La première épreuve commune de mathématiques venait de commencer.
‘’… peut-être laisser ça pour la fin…’’
Josh tourna la tête sur sa droite.
‘’… J’aurais peut-être dû y passer plus de temps…’’
La voix, légèrement plus grave et également moins forte, semblait venir de sa gauche à présent. […] Josh avait l’impression que sa tête était en ébullition et qu’elle allait exploser. […]
‘’Ça va, Josh ? C’est une migraine, c’est ça ?’’ »
Josh, jeune lycéen, a hérité de sa mère des migraines carabinées. Sa mère, une Américaine chercheur en neurobiologie, a disparu quand Josh était enfant. Pourquoi Kyle Chester, du FbI, s’est-il vu dessaisir du dossier ? Et voilà que Josh accède à des « flots » de pensées qui tournoient autour de lui. Quel est donc le mystérieux internaute qui, depuis les Etats-Unis, entre en communication avec le jeune Poitevin ? Roman fantastique, roman policier ? Un peu les deux, avec une dose d’informatique pour faire bon poids. Le style est direct, les dialogues des lycéens assez argotiques pour sonner vrai, les personnages sont astucieusement campés, bref, un roman bien ficelé pour se reposer en ce début de vacances – et même pour se croire fort en anglais, puisque Josh nous fait partager les joies du bilinguisme.

Dès 12 ans

c, tome 1, Didier Jeunesse, 2016, 192 p., 14,20 €

Eric Senabre, Le dernier songe de Lord Scriven

Eric Senabre, Le dernier songe de Lord Scriven

« Dès ses premiers mots, je sus que nous allions aborder un cas plus tordu encore qu’à notre habitude.
— Monsieur Banerjee, on m’a dit le plus grand bien de vous, commença-t-il. Je pense que vous êtes l’homme de la situation.
— J’espère ne pas vous décevoir. Puis-je savoir ce qui vous amène ?
— Bien sûr, je voudrais savoir qui m’a assassiné. […]
— Vous voulez dire que quelqu’un a essayé de vous assassiner ?
— Non. J’ai été assassiné.
— Vous seriez donc mort ?
— Exactement. »
Nous sommes à Londres, au tout début du XXe siècle, et le journal de la veille a en effet annoncé le décès de Lord Scriven. Mais est-ce bien la même personne qui parle ainsi à Arjuna Banerjee, détective privé, et à son assistant, Christopher Carandini ? Ce dernier est aussi le narrateur de ce roman qui mêle enquêtes policières, courses poursuites, espionnage, fantastique et facultés étranges, à la limite du paranormal. Un roman qui se dévore à belle allure, écrit dans une langue raffinée et efficace. Eric Senabre avoue qu’il s’est bien amusé à emprunter aux uns et aux autres, voire à pasticher Dickens, Conan Doyle et leurs successeurs – sans oublier non plus la légende arthurienne (mais là, chut, n’en disons pas trop). Il reste à expliquer aux jeunes lecteurs qui sont « mesdemoiselles Remington et Olympia » remerciées « pour leur fidélité et leur efficacité » en dernière page. Cela s’appelle le savoir-vivre.
Pour en savoir plus, consultez le mini-site du roman.

Dès 12 ans, adolescents

Eric Senabre, Le dernier songe de Lord Scriven, Didier Jeunesse, 2016, 256 p., 14,20 €

Timothée de Fombelle, Vango, t. 2, Un prince sans royaume

Timothée de Fombelle, Vango, t. 2, Un prince sans royaume

Parus en 2010 et 2011, les deux tomes de Vango sont désormais disponibles en collection de poche. Une belle occasion de relire ce roman d’aventure où les courses poursuites s’enchaînent dans les lieux les plus improbables – les coursives d’un zeppelin, un gratte-ciel en chantier, les combles du Mont-Saint-Michel, entre autres. Timothée de Fombelle serait-il un émule de Sylvain Tesson ?
Le roman se situant en 1936, ces traversées des Etats-Unis et de l’Europe sont l’occasion pour Vango, Ethel, la Taupe et quelques autres de partager les inquiétudes d’un avant-guerre tumultueux. D’autant plus que la Russie – soviétique, mais pas seulement — s’invite dans l’intrigue… Le voile est enfin levé sur la généalogie et donc sur l’identité de notre héros – avec jusque ce qu’il faut d’ombres pour maintenir un soupçon de doute. Quant à l’abominable Cafarello…
Ne négligeons pas le plaisir de lire et faire lire une belle langue française, toujours dynamique et inventive, qui permet de croiser des héros positifs, libres, à la fois sportifs et raffinés – avec cette pointe d’humour et de finesse bien de chez nous.

Dès 11 ans

Timothée de Fombelle, Vango, t. 2, Un prince sans royaume, Gallimard Jeunesse, Folio Junior, 452 p., 7,30 €
Timothée de Fombelle est aujourd’hui estampillé « Cercle Gallimard de l’enseignement » ; les enseignants disposent donc de multiples « ressources pédagogiques » pour étudier ses romans en classe.