Chouette, un livre ! Le blog de Madame la Chouette

Une bibliothèque enfantine idéale

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Poésie, théâtre et chansons

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…

« Mon enfant,
Mon ange,
Ma mésange,
Mon petit,
Souris, tends les bras, ouvre tes yeux, tes doigts, tes mains et ton cœur à la vie, et tu verras, tu vivras des lendemains  aux joies infinies… »
Cet album délicieusement illustré – sans mièvrerie aucune – joue sur l’alternance entre bons et mauvais jours, tristesses et joies : « Il y aura un boucan du tonnerre, des orages, des éclairs et leurs lots de frissons… mais aussi des anniversaires et leurs lots de surprises dans de jolis cartons, papiers froissés, cadeaux cadeaux, des ah ! des Oh !, et des gâteaux tout en illuminations. » La typographie se fait grondante en capitales, sautillante ou douce en lettres colorées.
Écrit en souvenir d’une mère et illustré par une jeune maman, cette déclaration d’amour est d’une simplicité désarmante, parce que cela fait tant de bien d’entendre dire « je t’aime ». Une création originale, portée par une conviction forte car, précise Lena Nikcevic, « dès qu’on touche à la création en général, on touche à l’enfance ».

Dès 3 ans – et pour toute la vie

Elisabeth Coudol, Il y aura des jours…, illustrations de Lena Nikcevic, L’Elan Vert éditions, 2019, 52 p., 16 €

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes

Quand les enfants français chantent « La petite bête qui monte », leurs cousins allemands entonnent « Kommt eine Maus ». « Petit escargot » ? C’est « Die kleine Schnecke Max ». Et le grand cerf dans la forêt ? Il accueille aussi « ein Häslein », un petit lièvre apeuré. Ces comptines, jeux de doigts, rondes et berceuses ont été choisis pour leurs correspondances et leurs airs faciles à mémoriser. Ils sont chantés par des voix enfantines sur le CD qui accompagne le livre. L’album présente aussi les jeux possibles, les traductions et de nombreux conseils bienvenus pour les familles qui ne baignent pas dans un univers bilingue. Les illustrations sont fraîches et colorées, avec une touche d’humour et de fantaisie qui donne déjà le tempo.

Dès 4 ans

Claire Abbis-Chacé, Les plus belles comptines allemandes, illustrations de Cécile Hudrisier, Rémi Saillard et Olivier Latik, Didier Jeunesse, coll. « Les petits cousins », 2019 (nouvelle édition), 60 p. + CD de 45 min, 17,70 € — Disponible en streaming sur diverses plateformes. Imprimé en France

 

Bernadette Gervais, En 4 temps

Que se passe-t-il en 4 temps ? Un œuf devient poussin, puis poulet, puis poule. Un pissenlit en bouton, fleurit, se fane et ses graines s’envolent. Et l’escargot ? Le premier a besoin de 4 cases pour arriver et un autre, de 4 cases pour simplement passer ! Voilà le coquelicot, le hérisson, la neige et les saisons… Ces quatre temps sont très élastiques : de la lenteur extrême à la vitesse grand V, tout est possible en quatre cases. Une grande sobriété de traits pour une compréhension immédiate, des couleurs contrastées et une touche d’humour : les petits seront comblés.

Dès 3 ans

Bernadette Gervais, En 4 temps, Albin Michel Jeunesse, coll. Trapèze, 2020, 64 p., 18 € — Imprimé en Italie.

Élodie Brondoni, Grandir

« Ce matin, tout te semble grand et terrifiant. Ça tremble dans ton cœur. » Heureusement, ton ami ours, ce fidèle ami de toujours, te prend au creux de sa main. Il va t’aider à franchir la porte de ta chambre. Et, comme Alice peut-être, tu vas grandir, grandir en t’aidant des branches de ce grand arbre. Et lui, ton cher ours, va rapetisser, (re)devenir peluche. Pour de vrai ? Comme me l’a gentiment confié l’auteur, « grand et réel au début de l’histoire, l’ours en peluche prend vie et devient le guide qui permet la transition. Il accompagne l’enfant dans son évolution pour son premier jour d’école et l’aide à quitter en douceur sa petite enfance jusqu’à son arrivée à l’école. L’ours redevient alors peluche, lorsque l’enfant est prêt à s’en séparer ». Élodie Brondoni et les éditions Møtus ont créé un livre objet qui se déplie, faisant grandir la petite héroïne, autant que l’arbre de sa vie. Une belle réussite.

Dès 5 ans

Élodie Brondoni, Grandir, Éditions Møtus, 2020, 16 p., 13 € — Imprimé en France

Antoine Dole, Les jours heureux

Ce matin, d’un seul coup, les cerisiers du Japon de ma rue ont explosé en milliers de fleurs roses. Je n’aurai pas la chance cette année, d’aller m’étendre sur les pelouses japonisantes du parc de Sceaux au cœur d’un océan de pétales roses et blancs. Mais si nous partions sur les traces de Yuko et de Sora ? En ce matin d’avril, le frère et la sœur célèbrent Hanami, célébration japonaise de la floraison des cerisiers. Comme tous les ans, ils suivent le même rituel, pique-niquent et admirent les fleurs tout en gardant le souvenir d’une disparition – car ils sont seuls, ces deux enfants, orphelins de bien bonne heure. « Ici est une fête / La musique des souvenirs / Fait danser les cœurs. » Irez-vous, comme Yuko et de Sora, accrocher dans les arbres de petits messages porteurs de vos rêves ?  Peinte sur bois par la talentueuse Seng Soun Ratanavanh, « chaque illustration recèle un élément manquant, laissant apparaître le bois brut, telle la blessure empreinte d’une nostalgie heureuse, laissée par la perte d’un proche et avec laquelle il faut vivre, coûte que coûte et revivre des jours heureux », explique le site de l’éditeur. Laissons la parole à Antoine Dole : Hanami, « c’est un moment où l’on célèbre la vie et sa capacité à nous surprendre, nous relever, nous ramener dans le mouvement. C’est un temps où les souvenirs nous réchauffent et nous poussent vers une réconciliation intérieure et où, de ces drames de la vie qui nous ont mis à terre, il ne reste plus que l’amour et l’empreinte des jours heureux qui les ont précédés ». La magie d’avril est là, fêtons nous aussi Hanami !

Dès 8 ans

Antoine Dole, Les jours heureux, illustrations de Seng Soun Ratanavanh, Nobi-Nobi, 2019, 48 p., 13,50 €

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie

Ou « L’histoire d’un grand orchestre » racontée aux enfants. Voilà trois générations que ce conte musical, créé en 1956, fascine les petits par son dynamisme et son inventivité. Composé par Jean Broussolle (1920–1984) et son compère André Popp (1924–2014), il n’a pas pris une ride. La voix de François Périer fait merveille, changeant par magie d’octave et de ton pour passer d’un rôle à l’autre, du piccolo à la harpe, des tambours à la contrebasse. Une excellente manière de former les petites oreilles à l’écoute des instruments, dans la joie et la fantaisie. Ce livre-disque est illustré par Fred Multier, : ses instruments sont très fidèles aux « originaux », avec un petit détail humoristique dans le vêtement ou la coiffure, et ses couleurs sont aussi éclatantes que celles du saxo.

Dès 3 ans

Jean Broussolle et André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie, illustrations de Fred Multier, Gautier-Languereau, 2019, 40 p. + CD, 24,90 €

Pierre Coran, Méli-mélo, 25 poèmes et comptines

« Tortue de mer ;
Tortue de terre,

Du sud au nord,
Bien malin qui connaît son âge.

La tortue est un château fort
Qui voyage. »

Cette tortue château fort qui marche à pas menus dans la nuit bleue illustre bien le ton de ce mini-recueil de poésie. Elle a aussi inspiré le graphiste de l’Atelier Saje qui en a conçu la couverture. Pierre Coran nous promène d’alphabet en étoiles, de jardins en montagnes, jouant des mots et des rimes avec son incomparable regard, espiègle et tendre. Ne reste plus qu’à faire le portrait de l’oiseau, cet oiseau de poésie qui, d’année en année, niche dans le marronnier de la cour. Entre comptines et poèmes, des textes qui s’apprendront tout seuls, pour le plaisir des écoliers.

Dès 6 ans

Pierre Coran, Méli-mélo, 25 poèmes et comptines, Didier Jeunesse, coll. « Il était une (mini)fois », 32 p., 3 € — Imprimé en France

Priem, Si tu pouvais décrocher la lune

« Si tu pouvais décrocher la lune… Tu la cacherais ? Tu l’offrirais ? Tu la présenterais au poisson-lune ? » A l’aide du célèbre jeu tangram, Simon Priem revisite avec beaucoup de poésie et de tendresse le pouvoir fascinant de la lune sur notre imaginaire. Il invite les petits comme les grands à poursuivre l’aventure et à décrocher la lune en assemblant les pièces de ses rêves. Un tout petit livre, format « mouchoir de poche », très sobre avec ses pièces rouges et cette lune grise sur fond noir, et drôlement efficace. Un tout petit prix pour des heures de rêverie et de poésie.

Dès 4 ans

Simon Priem, Si tu pouvais décrocher la lune, Editions Møtus, coll. « Mouchoir de poche », 2019, 32 p., 4,60 €  — Imprimé en République tchèque

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois

« Humpty Dumpty sur un mur en pierre
Humpty Dumpty est tombé par terre
Ni les chevaux ni les valets du roi
Ne purent jamais remettre Humpty droit »
Partons en voyage au pays du non-sense ! Humpty Dumpty y croise Tweedledum et Tweedledee, un moineau, un corbeau, un lion, une licorne – mais tout cela ne nous dit pas « qui a tué le rouge-gorge »… Gérard DuBois a accepté les contraintes de la collection : une semaine et quatre couleurs, pour illustrer ces comptines venues d’outre-Manche. Il a choisi du bleu, du jaune, de l’orangé et un gris-brun terre d’ombre, ce qui donne un petit côté suranné à ces Nursery Rhymes parfois cocasses, parfois cruelles, toujours incongrues.

Dès 5 ans

Comptines de la mère l’oie, illustrées par Gérard DuBois, traduites et adaptées de l’anglais par Christian Demilly, Grasset Jeunesse, « La Collection », 2019, 32 p., 19,90 € — Imprimé en Espagne

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence

« Réveillez-vous, bergers tendez l’oreille,
Ouvrez les yeux : tout le ciel est en feu !
A la clarté du firmament qui brille ;
Le fils de Dieu est né cette nuit.
Jamais annonce plus belle n’aura plus beau matin. »
Ainsi chante le chœur invisible des anges au lever du rideau. Car cette Pastorale provençale est un véritable spectacle, ou plus exactement un « Mystère » traditionnel. Rédigée au XIXe siècle par Antoine Maurel (1815–1897), cette Pastorale se joue encore à la Noël, en français (comme ici), ou en provençal.
C’est le texte le plus important de ce recueil consacré aux plus beaux Noëls de Provence. On y retrouvera donc avec plaisir des textes de Frédéric Mistral et d’Alphonse Daudet, de moins célèbres et même de charmants poèmes anonymes, «  du temps que les pâtres chantaient ». Alors, pourquoi ne pas s’aider de ses merveilleux Noëls pour préparer un spectacle familial ou scolaire, à jouer devant la crèche ?

Dès 12 ans et pour toute la famille

Thibaud Dubois, Merveilleux Noëls de Provence, illustrations de Françoise Pichard, Via Romana, 2019, 270 p., 19 € — Imprimé en France

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam

« Dans une vallée de Germanie riche en vignes et en châteaux, vivait une paysanne prénommée Giselle », ainsi débutent le conte et le célèbre ballet d’Adolphe Adam. Une si jolie paysanne qu’elle fait battre le cœur du garde-chasse Hilarion mais aussi celui d’un villageois « qui se faisait appeler Loys ». Quand est levé le mystère de ce beau Loys, c’est le drame… Un drame d’amour, symbole de la danse romantique : quelle danseuse étoile n’a jamais rêvé d’incarner Giselle ? Giselle, non seulement va mourir d’amour, mais elle va être accueillie par la reine des Wilis. De bien étranges créatures, ces fiancées mortes avant le jour de leurs noces…
Ce livre-disque réunit une superbe équipe : le texte de Pierre Coran est lu par la voix envoûtante de Natalie Dessay. Il est illustré par le pinceau coloré d’Olivier Desvaux – si coloré qu’on se croirait plus en Provence qu’en Courlande ! Enfin, les morceaux choisis par Marc Dumont sont interprétés par l’orchestre symphonique de Londres sous la baguette du chef d’orchestre Anatole Fistourali : fête paysanne, valses, musiques de chasse…
Un superbe cadeau à écouter et réécouter – et pas seulement pour les ballerines en herbe !

Dès 6 ans

Pierre Coran, Giselle, le ballet d’Adolphe Adam, illustrations d’Olivier Desvaux, voix de Natalie Dessay, Didier Jeunesse, 2019, 48 p. + 1 CD, 23,80 € — Imprimé en Italie. Un code permet d’écouter l’album en ligne.

Régis Penet, Antigone, d’après l’œuvre de Sophocle

Régis Penet, Antigone, d’après l’œuvre de Sophocle

« Antigone, fille d’Œdipe. Antigone la Labdacide, race orgueilleuse qui règne sur Thèbes… Antigone se recueille. Elle se recueille et se souvient… » En se recueillant, Antigone la brune et Sophocle nous invitent, nous qui la contemplons des siècles plus tard, au recueillement : celui qui, le temps d’une tragédie, nous détache du tohu-bohu de la cité pour mieux nous ramener à l’essentiel. Comment admettre, ailleurs que dans l’espace de la tragédie, que se heurtent ainsi la loi de Créon et la tradition immémoriale défendue par Antigone ? Régis Penet propose ici une version d’une sobriété et d’un fini exemplaire. Ses planches, peintes à l’huile sur des panneaux de bois, déploient toute la gamme des ocres, des gris, des rouges carmin, des blancs cassés. Son trait, sobre et classique, donne vie aux acteurs de la tragédie de Sophocle, parfois porteurs de masques… Le texte est dû à la plume du romancier Erik L’Homme. Enfin, un dossier rédigé par Jean-François Gautier, docteur en philosophie ancienne, rappelle en quoi la tragédie « est l’un des plus précieux parmi tous les héritages helléniques ».

Adolescents et adultes

Régis Penet, Antigone, d’après l’œuvre de Sophocle, textes d’Erik L’Homme, dossier réalisé par Jean-François Gautier, Glénat, 2017, 88 p., 19,50 €