Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

Romans policiers, romans d’espionnage

Ayano Imai, Songe dans la forêt

« Je vis un lièvre passer en courant. Il semblait porter entre les lèvres un sac dont le contenu me parut bien lourd. […] Je le suivis, très intrigué. Quelque chose tomba de son sac. Je me précipitai pour le ramasser : c’était un gland. Un gland ? Où l’emportait-il, et pourquoi ? »
Pour aller, en compagnie d’une foule d’animaux, le planter dans une lande désolée. Au réveil du narrateur, une forêt aura poussé, redonnant vie au désert. Cette fable écologique n’est pas sans rappeler « L’Homme qui plantait des arbres » de Jean Giono. La présence active des animaux donne au récit un dynamisme qui convaincra les petits. Revenue au Japon après des études aux Etats‐Unis, Ayano Imai s’inspire ici avec bonheur des traditions picturales japonaises et européennes : son lièvre est un hommage à Dürer, tandis que de nombreux animaux sortent tout droit d’un paravent nippon.

Dès 4 ans

Ayano Imai, Songe dans la forêt, Minedition, 2018, 14,20 € — Traduit du japonais par Julie Duteil. Imprimé en Chine.

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

« Je suis un soldat en mission. J’espionne l’ennemi. Je prépare mon plan.
Capitaine Rosalie.
Je suis déguisée en petite fille de cinq ans et demi, avec mes chaussures, ma robe et mes cheveux roux.  Je n’ai pas de casque et d’uniforme pour ne pas me faire remarquer. »
Hiver 1917, le Papa de Rosalie se bat sur le front. Faire la guerre, elle ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais elle a décidé d’être à la hauteur. Déposée tôt matin à « l’école des grands » par une maman qui va travailler à l’usine de munitions, elle passe la journée au fond de la classe, avec un cahier sur lequel elle est censée dessiner. Le soir, parfois, Maman reçoit une lettre, avec un dessin pour elle. Et un triste jour, arrive un papier bleu, que Maman ne parvient pas à lui lire. La vérité, Rosalie la découvrira toute seule. « Mort en héros au combat » sont les premiers mots que Rosalie déchiffre, seule, à la lueur d’une bougie. Mission accomplie : Capitaine Rosalie sait lire.
Comme le précise Timothée de Fombelle, pour Rosalie, « l’apprentissage va être un combat intime, une affaire de vie et de mort pour elle », qui lui donne la force d’affronter la vérité. Un album exigeant, aux illustrations sobres, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs. A lire avec quelques mouchoirs à proximité.

Dès 10 ans, sans limite supérieure

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018, 64 p., 12,90 €

Stanislawa Domagalska, Comment j’ai adopté mon grand‐père

Huit bougies sur le gâteau de Gregory. Une Maman qui retient mal ses larmes. Parce que Papa est juste de passage… Philippe, un petit copain bagarreur et envahissant. Et soudain, « on a entendu un cliquetis dans la serrure et la poignée de la porte s’est agitée.
— Qui cela peut‐il être, s’est étonnée Maman. Personne d’autre n’a de clé !
Je me suis aussitôt dit : « Ce doit être un voleur ou un bandit. Papa est à sa conférence, c’est à moi de protéger Maman ! »
Et notre Gregory d’avouer in petto que son « ventre faisait des nœuds à l’intérieur ».
On peut s’attendre à tout dans un immeuble socialiste des années 1970, à Varsovie… y compris au fait que les appartements ont des serrures identiques d’un étage à l’autre. Car le vieil original qui croit entrer chez lui est monsieur Omelan, le voisin du 13e étage, accompagné de son chien Melon, lequel va finir le gâteau d’un coup de langue expert. Une extraordinaire complicité va unir Gregory et ce vieux monsieur, alimentée par une série de gags et d’aventures dont la « vraie réalité » est parfois superbement enjolivée. Ce « grand‐père adoptif » va aider Gregory à surmonter la séparation de ses parents – sans toutefois l’éloigner autant qu’il aurait fallu de ce fripon de Philippe avec qui les bêtises vont bon train. Stanislawa Domagalska (1946 – 2007) est une écrivain polonaise, journaliste, scénariste et militante anticommuniste, qui a ici su capter le délicat problème de la solitude des enfants, que peut néanmoins réchauffer l’amour de personnes plus âgées.

Dès 9 ans

Stanislawa Domagalska, Comment j’ai adopté mon grand‐père, illustrations de Julie Escoriza, La Joie de lire, 2018, 140 p., 10,90. Traduit du polonais par Lydia Waleryszak. Imprimé en Allemagne.

Cécile Boulaire, Lire et choisir ses albums

« Comment se faire soi‐même son opinion sur un livre, quand les albums sont si nombreux ? » Une question que se posent tous ceux qui recherchent un bel album à offrir ou à acheter pour une bibliothèque. Ce « petit manuel » a choisi, non pas de donner des listes, mais « de fournir à chacun des outils et des démarches qui le rendront autonome dans ses propres choix ». Histoire de l’album, formats, techniques, composition, mise en page, relation avec le texte, temps et rythmes : chacun de ses thèmes est illustré de nombreuses pages en couleurs, ce qui rend la lecture de ce manuel agréable et passionnante. Cécile Boulaire est maître de conférences spécialisée en littérature pour la jeunesse.

Pour les parents et autres grandes personnes

Cécile Boulaire, Lire et choisir ses albums, Petit manuel à l’usage des grandes personnes, Didier Jeunesse, coll. « Passeurs d’histoire », 2018, 224 p., 22,90 €

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres

Une bergerie isolée « sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence ». Le narrateur rencontre un berger solitaire et bienveillant. Qui, après avoir passé la soirée à trier un cent de glands, va, le lendemain, les semer dans une terre dont il ne se soucie pas de connaître les propriétaires. Un cent de glands ? Ce sont cent mille glands qu’il avait planté, dont dix mille avaient pris. D’année en année, malgré les guerres, chênes, hêtres, bouleaux reconquièrent vallons et collines. Les villages abandonnés reprennent vie où « garçons et filles […] savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes ».
Il est rare qu’un des grands textes de notre littérature soit si souvent illustré pour la jeunesse – et de manière si diverse -, signe qu’il est vraiment porteur de sens. Olivier Desvaux a parcouru la Haute Provence, chevalet sur le dos. Ses couleurs vibrent sous le soleil provençal avec une extraordinaire justesse de ton, on entend souffler le vent et le parfum des lavandes n’est pas loin… Jean Giono précisait aussi que c’était le texte dont il était le plus fier. Au‐delà du discours écologique, une réflexion profonde et un style incomparable.

Dès 8 ans

Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, illustrations d’Olivier Desvaux, Gallimard Jeunesse, 2018, 60 p., 14,50 € — Imprimé en Italie.

Katia de Conti, Dans ma tête, il y a…

Il est souvent assez difficile de faire comprendre à un petit enfant qu’il « se cache des choses » dans la tête des autres – même dans celle de Maman ou de Papa. Des idées, des rêves, des émotions, des projets, tout cela est bien abstrait. Mais si on soulève un petit rabat, ou que l’on manipule une tirette, que va‐t‐on découvrir « dans la tête » du cheval, du chien, de l’oiseau – ou dans celle du petit garçon ? De belles surprises et beaucoup de douceur !

Dès 2 ans

Katia de Conti, Dans ma tête, il y a…, Editions Langue au chat, 2018, 16 p. cartonnées, 12,50 €

Michel Bernard Cartron, A Paris, sur le pas des rois

Des thermes de Cluny à la crypte archéologique aménagée sous le parvis de Notre‐Dame, la première promenade historique proposée dans cet ouvrage nous parle d’un « Paris avant Paris ». Le premier roi évoqué est Clovis (2e promenade), qui nous invite à parcourir la montagne Sainte‐Geneviève à la recherche d’indices encore bien minces. Il faut attendre Saint Louis (6e promenade) pour découvrir les inestimables joyaux que sont les vitraux de la Sainte‐Chapelle, la Conciergerie et les si célèbres monuments des deux îles. De siècle en siècle, de roi en roi et d’arrondissement en arrondissement, ce guide de Paris nous mène jusqu’au Paris de Louis‐Philippe (13e promenade), du Palais Royal aux passages, ancêtres de nos galeries marchandes. Quel que soit le quartier de Paris que vous souhaitez faire découvrir à des adolescents, ce guide vous sera bien utile pour dénicher des lieux un tant soit peu secrets ou conter des anecdotes passionnantes mises en valeur par Michel Bernard Cartron, un historien qui arpente Paris, rue après rue.

Pour les parents et autres adultes

Michel Bernard Cartron, A Paris, sur le pas des rois, Via Romana, 2018, 308 p., 19 €

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659)

8 octobre 1656. « Il a dix‐huit ans, est grand, de belle tournure […]. Il ne porte pas de perruque […] Quand il est à cheval, l’on dirait un centaure sorti du fond des âges. Il a la jambe et la main belles, et des gestes inimitables de grâce et de noblesse. Chacun sait qu’il danse à la perfection… Il est le roi de France. » Et la petite Marie, 17 ans, de se faire une raison : autant ses sœurs sont les enfants chéries de la Cour, autant elle se sent mal aimée, elle, la nièce de Mazarin, appelée en France pour la gloire du cardinal. Jusqu’à ce 8 octobre, où le roi entrevoit, assise devant une fenêtre du Louvre, une « belle cerise ». Le journal apocryphe (selon le projet de la collection) de Marie Mancini raconte la rencontre et le premier amour des deux jeunes gens — jusqu’au mariage du Roi‐Soleil avec Marie‐Thérèse d’Autriche. Cela donne un roman tout à fait charmant, plus proche de l’Astrée que des tragédies de Racine.
Même si la collection s’adresse aux 9–12 ans, ce volume sera apprécié des plus âgés : la période de la Fronde et les années du début du règne de Louis XIV sont tout sauf simples, et les chagrins amoureux de Marie sont bel et bien des chagrins adolescents.

Dès 12 ans

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659), Gallimard Jeunesse, coll. « Mon Histoire », 160 p., 11,90 € — Imprimé en Italie

Julia Donaldson et Axel Scheffler, Jouons à cache‐cache

« Jouons à cache‐cache ! dit Poulette. D’accord, c’est moi qui compte, dit Cochonnette.
1, 2, 3, 4, 5… Attention, j’arrive ! »
Qui verra le bec jaune en premier ? Cochonnette, ou le petit lecteur de cet album cartonné ? Et pour savoir qui appartient ce bec jaune, il suffit d’ouvrir le portail bleu – qui s’ouvre « pour de vrai ». La partie de cache‐cache se poursuit, jusqu’à ce que la fine équipe se retrouve autour du panier du goûter, dans lequel se cache Poulette, la gagnante du jeu. Les créateurs du célèbre Gruffalo ont habillé les animaux familiers pour cet album à rabats – une manière amusante de faire jouer aussi le petit lecteur. Et de continuer dans le jardin ?

Dès 18 mois

Julia Donaldson et Axel Scheffler, Jouons à cache‐cache, Gallimard Jeunesse, coll. « Les surprises du Bois‐Fleuri », 2018, 12 p. cartonnées, 9,90 € — Traduit de l’anglais

Alicia Quillardet, Une vie de manchot

« BOUUH ! Qu’il fait froid ! Tiens ! Que voit‐on au loin ? Des petits messieurs en costumes noir et blanc ? » Ce sont des manchots, ces drôles d’oiseaux qui ne volent pas. Qui gobent des petits poissons, sont des champions de natation, marchent à la queue leu leu et rassemblent leurs petits dans des « micro‐crèches ». Les illustrations de cet album sont particulièrement réussies : une ligne claire, du mouvement, des bleus et des gris sur lesquels se détachent des silhouettes souvent comiques en noir, blanc et orangé, un régal pour les yeux. Le texte, informatif, est aussi tout en mouvement grâce à un répertoire d’onomatopées que les enfants répéteront à l’envie : PRAK PRAK PRAK !

Dès 3 ans

Alicia Quillardet, Une vie de manchot, Les Editions du Ricochet, coll. « Une vie de… », 2018, 32 p., 12 € — Imprimé en Pologne.

Evelyne Boyard, Venise

A Venise, « chaque famille fortunée se devait de posséder un palais donnant sur le Grand Canal. Car cet emplacement privilégié offrait, en plus du prestige, toutes les facilités pour le commerce. Les navires marchands empruntaient cette voie d’eau pour se rendre au Rialto, le quartier des marchands, pour y décharger leur cargaison de soies, de joyaux, de fourrures ou d’épices ».
Autant de palais à découvrir en vaporetto ou à pied, sans se lasser tant la Sérénissime a d’atouts pour charmer enfants, adolescents et adultes. Ce petit guide présente les sites les plus célèbres, mais aussi des quartiers plus préservés de l’invasion touristique dans lesquels découvrir églises baroques, statues, campos et marchés, sans oublier les îles de la lagune. Dans une langue claire et accessible, il aide à se familiariser avec les joyaux architecturaux de la cité. En automne et en hiver, n’oubliez pas vos bottes de caoutchouc – les acqua alta sont fréquentes, mais les touristes un peu moins nombreux.

Dès 12 ans

Evelyne Boyard, Venise, Editions Belize, coll. “Globe‐trotters en herbe”, 2018, 48 p., 14,90 €. Imprimé en Union européenne.

Roald Dahl et Quentin Blake, 1,2, 3

« 1 petite fille se promène dans la jungle. 2 enfants attendent leur amie. » Mais à chaque page, de 1 à 10, le danger rôde – parfois caché, parfois moins… — et guette les enfants. Car « 1 énorme crocodile veut les croquer tout crus ! » En effet, l’énorme crocodile a repris du service dans cet album cartonné qui présente la suite des nombres de 1 à 10, pour la grande joie des enfants que cette stupide bestiole n’a pas fini de faire rire.

Dès 2 ans

Roald Dahl et Quentin Blake, 1, 2, 3, Gallimard Jeunesse, 2018, 16 p. cartonnées, 9,90 € — Traduit de l’anglais