Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Romans historiques

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie

« Je suis un soldat en mission. J’espionne l’ennemi. Je prépare mon plan.
Capitaine Rosalie.
Je suis déguisée en petite fille de cinq ans et demi, avec mes chaussures, ma robe et mes cheveux roux.  Je n’ai pas de casque et d’uniforme pour ne pas me faire remarquer. »
Hiver 1917, le Papa de Rosalie se bat sur le front. Faire la guerre, elle ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais elle a décidé d’être à la hauteur. Déposée tôt matin à « l’école des grands » par une maman qui va travailler à l’usine de munitions, elle passe la journée au fond de la classe, avec un cahier sur lequel elle est censée dessiner. Le soir, parfois, Maman reçoit une lettre, avec un dessin pour elle. Et un triste jour, arrive un papier bleu, que Maman ne parvient pas à lui lire. La vérité, Rosalie la découvrira toute seule. « Mort en héros au combat » sont les premiers mots que Rosalie déchiffre, seule, à la lueur d’une bougie. Mission accomplie : Capitaine Rosalie sait lire.
Comme le précise Timothée de Fombelle, pour Rosalie, « l’apprentissage va être un combat intime, une affaire de vie et de mort pour elle », qui lui donne la force d’affronter la vérité. Un album exigeant, aux illustrations sobres, dans les tons orangés, sépia, bleus et noirs. A lire avec quelques mouchoirs à proximité.

Dès 10 ans, sans limite supérieure

Timothée de Fombelle, Capitaine Rosalie, illustrations d’Isabelle Arsenault, Gallimard Jeunesse, 2018, 64 p., 12,90 €

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659)

8 octobre 1656. « Il a dix‐huit ans, est grand, de belle tournure […]. Il ne porte pas de perruque […] Quand il est à cheval, l’on dirait un centaure sorti du fond des âges. Il a la jambe et la main belles, et des gestes inimitables de grâce et de noblesse. Chacun sait qu’il danse à la perfection… Il est le roi de France. » Et la petite Marie, 17 ans, de se faire une raison : autant ses sœurs sont les enfants chéries de la Cour, autant elle se sent mal aimée, elle, la nièce de Mazarin, appelée en France pour la gloire du cardinal. Jusqu’à ce 8 octobre, où le roi entrevoit, assise devant une fenêtre du Louvre, une « belle cerise ». Le journal apocryphe (selon le projet de la collection) de Marie Mancini raconte la rencontre et le premier amour des deux jeunes gens — jusqu’au mariage du Roi‐Soleil avec Marie‐Thérèse d’Autriche. Cela donne un roman tout à fait charmant, plus proche de l’Astrée que des tragédies de Racine.
Même si la collection s’adresse aux 9–12 ans, ce volume sera apprécié des plus âgés : la période de la Fronde et les années du début du règne de Louis XIV sont tout sauf simples, et les chagrins amoureux de Marie sont bel et bien des chagrins adolescents.

Dès 12 ans

Christine Féret‐Fleury, J’ai aimé le Roi‐Soleil, journal de Marie Mancini (1656–1659), Gallimard Jeunesse, coll. « Mon Histoire », 160 p., 11,90 € — Imprimé en Italie

Sophie Humann, Marie, fiancée de Louis XV – Journal d’une future reine de France, 1724–1725

En cet hiver 1724, la jeune Marie Leszcynszka se morfond dans le modeste logis que sa famille occupe à Wissembourg. Elle, dont le père est roi de Pologne – mais un roi sans royaume, contraint à l’exil -, brode au coin du feu avant d’aller confier les menus événements de sa vie quotidienne dans une série de lettres dédiées à sa défunte sœur Anna. A 21 ans, Marie est encore « fille », car aucun prétendant n’a eu la chance de plaire à Stanislas. Jusqu’à ce jour d’avril 1725 où lui arrive une incroyable nouvelle : le roi Louis XV a demandé sa main !
Maniant à merveille la forme du journal par lettres, Sophie Humann brosse un portrait touchant de cette jeune fille discrète qui, habituée à une vie aussi mouvementée que désargentée, va se trouver plongée dans les fastes de Versailles. Or chacun sait que rien n’est simple à la cour de France. Loin des romans superficiels à l’eau de rose, ce journal fictif est une mine d’informations historiques et aborde avec beaucoup de finesse la façon dont les manœuvres politico‐diplomatiques régissaient les mariages princiers et royaux.

Dès 10 ans

Sophie Humann, Marie, fiancée de Louis XV – Journal d’une future reine de France, 1724–1725, Gallimard Jeunesse, coll. « Mon histoire », 2017, 130 p., 9,90 €

Gwenaële Barussaud, Léo, Mon destin sera la liberté !

2 septembre 1870. Décidée à ne pas languir à Guernesey, Léo arrive à Saint‐Malo, simple étape vers Paris. Mais à la gare, les choses se compliquent.
« L’employé à la casquette me dévisage, visiblement inquiet.
— Me rendre à Paris ? J’y compte bien ! Ma famille m’y attend.
— Enfin, c’est tout de même hasardeux. Il y a des rumeurs, des bruits qui courent, ajoute‐t‐il en caressant nerveusement sa moustache. […]
Le chef de gare fronce les sourcils. Je devine qu’il en sait plus que moi sur la situation de notre armée mais qu’il n’ose pas m’en dire davantage. »
En effet, la guerre a éclaté, mais Léo ignore encore dans quel pétrin elle va se fourrer. A Paris, elle retrouve sa cousine Hortense et Margot, mais aussi Emilien. Les trois amies vont vivre les affres d’un siège interminable, et tout tenter pour s’enfuir. Passent aussi les figures de l’impératrice déchue, de Victor Hugo et de Gambetta – sans oublier, en mode mineur, le bel Edward qui porte fièrement l’uniforme anglais. Amitiés et idéalisme, énergie, courage et peines de cœur, tous les ingrédients romanesques sont réunis dans ce second tome, aussi réussi que le précédent.

Dès 12 ans

Gwenaële Barussaud, Léo, Mon destin sera la liberté !, Rageot, 2018, 256 p., 13,90 €
Gwenaële Barussaud, Léo, Mon secret est une chance, Rageot, 2018, 256 p., 13,90 €

Sur Radio Libertés : Deux pages de l’histoire de France

On air, I present my blog “refurbished” and its features, as well as two books :
The Little Quiz by Marie‐Antoinette , Grégoire Thonnat
Pierrot and Miette, hero trenches , Sophie de Mullenheim

Deux pages d’histoire de France

par Chouette, un livre ! | Radio Libertés

Sophie de Mullenheim, Pierrot et Miette, héros des tranchées

« Pierrot baisse la tête et aperçoit un soldat assis au creux d’un fossé au bord de la route.
— Qu’est-ce que tu fais là, petit ? lui demande le soldat.
— Je vais chercher mon chien.
Le soldat sourit et des dents blanches ressortent sur son visage couvert de boue.
— Il s’est sauvé ?
— Oh non ! Miette ne se sauve jamais. Les soldats l’ont emmenée.
— Les soldats ?
— Ils en avaient besoin pour faire passer les messages. C’est ce qu’ils ont dit à mon grand‐père. »
Nous sommes « non loin de Verdun », en 1917. Sophie de Mullenheim nous conduit au plus près de la guerre, de la Grande Guerre, mais de la guerre vue par un enfant de 12 ans autant que par quelques soldats – Cyprien, le « bleu », le sergent Le Borgne, le capitaine Dompierre, une infirmière bourrue au grand cœur… Faits réels et détails historiques véridiques permettent de vivre le quotidien de la guerre, et notamment de bien comprendre le rôle de ces chiens dressés à transmettre des messages. Le roman, lui, en écho, se fait porteur de belles valeurs héroïques : courage, abnégation, entraide, optimisme. Ne soufflez pas la fin, mais Pierrot retrouvera sa chienne Miette, revenue à la ferme de Petit Père donner naissance à deux petits chiots.

Dès 10 ans

Sophie de Mullenheim, Pierrot et Miette, héros des tranchées, Fleurus, coll. « Lire en grand », 2018, 216 p., 14,90 €

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – tome 1 : Le palais des fées – tome 2 : Le chausson rouge

En ce matin d’avril 1900, la jeune Célestine est prête à prendre le train de Lille à Paris. Son rêve ? Etre admise à l’école des petits rats de l’Opéra. Paris, ses rues agitées, la Tour Eiffel au loin… Paris, la ville Lumière, toute agitée par l’Exposition Universelle… Et surtout l’Opéra, cet impressionnant « palais des fées », avec ses dorures, son grand escalier, ses colonnades… Le destin de Célestine se joue devant un jury sévère, lors d’une audition où se pressent tant de candidates, pas toujours bienveillantes. Les chaussons rouges offerts par l’extravagante Mademoiselle Aimée vont‐ils porter chance à notre « moineau » aux mollets encore bien grêles ? Que faire quand une petite peste envoie un des chaussons par la fenêtre, et que celui‐ci s’accroche au buste de Rossini ? Ni une ni deux, Célestine ira le décrocher — une aventure qui risque de lui valoir sa place. Dans ces 2 premiers tomes, Gwenaële Barussaud ravira les petites demoiselles qui rêvent d’entrer au Palais Garnier, soit pour y danser, soit pour y assister à un spectacle. Et toutes les jeunes lectrices avides d’aventure ! Une lecture facile, agrémentée d’illustrations joyeuses et colorées.

De 7 à 10 ans

Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – tome 1 : Le Palais des fées, illustrations de Myrtille Tournefeuille, Albin Michel Jeunesse, 2018, 144 p., 6,90 €
Gwenaële Barussaud, Célestine, petit rat de l’Opéra – tome 2 : Le Chausson rouge, illustrations de Myrtille Tournefeuille, Albin Michel Jeunesse, 2018, 144 p., 6,90 €
Avec en marque‐pages, une silhouette de Célestine en tutu !

Allegro, en musique avec Tétras Lire

Le numéro de février du magazine Tétras Lire est dédié à la musique. Vous y découvrirez comment le petit Baptiste Lulli quitta Florence : quelle épopée que de traverser l’Italie et la France accroché vaille que vaille au carrosse de Monseigneur de Guise ! Et quelle chance pour ce petit galopin de rencontrer la duchesse de Montpensier. Après ce « conte historique », des jeux en musique font un parfait intermède avant une belle légende sur les violons de Crémone et ce fabuleux luthier que fut Antonio Stradivari. Avant de goûter en musique, ne pas oublier de cuisiner une Schicciata alla fiorentina !

Dès 8 ans

Tétras Lire, le magazine. Sur abonnement ou au numéro. albaverba.fr

Tai‐Marc Le Thanh, Buffalo Bill

« — Es‐tu fier de la vie que tu as menée ? Es‐tu en paix avec toi‐même ?
William Cody fut incapable de lui fournir une réponse. Son souffle était court. Mais cette simple question avait déjà éveillé en sa mémoire un cortège de souvenirs. Ceux de sa vie, si bien remplie, et si riche en péripéties.
— Es‐tu en paix avec toi‐même ? insista le Grand Esprit du Bison. Alors William Cody se mit à raconter. »

A raconter comment le gamin est devenu convoyeur de bétail, comment il a guerroyé contre les Indiens – mais allié à d’autres Indiens -, du nord au sud, ou plutôt toujours plus à l’ouest, chevauchant avec le Pony Express, avant de monter ce spectacle sans pareil qui fit connaître la conquête de l’Ouest aux Européens…

Alors, bien sûr, au grand dam du Grand Esprit du Bison, il a joué de la carabine et du couteau, il a tué des bisons, des hommes aussi, pour se défendre, dit‐il. Ou comment un gosse perdu est devenu un personnage de légende, allumant des étincelles dans les yeux des enfants – et de ceux qui leur ressemblent. Les illustrations de Lucile Piketty sont somptueuses, ajoutent au souffle épique du récit de Tai‐Marc Le Thanh des couleurs éclatantes et toniques. Le Grand Ouest n’a pas fini de nous fasciner !

Dès 6 ans

Tai‐Marc Le Thanh, Buffalo Bill, illustrations de Lucile Piketty, Seuil Jeunesse, 2017, 40 p., 15,50 €

James Fenimore Cooper, Le Dernier des Mohicans

« — Voit‐on souvent dans les bois des apparitions semblables, Heyward ?
— Cet Indien est un coureur de notre armée, répondit le jeune officier. Il s’est offert pour nous conduire au lac par un sentier peu connu, mais plus court que le chemin que nous serions obligés de prendre en suivant la marche des troupes.
— Cet homme ne me plaît pas, répondit la jeune dame. Sans doute le connaissez‐vous bien, Duncan, sans quoi vous ne vous seriez pas si entièrement confié à lui ?
— Oui, je le connais. Il est Canadien de naissance, et cependant il a servi avec nos amis les Mohawks. »

Ami ? Ennemi ? La guerre de Sept Ans fait rage, Anglais et Français s’affrontent sur ces terres du Nouveau Monde. Un jeune officier anglais a pour délicate mission de conduire Cora et Alice, les deux jeunes filles du général Munro, à fort William‐Henry, assiégé par les Français de Montcalm. Mais les tribus indiennes, alliées ou ennemies, ne sont jamais loin… Des tribus indiennes que Cooper décrit avec une certaine nostalgie, soixante‐dix ans à peine après ces événements.

« Cette version présente le texte original traduit par Auguste‐Jean‐Baptiste Defauconpret en 1839, révisé pour rendre la lecture plus fluide aujourd’hui », précise l’éditeur. Elle est illustrée avec talent par Patrick Prugne, à qui l’on ne fera pas prendre un Mohican pour un Huron !

Adolescents

James Fenimore Cooper, Le Dernier des Mohicans, illustrations de Patrick Prugne, Editions Margot, 2017, 176 p., 25 €

Gwenaële Barussaud, Léo, Mon secret est une chance

« Pas de rêves où m’évader, pas même un sommeil de brute dans lequel je me perdrais pour tout oublier. Non, j’ai la conscience bien éveillée au contraire, je sens parfaitement cette crevasse dans mon cœur, qui fissure mes certitudes, ébranle mes convictions. Mes parents ne sont pas mes parents. […] C’était donc ça mon prénom d’aristo, mon teint pâle, mes cheveux blonds ? »

Autant de questions que se pose Léonore, dite Léo, dix‐huit ans, ouvrière de la chocolaterie Menier en cette fin du Second Empire, quand ses parents lui révèlent le secret de sa naissance. Et notre héroïne de « monter » à Paris, et de se faire embaucher comme petite bonne dans l’immeuble chic où sont censés habiter ses parents afin d’y mener son enquête.

Gwenaële Barussaud signe là un roman d’aventure et d’initiation donc, où ne manque ni la « croix‐de‐ma‐mère » sous la forme d’un monogramme de batiste, ni le « gentil garçon » protecteur, plein d’avenir – et un peu amoureux. Mais Léo, comme les autres héroïnes de Gwenaële Barussaud, n’est pas une « oie blanche » : volontaire, énergique, elle n’hésite pas à prendre des décisions courageuses. Elle assiste ainsi aux obsèques de Victor Noir, au procès de Pierre‐Napoléon Bonaparte, avant de prendre seule le train pour Saint‐Malo et le bateau pour Guernesey, haut lieu de l’exil sous le Second Empire, où elle renoue avec son histoire. Je vous laisse la surprise de ce premier dénouement, en attendant le tome 2, annoncé pour juillet.

Dès 12 ans

Gwenaële Barussaud, Léo, Mon secret est une chance, Rageot, 2018, 256 p., 13,90 €

Laurent Bègue, Louis, un soldat Poilu, le jour du 11 novembre 1918

« Il était une fois, Louis, un jeune paysan de 26 ans, un jour d’automne 1918. Quatre ans plus tôt, il avait été arraché à sa terre natale par la mobilisation du 2 août 1914. […] Avec son uniforme bleu horizon, son casque d’acier sur la tête, son fusil à l’épaule, marchant dans les tranchées boueuses, la barbe naissante, on le surnommait « le Poilu », comme tous ses autres compagnons d’armes… » Quatre ans de guerre… quatre ans pendant lesquels sa femme Jeanne avait tenu la ferme, vaille que vaille. Mais « ce matin du 11 novembre semblait différent des autres. L’assaut tardait à être donné. Louis était en première ligne. […] Et puis le coup de sifflet strident du lieutenant donna l’ordre d’avancer. Louis et ses compagnons sortirent des tranchées, le coeur serré.

C’est alors que le son d’un clairon retentit. La sonnerie était inhabituelle, mais de plus en plus forte : c’était celle du cessez‐le‐feu ! […] Au loin, les cloches des églises se mirent à sonner à toute volée sans plus s’arrêter. » Le cessez‐le‐feu, l’armistice, la démobilisation, puis les médailles, les commémorations, les premiers monuments aux morts : Laurent Bègue fait ici un travail de passeur aussi sensible que documenté, servi par les sobres illustrations de Patrick Le Borgne.

Et de préciser, à l’adresse de ses jeunes lecteurs : « Tu es sans doute l’arrière-arrière petit enfant d’un Poilu. Tu es sûrement passé devant un monument sans y prêter attention. Maintenant que tu connais son histoire, le regarderas‐tu autrement ? Liras‐tu les noms et les âges inscrits dessus ? Peut‐être reconnaîtras‐tu un nom identique au tien ? »

Dès 8 ans

Laurent Bègue, Louis, un soldat Poilu, le jour du 11 novembre 1918, illustrations de Patrick Le Borgne, Editions Belize, coll. « Il était une fois », 2017, 32 p., 9,50 €