Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Science-fiction, uchronies, dystopies

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps

« Kazuko Akiyama, élève de troisième, achevait le ménage de la salle de sciences naturelles avec deux garçons de sa classe, Masaru Fukamachi et Goro Asakura. »  Mais au moment d’aller ranger quelques objets dans la salle de travaux pratiques, il lui semble que quelqu’un s’y cache, puis lui échappe. Elle respire alors le parfum d’une éprouvette laissée ouverte, et voilà qu’elle s’évanouit. Les trois jours suivants, rien ne se passe comme d’habitude, jusqu’à ce que la lycéenne s’aperçoive qu’elle vit dans un temps décalé d’une journée. Avant d’en revenir. Puis de repartir. D’où lui vient ce mystérieux pouvoir ? Est-elle devenue folle ? M. Fukushima, le professeur de sciences naturelles, trouvera-t-il une explication logique ? Que pourront ses deux amis, Masaru et Goro ? Le lecteur, lui, plonge dans un espace-temps qui lui est connu par les mangas : celui des lycéens japonais, introvertis, raisonnables et soucieux de ne pas se faire remarquer… ce qui ne marche pas à tous les coups ! Ce roman paru en épisodes en 1965 au Japon, a inspiré le film d’animation japonais La traversée du temps réalisé par Mamoru Hosoda. Romantisme et science-fiction dans les sixties, un grand classique au charme fou.

Dès 12 ans

Yasutaka Tsutsui, La Traversée du temps, L’École des Loisirs, 2020 (réédition), 103 p., 8,20 € — Traduit du japonais

Bertrand Puard, Clepsydre sur Saône

Comment et pourquoi Alicia et Ewan, jeunes aventuriers d’un futur orwellien, parcourent-ils le temps et l’espace, de la Gaule romaine à la Judée, de la Grèce de Pythagore au Yucatan ? Leur mission ? « Remettre le temps en ordre ». Tout a commencé en Normandie – voir Clepsydre sur Seine. Maintenant, Ewan doit solliciter Chronos, le dieu du temps, mais surtout sa jugeotte et son énergie, pour éviter le pire : la main mise sur le monde de Mickey Vermogen, ex majordome de la famille d’Alicia devenu président des Etats-Unis. A chacune de ses étapes (sauf chez les dinosaures du Yucatan !), il trouvera pour l’aider une mystérieuse communauté, celle de la Clepsydre, cet instrument à eau qui permet de compter le temps. Un temps distordu, hallucinant, où les heures valent des minutes, ou inversement… « Heureusement, les Compagnons de la Clepsydre, gardiens millénaires des cristaux du temps, veillent. » Et conservent l’espoir que la mission d’Alicia et d’Ewan réussira.

Dès 12 ans

Bertrand Puard, Clepsydre sur Saône, Editions du Rocher, 2020, 260 p., 12,90 € — Imprimé en France

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre

« Le professeur Otto Lidenbrock et son neveu Axel ont trouvé un message secret très ancien caché dans un vieux livre. » Si ancien qu’il est écrit en runes ! Il y aurait un passage menant au centre de la Terre ! Et les voilà partis ! En 20 pages cartonnées, il ne manque ni les ichtyosaures, ni les plésiosaures, ni les champignons géants, ni le troupeau de mammouths ! De l’Islande au Stromboli, que d’aventures ! L’histoire est décomposée pour être accessible aux plus jeunes : des phrases très courtes, des objets simples, le tout en suivant la trame du livre et en respectant l’imaginaire de l’auteur. Mais l’essentiel, ce sera la voix de Papa pour raconter ce voyage extraordinaire.

Avant 3 ans

Jules Verne (d’après), Voyage au centre de la Terre, illustrations de Marjorie Béal, Editions Balivernes, 2019, 20 p. cartonnées, 9 € — Imprimé en Pologne.

Raphaël Frémont, Le Groupe clandestin

Adrien a retrouvé Astair et Adèle lors d’un intercours. Ils se connaissent à peine mais viennent de vivre une « aventure forestière ». Et sont tous les trois punis.
« — Pas le droit de sortir sans déclarer où je vais et quand je rentre, pendant trois mois.
— Elle n’y est pas allée de main morte, ta directrice, souffle Astair.
— Oui, elle n’a pas apprécié cette idée d’aller voir des arbres millénaires. J’ai eu droit à un sermon interminable sur la loyauté aux Oligarques et le respect des règles sociales. Elle ne veut plus que je vous fréquente, il va falloir rapidement nous séparer. »
Mais cette forêt, Adrien, 16 ans, en rêve et n’a qu’une envie : y retourner ! Comme ses condisciples Astair et Adèle, il vivote dans le pensionnat d’un régime totalitaire, « l’Ordre ». Dix oligarques dirigent d’une main de fer cette société ultra technologique où les libertés individuelles sont restreintes. Dès sa deuxième « fugue » en forêt, il est repéré par une troupe de scouts clandestins. En rejoignant leurs rangs, c’est une vie d’aventure et d’amitié qu’il découvre, avec ses nuits en forêt, ses jeux passionnants, sa saine émulation et ses rires. Mais ces jeunes sont un défi à l’Ordre. Des résistants à l’esprit libre qu’il faut supprimer… L’aventure devient de plus en plus dangereuse.
Après deux romans scouts classiques, Trois foulards dans la tempête (2016) et Le Raid sauvage (2017), Raphaël Frémont plonge les lecteurs dans une dystopie qui devait en faire réfléchir plus d’un : surveillance exacerbée, interdits, protection permanente, dénonciations… Et si nous n’en étions pas si loin ? Les scouts retrouveront avec plaisir grands jeux et aventures diverses, et même des idées pour animer leurs camps. Une petite critique tout de même : le roman est un peu longuet… et dans les cent dernières pages, les « à » et les « a » se mélangent un peu les foulards. Mais cela ne freine en rien ce bon coup de vent frais qui décoiffe autant les héros que les lecteurs !

Dès 12 ans

Raphaël Frémont, Le Groupe clandestin, Editions du Triomphe, 2019, 420 p., 19,90 € — Imprimé en France

Eric Senabre, La seizième clé

« Ici, nous ne sommes nulle part, je vous l’ai dit. Hemyock n’existe pas dans l’espace-temps que vous avez appris à connaître à travers vos livres. Hemyock est hors du temps et de l’espace. Hemyock s’est détaché de la réalité comme une météorite. » Et pourtant, cet immense manoir isolé offre une vie plutôt confortable au jeune Oswald, poète prodige qui fêtera bientôt ses seize ans. Seize ans, et en cadeau, une « seizième clé ». Quelle porte ouvrira-t-elle ? Et que découvrira-t-il derrière cette porte ? Alors qu’il se croyait le seul adolescent vivant à Hemyock, surgit un beau jour Zelah, une bien jolie jeune fille… Avec un seul but : fuir, fuir Hemyock ! Eric Senabre développe avec une belle virtuosité une intrigue à la fois scientifique et philosophique, entre anneaux de Moebius, relativité d’Einstein et effet papillon, sans oublier quelques savants fous à la Edgar P. Jacobs. Vertigineux !

Dès 12 ans

Eric Senabre, La seizième clé, Didier Jeunesse, 2019, 224 p., 15 € — Imprimé en France

David Moitet, Alice

« Pourcentage de la population sujet au somnambulisme : un à quatre pour cent.
Nombre d’élèves atteints à cet étage : cent pour cent moins Samantha O’Donnel.
Conclusion : il se passe un truc très étrange… »
Et Samantha, Sam pour ses amis, de suivre dans les dédales de la tour Alice ces zombies qui, le matin encore, étaient les meilleurs geeks de leur génération, fiers d’avoir intégré le prestigieux institut Alice. Si cette ado surdouée a osé passer le concours d’entrée, ce n’est pas tant pour coder des algorithmes complexes que pour retrouver Arnaud, son seul ami, dont elle n’a plus de nouvelles… La recherche de ce « truc très étrange » va la mener, avec Alex et Arnaud, des tours de la Défense aux Alpes Mancelles, sous le patronage singulier de Lewis Carroll. Sous la forme d’un polar, l’auteur mêle enquête « policière » et récit d’aventure tout en faisant réfléchir sur les dangers de l’intelligence artificielle. Des automates fabriqués par Héphaïstos au célèbre HAL 9000 de L’Odyssée de l’espace, en passant par Pinocchio et Frankenstein, il n’est pas toujours bon que les créatures échappent à leur maître… Car enfin, qui est exactement Alice, richissime et trop parfaite businesswoman ?

Dès 10 ans

David Moitet, Alice, Editions du Rocher, 2019, 164 p., 12,90 € — Imprimé en Bulgarie.

Pierre Bottero, Les aigles de Vishan Lour

Pierre Bottero, Les aigles de Vishan Lour

« Estéblan avait à peine senti Tempête se poser sur son épaule. Une vague de colère teintée de désespoir était en train de déferler sur lui. Il saisit la poignée de son épée, prit une profonde inspiration et…
— Si j’étais toi, je ne ferai pas ça.
Estéblan sursauta. La fille qui se tenait près de lui n’avait fait strictement aucun bruit en s’approchant. »
Amie ou ennemie ? Dans le palais du roi d’AnÓcour, la délégation des Chevaliers du Vent vient d’être massacrée – et Estéblan, jeune écuyer, a survécu. Quant à Plume, cette jeune acrobate, qu’est-elle venue y voler ? S’allieront-ils pour échapper à leurs poursuivants ? Du côté des héros à plume, Tempête, autour des forêts, Sillage, la chouette effraie et les grands aigles de la Confrérie ont fort à faire aussi, surtout face au banshee puant… Ce court roman de Pierre Bottero est réédité cet automne pour le plus grand plaisir de ses fans. Il offre aussi une belle porte d’entrée dans l’univers si attachant de ce grand maître de la fantasy française.

Dès 9 ans

Pierre Bottero, Les aigles de Vishan Lour, couverture de François Roca, Rageot, 2019, 96 p., 11,90 € — Imprimé en France. Réédition d’un texte paru dans le mensuel « Je Bouquine » 377 de juillet 2015.

Erik L’Homme, Le Maître des brisants, l’intégrale

«  — Service des détections, mon commandant, lui dit une voix féminine dans le combiné. Nous vous signalons qu’une flotte entière approche de Planète Morte ! Nous comptons déjà plus de deux cents vaisseaux.
— Par la corne du Gôndül, s’exclama Brînx Vobranx. Pouvez-vous… pouvez-vous les identifier ?
— Oui, commandant : ils arborent tous l’oiseau rouge du khan de Muspell. Et…
— Et ? »
C’est alors une lutte sans merci qui va s’engager pour la survie de l’empire. Aux premiers rangs, Xâvier le stratège, Mörgane la devineresse et leur ami Mârk.
Les trois tomes des Maîtres des Brisants sont ici réunis : Chien-de-la-lune, Le Secret des abîmes et Seigneurs de guerre. Quelques heures de lecture en vue dans une étonnante galaxie !

Dès 9 ans

Erik L’Homme, Le Maître des brisants, l’intégrale, Gallimard, coll. Folio Junior, 2019, 656 p., 9,90 €

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Le Mont des Sorcières (t 2)

Lors de sa première expédition dans les Mondes Gelés, Stella Floccus Pearl, 12 ans, a appris qu’elle était une princesse des glaces. Quand elle coiffe son diadème, celui-ci, en échange des dons magiques qu’il lui procure, gèle son cœur – à elle, donc, de ne l’utiliser qu’en dernier recours et avec parcimonie. Mais que lui veut la marionnette de la sorcière, qui bouge toute seule ? Ajoutez à cela qu’une nouvelle expédition en dirigeable se prépare, lors de laquelle les quatre amis, Stella, Ethan, Dragigus et Shay, vont rencontrer Gideon, venu du Club du Chat de Jungle. Pour pimenter le tout, lancez dans l’aventure des lapins vénéneux, des requins volants, des fées et des cactus sauteurs ! Sans oublier le but de l’expédition : aller chercher Félix sur le terrible Mont des Sorcières… brrr… La désormais célèbre bande de copains aura fort à faire !

Dès 9 ans

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Le Mont des Sorcières (t 2), illustrations de Tomislav Tomic, Gallimard Jeunesse, 2019, 272 p., 16,50 €- Traduit de l’anglais. Imprimé en Italie.
Du même auteur : Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1)

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1)

Stella Flocus Pearl a 12 ans et son rêve se réalise enfin : Félix, son père adoptif, a obtenu du célèbre Club de l’Ours Polaire qu’elle puisse l’accompagner à la recherche du « point le plus froid des Mondes Gelés ». A bord de L’Aventurier hardi, elle fait la connaissance de trois autres apprentis explorateurs : Shay, un chuchoteur de loups, Ethan, un magicien un peu arrogant et Dragigus, un demi-elfe timide et maladroit. Séparés du groupe des adultes, les quatre adolescents ne vont compter que sur eux-mêmes pour se défendre dans un univers des plus hostiles : yétis, fées des glaces, choux carnivores, tempêtes de neige… Leur amitié va se construire au fil des épisodes, révélant des caractères bien trempés (enfin, pas toujours) et des personnalités attachantes malgré (ou à cause de) leurs défauts et de leurs secrets. L’humour très anglais de la romancière Alex Bell crée à chaque page des situations cocasses, ce qui permet de très souvent prendre des distances avec les manœuvres magiques des engeleurs, des trolls et des miroirs parlants.

Dès 9 ans

Alex Bell, Le Club de l’Ours Polaire, Stella et les mondes gelés (t 1), illustrations de Tomislav Tomic, Gallimard Jeunesse, 2018, 368 p., 16,50 € ou Gallimard Jeunesse, 2019, 340 p., Folio Junior, 7,60 €. Traduit de l’anglais. Imprimé en Espagne

George Orwell, 1984

George Orwell, 1984

« Derrière Winston, la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston restait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu autant qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. » Police de la Pensée, ministère de la Vérité, ministère de l’Amour, « contrôle de la Réalité »… en 1984, « Big Brother vous regarde ».
Aujourd’hui, la Police de la Pensée et la novlangue sont-elles encore de la science-fiction ? Vient de paraître, chez Gallimard, une nouvelle traduction, qui a subi une réécriture très dégradée et… orwellienne : la « novlangue » devient le « néoparler » et la « police de la pensée », la « Mentopolice ». Il est grand temps de se procurer la traduction de 1950, qui, si elle a quelques défauts, a fait passer dans le langage commun quelques termes critiques bien utiles face à notre société de surveillance médiatique.

Adolescents

George Orwell, 1984 — Traduit de l’anglais par Amélie Audiberti (1950). Éditions de poche, dont Folio, 1972, 438 p., 8,90 €, toujours disponible.

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer

« Monsieur Eiffel, n’est-ce pas ? demanda le nain. Je vous félicite. Nous sommes très intéressés par la manière dont vous avez répondu aux défis que nous vous avons lancés, et nous serions heureux de vous compter dans nos rangs.
Gustave masqua son étonnement.
— Je vous remercie, répondit-il. Mais me sera-t-il enfin possible de connaître les activités de votre société ?
— Oui, oui, je me doute que vous avez beaucoup de questions. Vous pouvez m’appeler “mon ordinal”. Je suis le fondateur de la S.S.S.S.S.S. : la Société Super Secrète des Savants en Sciences Surnaturelles. »
Et voilà comment Gustave Eiffel, en compagnie de Louis Pasteur et d’Alfred Nobel, va se trouver embringué dans un roman policier « fantastico-historico-scientifico-romantique », entourloupiné par Flore Vesco, jamais en reste quand il s’agit d’élaborer une intrigue, de l’assaisonner de situations cocasses et de jeux de mots où une créativité déjantée l’emporte (mais pas toujours) sur un fond d’esprit potache. Les références au Metropolis de Fritz Lang comme à L’Eve future de Villiers de l’Isle-Adam assurent au roman une généalogie savante, mais le cousin d’Isamberte ne serait autre que Magnéto, un mutant de l’univers des X‑Men, ce qui rassurera nos adolescents. Isamberte ? Derrière ce prénom se cache la fille d’Aldinni, le « méchant-méchant » du roman – et d’Aldinni à Houdini et à Robert Houdin, la magie n’est pas loin… Une magie aussi sombre, voire carrément gore, que les salles des machines de la manufacture où se déroule le roman. Frissons garantis !

Adolescents

Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer, Didier Jeunesse, 2018, 224 p., 15,90 €